Jean-Christophe Attias, un Juif de mauvaise foi

De mère catholique et de père juif venu d’Algérie, demi-goy, demi-juif et… baptisé, «tissé de laine et de lin», Jean-Christophe Attias décide à l’âge de vingt ans de devenir juif à part entière. Et il ne fera pas les choses à moitié. C’est cet itinéraire qu’il nous raconte, à partir de son dernier repas de goy: boudin noir, porc et sang, un comble! Jusqu’au jour où il revêt la panoplie complète du juif orthodoxe et en adopte tous les commandements qu’il suivra à la lettre, d’une manière scrupuleuse. Une sorte de carcan choisi, comme pour affirmer avec force sa nouvelle identité. Cela nous vaut des pages pleines d’humour sur la cacherout imposée à la cuisine familiale lors de ses retours au foyer, et aussi, dans le registre de l’autodérision, quelques instantanés des apparitions  de cette silhouette insolite dans le paysage de sa province natale.  Mais rien n’est simple. Que faire du prénom qui fleure bon le christianisme? Il s’en choisira un nouveau pour le temps de la synagogue: Yaacov.

Et Dieu dans tout ça? Attias n’élude pas. Une conviction: Dieu n’existe pas. Mais après cette affirmation, plusieurs considérations sur la prière et une foule de questions et de sensations diffuses, ouvrent tout un champ de doutes. Et le doute irrigue tout le récit, comme une fragilité, une incertitude chronique. 

Mais Dieu qui n’existe pas a accompli un miracle, une rencontre. A la suite d’une série de coïncidences, Esther Benbassa fait irruption dans la vie d’Attias. Et irruption est le mot, lorsqu’on songe à cette personnalité flamboyante. Leurs parcours universitaires sont quasi parallèles. Lui, historien du judaïsme médiéval et hébraïsant de haut vol, elle, spécialiste du judaïsme contemporain et du monde séfarade. Esther, à la triple identité, turque, israélienne et française, l’entraînera dans son monde familial, à l’exubérance orientale. A son contact, Attias deviendra juif autrement, plus librement, en se débarrassant des contraintes mais jeûnant toujours à Yom Kippour.  Dans leurs écrits respectifs, tous deux explorent le judaïsme, interrogeant le passé et l’aujourd’hui. Ensemble, retirés dans une maison au bord d’une mer menaçante, dans un lieu nommé Ault, dans la Somme,  ils écriront à quatre mains des livres où Histoire et politique se conjuguent,  et c’est dans une langue magnifique qu’Attias évoque, à partir de ce lieu perdu, toute une géographie rêveuse qui brasse mythes et identités.

Juif diasporique, comme il s’affirme, il assume avec Esther Benbassa, souvent à contre-courant, leur dénonciation constante de l’injustice faite aux Palestiniens. Juif dans les marges. «Les marges? Va pour les marges. Je m’y suis toujours trouvé à l’aise. Ma voie, tortueuse, fut dès l’abord toute tracée. Le judaïsme, oui, chaque jour de ma vie, mais jamais le judaïsme du centre, toujours le judaïsme en ses périphéries. Et en mouvement. Le commentaire plutôt que le texte commenté. La tentation de la transgression plutôt que l’illusion de la stricte observance. Le récit plutôt que le traité. La poésie plutôt que la prose.»

Un parcours où les souvenirs naviguent entre imaginaire et réel, où l’humour, l’ironie et même le sarcasme côtoient des séquences poétiques. Un récit de vie qui va à la rencontre du lecteur avec des questions plein les pages.

Un article de Tessa Parzenczewski paru dans le Points Critiques de novembre-décembre 2017

Un juif de mauvaise foi. JC Lattès. 407p. 20,90€

L’auteur présentera «Un juif de mauvaise foi» à l’Upjb le 24 novembre à 20h15.




Clara Haskil vu par Elias Preszow

Elias Preszow nous livre ses impressions après avoir vu Clara Haskil Prélude et fugue de Serge Kribus.  A voir au théâtre Blocry de Louvain-La-Neuve du 8 au 25 novembre 2017. 

