Daniel Liebmann, coordinateur de l’UPJB, sur La Première!

Il a été interviewé par La Première à propos de l’annonce de Trump et de la participation de l’UPJB à la manifestation contre la venue de Netanyahou.

Revoir sur RTBF Auvio

 

 

 

 




Noé, auteur compositeur interprète et ancien mono de l’UPJB-Jeunes à la télé!

Première Télé pour Noé avec son premier album « Avant toute chose »

LCR : Noé, auteur compositeur interprète, pour l’album « Avant toute chose »

Pour écouter des morceaux, c’est par ici:

Pour écouter l’album « Avant toute chose »

https://noeofficiel.bandcamp.com/album/avant-toute-chose
https://imusiciandigital.lnk.to/KWA8C

Pour vous procurer le CDhttps://noeofficiel.bandcamp.com/album/avant-toute-chose
ou à Bruxelles chez :

  • Caroline Music, Boulevard Anspach 101, 1000 Bruxelles
  • Le Petit Filigranes, 10 Parvis Saint-Pierre, Uccle
  • Par chemins, rue Berthelot 116, Forest
  • A Livre Ouvert, rue Saint-Lambert n°116, Woluwe-Saint-Lambert

 




Appel contre la venue de Netanyahou le lundi 11 décembre 2017

Netanyahu Not Welcome ! Boycott Apartheid leader !

Ce lundi 11 décembre 2017, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu sera à Bruxelles. Invité par Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Netanyahu participera « à un échange de vues informel avec les ministres de l’Union européenne en marge du conseil des Affaires étrangères. »

Nous dénonçons la venue de Netanyahu sur le sol belge et européen. Depuis 2009, date de sa dernière prise de fonction à la tête d’un gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou n’a cessé d’agir à l’encontre des droits fondamentaux du peuple palestinien et plus largement, à l’encontre du droit international. Netanyahu s’est récemment vanté d’être le Premier ministre sous lequel le plus grand nombre de colonies israéliennes en Palestine ont vu le jour, riant ainsi au nez des demandes de l’Union européenne qui, paradoxalement, l’accueille aujourd’hui en grande pompe.

Depuis l’adoption de la résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU qui condamnait une nouvelle fois la colonisation, par 14 voix contre zéro et une abstention, les autorités israéliennes ont accéléré les plans de colonisation, adopté une loi légalisant la confiscation des terres privées palestiniennes et déclaré leur intention de maintenir les colonies à jamais, affichant ainsi de manière délibérément provocatrice leur volonté bien arrêtée d’ignorer les règles les plus essentielles du droit international.

Le Premier ministre israélien est aussi à l’initiative de l’attaque dévastatrice contre Gaza « Bordure protectrice » en 2014, lors de laquelle, d’après les Nations unies, 2 251 Palestiniens, dont 1462 civils, ont été tués. Outre les morts, 11 000 Palestiniens ont été blessés et 100 000 déplacés. Dans un rapport publié après l’agression sur la Bande de Gaza, Amnesty International aboutit à une conclusion sans appel : l’État d’Israël s’est rendu coupable de crimes de guerre dans la Bande de Gaza, par ailleurs toujours asphyxiée par un blocus israélien vieux de 10 ans.

En outre, la politique d’extrême droite du gouvernement Netanyahu ne fait qu’éloigner la perspective d’une paix juste et durable au Moyen-Orient ; jamais la politique d’occupation israélienne n’a été aussi brutale pour le peuple palestinien, jamais le régime d’apartheid imposé aux Palestiniens n’a été aussi évident. Arrestations arbitraires, destructions d’infrastructures, soutien politique aux colons, oppression et humiliation font partie de la vie courante des populations de Jérusalem-Est et de Cisjordanie. Enfin, en Israël même, un climat délétère s’est installé et une véritable chasse aux sorcières est en cours contre les défenseurs des Droits de l’Homme.

