Tisser des solidarités dans une société toujours plus sexiste et raciste.

C’est sous ce titre que Vie Féminine a organisé une semaine d’étude début juillet à Namur.

Des conférences, des forums, des projections de films et des ateliers ont été organisés pour traiter du racisme, du sexisme et de la précarité, aujourd’hui dans nos sociétés.

L’UPJB a été contactée pour animer un atelier dans le but de présenter ses engagements et parler de l’antisémitisme.

Il m’a été proposé d’assumer cette animation et je l’ai accepté sans hésiter puisque j’ai beaucoup de sympathie pour ce mouvement féministe et populaire.

Après avoir consulté plusieurs membres de l’UPJB qui m’ont aidé à situer l’organisation sur le plan historique, sur ses engagements et actions, et relu quelques pages sur l’antisémitisme (pour ne pas dire n’importe quoi), j’ai pris le train pour Namur avec brochures et Points Critiques dans mon sac.

Les vingt ateliers simultanés ont lieu dans des classes de l’école où se tient la semaine d’étude. Ils représentent pour la plupart des associations de lutte contre le racisme, la xénophobie et l’islamophobie. J’ai présenté sur base de mes notes, entourée par une dizaine de femmes, un survol de l’histoire de l’UPJB et de ses divers engagements. Pour ce qui est de l’antisémitisme, je me suis orientée avec quelques points de repère : le peuple déicide, le Protocole des sages de Sion, le négationnisme, la distinction Israël/Juifs, le sionisme.   « Etre juif après Gaza » d’Esther Benbassa et « Figures de l’antisémitisme » de Marcel Liebman m’ont servi de référence.

Les échanges qui ont suivis ont témoigné sur un antisémitisme rencontré , non pas chez les participantes mêmes, mais dans leur environnement. Une femme au contraire a expliqué qu’à l’école de ses enfants toute forme de racisme avait été combattue avec succès. Mais au cœur des ambivalences et des questions se retrouve le conflit Israélo-Palestinien.

J’ai conclu avec les paroles de Tzvetan Todorov sur l’usage de la mémoire, il articule, à mes yeux l’éthique de l’UPJB : « L’usage littéral qui rend l’événement ancien indépassable, qui revient en fin de compte à soumettre le présent au passé. L’usage exemplaire, en revanche, permet d’utiliser le passé en vue de présent, de se servir des leçons des injustices subies pour combattre celles qui ont cours aujourd’hui, de quitter le soi pour aller vers l’autre. »

Tzvetan Todorov, Les abus de la mémoire, Arlea. 1995

Merci à Bobby, Dominique, Judith et Mathilda.




«La chanson de Sarah», conférence chantée d’Henri Goldman

Moment très émouvant que ces deux soirées, fin janvier à l’UPJB, avec Henri Goldman et sa conférence chantée, « La Chanson de Sarah ». On le connait intellectuel et polémiste, ( cf. la revue Politique et les chroniques de son blog), on l’a connu chanteur, adoré « Yiddish » et « Ville Métisse », les chansons publiées en 1983 dans l’album « Ville Métisse». Mais ce soir-là, il enfile les deux casquettes à la fois et entraîne son public dans une balade originale au travers de ce répertoire mal connu, et pourtant assez large, des chansons évoquant le monde juif. Une heure trente ou à peu près de paroles et de musiques, Henri qui raconte, et fait écouter, « Marca » Henri qui reprend sa guitare et chante, quelquefois. Sa voix a un peu vieilli, mais moins que celle de Sting, mais elle a gardé son timbre si particulier, une voix comme légèrement embrumée…elle se fait tendre quand il chante, lui qu’on connait hâbleur, âpre dans les discussions.

Tendresse et souvenir

Sur la scène, un pupitre où sont affichées des pochettes de 45 tours, celles de ces artistes des années 50,60,70… Sacha Distel, Joe Dassin, Richard Antony, Pierre Barouh, Yves Montand, tous ces artistes qui n’ont pas affiché leur judéité, et qui pourtant étaient juifs. C’était l’époque où les rares parents revenus des camps de la mort se taisaient. C’était l’époque où leurs enfants n’osaient pas questionner, c’était l’époque où la société ne voulait pas prêter l’oreille aux victimes du génocide des juifs par les Nazis. Peu à peu, quelques voix s’élèveront. Mais Henri Goldman n’a pas choisi cette veine -là, celle de « Nuit et brouillard » de Jean Ferrat né Jean Tenenbaum, enfant caché, orphelin à 12 ans d’un père mort à Auschwitz. Il n’a pas choisi non plus « L’affiche rouge » d’Aragon et Ferré (1955). Il propose des chemins de traverse, il a glané des chansons oubliées, comme « Le chemin des oliviers » de Francis Lemarque, où le violon en dit bien plus que les paroles, simplement suggestives, évoquant un chemin qui n’est plus que poussière, où toute l’herbe a disparu, un chant pour « nos frères qui ont tombés et sont morts en cherchant/cherchant bien longtemps/ de la liberté le chemin/le chemin ».

Donc, ni pathos, ni drapeau…même s’il a déniché cette rareté, cette chanson où Serge Gainsbourg s’engage, avec « Le sable et le soldat » aux côtés des soldats israéliens pendant la guerre de juin 1967. Ou cette autre, « L’île du Rhône » (1963) métaphore d’Enrico Macias pour évoquer la ferveur des kibboutzim ensemençant le désert, et bâtissant leur Etat.