Dans le rideau de Max, tout est noir… Sauf Clara, ombre blanche qui saute aux yeux : assise de profil, devant son piano, elle nous regarde. Et puis, aussi, des sommets de montagnes enneigés, en haut à gauche, et un chat enroulé sur lui-même, en bas à droite, Carapate, le chat. Noir et blanc, comme le gris de l’existence ; les contours de la Tour Eiffel, qui est à Paris ; et la fumée qui s’échappe du train, son sifflement invisible, venu de quelque part en Roumanie ; le reflet des étoiles dans les vagues de la mer.

Clara Haskil née à Bucaret en 1895, morte en 1960 des suites d’une mauvaise chute à la Gare du Midi. Vue par Serge Kribus, dans un texte intitulé Prélude et Fugue, mis en scène au théâtre Blocry, à Louvain-La-Neuve- la grise, la froide. Dans une ancienne ferme chaleureuse retapée, juste au dessus du café La Petite Gayolle, au cas où. Les souvenirs d’une vie sont portés par une jeune femme qui s’appelle Anaïs Marty. Elle est seule, au milieu d’une pièce vide, sauf un cadre de porte et deux chaises. C’est tout. On se dit qu’il va falloir tenir une heure quarante-cinq, ce n’est pas rien, et déjà on s’accroche à son siège. Mais  incompréhensible autant que saisissante, la magie opère d’emblée. Cette actrice qui, au départ, semble un peu trop fragile, ou effacée, s’envole dans un discours fleuve ; non, une longue et sinueuse promenade à travers cette forêt musicale nommée Clara.

Du 8 au 25 novembre, ça se joue. C’est remarquable. Comment le dire ? C’est à la troisième personne de l’intime, ou la première personne onirique, le rêve lui-même, l’histoire d’une interprète des plus grands compositeurs de musique classique. Des fulgurances dans la mémoire ; une existence qui devient sobre à force de complications, d’arrachements, de persévérance pour affirmer l’évidence de son talent, le besoin de partager ses lectures avec le cœur.

La carrière a du mal à démarrer ; des problèmes de santé se multiplient. Après Vienne, cette petite Roumaine d’origine juive débarque à Paris pour affronter le Conservatoire. Puis c’est la guerre ; puis une autre. Elle rage de ne pas parvenir, elle s’excuse de ne pas être à la hauteur des espérances qu’on lui porte, elle craint tant de décevoir tout le monde : sa grand-mère, sa mère, ses sœurs, ses oncles… son chat. Elle écrit des lettres d’une beauté étonnante, d’un humour tendre et mordant. Là, on rit. Si la carrière paraît manquée à première vue, c’est comme un premier amour. Pour mieux le sentir vibrer au fond de soi, le laisser remonter, et jaillir du bout des doigts, de la pointe des yeux. Là, on pleure. Clara Haskil nous regarde les oreilles grandes ouvertes. Nous la comprenons un peu, je crois.

Des vagues grises, un fond noir, une épure : l’obscurité d’où émerge la lumière. La blancheur resplendissante, par touches, d’une musique venue d’où ? Et puis cette voix, cette simplicité mouvante, juste ce qu’il faut pour saisir que rien ne se fait sans rien : le cadre, les chaises bougent, le visage se métamorphose. La traversée de l’Atlantique, puis l’installation en Suisse. Quelqu’un est présent devant nous, assis, elle tout le temps debout, et qui ne s’arrête pas. L’habit change. Les saisons passent. Les amis viennent, s’en vont, reviennent. Un sourire se dessine entre des larmes difficilement contenues : ainsi c’était ça, la vie ?

Inutile d’en rajouter, d’accord : pas de commentaire, entendu. Telle est en tout cas l’éthique de Serge, et peut-être le secret de sa générosité. Nous sommes heureux, pour lui, pour nous-mêmes, dans ce voyage qui ne fait que commencer, comme une humble promesse que ça valait la chandelle. Alors inutile vraiment d’expliquer combien sincère, combien nécessaire…

L’actrice, le texte, le rideau, les rares extraits de piano qui donnent relief, équilibre à l’ensemble du propos ; les silences qu’on apprend à écouter, et qui sont comme la profondeur inaccessible de ce qui gît à portée de main. Combien noir, et blanc, et combien gris d’incendie, rouge, bleu, une incandescence que cette interprétation seule, ce rêve seul, ce chant parviennent à exprimer.