Comment tolérer que, malgré cette liste non exhaustive des crimes imputés à Benyamin Netanyahu, celui-ci soit le bienvenu à Bruxelles au côté de nos ministres des Affaires étrangères? En accueillant Benyamin Netanyahou,  l’Union européenne légitimisme, mais se rend aussi complice d’une politique raciste et criminelle, s’alignant ainsi sur des soutiens à la politique israélienne tels Donald Trump, l’ AFD en Allemagne, le Front national et d’autres mouvements d’extrême droite.

Nous condamnons fermement la venue de Benyamin Netanyahou à Bruxelles et revendiquons notre combat pour la libération du peuple palestinien. Ce combat, inspiré des luttes contre les politiques coloniales ou racistes, est aussi celui d’une société égalitaire qui exclut toutes formes de racisme, dont l’islamophobie et l’antisémitisme.

Dès lors, nous exigeons de l’Union européenne que Benyamin Netanyahu ne soit pas accueilli à Bruxelles ce 11 décembre

L’Europe dispose de moyens directs pour œuvrer au respect du droit international, à savoir la fin de l’occupation, la libération des prisonniers politiques palestiniens, la fin du blocus de Gaza et le droit au retour des réfugiés palestiniens chassés il a 70 ans.

 

Nous appelons l’Union européenne et ses Etats membres à oeuvrer pour une paix juste et durable dans la région, notamment en supprimant l’Accord d’Associations EU-Israël et en pratiquant un embargo militaire contre l’Etat coupable de crime de guerre.

Listes des organisations signataires




La décision de Trump est un « acte de guerre », regrette l’UPJB

 

La décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël renforce « une situation totalement déséquilibrée« , regrette mercredi soir l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB), par la voix de son membre Henri Goldman. « C’est un acte de guerre qui ne va sûrement pas favoriser une solution juste au conflit israélo-palestinien« , a réagi ce dernier interrogé par l’agence Belga.

« En 1947, Jérusalem ne figurait pas dans le plan de partage de la Palestine« , rappelle Henri Goldman. Dans ce plan, Jérusalem et les localités environnantes forment en effet une zone sous régime international spécial, administrée par l’ONU. Si Israël a rapidement annexé la ville, « c’est en dehors du droit international, raison pour laquelle même les pays qui soutiennent le plus Israël n’ont pas leur ambassade à Jérusalem« .

« Israël est le seul Etat qui soutient la décision de Donald Trump. Qui se ressemble s’assemble. Le gouvernement Netanyahou est le plus à droite de toute l’histoire d’Israël, et c’est pareil pour Trump aux Etats-Unis« , relève celui qui est aussi rédacteur en chef de la revue « Politique« .

« Trump valide à présent la politique d’annexion et de colonisation du gouvernement israélien« , déplore-t-il.

L’UPJB n’est pas membre du Comité des organisation juives de Belgique (CCOJB). Ce dernier se réunit actuellement pour définir sa position quant à la décision du président américain.




Shtetl Saint-Gilles / Sint-Gillis: le premier festival klezmer bruxellois

Du 10 au 13 mai 2018 à l’UPJB:  SAVE THE DATE!

Le premier Festival Klezmer bruxellois! Save the date!

Shtetl Saint-Gilles / Sint-Gillis

Oï vaï ! Un bouillon européen de klezmer !

Le klezmer débarque dans notre shtetl bruxellois, oï vaï !!

Un week-end de trois jours où musique, chant et danse mettront à l’honneur le klezmer et la culture yiddish. L’occasion de réunir et de faire se rencontrer les amateurs de klezmer de Belgique et d’ailleurs et de rendre plus populaire cette musique envoûtante aux sonorités mélancolique et emplie de joie à la fois !

Différents instrumentistes, une chanteuse et un danseur venus de différents pays d’Europe seront présents tout au long du week-end pour faire découvrir aux stagiaires leur passion du klezmer et de la culture juive d’Europe de l’Est. De nombreux ateliers seront organisés afin de permettre à chacun de pouvoir s’essayer ou d’approfondir leur talent dans les différentes dimensions. Un atelier sera également proposé pour les enfants.

