22.03 /// Commémoration citoyenne des attentats

L’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) relaie l’initiative du Collectif Tous Ensemble – Samen Eén dont nous reproduisons l’appel ci-dessous.

Nous invitons nos membres et ami.e.s à se retrouver ce mercredi 22 mars à 15h sur la Place communale de Molenbeek ou à 16h sur la Place de la Bourse.

 

Cher Toutes et Tous,

Ce mercredi 22 mars marque le premier anniversaire des terribles attentats qui ont endeuillé la Belgique.

Le Collectif #TousEnsemble #SamenEén, composé de citoyens issus de la société civile et de secteurs culturels, sociaux et religieux les plus divers appellent à un grand rassemblement pour une

 

Commémoration citoyenne des attentats

À la Place de la Bourse à Bruxelles

Mercredi 22 mars 2017 à 16h

 

Au-delà des commémorations officielles, l’objectif de cette initiative citoyenne est de rendre hommage et de témoigner de notre soutien pour toutes les victimes et à leurs proches de la tragédie de Maelbeek et de Zaventem en leur donnant la parole, mais aussi pour toutes les victimes des attentats à travers le monde.

Ceux qui ont semé la terreur veulent nous diviser et nous voulons leur répondre par la réaffirmation de l’amour, du dialogue et de la rencontre pour briser les murs. Cette initiative veut aussi être solidaire de toutes les victimes indirectes, ceux qui subissent la discrimination, la stigmatisation au quotidien. Contre la montée des discours populistes, notre volonté est de réaffirmer l’égalité, l’inclusion et la solidarité entre tous les citoyens.

Plusieurs points de départ sont organisés de la place communale de Molenbeek, de la Gare du Nord et de la Place du Luxembourg à 15h pour marcher vers la Bourse qui est le point d’orgue du rassemblement à 16h. Au programme: des témoignages de victimes, des performances musicales et d’autres animations auront lieu dans ce lieu de rassemblement devenu symbolique au-delà de nos frontières.

Nous appelons tous les citoyens, d’où qu’ils viennent, à venir témoigner par leur présence de leur solidarité avec les victimes mais aussi de leur volonté de faire ensemble société. Au-delà des clivages linguistiques, culturels sociaux ou économiques, nous ne céderons pas à ceux qui veulent nous diviser pour affirmer avec force une société égalitaire, inclusive et solidaire.

N’hésitez pas à diffuser, mobiliser et partager à travers votre mailing ou sur les réseaux sociaux!

https://www.facebook.com/events/1885140978375772/

 




24.03 à 20:15 /// J’écris donc je traduis

J’écris, donc je traduis” – pas d’une langue, même si le russe est ma langue maternelle, mais certains auteurs, et je traduis depuis toujours. Qu’est-ce d’autre que traduire, écrire? Traduire d’une langue pas encore énoncée, traduire des images pas encore mises au jour, ou mises en mots, traduire toujours. Je traduis de la prose (par exemple, toutes les œuvres de fiction de Dostoïevski), de la poésie (Eugène Onéguine de Pouchkine), du théâtre (donc le théâtre complet de Tchekhov, avec Françoise Morvan). J’écris de la poésie. J’écris sur Facebook, des chroniques, des poèmes, des traductions qui rassemblent l’ensemble de mon travail, je suis dans un lieu commun, un lieu sans lieu, un lieu de partages.

“Partages”, c’est le titre des deux premières années de ces chroniques publiées aux éditions Inculte, en 2015 et 2016. De tout cela, et de je ne sais pas quoi d’autre (puisque j’improvise toujours), nous parlerons, si vous voulez.”

André Markowicz. Présentation : Didier de Neck, comédien/metteur-en-scène .

Lieu: UPJB — 61 Rue de la Victoire 1060 Bruxelles

 

En savoir plus sur André Markowicz ?

Visionnez l’entièreté de la vidéo de Médiapart ou écoutez l’émission que France Inter lui a consacré: André Markowicz sur France Inter

 

 

 

 




30.03 à 19:00 /// Invitation à la première publique de Oltremare (colonies fascistes)

Dans l’Italie fasciste des années 30, des habitants du village de Borgo, poussés par la misère ou l’esprit d’aventure, émigrent dans les colonies de L’Empire Italien d’Afrique pour y chercher l’Eldorado promis par la propagande. Guerre et chute du régime entraînent la perte des Colonies, les obligeant à revenir à Borgo, après avoir tout perdu. Les mots, les mémoires écrites et des centaines de photos de témoins nous révèlent une parole longtemps tue.