Elias Preszow, le 13/11/2017

Lire aussi: Clara Haskil par Serge Kribus

 




Clara Haskil par Serge Kribus

L’impossibilité de traduire la musicalité d’une langue à une autre peut empêcher les personnes qui s’expriment dans des langues différentes d’avoir accès à l’imaginaire de l’autre et par conséquent à la représentation du réel telle que l’autre le perçoit.

Même dans une langue commune, la difficulté de traduire et transmettre ce que nous sentons intimement provoque des malentendus permanents dans les relations professionnelles comme dans la sphère privée. Les mots peuvent porter le souffle de nos pensées, de nos actions. Mais ils sont limités. Cette limite est aussi une source. Elle peut nourrir la poésie la plus lumineuse mais également la bêtise et la haine.

La musique elle, comme la peinture, n’a pas besoin de mots. On peut ne pas y être sensible, ne pas l’aimer, ne pas la comprendre, mais elle n’est jamais confrontée à la limite des mots. La musique traduit nos émotions les plus profondes, les plus sourdes, les plus indéfinissables. La musique est l’expression de nos émotions et de la vie de nos émotions. Les émotions sont la source de nos connaissances. Elles nous parlent et nous informent sur ce qui convient ou ne convient pas à nos corps. Ce n’est pas le langage qui mène aux émotions. Ce sont les émotions qui mènent au langage.

Etrangement, de nombreuses sociétés s’organisent autour de la dissimulation des émotions. La dissimulation peut même devenir une condition de réussite sociale. Certains sont si doués en la matière qu’ils en deviennent sourds à leurs propres sensations. (Et bien sûr, à celles des autres. Pourquoi prendre en compte la sensibilité de l’autre quand nous ignorons la nôtre ?)

Clara Haskil, elle, vivait je crois sous l’impératif d’un autre principe. Elle ne voulait ni ne pouvait dissimuler. Quand bien même l’eût-elle souhaité, elle en était incapable. Elle s’était construite avec le langage de la musique. Langage qu’elle avait découvert dans l’environnement familial et dans lequel elle s’était engagée seule, avec désir et plaisir.

Cette sincérité absolue, cette simplicité dénuée de tout effet artificiel, ce talent inouï, ces moyens extraordinaires sont rares. Rares, mais pas uniques. Ils se perçoivent chez Pablo Casals, Dinu Lipatti, Geza Anda ou plus proche de nous, chez Martha Arguerich ou Hélène Grimaud. Et ils se perçoivent aussi très souvent chez les enfants. Dans leur intuition, la force de leur désir, leur plaisir à inventer, et leur incroyable spontanéité, riche d’étonnement, de découverte, et dénuée de toute posture.

Un jour qu’on demandait à la petite Clara ce que mangeaient les vaches, elle a répondu : « de la patience ». Françoise Dolto a cerné cette intelligence aux capacités inouïes quand elle a écrit : « L’intelligence symbolique est étale de la naissance à la mort. » Mais ce qu’on peut aisément imaginer chez les enfants, comment le concevoir avec les adultes ?

« Il est seulement peut-être étonnant que Mozart ait survécu à la phase dangereuse de l’enfant prodige sans que son talent ne s’étiole. » écrit Norbert Elias. Comment survivre au regard, au jugement, à la pression qui nous invitent précisément à dissimuler ?

Préserver la sincérité indispensable à tout geste artisanal et artistique a sans doute un prix. La sincérité de Clara Haskil l’a empêchée, isolée, meurtrie parfois. Mais dans le même temps, elle a aussi produit sa propre lumière, comme celle de Mozart, comme celle de Rembrandt.

Clara Haskil était incapable de lutter pour elle-même comme l’admirable Paul Robeson. Oui elle doutait. Oui, elle a connu des heures difficiles. Mais je crois qu’elle a été aussi heureuse.Heureuse d’être elle même, finalement.

Pour que la musique de Clara Haskil nous parvienne, il n’a pas fallu seulement la sincérité et le talent. Il a fallu aussi la conviction inaltérable, exceptionnelle et féroce des ses amis qui se sont battus toute leur vie pour la soutenir. Jamais la musique de Clara Haskil ne nous serait parvenue s’il n’y avait eu la générosité et l’acharnement de ses amis à la faire vivre.