Les soirées seront dédiées à faire la fête, à faire vibrer nos corps et nos esprits grâce aux concerts et au bal animés par les artistes invités qui nous feront découvrir leur univers… Mais aussi avec les jamsessions qui rassembleront tous les stagiaires et quelques invités surprises !

Venez nombreux pour rendre ce moment encore plus joyeux !

Joanna Britton et Amandine Seifert, les klez’meydelekh en partenariat avec l’Union des Progressistes Juifs de Belgique

A suivre aussi sur nos pages Facebook et Instagram!   


ENGLISH

Klezmer is coming to our Brussels-shtetl, oy vey !!

A long weekend of music, singing and dancing (and maybe even cooking!?), with four days bursting with klezmer and Yiddish culture. It’s a chance to bring together klezmer lovers from all over Belgium and further afield, to showcase the culture and share our love for this music with its entrancing mix of melancholy and joy!

 We are very happy to have wonderful teachers from Belgium and elsewhere in Europe to teach us and share their passion for klezmer with the workshop participants. Whether you want to improve your existing skills or try out something new, the group sessions of music, dance and singing offer something for everyone, even for children!

 Evenings will also be full of klezmer, with concerts from guest artists, jam sessions for everyone to share their favourite songs and tunes, and even a ‘Tantshoys’ – or klezmer ball – where we can gather with friends and family to learn dances together and be whisked away into the universe of klezmer by a wonderful band!

 We look forward to seeing you all there – the more the merrier!!

Joanna et Amandine The“klez’meydelekh” with UPJB.

 

 

      

 

 




Jean-Christophe Attias, un Juif de mauvaise foi

De mère catholique et de père juif venu d’Algérie, demi-goy, demi-juif et… baptisé, «tissé de laine et de lin», Jean-Christophe Attias décide à l’âge de vingt ans de devenir juif à part entière. Et il ne fera pas les choses à moitié. C’est cet itinéraire qu’il nous raconte, à partir de son dernier repas de goy: boudin noir, porc et sang, un comble! Jusqu’au jour où il revêt la panoplie complète du juif orthodoxe et en adopte tous les commandements qu’il suivra à la lettre, d’une manière scrupuleuse. Une sorte de carcan choisi, comme pour affirmer avec force sa nouvelle identité. Cela nous vaut des pages pleines d’humour sur la cacherout imposée à la cuisine familiale lors de ses retours au foyer, et aussi, dans le registre de l’autodérision, quelques instantanés des apparitions  de cette silhouette insolite dans le paysage de sa province natale.  Mais rien n’est simple. Que faire du prénom qui fleure bon le christianisme? Il s’en choisira un nouveau pour le temps de la synagogue: Yaacov.

Et Dieu dans tout ça? Attias n’élude pas. Une conviction: Dieu n’existe pas. Mais après cette affirmation, plusieurs considérations sur la prière et une foule de questions et de sensations diffuses, ouvrent tout un champ de doutes. Et le doute irrigue tout le récit, comme une fragilité, une incertitude chronique. 

Mais Dieu qui n’existe pas a accompli un miracle, une rencontre. A la suite d’une série de coïncidences, Esther Benbassa fait irruption dans la vie d’Attias. Et irruption est le mot, lorsqu’on songe à cette personnalité flamboyante. Leurs parcours universitaires sont quasi parallèles. Lui, historien du judaïsme médiéval et hébraïsant de haut vol, elle, spécialiste du judaïsme contemporain et du monde séfarade. Esther, à la triple identité, turque, israélienne et française, l’entraînera dans son monde familial, à l’exubérance orientale. A son contact, Attias deviendra juif autrement, plus librement, en se débarrassant des contraintes mais jeûnant toujours à Yom Kippour.  Dans leurs écrits respectifs, tous deux explorent le judaïsme, interrogeant le passé et l’aujourd’hui. Ensemble, retirés dans une maison au bord d’une mer menaçante, dans un lieu nommé Ault, dans la Somme,  ils écriront à quatre mains des livres où Histoire et politique se conjuguent,  et c’est dans une langue magnifique qu’Attias évoque, à partir de ce lieu perdu, toute une géographie rêveuse qui brasse mythes et identités.