PREMIÈRE BRUXELLOISE

Le Centre Vidéo de Bruxelles vous invite à la première du film en présence de la réalisatrice

Le jeudi 30 mars 2017 à 19:00
Lieu: Cinéma Galeries - 26 galerie de la Reine - 1000 Bruxelles - www.galeries.be

La projection sera suivie d’un drink.

L’entrée est libre. Merci de confirmer votre présence par courriel info@cvb-videp.be

Bande-annonce, photos, festivals…




24 et 25.03 à 21:00 /// Humeurs et états d’âme – Szoc et Weissenstein

Une première… Edgar Szoc, chroniqueur sur les antennes de la RTBF
(« C’est presque sérieux »), et Gérard Weissenstein qui termine trois saisons consacrées à Léo Ferré (« Autour de Léo »), tentent une aventure en commun, une scène partagée autour d’un nouveau répertoire, les humeurs racontées d’Edgar et les états d’âme chantés de Gérard… Avec Pascal Chardome pour les accompagner au piano et à la guitare.

 

Parmi les chansons interprétées par Gérard Weissenstein : Intoxicated Man (Gainsbourg), L’Aquaboniste (Gainsbourg), Graine d’Ananar (Ferré), Tu n’en reviendras pas (Aragon-Ferré), Le tandem (Bialek) et des créations: Comme Barbara à Göttingen (Weissenstein – Chardome), Chanson psy (Auclair-Chardome), Trac (Horowitz-Chardome), Oriente-moi (Delatte, Loris – Chardome), Et ce fantôme (Faithfull- adaptation Weissenstein)…

Réservations et plus d’infos? le Jardin de ma Sœur

Lieu: A l'angle du Quai au Bois à Brûler et de la Rue du Grand Hospice, à 1000 Bruxelles (Marché au Poisson, Métro Sainte Catherine)
Tel: +32.2.217.65.82 
E-mail: info@leJardindemaSoeur.be 



28.03 à 18:00 /// Qu’est devenue la Gauche israélienne aujourd’hui ?

Comme chaque année, le Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches (CHSG) de l’ULB organise une série de séminaires, ouverts à tous. Le premier de ces séminaires se tiendra le mardi 28 mars 2017, de 18h à 20h, et portera sur le thème suivant :

Le soutien de l’URSS à la création d’Israël en 1948 montre à quel point cet Etat incarnait un espoir pour les gauches européennes au Moyen-Orient. Entre le mythe des kibboutz et l’espoir d’un socialisme oriental, la gauche israélienne n’est jamais parvenue à transformer ces espérances en réalité concrète. Loin d’avancer en bloc homogène, la gauche israélienne a cependant été au cœur des principaux actes de rapprochement avec le voisin palestinien. De l’échec du processus d’Oslo à l’hégémonie politique de Benjamin Netanyahu, en passant par la Seconde Intifada et la montée des mouvements d’extrême droite, les progressistes israéliens ne semblent plus en capacité de peser politiquement.

Qu’en est-il réellement ? Qu’est-ce qu’être de gauche en Israël aujourd’hui ? Comment les fractures du passé impactent les discours politiques de la gauche israélienne aujourd’hui ? »

Thomas Vescovi (diplômé de Paris VIII), dont les travaux de recherche portent sur le Proche-Orient, est un bon connaisseur de la société juive israélienne, il proposera des éléments de réponse aux questions soulevées plus haut. A noter qu’il donnera une conférence sur la mémoire de la Nakba en Israël le lundi 27 mars à 20:15.


 

 

Le séminaire se déroulera à la salle Arthur Doucy, 12ème étage de l’Institut de Sociologie (Bât.S, local 12.123), ULB, 44 avenue Jeanne, 1050- Bruxelles). Entrée libre.

 




Editorial /// Points Critiques n°370 – mars-avril 2017 – Visages de la peur

La peur, nous connaissons. Comme organisation juive, nous gardons en mémoire les heures sombres de notre histoire, lorsque les Juifs d’Europe étaient contraints de choisir la clandestinité pour sauver leurs vies. Et bien qu’aujourd’hui nous ne soyons pas les seules ni peut-être les principales cibles du racisme, la résurgence d’un antisémitisme meurtrier qui a frappé jusqu’à notre propre ville nous oblige à adopter un autre rapport au monde, à renouer avec la prudence.