A travers ses choix, c’est la vie juive européenne d’autrefois qui surgit, entre Pologne et exil, celle des tailleurs, de la fille qui fait son trousseau de mariage (Renée Lebas, « Tire tire l’aiguille »), ou la jeune femme qui s’est arrachée à l’atelier familial pour partir en Amérique (« Sarah », Charles Aznavour). Ces chansons réalistes manient aussi l’humour, avec « Schmile », le fils de tailleur pas fichu de tailler une manche comme il faut, une chanson épicée d’accent yiddish, (Georges Ulmer,1951). En yiddish ou en français, Georges Moustaki parodie « Les mères juives », leur encombrante attention, et c’est efficace et drôle.

Le vertige de l’absence

Humour, pudeur, mais déchirure aussi. Je craque lorsqu’Henri nous fait réécouter ce tube des années 80, où l’autre Goldman- Jean-Jacques- appuie sur l’identification, « comme toi/ comme toi/ comme toi » pour évoquer la petite Sarah aux yeux clairs : « Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs/Mais d’autres gens en avaient décidé autrement/Elle avait tes yeux clairs et elle avait ton âge/C’était une petite fille sans histoire et très sage/Mais elle n’est pas née comme toi/Ici et maintenant/Comme toi Comme toi ». 

L’après-guerre, ce furent aussi ces années ou les enfants des déportés ont appris à grandir, dans l’ombre des disparus ou des rescapés. Parfois dans la pauvreté, ou la « gêne », pour des « Vacances aux bord de l’eau », récit de vie très émouvant de Michel Jonasz, amené au piano par une mélodie toute simple, entêtée et nostalgique. Cette chronique d’été, douce comme « les glaces au bord de l’eau », dont l’émouvante « Middelkerke » d’Henri-Marca est la cousine belge.

Mais que faire de cette mémoire douce et déchirante ? Parce qu’il faut bien vivre, Danielle Messia tente de s’en libérer dans « Grand-mère Ghetto », un chant à chaque strophe plus aigu et plus puissant, et dont le chorus final s’évanouit dans l’air :

« Grand-mère ghetto/Tout ce que tu dis je le crois/La ferveur, le fardeau/Et la méchanceté des rois/Mais Grand-mère ghetto/Grand-mère ghetto/Regarde comme il fait beau/Y a des enfants dans la rue/Des qui n’ont jamais rien su/Non, je jouerai pas le rôle/De ces ombres de l’histoire/Qu’ont la tête dans les épaules/Et froid dans leur manteau noir/. La chanson a été composée sans doute à la fin des années 70 ou au début des années 80. Née à jaffa en 1956, la jeune artiste meurt d’une leucémie en 1985, elle a laissé une œuvre rare, elle termine « Grand-Mère ghetto » sur un cri, une profession de foi :  

« J’voudrais rouvrir la confiance

Comme une porte sur le monde

J’voudrais rire sur l’existence

Tuer les vieux démons qui grondent

Tuer les vieux démons »

Avec ce récital, Henri Goldman parcourt 60 années de chanson. Il sert ce répertoire avec émotion, efficacité, sobriété. Les bornes du temps s’effacent, et l’on s’aperçoit que c’est déjà demain, et qu’hier n’a pas passé, enchâssé dans une mélodie, enroulé dans un refrain dont on retrouve soudain les paroles, étonné et ému. « Azoy », comme chantait Régine.

Françoise Nice

 

 

 

 

 

 




Dossin. L’antichambre d’Auschwitz

Publication du livre de Laurence Schram sur la Caserne Dossin

De 1942 à 1944, 25 000 Juifs et 350 Tsiganes sont déportés de la caserne Dossin (Malines) à Auschwitz-Birkenau. Comme Drancy ou Westerbork, la fonction de ce rouage essentiel de la Shoah consiste à rassembler les déportés raciaux en vue de leur déportation génocidaire. Un voyage sans retour pour 95 % d’entre eux.

Pour la première fois, l’histoire de ce camp de rassemblement fait l’objet d’une étude scientifique approfondie, menée à la manière d’une enquête policière. Des sources nouvelles ou inexploitées, des témoignages, des dépositions judiciaires et des illustrations, mettent en lumière les parcours de tous les acteurs en présence: les SS, qui règnent en maîtres absolus, leurs auxiliaires et leurs victimes, juives et tsiganes.

Laurence Schram analyse tous les aspects de la vie quotidienne des internés, depuis leur arrivée à Dossin jusqu’à leur embarquement dans les trains qui les déportent. Le fonctionnement du camp, la faim, le manque d’hygiène, les mauvais traitements, la collaboration ou la résistance, la situation particulière des Tsiganes, l’organisation des convois, la libération du camp… sont autant de thèmes que le lecteur pourra découvrir dans cet ouvrage de référence.