Juif diasporique, comme il s’affirme, il assume avec Esther Benbassa, souvent à contre-courant, leur dénonciation constante de l’injustice faite aux Palestiniens. Juif dans les marges. «Les marges? Va pour les marges. Je m’y suis toujours trouvé à l’aise. Ma voie, tortueuse, fut dès l’abord toute tracée. Le judaïsme, oui, chaque jour de ma vie, mais jamais le judaïsme du centre, toujours le judaïsme en ses périphéries. Et en mouvement. Le commentaire plutôt que le texte commenté. La tentation de la transgression plutôt que l’illusion de la stricte observance. Le récit plutôt que le traité. La poésie plutôt que la prose.»

Un parcours où les souvenirs naviguent entre imaginaire et réel, où l’humour, l’ironie et même le sarcasme côtoient des séquences poétiques. Un récit de vie qui va à la rencontre du lecteur avec des questions plein les pages.

Un article de Tessa Parzenczewski paru dans le Points Critiques de novembre-décembre 2017

Un juif de mauvaise foi. JC Lattès. 407p. 20,90€

L’auteur présentera «Un juif de mauvaise foi» à l’Upjb le 24 novembre à 20h15.




Clara Haskil vu par Elias Preszow

Elias Preszow nous livre ses impressions après avoir vu Clara Haskil Prélude et fugue de Serge Kribus.  A voir au théâtre Blocry de Louvain-La-Neuve du 8 au 25 novembre 2017. 

Dans le rideau de Max, tout est noir… Sauf Clara, ombre blanche qui saute aux yeux : assise de profil, devant son piano, elle nous regarde. Et puis, aussi, des sommets de montagnes enneigés, en haut à gauche, et un chat enroulé sur lui-même, en bas à droite, Carapate, le chat. Noir et blanc, comme le gris de l’existence ; les contours de la Tour Eiffel, qui est à Paris ; et la fumée qui s’échappe du train, son sifflement invisible, venu de quelque part en Roumanie ; le reflet des étoiles dans les vagues de la mer.

Clara Haskil née à Bucaret en 1895, morte en 1960 des suites d’une mauvaise chute à la Gare du Midi. Vue par Serge Kribus, dans un texte intitulé Prélude et Fugue, mis en scène au théâtre Blocry, à Louvain-La-Neuve- la grise, la froide. Dans une ancienne ferme chaleureuse retapée, juste au dessus du café La Petite Gayolle, au cas où. Les souvenirs d’une vie sont portés par une jeune femme qui s’appelle Anaïs Marty. Elle est seule, au milieu d’une pièce vide, sauf un cadre de porte et deux chaises. C’est tout. On se dit qu’il va falloir tenir une heure quarante-cinq, ce n’est pas rien, et déjà on s’accroche à son siège. Mais  incompréhensible autant que saisissante, la magie opère d’emblée. Cette actrice qui, au départ, semble un peu trop fragile, ou effacée, s’envole dans un discours fleuve ; non, une longue et sinueuse promenade à travers cette forêt musicale nommée Clara.

Du 8 au 25 novembre, ça se joue. C’est remarquable. Comment le dire ? C’est à la troisième personne de l’intime, ou la première personne onirique, le rêve lui-même, l’histoire d’une interprète des plus grands compositeurs de musique classique. Des fulgurances dans la mémoire ; une existence qui devient sobre à force de complications, d’arrachements, de persévérance pour affirmer l’évidence de son talent, le besoin de partager ses lectures avec le cœur.