Clara Haskil écrivait souvent à ses correspondants de ne pas l’oublier. Puisse ce spectacle, que toute l’équipe artistique et moi-même avons conçu, honorer la mémoire et la musique de Clara Haskil.

Serge Kribus, octobre 2017

A voir du 8 au 25 novembre 2017 Clara Haskil Prélude et fugue au théâtre au théâtre Blocry à Louvain-La-Neuve




[Publication] Enseigner la philosophie et la citoyenneté, à partir d’ateliers créatifs de Catherine Buhbinder 

Parution du livre de Catherine Buhbinder, enseignante

Bonjour,

 J’ai le grand plaisir de vous annoncer la sortie prochaine de mon livre « Enseigner la philosophie et la citoyenneté, à partir d’ateliers créatifs », aux éditions Chronique sociale. Je le présenterai à l’occasion d’une conférence que je donnerai au Salon de l’éducation de Charleroi, le dimanche 22 octobre, à 16h (Charleroi expo, Av. de l’Europe 21).
Ce livre est, pour moi, l’occasion de lancer un cri d’alarme concernant les effets que suscite le démarrage des cours de philosophie et de citoyenneté « version hybride » dans les écoles publiques francophones. Nos responsables politiques n’ont pas réussi à trancher entre supprimer les cours de religion obligatoires dans les écoles (avec éventuellement l’organisation de cours facultatifs) et maintenir la logique désuète du Pacte scolaire. En catastrophe, ils ont créé le cours de Rien, puis la solution schizophrénique du 1h+1h. Alors que nous accumulons les difficultés tant organisationnelles que pédagogiques, une inacceptable pagaille s’est installée dans nos têtes et nos écoles. Et, nous nous engageons dans une stratégie du pourrissement !
Les cours de philosophie et de citoyenneté s’enracinent, malheureusement, dans un malentendu, un déni. Celui du cours de morale considéré comme « engagé » par la Cour constitutionnelle du 15 mars 2015. Celle-ci a énoncé son verdict sur base du fait que dans la Belgique pluraliste, la laïcité est reconnue et subsidiée au même titre que les religions. Le cours de morale se réclamant de l’esprit de la « Libre pensée » ne peut donc offrir de garanties de neutralité. Or, déjà sur le plan du statut, ce jugement ne tient pas la route. Contrairement à son homologue flamand, le Centre d’Action laïque francophone a toujours refusé de jouer le rôle de pouvoir organisateur du cours de morale. Les professeurs de morale avaient le même statut que n’importe quel professeur de cours général, en terme d’engagement et d’inspection, et le programme de morale était également reconnu par la Communauté Française. Ce qui n’est absolument pas le cas des professeurs de religion. Mais, de toute façon, si la Cour constitutionnelle a dénoncé l’ambiguïté du statut du cours de morale, elle n’a pas posé de jugement quant à son contenu. Pourtant, le mal était fait : la laïcité était assimilée à une religion ; les professeurs de religion étaient mis sur le même pied que les professeurs de morale ; il n’était plus été possible de distinguer un cours où l’on apprend à penser à travers la pensée de quelqu’un ou quelque chose d’autre (un livre, une Eglise, des commentateurs,…), d’un cours où l’on apprend à « penser par soi-même » !
Le véritable enjeu de toute cette saga était la sortie du Pacte scolaire, symbole du pluralisme à la belge. La logique des cours de religion « obligatoires » dans les écoles publiques est surtout identificatoire. Elle sépare les élèves et propose une vision caduque du religieux (pas de passage, pas de syncrétisme, pas d’esprit de recherche individuelle,…). De plus, eu égard au principe de liberté religieuse, l’Etat n’a aucun pouvoir de contrôle sur ce qui s’y dit. Et, l’école publique ne peut prévenir le fanatisme qui couve parfois en son sein et en son nom. Enfin, le pluralisme belge que nous sommes sensés incarner, chacun dans nos cours séparés, est une fiction qu’il est impossible à mettre en scène. Beaucoup plus intéressante et légitime à l’école, est l’idée d’organiser des cours sur les religions, par des personnes formées en science des religions et à destination de tous les élèves. Nous n’avons pas été à la hauteur de cet enjeu.