Proche collaboratrice de Maxime Steinberg, Laurence Schram a participé à la réalisation du Musée Juif de la Déportation et de la Résistance (1995), où elle a assuré la direction du centre de documentation. Auteure d’études sur la Shoah en Belgique, elle est aujourd’hui Senior Researcher au centre de documentation de Kazerne Dossin. Son doctorat consacré à l’histoire de la caserne Dossin(2015) a reçu le Prix Natan Ramet et le Prix Jacques Rozenberg (Fondation Auschwitz), en 2016.

Pour le commander, surfez sur le site des éditions Racine, cliquez sur le petit caddie à gauche du prix et utilisez le code du coupon « dossin ».

Plus d’infos? Mémoire d’Auschwitz: www.auschwitz.be




Marcel Liebman d’une étoile à l’autre

A l’heure où l’on commémore les 50 ans de l’occupation des territoires palestiniens, la Mission de Palestine à Bruxelles inaugurait ce 1er juin dernier, en ses nouveaux locaux de l’avenue d’Auderghem à Etterbeek, une Salle Naïm Khader

Naïm Khader (1939-1981) était est un intellectuel palestinien et le premier représentant de l’OLP en Belgique. C’est l’un des artisans de la reconnaissance de la cause palestinienne en Europe. 

Le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbbas a saisi cette occasion pour décerner quatre Etoiles du Mérite: à Naïm Khader, Marcel Liebman, Michel Khleifi et André Dartevelle.

C’est une reconnaissance importante pour Marcel Liebman et Naïm Khader qui furent des précurseurs du dialogue israélo-palestinien. Marcel Liebman (1929-1986) professeur de Sciences-Politiques à l’Université Libre de Bruxelles et Naïm Khader étaient amis. Tous deux militaient pour une paix négociée entre Israël et l’OLP.  Au même titre que Naïm Khader, Marcel Liebman avait été, lui aussi, menacé de mort et avait dû pendant la guerre de 1967, suite aux conseils des autorités belges, mettre sa propre famille à l’abri.

Lors de cette cérémonie, Daniel Liebmann, le neveu de Marcel Liebman, a lu le texte que son oncle a écrit en 1981 suite à l’assassinat de son ami Naïm. 

En recevant l’étoile, Adeline Liebman, la veuve de Marcel Liebman a déclaré « voici une étoile que je serai fière de porter, contrairement à l’étoile infamante que je portais enfant ».




Editorial: Cinquante ans d’occupation et de spoliations

En mai 1967, l’Égypte présidée par Gamal Abdel Nasser, procède à d’importants mouvements de troupes dans le désert du Sinaï, et exige le départ des forces de maintien de l’ordre de l’ONU qui s’y trouvent depuis 1956 à la suite de ce que qu’on a appelé la guerre du Sinaï… Cette guerre qui avait vu, les 29 et 31 octobre 1956, la France et la Grande-Bretagne attaquer l’Égypte en raison de la nationalisation du Canal de Suez par le même Gamal Abdel Nasser, Israël en profitant pour s’emparer de la péninsule du Sinaï. Face aux menaces de l’Union Soviétique et à l’intervention des Nations unies, les forces armées françaises, britanniques et israéliennes se virent contraintes d’évacuer le Sinaï, remplacées par les forces d’urgence des Nations unies à partir du 15 novembre 1956.

En ce même mois de mai 1967, l’Égypte impose aussi le blocus du détroit de Tiran qui donne accès au port israélien d’Eilat.

Après un mois de tergiversations, le 5 juin 1967, Israël décide de lancer une attaque «préventive» aérienne et terrestre contre l’Égypte au sud. À la suite du succès éclair dans le Sinaï, Israël lance une contre-attaque contre la Jordanie puis le 9 juin contre la Syrie sur le plateau du Golan.

À la suite de six jours de combats, de nouvelles lignes de cessez-le-feu remplacent les anciennes. La Cisjordanie en ce compris Jérusalem-Est – toutes deux annexées par la Jordanie en 1950 -, la péninsule du Sinaï, la bande de Gaza (toutes deux égyptiennes) et le plateau du Golan (syrien) passent ainsi entièrement sous contrôle israélien.

À l’époque, nombreux ont été ceux qui ont cru à la nature défensive de l’opération israélienne. Mais il est vite apparu que cette guerre avait été préparée de longue date et qu’Israël attendait un prétexte acceptable par la Communauté internationale pour la mener. Ce prétexte, Nasser le lui a fourni en fermant l’accès au détroit de Tiran. On ne peut expliquer autrement la fulgurance avec laquelle l’aviation israélienne a détruit, au sol, la quasi totalité de la flotte aérienne égyptienne, s’assurant ainsi la maîtrise totale de l’espace aérien.

Dans les mois qui suivent, des responsables politiques israéliens sillonnent l’Europe pour affirmer que cette guerre pourrait avoir constitué un mal pour un bien. Maintenant qu’Israël s’est rendu maître de la totalité de la Cisjordanie, il va pouvoir négocier la paix contre les territoires… On se rend vite compte qu’il n’en est rien car dès le mois de juillet, le gouvernement israélien travailliste du premier ministre, Levy Eshkol, envisage l’annexion de certains des territoires conquis, pour constituer des zones tampons. D’autres zones seraient destinées à servir de monnaie d’échange dans le cadre d’une future paix avec les États arabes voisins. Israël lance très vite le plan Allon du nom du ministre du Travail et de l’Intégration, Igal Allon, qui préconise l’implantation de colonies dans les territoires occupés, particulièrement sur le Golan et dans la vallée du Jourdain.