La carrière a du mal à démarrer ; des problèmes de santé se multiplient. Après Vienne, cette petite Roumaine d’origine juive débarque à Paris pour affronter le Conservatoire. Puis c’est la guerre ; puis une autre. Elle rage de ne pas parvenir, elle s’excuse de ne pas être à la hauteur des espérances qu’on lui porte, elle craint tant de décevoir tout le monde : sa grand-mère, sa mère, ses sœurs, ses oncles… son chat. Elle écrit des lettres d’une beauté étonnante, d’un humour tendre et mordant. Là, on rit. Si la carrière paraît manquée à première vue, c’est comme un premier amour. Pour mieux le sentir vibrer au fond de soi, le laisser remonter, et jaillir du bout des doigts, de la pointe des yeux. Là, on pleure. Clara Haskil nous regarde les oreilles grandes ouvertes. Nous la comprenons un peu, je crois.

Des vagues grises, un fond noir, une épure : l’obscurité d’où émerge la lumière. La blancheur resplendissante, par touches, d’une musique venue d’où ? Et puis cette voix, cette simplicité mouvante, juste ce qu’il faut pour saisir que rien ne se fait sans rien : le cadre, les chaises bougent, le visage se métamorphose. La traversée de l’Atlantique, puis l’installation en Suisse. Quelqu’un est présent devant nous, assis, elle tout le temps debout, et qui ne s’arrête pas. L’habit change. Les saisons passent. Les amis viennent, s’en vont, reviennent. Un sourire se dessine entre des larmes difficilement contenues : ainsi c’était ça, la vie ?

Inutile d’en rajouter, d’accord : pas de commentaire, entendu. Telle est en tout cas l’éthique de Serge, et peut-être le secret de sa générosité. Nous sommes heureux, pour lui, pour nous-mêmes, dans ce voyage qui ne fait que commencer, comme une humble promesse que ça valait la chandelle. Alors inutile vraiment d’expliquer combien sincère, combien nécessaire…

L’actrice, le texte, le rideau, les rares extraits de piano qui donnent relief, équilibre à l’ensemble du propos ; les silences qu’on apprend à écouter, et qui sont comme la profondeur inaccessible de ce qui gît à portée de main. Combien noir, et blanc, et combien gris d’incendie, rouge, bleu, une incandescence que cette interprétation seule, ce rêve seul, ce chant parviennent à exprimer.

Elias Preszow, le 13/11/2017

Lire aussi: Clara Haskil par Serge Kribus

 




Clara Haskil par Serge Kribus

L’impossibilité de traduire la musicalité d’une langue à une autre peut empêcher les personnes qui s’expriment dans des langues différentes d’avoir accès à l’imaginaire de l’autre et par conséquent à la représentation du réel telle que l’autre le perçoit.

Même dans une langue commune, la difficulté de traduire et transmettre ce que nous sentons intimement provoque des malentendus permanents dans les relations professionnelles comme dans la sphère privée. Les mots peuvent porter le souffle de nos pensées, de nos actions. Mais ils sont limités. Cette limite est aussi une source. Elle peut nourrir la poésie la plus lumineuse mais également la bêtise et la haine.

La musique elle, comme la peinture, n’a pas besoin de mots. On peut ne pas y être sensible, ne pas l’aimer, ne pas la comprendre, mais elle n’est jamais confrontée à la limite des mots. La musique traduit nos émotions les plus profondes, les plus sourdes, les plus indéfinissables. La musique est l’expression de nos émotions et de la vie de nos émotions. Les émotions sont la source de nos connaissances. Elles nous parlent et nous informent sur ce qui convient ou ne convient pas à nos corps. Ce n’est pas le langage qui mène aux émotions. Ce sont les émotions qui mènent au langage.

Etrangement, de nombreuses sociétés s’organisent autour de la dissimulation des émotions. La dissimulation peut même devenir une condition de réussite sociale. Certains sont si doués en la matière qu’ils en deviennent sourds à leurs propres sensations. (Et bien sûr, à celles des autres. Pourquoi prendre en compte la sensibilité de l’autre quand nous ignorons la nôtre ?)