L’autre véritable enjeu était la création d’un cours de philosophie et de citoyenneté pour tous. Qu’y mettra-t-on ? Jusqu’où irons nous dans la liberté de penser ? C’est ici que le déni du cours de morale comme précurseur de ce nouveau cours, pourrait bien être fatidique. Si le cours de morale est condamné comme « doctrinal », que sera le nouveau cours « neutre » ? J’admets que l’intitulé « morale » pouvait faire croire que nous « moralisions » nos élèves. J’ai compris, avec les années, qu’« inculquer une morale » est un contresens philosophique. Ce n’est qu’en apprenant aux élèves à penser, que l’on peut empêcher le mal ! C’est La posture philosophique ; elle est, par principe, allergique à toute forme d’endoctrinement. Mais faut-il, aller encore plus loin et, au nom de la neutralité, mettre en cause le contenu même de notre cours ? Le Décret neutralité de 1994 énonce quand même l’interdiction de « privilégier une doctrine relative à ces valeurs ». Qu’est-ce qu’une doctrine ? Faudra-t-il condamner le module « Qu’est-ce que l’homme ? », de notre programme de morale de 4ème, comme étant un parti pris doctrinal ? Dans ce cours, on développe, en effet, la thèse de l’évolution, on fonde l’anti-antiracisme,  on interroge l’origine animale de l’homme, on met en évidence le rapport nature/culture, on s’appuie sur l’anthropologie, etc. Est-ce ce savoir fondamental et fondateur du cours de morale qui est désormais interdit, dans les écoles publiques, au nom de la neutralité ? Et en effet, je constate qu’il n’en est plus du tout question dans le nouveau programme qui nous enjoint plutôt d’examiner : « La diversité des discours sur le monde » (UAA 2.2.1.). Qu’y faire d’autre que mettre en parallèle le discours religieux, mythique, et le discours scientifique ?
Je nourris bien des doutes également sur la notion de « citoyenneté ». Si elle rassemble, très justement, toutes les tentatives d’éducation au « vivre ensemble », c’est aussi une notion très à la mode, qui risque d’être bien édulcorée si on n’aborde pas les questions de fond. Et, celles-ci trouvent difficilement leur place dans le nouveau programme, devenu très « technique ». Nous en avons fini avec ces grandes interrogations qui nous tenaient en haleine au cours de morale, sur la Vérité, le Sens, l’Homme, la Société, le Monde…. On y aborde désormais des questions très concrètes comme la bioéthique, l’environnement, le pouvoir des sciences, etc.
Quant à l’enseignement de la philosophie, j’ai bien peur, une fois de plus, qu’on ne la réduise à une méthodologie. Si nous voulons un vrai cours de philosophie pour tous les élèves belges, il faut savoir que la philosophie est fondamentalement ardue et prend du temps (Plus que des périodes de 50 minutes), qu’elle exige des enseignants formés et passionnés (Plus que 180h en guise de reconversion professionnelle), et qu’elle est fondamentalement subversive ! L’enseignement de la philosophie impose un décentrement qui est peu commun à l’école. Elle suppose que l’on reconnaisse en l’élève un être de désir et d’intelligence. Plutôt que de penser en terme de « transmission », le professeur doit orienter le travail de l’élève, sur lui-même, sur l’écoute des autres, et sur l’expérimentation de la pensée.
J’ai commencé mon livre pour comprendre les difficultés dans lesquelles je me débattais en tant que professeur de morale : l’ambiguïté du statut de mon cours les problèmes de crédibilité qui en découlent, la question de l’autorité et du cadre scolaire, les spécificité d’un enseignement de la philosophie. C’est en écrivant que j’ai théorisé, et en théorisant que j’ai trouvé des solutions pédagogiques. J’ai nourri ma réflexion par de nombreux stages qui m’ont fait découvrir la pédagogie institutionnelle avec la CGE (Changement pour l’Egalité), la pédagogie nouvelle avec Michel et Odette Neumayer et le GFEN (Groupe français d’éducation nouvelle), et tout le travail autour des ateliers philo ou de la philosophie avec les enfants. C’est ainsi que j’ai développé une vision et des exigences très personnelles de l’enseignement de la morale. Lorsque j’ai été rattrapée par l’actualité et que mon cours a été mis sur la sellette, j’étais prête pour proposer le bilan de cette expérience et me positionner par rapport au nouveau cours, à son contenu et ses méthodes. C’est le travail que je propose ici, ainsi qu’un véritable « manuel » fondé sur des ateliers créatifs et illustré par des travaux de mes élèves.
Ainsi, mon livre est aussi un sursaut de dignité professionnelle par rapport à  toute cette logique qui nous a dépossédé de notre expertise, et pousse l’humiliation jusqu’à nous obliger à retourner à l’école pour apprendre notre métier !
Au plaisir de vous y retrouver,
Catherine Buhbinder