C’est le début d’une colonisation qui ne s’arrêtera plus. Les professions de foi selon lesquelles Israël serait disposé à négocier l’échange des territoires contre la paix, n’aura pas longtemps fait illusion. Dès 1971, Abba Eban, ministre des Affaires étrangères, déclare : «Israël espère, lors des négociations sur le tracé des frontières, parvenir à conserver ces établissements à l’intérieur de ses frontières telles qu’elles seront reconnues le jour où viendra la paix». La Première ministre, Golda Meïr, ne s’embarrasse pas de diplomatie, elle : «La frontière se trouve là où habitent des Juifs, et non pas sur un tracé de carte». Et pour finir, le ministre de la Défense, Moshe Dayan, enfonce le clou, répétant : qu’«en tout endroit où nous établissons un point d’habitation, nous n’abandonnerons ni ce point ni l’endroit lui-même».

Contrairement à ce que beaucoup pensent, la colonisation n’est donc pas un projet de droite ou d’extrême droite, il s’agit bel et bien initialement d’un projet de la «gauche», tous les ministres que je viens de citer faisant en effet partie du parti travailliste.

Intensification de la colonisation

Il est vrai qu’avec l’arrivée de la droite au pouvoir en 1977 la colonisation va s’intensifier. C’est ainsi qu’en 1977, il existe 31 colonies qui comptent 4.400 habitants hors Jérusalem-Est. En 1984, ce nombre est passé à 44.000.

En juin 1992, les travaillistes reviennent au pouvoir, le Premier ministre Yitzhak Rabin annonce un gel de la colonisation. Pourtant, le nombre de colons en Cisjordanie passe de 112.000 en 1992 à 150.000 en 1995, tandis que les colonies de Jérusalem-Est comptent 170.000 habitants juifs.

en 1993, on comptait environ 120 000 colons en Cisjordanie ; leur nombre augmente de 40 000 sous les gouvernements travaillistes (celui de Rabin, puis celui de Pérès, juin 1993-mai 1996, en plein processus d’Oslo !, de 30 000 sous le gouvernement de droite de Benyamin Netanyahu (1996-mai 1999) et encore de 20 000 durant le gouvernement d’Ehud Barak (mai 1999-février 2001). Quand éclate la seconde Intifada, fin 2000,, le nombre de colons en Cisjordanie dépasse les 200 000, plus un nombre équivalent à Jérusalem-Est.

En 2008, le nombre de colons en Cisjordanie approchait les 300.000 selon la Foundation for Middle East Peace et l’organisation de défense des droits de l’Homme B’Tselem. Cette dernière chiffre à 184.700 le nombre de colons à Jérusalem-Est au 31 décembre 2008, soit un total de 475.400 pour la Cisjordanie et Jérusalem-Est. En juillet 2010, un rapport de B’Tselem, s’appuyant sur des sources gouvernementales, révélait que le demi-million de colons occupe 42% du territoire de la Cisjordanie dans 121 colonies.

Revenons pour finir sur les accords d’Oslo signés fin 1993. Ils reconnaissent la souveraineté de l’Autorité palestinienne sur la Cisjordanie et Gaza, et le retrait progressif d’Israël de ces territoires à l’horizon 1998. Mais en septembre 1995, l’accord de Taba («Accord intermédiaire sur la bande de Gaza et la Cisjordanie » ou « Oslo II») divise la Cisjordanie en trois zones :

La zone A (3% du territoire, 20% de la population cisjordanienne) comprend les principales villes palestiniennes, devant être évacuées par l’armée israélienne et passer sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Hébron fait l’objet d’un accord spécial qui prévoit le maintien partiel des Israéliens.

La zone B (27% du territoire, 70% de la population) se compose d’une douzaine de régions rurales. L’Autorité palestinienne y possède les pouvoirs civils, et Israël les pouvoirs en matière de sécurité.

La zone C (70% du territoire, 10% de la population) reste sous contrôle israélien. Les Palestiniens y sont peu nombreux et la zone englobe l’essentiel des colonies juives.

C’est cette zone C, peu peuplée de Palestiniens, que Naftali Bennett, ministre d’extrême droite de l’Éducation, veut aujourd’hui annexer. On peut en conclure que si la plupart des responsables politiques israéliens ont renoncé au Grand Israël (un Israël s’étendant de la mer au Jourdain), car la Cisjordanie est trop peuplée de Palestiniens, ils rêvent toujours d’un Israël aussi grand que possible. et mettent tout en œuvre pour y arriver, Qui donc va les en empêcher ?

Cela méritait bien que ce numéro de Points Critiques se focalise sur ces cinquante ans d’occupation et de spoliation de la terre palestinienne.