Clara Haskil, elle, vivait je crois sous l’impératif d’un autre principe. Elle ne voulait ni ne pouvait dissimuler. Quand bien même l’eût-elle souhaité, elle en était incapable. Elle s’était construite avec le langage de la musique. Langage qu’elle avait découvert dans l’environnement familial et dans lequel elle s’était engagée seule, avec désir et plaisir.

Cette sincérité absolue, cette simplicité dénuée de tout effet artificiel, ce talent inouï, ces moyens extraordinaires sont rares. Rares, mais pas uniques. Ils se perçoivent chez Pablo Casals, Dinu Lipatti, Geza Anda ou plus proche de nous, chez Martha Arguerich ou Hélène Grimaud. Et ils se perçoivent aussi très souvent chez les enfants. Dans leur intuition, la force de leur désir, leur plaisir à inventer, et leur incroyable spontanéité, riche d’étonnement, de découverte, et dénuée de toute posture.

Un jour qu’on demandait à la petite Clara ce que mangeaient les vaches, elle a répondu : « de la patience ». Françoise Dolto a cerné cette intelligence aux capacités inouïes quand elle a écrit : « L’intelligence symbolique est étale de la naissance à la mort. » Mais ce qu’on peut aisément imaginer chez les enfants, comment le concevoir avec les adultes ?

« Il est seulement peut-être étonnant que Mozart ait survécu à la phase dangereuse de l’enfant prodige sans que son talent ne s’étiole. » écrit Norbert Elias. Comment survivre au regard, au jugement, à la pression qui nous invitent précisément à dissimuler ?

Préserver la sincérité indispensable à tout geste artisanal et artistique a sans doute un prix. La sincérité de Clara Haskil l’a empêchée, isolée, meurtrie parfois. Mais dans le même temps, elle a aussi produit sa propre lumière, comme celle de Mozart, comme celle de Rembrandt.

Clara Haskil était incapable de lutter pour elle-même comme l’admirable Paul Robeson. Oui elle doutait. Oui, elle a connu des heures difficiles. Mais je crois qu’elle a été aussi heureuse.Heureuse d’être elle même, finalement.

Pour que la musique de Clara Haskil nous parvienne, il n’a pas fallu seulement la sincérité et le talent. Il a fallu aussi la conviction inaltérable, exceptionnelle et féroce des ses amis qui se sont battus toute leur vie pour la soutenir. Jamais la musique de Clara Haskil ne nous serait parvenue s’il n’y avait eu la générosité et l’acharnement de ses amis à la faire vivre.

Clara Haskil écrivait souvent à ses correspondants de ne pas l’oublier. Puisse ce spectacle, que toute l’équipe artistique et moi-même avons conçu, honorer la mémoire et la musique de Clara Haskil.

Serge Kribus, octobre 2017

A voir du 8 au 25 novembre 2017 Clara Haskil Prélude et fugue au théâtre au théâtre Blocry à Louvain-La-Neuve




La vidéo du Grand Bal Yiddish 2017!




[Publication] Enseigner la philosophie et la citoyenneté, à partir d’ateliers créatifs de Catherine Buhbinder 