Mais aussi et surtout : à élaborer une réflexion critique sur ces peurs multiples, leur instrumentalisation par des politiciens et les changements, peut-être encore plus inquiétants, que certains d’entre eux introduisent dans nos sociétés pour renforcer « la Loi et l’Ordre » au détriment de nos droits élémentaires. Ainsi l’arrivée au pouvoir aux Etats-Unis de Donald Trump, milliardaire inculte, antisémite, islamophobe et sexiste (pour ne citer que les plus visibles de ses multiples qualités), est-elle à la fois le produit des peurs que ses conseillers ont contribué à fabriquer (notamment à travers la production de ces terribles « faits alternatifs ») et la cause de peurs bien réelles pour les femmes, les Noirs, les Musulmans, les homos, mais aussi les ouvriers, les chômeurs, les malades et en définitive toutes celles et ceux qui ne sont ni mâles, ni blancs, ni chrétiens… ni riches. Les mobilisations de masse qui traversent ces dernières semaines les rues américaines et qui, espérons-le, ne sont pas appelées à faiblir, sont peut-être le début d’une résistance globale au système qui produit des Trump, grands et petits, de la Maison Blanche à nos propres gouvernements.

Car utiliser la peur pour détricoter les droits, à une échelle plus discrète mais aussi plus insidieuse, c’est ce que font déjà nos propres dirigeants politiques, eux aussi aidés par leurs fabricants de « faits alternatifs », ces mensonges, demi-vérités et fausses évidences que l’on produit au sommet en donnant l’illusion qu’ils sont le reflet du « pays réel ».

Ainsi « chacun sait » que la nouvelle capitale du djihadiste mondial est Molenbeek et que les racines de ce phénomène sont à chercher dans les politiques menées par les partis au pouvoir dans cette commune par le passé (le PS de Philippe Moureaux) ou qui y participent aujourd’hui en coalition (Ecolo en la personne notamment de Sarah Turine). Comme l’explique doctement Jean-Pierre Martin (RTL) dans les colonnes de la revue Regards1, Molenbeek « est devenue un symbole des négligences, de la candeur, de la peur de stigmatiser, des accommodements idéologiques, bref de la cécité politique des autorités belges ».

La peur de stigmatiser : ce n’est en effet pas cette inquiétude-là qui empêche de dormir un Jan Jambon, le ministre N-VA « de la sécurité et de l’intérieur » (une appellation qui ne répond à aucune norme officielle ni même au programme du gouvernement : le mot « sécurité » a été ajouté par fait accompli) qui, interrogé au Parlement au sujet des sources objectives de sa célèbre déclaration sur « une partie significative de la communauté musulmane » qui aurait « dansé » au lendemain des attentats de Bruxelles, a osé répondre en substance qu’il n’est pas nécessaire de fournir des preuves lorsqu’on dit tout haut ce que tout le monde sait déjà. Des « faits alternatifs » donc.

Ces croyances entretenues conviennent très bien à un gouvernement qui s’efforce d’accélérer le détricotage de nos droits (sociaux) et de nos libertés (démocratiques). Et ce ne sont pas seulement d’irréductibles gauchistes candides dans notre genre qui s’en inquiètent. Lisez plutôt ce qu’écrit le Recteur de l’Université Libre de Bruxelles, Yvon Englert, à propos du projet de loi du gouvernement fédéral invitant les travailleurs sociaux à briser le secret professionnel lorsqu’ils perçoivent des « signes » de radicalisation : « le secret professionnel est un élément essentiel de l’équilibre des pouvoirs entre l’état et le citoyen : il rappelle que le pouvoir de la police et de la justice n’est pas absolu, il protège des valeurs essentielles comme la liberté de la presse à travers le secret professionnel des journalistes, l’exercice des cultes à travers celui des prêtres, l’accès aux soins de santé à travers le secret médical ou la protection des justiciables à travers le secret professionnel des avocats. (…) Le projet de loi véhicule le message subliminaire que les terroristes seraient des assistés, que les services sociaux ne seraient utilisés que par nos concitoyens musulmans, que les assistants sociaux pourraient être des protecteurs des terroristes. Pour [la NVA] qui court derrière les électeurs du Vlaams Belang, qui n’a que faire du travail difficile, indispensable mais souvent ingrat que font les CPAS pour offrir un filet de sauvetage aux plus démunis et aux exclus d’une société qui n’a jamais produit autant de richesse, c’est une démarche compréhensible et cohérente. Elle fait d’une pierre au moins 3 coups. Mais lorsque les partis « traditionnels » tombent dans le piège et en viennent à instrumentaliser les victimes du 22 mars pour justifier l’injustifiable, il nous semble légitime de sonner l’alarme. »2