Les clips antiracistes de l’Union juive française pour la paix (UJFP)

Présentation du projet de clips antiracistes de l’Union juive française pour la paix (UJFP)

L’Union juive française pour la paix est une organisation juive laïque qui a été créée sur la question du Proche-Orient et du soutien au peuple palestinien. Mais le combat pour la justice et l’égalité des droits ne pouvait se mener là-bas et ne pas concerner le racisme aussi ici en France. Sur la base des mêmes valeurs, l’UJFP s’est donc engagée aux côtes des victimes du racisme pour promouvoir un nouvel antiracisme, politique et décolonial.

En 2016, l’UJFP a publié un petit livre intitulé « Une parole juive contre le racisme ». Les 5000 exemplaires de ce livre sont aujourd’hui épuisés et l’UJFP travaille à la seconde édition qui paraîtra en janvier 2018. Ce livre a reçu le soutien du CGET.

Le projet de clips vidéo

Pour prolonger cette réflexion, le réalisateur Eyal Sivan a donné la parole à 35 militants antiracistes de l’UJFP. A partir de leur trajectoire personnelle, ils s’expriment sur le racisme et l’antiracisme d’aujourd’hui. Il s’agit de lutter contre les stéréotypes concernant les Juifs mais aussi de montrer comment des Juifs peuvent contribuer à la construction d’un nouvel antiracisme.

La production de ces clips a reçu le soutien du CGET. Les clips seront utilisés dans les établissements scolaires, dans des réunions publiques dans les quartiers populaires, partout où se mène la lutte contre le racisme, contre les discriminations, contre les violences policières et le racisme d’État.

Bande-annonce

 

Les 10 clips « Paroles juives contre le racisme »

1 – Qui sommes-nous ?

2 – Pourquoi une parole juive ?

3 – Racisme d’État

4 – Racisme et féminisme

5 – Racisme et colonialisme

6 – Hiérarchie des racismes ?

7 –Antisémitisme et antisionisme

8 – Israël et les Juifs

9 – Les Juifs ont peur en France ?

10 – Lutter contre le racisme

Les 10 clips « Paroles juives contre le racisme » sur Youtube

Eyal Sivan, est un réalisateur, producteur, essayiste et professeur franco-israélien. Il est fréquemment invité à évoquer la représentation du conflit israélo-palestinien, le documentaire et l’éthique, le crime politique et sa représentation, l’usage politique de la mémoire, la représentation des génocides…

Filmographie (non exhaustive)

1991 : Izkor, les esclaves de la mémoire
1999 : Un spécialiste, portrait d’un criminel moderne, avec Rony Brauman
2004 : Pour l’amour du peuple (Aus Liebe zum Volk), avec Audrey Maurion
2004 : Route 181, fragments d’un voyage en Palestine-Israël, avec Michel Khleifi
2006 : Irak : quand les soldats meurent…, avec Jean-Paul Mari
2009 : Jaffa, la mécanique de l’orange

 




L’invitée de l’UPJB, Oren Rimon, interviewée par Baudouin LOOS dans Le Soir

Oren RIMON, jeune Israélienne « refuznik », fut, samedi dernier, à côté d’une jeune Palestinienne ayant grandi en Cisjordanie occupée, l’une des deux oratrices invitées par l’UPJB dans le cadre d’une conférence-débat ayant pour titre « Regards croisés sur l’occupation et la colonisation ».

Baudouin LOOS, journaliste au Soir, modérait le débat. Ci-joint, l’article qu’il a écrit pour Le Soir, paru aujourd’hui. A lire sur le site du Soir ou ci-dessous.