Parution du livre de Catherine Buhbinder, enseignante

Bonjour,

 J’ai le grand plaisir de vous annoncer la sortie prochaine de mon livre « Enseigner la philosophie et la citoyenneté, à partir d’ateliers créatifs », aux éditions Chronique sociale. Je le présenterai à l’occasion d’une conférence que je donnerai au Salon de l’éducation de Charleroi, le dimanche 22 octobre, à 16h (Charleroi expo, Av. de l’Europe 21).
Ce livre est, pour moi, l’occasion de lancer un cri d’alarme concernant les effets que suscite le démarrage des cours de philosophie et de citoyenneté « version hybride » dans les écoles publiques francophones. Nos responsables politiques n’ont pas réussi à trancher entre supprimer les cours de religion obligatoires dans les écoles (avec éventuellement l’organisation de cours facultatifs) et maintenir la logique désuète du Pacte scolaire. En catastrophe, ils ont créé le cours de Rien, puis la solution schizophrénique du 1h+1h. Alors que nous accumulons les difficultés tant organisationnelles que pédagogiques, une inacceptable pagaille s’est installée dans nos têtes et nos écoles. Et, nous nous engageons dans une stratégie du pourrissement !
Les cours de philosophie et de citoyenneté s’enracinent, malheureusement, dans un malentendu, un déni. Celui du cours de morale considéré comme « engagé » par la Cour constitutionnelle du 15 mars 2015. Celle-ci a énoncé son verdict sur base du fait que dans la Belgique pluraliste, la laïcité est reconnue et subsidiée au même titre que les religions. Le cours de morale se réclamant de l’esprit de la « Libre pensée » ne peut donc offrir de garanties de neutralité. Or, déjà sur le plan du statut, ce jugement ne tient pas la route. Contrairement à son homologue flamand, le Centre d’Action laïque francophone a toujours refusé de jouer le rôle de pouvoir organisateur du cours de morale. Les professeurs de morale avaient le même statut que n’importe quel professeur de cours général, en terme d’engagement et d’inspection, et le programme de morale était également reconnu par la Communauté Française. Ce qui n’est absolument pas le cas des professeurs de religion. Mais, de toute façon, si la Cour constitutionnelle a dénoncé l’ambiguïté du statut du cours de morale, elle n’a pas posé de jugement quant à son contenu. Pourtant, le mal était fait : la laïcité était assimilée à une religion ; les professeurs de religion étaient mis sur le même pied que les professeurs de morale ; il n’était plus été possible de distinguer un cours où l’on apprend à penser à travers la pensée de quelqu’un ou quelque chose d’autre (un livre, une Eglise, des commentateurs,…), d’un cours où l’on apprend à « penser par soi-même » !
Le véritable enjeu de toute cette saga était la sortie du Pacte scolaire, symbole du pluralisme à la belge. La logique des cours de religion « obligatoires » dans les écoles publiques est surtout identificatoire. Elle sépare les élèves et propose une vision caduque du religieux (pas de passage, pas de syncrétisme, pas d’esprit de recherche individuelle,…). De plus, eu égard au principe de liberté religieuse, l’Etat n’a aucun pouvoir de contrôle sur ce qui s’y dit. Et, l’école publique ne peut prévenir le fanatisme qui couve parfois en son sein et en son nom. Enfin, le pluralisme belge que nous sommes sensés incarner, chacun dans nos cours séparés, est une fiction qu’il est impossible à mettre en scène. Beaucoup plus intéressante et légitime à l’école, est l’idée d’organiser des cours sur les religions, par des personnes formées en science des religions et à destination de tous les élèves. Nous n’avons pas été à la hauteur de cet enjeu.