 




La vie sous occupation

Ashraf est Palestinien, originaire de Naplouse en Cisjordanie occupée. Il vit actuellement en Belgique, mais il retourne régulièrement en Palestine. Pour ne pas risquer d’être fiché et refoulé, il signe cet article d’un prénom.
Mon nom est Ashraf, Je suis né et j’ai grandi dans une ville merveilleuse avec ses vingt vergers, ses fontaines publiques et ses mosquées, enserrée dans une vallée entre deux montagnes escarpées, Jezreem et Eibal. Depuis des siècles, Naplouse a hébergé des Musulmans, des Chrétiens et des Samaritains.
Naplouse porte également un autre nom, Jabal-al-nar, qui signifie littéralement la montagne de feu : depuis la période des Pharaons, ses habitants ont joué des rôles majeurs dans la résistance aux différents envahisseurs. En 1987-1988, ils ont été le fer de lance de la première intifada.
J’appartiens à une famille chaleureuse composée de deux sœurs et d’un jeune frère. Mon père est tailleur et ma mère coiffeuse. L’atelier de mon père était situé au cœur de la vieille ville. Lors des vacances d’été, j’avais l’habitude d’y travailler avec lui. Il quittait la maison très tôt après la prière al Fagr et moi je me levais avec la musique de Fairouz chantée par ma mère pendant qu’elle préparait le petit déjeuner.
Jusqu’à ce jour…
La vie était agréable jusqu’à ce jour fatal de septembre 2000 où tout bascula… Chacun était scotché devant la télévision, regardant l’invasion d’Ariel Sharon, accompagné de centaines de soldats, de la Mosquée Al-Aqsa, l’un des lieux les plus sacrés pour les Musulmans. La population de Jérusalem-Est manifesta et défendit l’Esplanade, lançant des pierres tandis que l’armée faisait feu, tuant sept Palestiniens et en blessant des centaines. À la fin de la journée, Sharon déclara l’Esplanade propriété juive.
Deux jours plus tard, le monde entier assista, effaré, à l’exécution de Mohammad al Dorra dans les bras de son père devant la position israélienne de Netzarim à Gaza. Les images, rapportées par le journaliste franco-israélien Charles Enderlin, étaient d’une brutalité extrême, insupportable. Mohammad fut tué par un sniper et son père se retrouva handicapé à vie.
Cet événement fut l’étincelle qui mena à l’intifada Al-Aqsa. Un tournant… Colère, frustration et tristesse devinrent une part inséparable de nos vies. Des incidents éclatèrent quotidiennement, les attaques aériennes devinrent routinières, ainsi que l’assassinat des leaders de l’intifada.
Nous étions laissés à nous-mêmes face à l’armée la plus moderne, la mieux équipée et entraînée du monde. Nous fûmes déçus par l’Autorité Palestinienne car nous pensions que nous avions un gouvernement qui pourrait au moins protéger ses citoyens. Mis en place par l’occupation, il n’était en fait qu’une marionnette qui n’avait d’autorité que le nom.
Vivre dans la crainte
En 2002, Israël porta ce conflit à un niveau supérieur en menant une opération de grande ampleur en ré-envahissant la Cisjordanie et Gaza. Naplouse n’était plus la ville que je connaissais ; des check points partout, l’odeur de la mort dans les rues, un sentiment de panique omniprésent… L’atmosphère paisible qui y régnait fut enterrée sous les décombres. La population apprit à vivre dans la crainte, la ville était recouverte d’un voile sombre et chacun ressentait que l’escalade se poursuivrait. Naplouse dut faire face à plus de 5000 militaires, 400 chars et plus de 70 avions de combat. L’offensive dura 22 jours, 22 jours d’attaques terrestres et de bombardements, 22 jours de David contre Goliath. Oh, l’ironie de David devenant Goliath !
Ces 22 jours suffirent à ramener la ville au moyen-âge… Chaque jour, je regardais les hélicoptères tirant sur la vieille ville. Je haïssais la nuit, à chaque instant je craignais que notre immeuble soit la prochaine cible et que nous allions tous mourir. L’immeuble de nos voisins fut touché et 15 familles se retrouvèrent sans domicile, 10 personnes y perdirent la vie. Toute la famille Al Shoubi périt lorsque les bulldozers de l’armée démolirent sa maison, les soldats ne laissant sortir personne comme s’ils prenaient plaisir à les entendre mourir.
Lorsque l’armée leva le couvre-feu et permit aux gens de sortir pour quelques heures, je quittai la maison avec mon père et mon frère pour aller à la vieille ville. Rien n’était pareil. Rien n’était intact. Mon esprit pouvait difficilement assimiler ce que je voyais… Des écoles, des universités, des jardins d’enfants, des mosquées, des églises, des maisons, des animaux, des arbres, les immeubles de Nations unies, des sites de l’UNESCO, des voitures, des rues entières, des canalisations d’eau, des tours électriques, des silos, tout avait été touché par leurs armes sophistiquées.
Il était difficile d’avancer à travers cette dévastation, mais finalement nous arrivâmes là où se trouvait l’atelier de mon père et… l’atelier ainsi que les immeubles voisins n’existaient plus… Rien que le vide. Je serrai la main de mon père et vis ses larmes perler. Mon père est un homme fort, mais de voir toute sa vie de travail enterrée sous les gravats… Je pouvais sentir sa colère percer sous son silence.
Ce qui s’était passé était un crime de haine. Nous n’avons pas pu aller à l’école durant près de cinq mois, nous avons organisé des centres communautaires où des volontaires venaient donner cours.
Difficile de grandir dans cet environnement. Je ne savais pas comment réagir. Tenter de trouver une arme et aller combattre comme certains autres adolescents ? Jeter des pierres contre l’envahisseur ? Aller me faire exploser à un check point ? Toutes ces options étaient mises en pratique autour de moi. Et moi ? Allais-je finir sur un poster, avec ma photo collée sur un mur ?
Assurer à tout prix l’éducation
Les choses tournèrent autrement pour moi. À 17 ans, je me portai volontaire dans une organisation non gouvernementale palestino-canadienne. À Project Hope, des volontaires locaux et internationaux travaillaient ensemble pour fournir aux enfants et à la jeunesse palestinienne des programmes éducatifs, classes de langue, d’art, de technologie et de sports. J’y ai rencontré des personnes venues du monde entier. J’ai senti leur solidarité. Chacune d’elles a dédié une part importante de sa vie à la Palestine.
Au début, j’ai appris l’anglais et quelques mois plus tard je traduisais dans des classes d’art et de photographie. J’ai pu découvrir combien nos activités étaient importantes pour des enfants victimes d’une crise humanitaire dans laquelle ils se voyaient dénier leurs droits les plus élémentaires.