Source: Le Soir du 26/09/2017




Nouveau à l’UPJB! Atelier créatif guidé par l’artiste plasticienne LORKA

ATELIER CRÉATIF/ARTISTIQUE EN VUE DU PARCOURS D’ARTISTES 2018

Comme chaque 2 ans, en mai 2018, l’UPJB participera au Parcours d’Artistes de Saint-Gilles en accueillant des artistes amateurs et professionnels souhaitant exposer dans ce lieu. Cette année, en parallèle à l’exposition d’œuvres personnelles, le public pourra découvrir une œuvre réalisée collectivement au sein même de l’UPJB.

Une rencontre avec l’artiste Lorka aura lieu le samedi 23 septembre de 12h30 à 13h30 à l’UPJB.

UN NOUVEAU PROJET VOIT LE JOUR !

Guidé et accompagné par l’artiste plasticienne Lorka, un groupe se réunira de septembre à mai pour expérimenter et créer collectivement. Le résultat de cette recherche sera exposé au Parcours d’Artiste 2018.

 

LORKA – ARTISTE PLASTICIENNE

Lorka pratique une activité artistique personnelle (www.lorka-v.com). Elle est aussi animatrice à l’« Atelier Sorcier » (CEC – http://ateliersorcier.be), formatrice pour       professionnels, diplômée en arts plastiques et aptitude pédagogique.

 

L’ESPRIT DE L’ATELIER

Cet atelier sera un laboratoire, un espace d’expérience créative. Evoluant au fil des séances, le groupe construira un projet autour d’une thématique définie ensemble. Guidé par Lorka, le groupe mettra en œuvre son propre langage. Si l’exposition finale n’est pas à négliger, la recherche collective qui la précédera en sera la réelle aventure.

Déroulement et aspects pratiques :

> période : de septembre 2017 à mai 2018 ;

> jour et heure : un dimanche par mois – de 10 à 17h00 – à l’UPJB ;

> prérequis artistiques : aucun si ce n’est l’envie de créer !

> matériel : la récup sera la matière principale, pour le reste on verra.

> âge : intergénérationnel ;

> nombre de participants : minimum 6 – maximum 12 ;

> pause déjeuner : prévoir un pique-nique ;

Participation aux frais :

10 €/séance (l’argent ne peut être un frein, n’hésitez pas à proposer une PAF selon vos moyens)

Personne de contact: Contacter Claudine pour plus d’informations – claudine.vano@gmail.com




Tisser des solidarités dans une société toujours plus sexiste et raciste.

C’est sous ce titre que Vie Féminine a organisé une semaine d’étude début juillet à Namur.

Des conférences, des forums, des projections de films et des ateliers ont été organisés pour traiter du racisme, du sexisme et de la précarité, aujourd’hui dans nos sociétés.

L’UPJB a été contactée pour animer un atelier dans le but de présenter ses engagements et parler de l’antisémitisme.

Il m’a été proposé d’assumer cette animation et je l’ai accepté sans hésiter puisque j’ai beaucoup de sympathie pour ce mouvement féministe et populaire.

Après avoir consulté plusieurs membres de l’UPJB qui m’ont aidé à situer l’organisation sur le plan historique, sur ses engagements et actions, et relu quelques pages sur l’antisémitisme (pour ne pas dire n’importe quoi), j’ai pris le train pour Namur avec brochures et Points Critiques dans mon sac.

Les vingt ateliers simultanés ont lieu dans des classes de l’école où se tient la semaine d’étude. Ils représentent pour la plupart des associations de lutte contre le racisme, la xénophobie et l’islamophobie. J’ai présenté sur base de mes notes, entourée par une dizaine de femmes, un survol de l’histoire de l’UPJB et de ses divers engagements. Pour ce qui est de l’antisémitisme, je me suis orientée avec quelques points de repère : le peuple déicide, le Protocole des sages de Sion, le négationnisme, la distinction Israël/Juifs, le sionisme.   « Etre juif après Gaza » d’Esther Benbassa et « Figures de l’antisémitisme » de Marcel Liebman m’ont servi de référence.

Les échanges qui ont suivis ont témoigné sur un antisémitisme rencontré , non pas chez les participantes mêmes, mais dans leur environnement. Une femme au contraire a expliqué qu’à l’école de ses enfants toute forme de racisme avait été combattue avec succès. Mais au cœur des ambivalences et des questions se retrouve le conflit Israélo-Palestinien.