Alarme en effet car, comme l’écrit Yvon Englert dans cette même carte blanche, « toutes les dérives totalitaires commencent par des dispositions « mineures » clivant les démocrates ». Et « à ceux pour qui l’Allemagne de 1933 paraît trop loin dans les mémoires », il rappelle le coup de force récent du président turc Erdogan qui a profité du putsch avorté pour légitimer son propre coup d’Etat. C’est également ce que rappelait le philosophe Giorgio Agamben au lendemain de la proclamation de l’état d’urgence en France, sous le gouvernement Valls : « L’état d’urgence est justement le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont installés en Europe. Ainsi, dans les années qui ont précédé la prise du pouvoir par Hitler, les gouvernements sociaux-démocrates de Weimar avaient eu si souvent recours à l’état d’urgence (état d’exception, comme on le nomme en allemand), qu’on a pu dire que l’Allemagne avait déjà cessé, avant 1933, d’être une démocratie parlementaire. Or le premier acte d’Hitler, après sa nomination, a été de proclamer un état d’urgence, qui n’a jamais été révoqué. Lorsqu’on s’étonne des crimes qui ont pu être commis impunément en Allemagne par les nazis, on oublie que ces actes étaient parfaitement légaux, car le pays était soumis à l’état d’exception et que les libertés individuelles étaient suspendues. On ne voit pas pourquoi un pareil scénario ne pourrait pas se répéter en France : on imagine sans difficulté un gouvernement d’extrême droite se servir à ses fins d’un état d’urgence auquel les gouvernements socialistes ont désormais habitué les citoyens. ».3

Dans ce numéro, nous avons voulu faire écho à d’autres voix qui expriment, à leur façon, la peur. D’autres peurs. Celles des animateurs de notre propre mouvement de jeunesse qui comprennent mal pourquoi le local fréquenté par les enfants dont ils ont la charge est désormais protégé par des militaires. Celles de deux citoyens qui ont vécu la peur, une peur « typiquement juive », mais qui ne sont pas juifs du tout. Et les réflexions critiques de l’association Garance, au sein de laquelle des femmes de tous âges agissent concrètement contre leur propre insécurité en résistant à leur façon à la pensée sécuritaire. Pas de « faits alternatifs » chez nous donc, mais des points critiques.

Publié le 6 mars 2017

1 Véronique LEMBERG, « Molenbeek-sur-djihad », Regards, février 2017. Le titre de l’article reprend tel quel celui de l’ouvrage publié par Grasset et dont l’auteur de l’article écrit elle-même qu’il est digne des « manchettes de tabloïd ».

2 « Secret professionnel des CPAS : la lettre ouverte du recteur de l’ULB à Charles Michel », Le Soir, 05/02/2017.

3 Giorgio AGAMBEN, « De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité », Le Monde, 23/12/2015.

 

 




Regards “noirs” sur des peurs “juives”: Chouna Lomponda

Chouna Lomponda est d’origine congolaise (RDC). Responsable de la communication du Musée juif de Belgique dont elle est la porte-parole, elle a vécu de près l’attentat antisémite dont elle aurait pu, comme ses collègues et les visiteurs du Musée, être la victime. Elle livre ici le point de vue d’une « génération qui n’accepte pas le danger, mais a appris à vivre au-delà ». Et ses mots témoignent que si le tueur a voulu viser des Juifs, c’est l’ensemble des démocrates, toutes origines confondues, qu’il a atteints dans leur volonté de vivre ensemble.

Chouna Lomponda « je ne vis pas dans la frayeur, mais dans l’espoir »

Il ne me viendrait pas à l’idée de juger la légitimité des craintes des communautés juives aujourd’hui.