Plus tard, j’ai commencé à organiser mes propres ateliers de photographie. J’ai découvert à quel point la caméra pouvait être importante car elle apporte un témoignage puissant de la misère dans laquelle nous vivons. J’ai travaillé comme volontaire durant cinq ans et j’ai beaucoup découvert à propos de moi-même et de ma communauté. Chaque jour, je traversais des check points, négociant avec les soldats pour pouvoir atteindre mes classes. La plupart du temps, j’usais de mon statut de volontaire international pour aider les gens aux check points
Je me souviens d’un jour où je me dirigeais vers Beit-Dajan, un village à l’est de Naplouse situé dans une zone militaire. Seuls ceux qui y habitaient pouvaient passer. C’était au milieu de l’été, vers midi… Je revenais de mes classes quand j’aperçus de très jeunes enfants avec leur mère stoppés depuis un très long moment sous un soleil de plomb, les enfants suffocants sous la chaleur.
J’étais sur le point de passer lorsque je revins sur mes pas en me dirigeant vers la mère. Comme d’habitude, la réaction du soldat fut : Allez-vous en ou je tire ! Je lui répondis en anglais que je travaillais pour une organisation de défense des droits humains et que je voulais parler au capitaine. Il me répondit qu’il n’était pas présent et me demanda ce que je voulais. Je lui répondis : est-ce ça qu’on vous apprend à l’armée, retenir une femme et ses enfants sous quarante degrés, ne vous reste-t-il aucune humanité ?
Il me rétorqua que tous les Palestiniens étaient des terroristes ! Je lui demandai le numéro de téléphone de son capitaine. Après beaucoup d’insistance et alors que le check-point avait cessé de laisser passer les gens tant que je n’aurais pas dégagé le plancher, je réussis à le faire appeler son capitaine. La femme et les enfants furent emmenés à plusieurs reprises, les sacs d’écoliers vidés sur le sol. Après que j’aie expliqué la situation au capitaine, il ordonna au soldat de les laisser passer.
Même sous occupation, nous sommes encore plein d’énergie, d’espoir et de sensibilité.
Je suis entré au collège en 2006 pour y étudier l’ingénierie mécanique. Ma faculté était entièrement sponsorisée par l’Allemagne. Mais les Israéliens ont empêché les Allemands d’importer plus de machines et d’équipements. Je manque donc d’expérience pratique
Israël s’attaque de manière systématique à l’éducation en Palestine. Aller à l’école à toujours été une aventure. L’armée avait installé des check points à 500 mètres du collège pour nous empêcher d’y accéder. Nous devions faire preuve de beaucoup d’imagination pour les contourner. Entre 2002 et 2006, pas moins de 500 check points encerclaient Naplouse.
Avant l’intifada, beaucoup de Juifs venaient à Naplouse pour aller au restaurant, faire des achats, entretenir leurs voitures, et un grand nombre de Palestiniens travaillaient en Israël. Je ne comprenais pas que nous avions à faire face à un tel conflit, alors que nous vivions à dix minutes les uns des autres. Ne pouvions-nous pas juste vivre en paix ?
J’ai réussi à trouver une organisation œuvrant pour la paix à Jérusalem où j’avais déjà rencontré des Israéliens, des Palestiniens et des Européens travaillant ensemble pour la paix. L’idée était merveilleuse mais une fois à l’intérieur je me suis rendu compte que ce n’était ni sérieux ni profond. Il y avait là un professeur qui faisait un exposé expliquant la crainte que les Palestiniens suscitaient auprès des juifs, la crainte que nous ne rêvions que de les jeter à la mer, que nous étions des terroristes, non civilisés, sales, pauvres et stupides. J’ai réalisé qu’il y avait encore beaucoup de chemin à parcourir.
Vivre aujourd’hui en Cisjordanie signifie que vous devez faire face à un gouvernement palestinien violent et corrompu qui rend des comptes au gouvernement israélien et qui n’a rien fait pour son peuple à part permettre à quelques-uns de s’enrichir. Et en plus de cela, nous devons faire directement faire face à l’occupation elle-même.
La découverte du monde
L’Autriche a été le premier pays européen que j’ai visité à l’occasion d’un programme d’échange entre jeunes Européens, Palestiniens et Israéliens. Nous sommes arrivés durant la nuit. Je savais que nous étions quelque part dans les montagnes et quand le soleil s’est levé, la beauté du paysage m’arracha des larmes. J’ai ressenti un air de liberté, une sensation inexprimable, magique…
J’ai été estomaqué lorsque j’ai appris que les Européens pouvaient circuler dans 27 pays sans être arrêtés ou contrôlés. J’ai été honteux de devoir leur expliquer que cela me prenait trois heures pour rendre visite à ma grand-mère qui habitait à 15 km de notre maison.
La vision simpliste que les Européens avaient du conflit m’a décontenancé. Pour eux, il suffisait de s’asseoir à une même table pour trouver une solution. J’ai tenté, encore et encore, d’expliquer qu’il ne s’agissait pas d’un conflit entre deux parties égales ; qu’il y avait un occupant et un occupé, qu’il y avait un coupable et une victime, que la victime ne pouvait pas négocier le respect de ses droits avec l’occupant parce que la victime n’avait aucun pouvoir. Que jamais un occupant ne reconnaît volontairement ses droits à la victime.
Le séminaire s’est clôturé par l’élaboration d’une belle plate-forme pour la paix. Mais j’ai découvert que deux des participants israéliens étaient des militaires…
Lorsque quelqu’un m’a demandé comment je voyais la solution au conflit, je suis devenu fébrile…
Nous avons perdu 70% de notre terre, nous avons à faire face à un mur deux fois plus long que le mur de Berlin, un mur qui encercle nos maisons, qui divise notre terre, qui nous dénie l’accès à nos champs ; plus de 2000 Palestiniens sont enfermés dans les prisons israéliennes parmi lesquels des enfants de moins de 14 ans. Nous sommes face à un demi-million de colons armés et protégés par l’armée. Nous sommes occupés depuis des décennies.
La solution est pourtant simple… Elle passe par la justice et l’égalité.
J’ai toujours eu foi en la mobilisation de la société civile, la solidarité, les actions pacifiques… Il y a eu suffisamment d’exemples dans le monde de peuples qui se sont libérés par eux-mêmes de l’occupation et de l’esclavage. La société palestinienne est dévastée, fatiguée et plus que déçue par les deux gouvernements, le leur et le nôtre, qui pourrissent notre vie, notre quotidien.
L’Autorité Palestinienne se refuse à aller devant la Cour internationale de Justice, depuis que les États-Unis l’ont menacée de lui couper les vivres.
Je veux néanmoins croire que le temps viendra où les démocraties se lèveront ensemble et forceront Israël à assumer ses crimes devant cette Cour.