L’autre véritable enjeu était la création d’un cours de philosophie et de citoyenneté pour tous. Qu’y mettra-t-on ? Jusqu’où irons nous dans la liberté de penser ? C’est ici que le déni du cours de morale comme précurseur de ce nouveau cours, pourrait bien être fatidique. Si le cours de morale est condamné comme « doctrinal », que sera le nouveau cours « neutre » ? J’admets que l’intitulé « morale » pouvait faire croire que nous « moralisions » nos élèves. J’ai compris, avec les années, qu’« inculquer une morale » est un contresens philosophique. Ce n’est qu’en apprenant aux élèves à penser, que l’on peut empêcher le mal ! C’est La posture philosophique ; elle est, par principe, allergique à toute forme d’endoctrinement. Mais faut-il, aller encore plus loin et, au nom de la neutralité, mettre en cause le contenu même de notre cours ? Le Décret neutralité de 1994 énonce quand même l’interdiction de « privilégier une doctrine relative à ces valeurs ». Qu’est-ce qu’une doctrine ? Faudra-t-il condamner le module « Qu’est-ce que l’homme ? », de notre programme de morale de 4ème, comme étant un parti pris doctrinal ? Dans ce cours, on développe, en effet, la thèse de l’évolution, on fonde l’anti-antiracisme,  on interroge l’origine animale de l’homme, on met en évidence le rapport nature/culture, on s’appuie sur l’anthropologie, etc. Est-ce ce savoir fondamental et fondateur du cours de morale qui est désormais interdit, dans les écoles publiques, au nom de la neutralité ? Et en effet, je constate qu’il n’en est plus du tout question dans le nouveau programme qui nous enjoint plutôt d’examiner : « La diversité des discours sur le monde » (UAA 2.2.1.). Qu’y faire d’autre que mettre en parallèle le discours religieux, mythique, et le discours scientifique ?
Je nourris bien des doutes également sur la notion de « citoyenneté ». Si elle rassemble, très justement, toutes les tentatives d’éducation au « vivre ensemble », c’est aussi une notion très à la mode, qui risque d’être bien édulcorée si on n’aborde pas les questions de fond. Et, celles-ci trouvent difficilement leur place dans le nouveau programme, devenu très « technique ». Nous en avons fini avec ces grandes interrogations qui nous tenaient en haleine au cours de morale, sur la Vérité, le Sens, l’Homme, la Société, le Monde…. On y aborde désormais des questions très concrètes comme la bioéthique, l’environnement, le pouvoir des sciences, etc.
Quant à l’enseignement de la philosophie, j’ai bien peur, une fois de plus, qu’on ne la réduise à une méthodologie. Si nous voulons un vrai cours de philosophie pour tous les élèves belges, il faut savoir que la philosophie est fondamentalement ardue et prend du temps (Plus que des périodes de 50 minutes), qu’elle exige des enseignants formés et passionnés (Plus que 180h en guise de reconversion professionnelle), et qu’elle est fondamentalement subversive ! L’enseignement de la philosophie impose un décentrement qui est peu commun à l’école. Elle suppose que l’on reconnaisse en l’élève un être de désir et d’intelligence. Plutôt que de penser en terme de « transmission », le professeur doit orienter le travail de l’élève, sur lui-même, sur l’écoute des autres, et sur l’expérimentation de la pensée.
J’ai commencé mon livre pour comprendre les difficultés dans lesquelles je me débattais en tant que professeur de morale : l’ambiguïté du statut de mon cours les problèmes de crédibilité qui en découlent, la question de l’autorité et du cadre scolaire, les spécificité d’un enseignement de la philosophie. C’est en écrivant que j’ai théorisé, et en théorisant que j’ai trouvé des solutions pédagogiques. J’ai nourri ma réflexion par de nombreux stages qui m’ont fait découvrir la pédagogie institutionnelle avec la CGE (Changement pour l’Egalité), la pédagogie nouvelle avec Michel et Odette Neumayer et le GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle), et tout le travail autour des ateliers philo ou de la philosophie avec les enfants. C’est ainsi que j’ai développé une vision et des exigences très personnelles de l’enseignement de la morale. Lorsque j’ai été rattrapée par l’actualité et que mon cours a été mis sur la sellette, j’étais prête pour proposer le bilan de cette expérience et me positionner par rapport au nouveau cours, à son contenu et ses méthodes. C’est le travail que je propose ici, ainsi qu’un véritable « manuel » fondé sur des ateliers créatifs et illustré par des travaux de mes élèves.
Ainsi, mon livre est aussi un sursaut de dignité professionnelle par rapport à  toute cette logique qui nous a dépossédé de notre expertise, et pousse l’humiliation jusqu’à nous obliger à retourner à l’école pour apprendre notre métier !
Au plaisir de vous y retrouver,
Catherine Buhbinder