Crainte nourrie par l’affaire Merah en France, accentuée par l’attentat du 24 mai 2014 au Musée Juif de Belgique où périrent quatre innocentes victimes : Dominique Sabrier, Alexandre Strens, Myriam et Emmanuel Riva. Des peurs confortées par la suite par la double attaque à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles en mars 2016, banalisée par les réseaux sociaux devenus les terrains de prédilection des prêcheurs de haine, toutes races et religions confondues.

Mais d’un autre côté, aujourd’hui, il ne s’agit plus uniquement d’un terrorisme ciblé, visant une religion ou une race en particulier… mais d’un terrorisme mondial contre la démocratie. Et les faits sont là pour l’attester ! Lorsque que l’on frappe un Musée, une institution culturelle belge où travaillent des Juifs, des orthodoxes, des chrétiens, des athées et même, en son temps, des Musulmans. Au-delà du symbole d’un « Musée Juif », il s’agit des fondements de la culture qui sont ébranlés, de notre vivre ensemble et de notre liberté qui sont touchés.

Comment, en tant que belge, non juive, originaire d’Afrique subsaharienne, je vis les choses ?

Je pense être de cette génération qui n’accepte pas le danger, mais a appris à vivre au-delà ! Un danger qui nous concerne tous. Il suffit de suivre l’actualité
internationale pour le savoir et réaliser aussi que derrière les nombreuses victimes des attentats récents à Bruxelles, il y avait : des Arabes, des Juifs, des chrétiens, des Belges et des étrangers…

Je pense que l’issue de cette crise que nos sociétés occidentales traversent viendra de l’éducation (scolaire, familiale) et par un apport spirituel aussi pour endiguer le flux de la radicalisation de la jeunesse et un meilleur contrôle du numérique. Parce qu’il s’agit de changement des systèmes de pensées établis depuis des générations et de déconstruction. Pour ma part, je ne vis pas dans la frayeur, mais dans l’espoir. Et plutôt que de comptabiliser mes peurs cristallisées par la violence de nos sociétés, je préfère espérer que la génération qui suit, se connaîtra mieux, se comprendra mieux. Pour une cohabitation réelle dans le respect et autour d’un idéal commun.

En cela, je suis heureuse de travailler pour une institution qui a compris le rôle important que la culture peut jouer en termes de rapprochement des communautés en mettant en exergue les similitudes plutôt que les différences.

 




Regards “noirs” sur des peurs “juives”: Mamadou Bah

Mamadou Bah est réfugié guinéen. Malgré l’obtention du droit d’asile en Grèce, il a fui ce pays après deux tentatives de meurtre de la part du parti néo-nazi Aube Dorée. La Belgique lui a octroyé un nouveau statut de réfugié qui constitue une première : cette décision signifie que la Grèce, membre de l’Union Européenne, n’est pas en mesure d’assurer la sécurité de ses habitants d’origine africaine, cibles d’une violence que l’Etat ne réprime pas sérieusement… et dont la police est complice1. La peur qu’il décrit fait penser à celle que vivaient les Juifs allemands dans les années qui ont immédiatement précédé la prise du pouvoir par les nazis : cibles d’une violence raciste organisée par la lie de la société mais tolérée par l’élite politique du pays.

Mamadou Bah « adapter cette peur à ma vie »

« On ne trouve pas un parti plus néonazi en Europe. C’est un mouvement à l’esprit militaire, une sorte de milice très virile au discours raciste revendiqué. Il faut voir le physique de ses députés, leur look de paramilitaires. Quand le leader entre, les gens se mettent debout. Le reste de l’extrême droite en Europe est beaucoup plus fin. » G. Moschonas (professeur à l’Université d’Athènes), La Libre, 21 janvier 2013.

Souvenons-nous, Hitler pour lancer son programme politique anti-juif, a joué sur la stratégie de désinformation pour intoxiquer l’opinion publique. Il a fait croire au peuple allemand qu’il constituait une race supérieure, et que les Juifs étaient des sous-hommes, accusés de salir la pureté de la race blanche.

Malheureusement plus de 70 ans après, j’ai entendu ces mêmes propos dans le programme politique d’Aube Dorée, parti politique grec d’extrême droite. En 2012, le gouvernement de droite grec dirigé par Antonis Samaras avait lancé l’opération de « nettoyage » de la ville d’Athènes, en complicité avec Aube Dorée. Cela consistait à nettoyer la ville des gens de couleur, que l’extrême droite grecque considère comme incompatibles avec son modèle racial. En quelques jours, il y a eu plus de 8.000 arrestations de personnes de couleur.