 




Voyages au pays du collage et des collagistes

La Belgique est depuis longtemps une terre d’illustrateurs. Que serait la Bible sans eux ? Et la fascination des images ne date pas d’hier. Je cède volontiers à la passion du collage, cure de jouvence du regard, antidote à l’abstraction épuisante du langage. Y a-t-il une seule vie qui ne soit le produit d’une succession de hasards avec lesquels il nous faut composer ?
J’ai baigné dès l’enfance dans la grande peinture flamande. Je suis né à Anvers, avenue de Belgique. Mes grands-parents habitaient rue Jacob Jordaens, entre la rue du Pélican – l’oiseau qui nourrit ses petits de diamants – et le Parc Van Eyck. Ce nom m’a été très tôt familier. Cette première chronique copiée/collée lui sera donc dédiée. Et puis, l’ « Agneau mystique » que l’on vient de restaurer, c’est aussi en quelque sorte une histoire de famille au sens large. C’est la Pâque de ces grands-parents superbement célébrée avec et contre les Juifs, une tradition millénaire. Déjà chassés depuis soixante ans quand le ou les Van Eyck rallient autour du Sacrifice, version chrétienne, tous les fidèles monothéistes. Un manifeste de politique européenne des nouveaux maîtres, les ducs de Bourgogne, ses employeurs. Avec leurs rêves de grandeur et de nouvelle croisade. Près de six cents ans déjà, comme le temps passe.
Aussi me suis-je précipité à Gand pour voir démonter, nettoyer, restaurer, oserais-je dire repeindre l’imposant retable, avec toutes les armes de la chirurgie picturale. Et voici qu’à son tour, la ville d’Ostende charge un artiste (Kris Martin) de dresser sur la plage, face aux Thermes, le squelette décharné du polyptique, avec la Mer du Nord de Brel pour seul paysage. En hommage à Jan Hoet, figure emblématique du nouveau culte des images mondialement célébré par l’institution muséale. Membre de la caste de prêtres qui indiquent aux fidèles les nouveaux « ismes » en vigueur. Mais les anciens dieux veillent et ne se laissent pas détrôner si aisément. Ils rayonnent encore, tandis que le bateau Belgique et ses Églises s’enfoncent dans les sables. Les maillots de bain d’Adam et Êve sèchent au soleil. Abel et Caïn se battent sur l’estran, alors qu’un ange compatissant nourrit l’Agneau. Qui continue imperturbablement de saigner de tous les péchés du monde.



Pessah 2017 au Pianofabriek: Merci!

