BDS  : retour d’une polémique truquée

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Cette accusation grave contre le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien avait en effet été relancée par l’Union des Etudiants Juifs de Belgique (UEJB) dans une carte blanche publiée par le même journal. L’UPJB y a répondu à son tour par une carte blanche réaffirmant son adhésion raisonnée à la campagne BDS comme ultime moyen pacifique et citoyen pour tenter de mettre fin à l’impunité dont jouit Israël pour sa politique d’occupation, de colonisation et d’apartheid1.

Cette polémique est récurrente et les arguments de part et d’autre se répètent depuis la naissance du mouvement BDS en 2005. Mais elle s’amplifie actuellement, car la campagne a atteint des résultats importants qui font peur au gouvernement israélien  : songeons par exemple à la décision récente de la société de sécurité G4S de vendre ses filiales en Israël suite aux multiples campagnes internationales (dont celle, exemplaire, de l’organisation états-unienne Jewish Voice for Peace) dénonçant son rôle dans les prisons israéliennes (où la torture est légale) ainsi que dans la protection des colonies et check-points qui déchirent la Palestine. L’étiquetage par l’Union Européenne des produits issus des colonies constitue, même si la mesure est d’ordre symbolique, un autre avertissement  : non, tout n’est pas permis.

RIPOSTE ISRAELIENNE

Et les autorités israéliennes de préparer la riposte  : un “Congrès contre le boycott” organisé par le quotidien de droite Yediot Aharonot et patroné par le Président israélien Reuven Ritlin, la nomination de “coordinateurs anti-BDS” dans les ambassades, un département “anti-BDS” au sein du Ministère des Questions stratégiques regroupant des dirigeants des différents services secrets  : l’affaire est prise très au sérieux ! Il ne s’agit pas d’une petite polémique entre cercles étudiants mais d’un enjeu international vécu par ses acteurs israéliens comme existentiel.

L’argumentaire né au sommet de l’Etat et relayé par l’ensemble des organisations pro-israéliennes même les plus modérées en apparence (par exemple JCall) est que le boycott d’Israël est une manière de remettre en cause le droit de l’Etat juif à exister et qu’il est motivé par l’antisémitisme. Les revendications de BDS ne sont pourtant pas radicales. Elles se limitent à trois points qui relèvent du droit international  : la fin de l’occupation et de la colonisation des territoires palestiniens conquis en 1967, l’égalité complète pour tous les citoyens israéliens (c’est-à-dire la fin des discriminations envers les Palestiniens d’Israël) et le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ces deux dernières revendications pourraient remettre en question le caractère juif de l’Etat d’Israël, ce qui fait peur aux partisans d’un Etat ethnique “pur”, mais le mouvement BDS n’a jamais exprimé d’opposition aux droits nationaux des Juifs israéliens et ne se prononce pas sur la forme (un ou deux Etats) que devrait prendre la solution politique au conflit.

ORIGINE JUIVE ET SUD-AFRICAINE DU MOUVEMENT

La comparaison avec le mouvement de boycott qui a contribué à mettre fin à l’apartheid sud-africain n’est pas fortuite puisqu’avant même l’appel de la société civile palestinenne il y avait cette célèbre déclaration de Nelson Mandela le 4 décembre 1997  : “Notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens”. Et puis en 2001, la pétition lancée par les militants juifs de l’ANC Ronnie Kasrils et Max Ozinsky “Not in my Name”, qui repose sur une comparaison explicite entre le régime subi par les Palestiniens et l’apartheid.

Et précisément  : ce sont les mêmes militants juifs (communistes) sud-africains qui avaient été parmi les fers de lance de la doctrine d’un avenir multiracial pour l’Afrique du Sud, luttant au sein même du mouvement anti-apartheid contre les tenants d’une Afrique du Sud purement noire. Le mouvement BDS s’inspire en tous points de cette origine souvent méconnue, puisqu’il repose sur des valeurs d’égalité et de justice et non de revanche. Le boycott international est une méthode pacifique pour instaurer un nouveau rapport de forces, seul moyen pour parvenir à une réconciliation entre égaux.

QUEL DIALOGUE ?

Dans sa carte blanche, l’UEJB se présente comme partisan du “dialogue” face à des adversaires motivés par la “haine”. Mais de quel dialogue s’agit-il ? Quel sujet les défenseurs du gouvernement israélien sont-ils prêts à aborder ? L’occupation de la Cisjordanie ? Le blocus de Gaza ? Le statut de Jérusalem ? Le retour des réfugiés ? La place des Palestiniens de 48 dans la société et la politique israéliennes ? Face à un mouvement qui met en avant des revendications précises, ils n’avancent que la perspective d’un dialogue sans objet concret, feignant d’oublier que toute négociation sérieuse – pour peu qu’il y en ait jamais eu – a été balayée depuis qu’Ehud Barak, le fossoyeur de la gauche israélienne, a martelé qu’«  il n’y a pas d’interlocuteur palestinien  », ce qui était un mot pour un autre  : en réalité il n’y a pas d’interlocuteur israélien !

Ce n’est pas pour rien qu’une personnalité comme Abraham Burg, ancien Président de la Knesset devenu pacifiste, a appelé lors des dernières élections à voter pour la Liste Arabe Unie  : il n’y a plus d’autre voie démocratique que de se tourner “contre son propre camp”, pour les partis palestiniens qui revendiquent les droits civiques et l’égalité. Les quelques Israéliens (et surtout Israéliennes, autour de la Coalition des Femmes pour la Paix qui a initié la campagne du Boycott from Within) qui appellent courageusement au boycott de leur propre Etat sont paradoxalement les seuls à prendre à bras-le-corps le tour non seulement criminel mais aussi suicidaire qu’a pris la politique israélienne. Le boycott pour faire tomber les murs et sauver les Juifs israéliens de leurs propres démons.

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