J’ai vécu en Grèce comme réfugié guinéen de 2006 à 2013. Mais de 2010 à 2013, mon quotidien était basé sur la peur.

Peur à cause de ma race car ma couleur de peau m’exposait à tous les dangers comme mes autres compatriotes. Peur parce que j’ai migré pour demander une protection, alors que l’extrême droite voyait les demandeurs d’asile comme une menace potentielle. Peur parce que j’ai eu la chance d’avoir un petit boulot où je me faisais exploiter tandis que l’extrême droite construisait son discours populiste autour des migrants qui travaillaient pour gagner leur vie en leur faisant porter la responsabilité de la crise économique. Peur d’emprunter les transports en commun en allant et en revenant du travail. Je me sentais plus en sécurité en empruntant les petites ruelles pour aller et revenir du travail. Peur de vivre dans mon appartement car je savais que je n’étais pas à l’abri de leur visite. Peur parce que la police qui était censée me protéger a été gagnée par le discours populiste. Elle pouvait me dénoncer et donner mon adresse aux milices d’Aube Dorée.

Cette peur était malheureusement justifiée. Au printemps 2013, j’ai été victime d’une agression extrêmement violente qui m’a laissé pour mort. J’ai aussi échappé à deux autres agressions, une sur mon lieu de travail, l’autre à mon domicile.

Afin de tourner cette page de peur, j’ai fui la Grèce en 2013 pour m’installer en Belgique dans l’espoir de reprendre une vie normale. Au fil des années, j’ai vu mon espoir se transformer en peur, à cause de l’alliance d’Aube Dorée avec d’autres groupuscules d’extrême droite européens sous le nom de l’« Alliance pour la Paix et la Liberté ». Ce groupe a récemment ouvert un local à Ixelles. Mais aussi, vu que la police belge n’a pas hésité à afficher un traitement de faveur lors d’une manifestation fasciste après les attentats. Au même moment, l’armée se positionne un peu partout dans l’espace urbain.

Ainsi, je continue à vivre avec cette peur car je ne suis plus à l’abri de rencontrer mes agresseurs dans les ruelles de Bruxelles. Depuis des mois, j’ai constaté que la peur reprend progressivement le dessus. Je prends des mesures de précaution : je ne réponds plus à un appel d’un inconnu ; je ne reste plus dehors après 22h ; je change de trottoir dès que je croise un inconnu. Le résultat de toutes ces mesures de précaution, c’est le repli sur moi-même comme je vivais en Grèce. J’ai fini par comprendre que je dois adapter cette peur à ma vie, un scénario que je n’avais jamais imaginé. Sans parler des conséquences psychologiques et physiques que je ressens au quotidien. Sans le vouloir, j’ai eu plusieurs nuits blanches, quand je passe à Ixelles, car cela ravive mes mauvais souvenirs de Grèce.

Le constat est sans appel, notre société est envahie par la peur. Les migrants sont les premières victimes à cause de leur couleur, leur croyance, leur culture… mais aussi ceux qui dans certains pays d’Europe se battent contre le fascisme, et qui sont la cible des fascistes. Pavlos Fyssas, militant anti-fasciste grec, assassiné le 18 septembre 2013, en est un bon exemple. Nous sommes tous victimes du fascisme, et le fascisme n’a pas d’amis. Il nous faut une réponse collective face à ce phénomène qui nous déchire. Comme le disait Ahmed Sékou Touré « la lutte n’est pas une course de vitesse mais une course de fond qui ne finit jamais ». Ne baissons pas la garde.

Publié le 6 mars 2017


1 Plus d’infos: Denis DESBONNET, « Victoire ! Mamadou Bah obtient le statut réfugié », 03/06/2014, http://www.cadtm.org/Victoire-Mamadou-Bah-obtient-le

 




WE NEED YOU /// Aidez-nous à gagner le prix du public aux MIXITY AWARDS!

Cher.e.s ami.e.s,

Nous vous annoncions, il y a peu, que notre comédie musicale “La Cuisine de Babel” faisait partie des 10 projets présélectionnés dans la catégorie TOF EVENTS des MIXITY AWARDS. A présent nous faisons appel à votre aide pour espérer gagner le “prix du public” dans la même catégorie: “MIXITY TOF EVENTS”

Votez pour nous! 