Samedi dernier vous avez été nombreux à nous rejoindre pour célébrer la pâque juive. Merci à toutes et tous pour votre présence chaleureuse et à l’année prochaine  🙂

Haggadah 2017



« Petite, je croyais que juif et révolutionnaire, c’était pareil »

Grands soirs et petit Kaddish

Un documentaire d’ Alice Durieux
A écouter! En ligne sur Arte ou Sur notre chaine audio
Chez moi, on est communiste et athée de mère en fils. Arrivée en France dans les années 1920, ma famille juive polonaise s’est vite détournée de l’Ancien Testament pour se consacrer à la lutte finale. 70 ans sans parler de religion, et voilà qu’en 2016, la grand-tante Jeannette, bientôt centenaire, annonce qu’elle veut faire dire la prière des morts (le Kaddish) en souvenir de ses parents morts à Auschwitz.
C’est l’histoire d’une famille communiste qui a oublié qu’elle était juive. Une histoire où la troisième génération (moi) interroge les précédentes sur ce déni de leur identité. De la religion à la révolution et retour : une histoire d’aujourd’hui ?

 




L’UPJB commémore l’insurrection du ghetto de Varsovie.

Bonjour à toutes et à tous,
Nous voilà réunis, comme chaque année, devant ce mémorial, lieu emblématique où sont inscrits 23 833 noms des victimes juives de Belgique de la barbarie nazie. Réunis ensemble pour nous recueillir dans leur souvenir et aussi pour commémorer ce jour d’avril de l’année 1943, qui marqua le début de l’insurrection des habitants du ghetto de Varsovie, symbole de la résistance juive au nazisme.
Cette commémoration, que nous voulons sans drapeau, sans ambassade, sans Hatikva, se déroulera en deux temps : nous entonnerons d’abord, le chant des partisans juifs, ici même, devant les stèles qui rendent hommage à la résistance juive en Belgique, avant de nous rendre, ensuite, à l’intérieur du Mémorial pour écouter le message de solidarité de Gilles Maufroy, un de nos membres qui s’est investi dans la solidarité avec les populations civiles de Syrie. Un combat qui, à nos yeux, s’inscrit dans la filiation de toutes les Résistances à la barbarie dont nous avons pris l’habitude de témoigner ici, année après année. Ainsi, ces dernières années, nous avons rendu hommage aux Tziganes, aux Arméniens, aux Tutsis et l’année passée, c’était Michel Roland qui était à nos côtés pour nous parler du calvaire de ceux qu’on nomme aujourd’hui les réfugiés.
 Le 19 avril 1943, dans le ghetto de Varsovie, ils étaient 220 jeunes gens à peine, armés de quelques dizaines de pistolets en mauvais état, quelques fusils, une mitraillette, des cocktails Molotov et des grenades pour tenter de mettre en échec l’armée la plus puissante du monde.
Ce même 19 avril 1943, près de Malines, ils étaient à peine trois autres jeunes gens à faire ce qu’aucune armée avant eux n’avait fait, ni après eux ne fera : arrêter un convoi, le 20e, qui était en route pour Auschwitz–Birkenau.
Et aujourd’hui, en avril 2017, un monde obscurci par les guerres auxquelles se livrent les puissants, le monde de Donald Trump et de Bachar El-Assad; dans une Europe en crise qui voit vaciller ses fondements démocratiques ; dans un pays, à deux pas d’ici, où le parti de la droite extrême, raciste et xénophobe, se voit crédité de 25% d’intention de vote et galvanise les foules aux cris de « la France aux Français, ici c’est chez nous ! » , dans ce monde mauvais où ce ne sont plus seulement quelques loups qui sont à nos portes, c’est quoi pour nous résister ?
C’est être là aujourd’hui, ensemble et nous souvenir. Que le Vel d’hiv a bien été la responsabilité de l’Etat Français; que les migrants d’aujourd’hui étaient nos parents ou nos grands-parents, hier. Que la liberté, celle de se déplacer, de travailler, d’aimer, valent mieux que toutes les mesures sécuritaires qu’on nous propose pour seul modèle d’avenir. Résister aujourd’hui, c’est être là, ensemble, nous souvenir et c’est aussi, rêver. Car mieux vaut la folie douce du rêve et de l’Utopie que les certitudes meurtrières. Rêver à la solution pacifique des conflits par la négociation, à la tolérance et au respect des droits des peuples et des personnes ; à l’hospitalité généreuse des multiples identités culturelles.
Ce refus de se résigner au pire, c’est le choix que font aujourd’hui ces hommes et ces femmes qui résistent aux barbaries jumelles du régime syrien et des djihadistes, et c’est aussi le nôtre, plus modestement, lorsque nous tentons avec d’autres de briser le miroir que se renvoient, dans nos propres sociétés, l’islamophobie et l’antisémitisme.
Je donne à présent la parole à Gilles Maufroy, engagé aujourd’hui sur la Syrie après avoir été l’un des fondateurs du cercle BDS à l’Université Libre de Bruxelles, un groupe qui promeut le boycott citoyen et politique des institutions israéliennes au nom de la défense du droit international. Gilles dont l’engagement tire aussi sa source d’un passé familial qui ne nous est pas étranger puisque Gilles est l’un des petits-enfants du regretté René Raindorf, Résistant juif, survivant de l’enfer concentrationnaire et longtemps dirigeant de la Fondation Auschwitz.