J’ai conclu avec les paroles de Tzvetan Todorov sur l’usage de la mémoire, il articule, à mes yeux l’éthique de l’UPJB : « L’usage littéral qui rend l’événement ancien indépassable, qui revient en fin de compte à soumettre le présent au passé. L’usage exemplaire, en revanche, permet d’utiliser le passé en vue de présent, de se servir des leçons des injustices subies pour combattre celles qui ont cours aujourd’hui, de quitter le soi pour aller vers l’autre. »

Tzvetan Todorov, Les abus de la mémoire, Arlea. 1995

Merci à Bobby, Dominique, Judith et Mathilda.




Dossin. L’antichambre d’Auschwitz

Publication du livre de Laurence Schram sur la Caserne Dossin

De 1942 à 1944, 25 000 Juifs et 350 Tsiganes sont déportés de la caserne Dossin (Malines) à Auschwitz-Birkenau. Comme Drancy ou Westerbork, la fonction de ce rouage essentiel de la Shoah consiste à rassembler les déportés raciaux en vue de leur déportation génocidaire. Un voyage sans retour pour 95 % d’entre eux.

Pour la première fois, l’histoire de ce camp de rassemblement fait l’objet d’une étude scientifique approfondie, menée à la manière d’une enquête policière. Des sources nouvelles ou inexploitées, des témoignages, des dépositions judiciaires et des illustrations, mettent en lumière les parcours de tous les acteurs en présence: les SS, qui règnent en maîtres absolus, leurs auxiliaires et leurs victimes, juives et tsiganes.

Laurence Schram analyse tous les aspects de la vie quotidienne des internés, depuis leur arrivée à Dossin jusqu’à leur embarquement dans les trains qui les déportent. Le fonctionnement du camp, la faim, le manque d’hygiène, les mauvais traitements, la collaboration ou la résistance, la situation particulière des Tsiganes, l’organisation des convois, la libération du camp… sont autant de thèmes que le lecteur pourra découvrir dans cet ouvrage de référence.

Proche collaboratrice de Maxime Steinberg, Laurence Schram a participé à la réalisation du Musée Juif de la Déportation et de la Résistance (1995), où elle a assuré la direction du centre de documentation. Auteure d’études sur la Shoah en Belgique, elle est aujourd’hui Senior Researcher au centre de documentation de Kazerne Dossin. Son doctorat consacré à l’histoire de la caserne Dossin(2015) a reçu le Prix Natan Ramet et le Prix Jacques Rozenberg (Fondation Auschwitz), en 2016.

Pour le commander, surfez sur le site des éditions Racine, cliquez sur le petit caddie à gauche du prix et utilisez le code du coupon « dossin ».

Plus d’infos? Mémoire d’Auschwitz: www.auschwitz.be




Marcel Liebman d’une étoile à l’autre

A l’heure où l’on commémore les 50 ans de l’occupation des territoires palestiniens, la Mission de Palestine à Bruxelles inaugurait ce 1er juin dernier, en ses nouveaux locaux de l’avenue d’Auderghem à Etterbeek, une Salle Naïm Khader

Naïm Khader (1939-1981) était est un intellectuel palestinien et le premier représentant de l’OLP en Belgique. C’est l’un des artisans de la reconnaissance de la cause palestinienne en Europe. 

Le Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbbas a saisi cette occasion pour décerner quatre Etoiles du Mérite: à Naïm Khader, Marcel Liebman, Michel Khleifi et André Dartevelle.

C’est une reconnaissance importante pour Marcel Liebman et Naïm Khader qui furent des précurseurs du dialogue israélo-palestinien. Marcel Liebman (1929-1986) professeur de Sciences-Politiques à l’Université Libre de Bruxelles et Naïm Khader étaient amis. Tous deux militaient pour une paix négociée entre Israël et l’OLP.  Au même titre que Naïm Khader, Marcel Liebman avait été, lui aussi, menacé de mort et avait dû pendant la guerre de 1967, suite aux conseils des autorités belges, mettre sa propre famille à l’abri.

Lors de cette cérémonie, Daniel Liebmann, le neveu de Marcel Liebman, a lu le texte que son oncle a écrit en 1981 suite à l’assassinat de son ami Naïm. 

En recevant l’étoile, Adeline Liebman, la veuve de Marcel Liebman a déclaré « voici une étoile que je serai fière de porter, contrairement à l’étoile infamante que je portais enfant ».