Soutenez-nous dans cette formidable aventure de création de spectacles que nous espérons d’utilité publique!

L’équipe de l’UPJB




Visite à l’atelier du peintre Arié Mandelbaum

Les éditions &esperluète viennent de publier un livre qui a pris le temps de naître, quasiment l’espace de toute une vie, il débute en 1977 et s’achève en 20141.

Serge Meurant est un grand regardeur. Il a de qui tenir, il est le fils de la prodigieuse illustratrice Élisabeth Ivanovsky (1910-2006). La Revue de la Bibliothèque nationale de France lui rend hommage dans son numéro d’octobre 2016. Sans parler de son frère Georges (vous avez vu le Nouveau Siège du Conseil de l’Union européenne ? ce vertigineux damier de couleurs, c’est lui !) Regardeur, Serge Meurant l’est aussi par son accompagnement depuis plus de trente ans du cinéma documentaire de création. Lors du festival Filmer à tout prix 2008, Cinematek lui donna carte blanche pour une sélection de ses coups-de-cœur. Vivement qu’on réunisse un jour ses écrits sur le cinéma. De plus, dans sa poésie même, la vue reste le point focal. Le poète a réuni les textes écrits tout le long des années sur Arié Mandelbaum. Ce qu’il aime avant tout, c’est visiter l’atelier : « Je n’ai jamais osé juger une toile ou un dessin hors de ce contexte et, à dire vrai, cela ne m’intéresse pas. Seule une relation avec l’œuvre, née de la contemplation de la toile en train de se faire, me convient. »

Ce livre est remarquable par l’ensemble de ses photos signées Philippe Vindal, Marc Trivier, Bérengère Gimenez, sans oublier celles publiées jadis dans Revue et Corrigée : les photos d’Elie Gross. C’est lui qui fait la couverture, c’était en 1985 rue Rodenbach. Faites comme bon vous semble, mais moi j’ai commencé ma lecture par la fin : nous voici en 2014, le poète rend visite au peintre alors qu’il travaille aux portraits de Franz Kafka. « J’éprouve un sentiment de familiarité, comme si les ateliers successifs s’emboîtaient les uns dans les autres, ne formaient qu’un espace unique à travers les années. J’y retrouve les variations des mêmes thèmes, le portrait si émouvant de sa mère, l’espace du camp, l’assassinat de Lumumba. » Au premier coup d’œil, on reconnait une toile d’Arié par sa blancheur. Je l’ai encore constaté l’autre jour en voyant le superbe film de Boris Lehman Funérailles : un enfant montre sa tête entre deux grandes toiles – de qui sont-elles ? Une seule image, même fragmentaire, a suffi, nous reconnaissons la patte d’Arié. « Cet ensevelissement dans le blanc assourdit la mémoire du camp de concentration, les portraits de proches disparus. On dirait qu’ils s’éloignent à l’instant même de leur apparition sur la toile. » Et ceci encore : « respirer silencieusement, l’étendue du papier blanc, où se brode la trace légère de ce qui s’impose par l’effacement. » Retournons au début, nous voici en 1977. Les figures du politique, de l’actualité ou de l’Histoire, sont source d’inspiration pour le peintre, portrait de Julien Lahaut, l’ enterrement de Salazar, l’exécution d’un condamné à mort. « Un évènement véhiculé par les médias a perturbé la démarche de Mandelbaum, l’a cravachée d’adrénaline noire, l’obligeant à abandonner sur le champ tout autre travail. »

Lire les œuvres complètes d’un poète même de son vivant, c’est faisable, mais il en va tout autrement pour un artiste peintre. Est-il possible d’avoir une vue d’ensemble de l’œuvre d’Arié Mandelbaum ? Non. Y a-t-il un lieu pour nous offrir cette occasion ? Non. Sous ses airs modestes, le livre de Serge Meurant est primordial : il nous invite à une vue panoramique de l’œuvre du peintre Arié Mandelbaum.


1 Serge Meurant (textes), Arié Mandelbaum (peintures et atelier) Philippe Vindal, Elie Gross, Marc Trivier et Bérengère Gimenez (photographies)Visites à l’atelier du peintre Arié Mandelbauméditions &esperluète, 2016, 96 p.