Editorial: Écoles juives, faut-il (y) croire?

Anne Grauwels

© Antonin Moriau - Gecko

Il  y a trente ans, Points Critiques publiait un dossier sur l’école juive . Un dossier essentiellement subjectif qui interrogeait  la nécessité (ou non) pour des parents juifs progressistes (ou progressistes juifs si vous préférez) d’envoyer leurs enfants à l’école juive. Question identitaire: l’école juive pour transmettre l’histoire et la culture juives «positivement»  comme l’écrit Foulek Ringelheim, issu d’une génération qui n’ a reçu en tout héritage identitaire que la plainte et l’expérience du massacre nazi.

Question psychologique: éviter de faire de ses enfants des malades parce que «privés de notions claires concernant leur filiation» une formule empruntée à Dolto, très en vogue à l’époque.

Question idéologique: comment être de gauche, attaché aux valeurs universelles et transmettre une culture et un temps spécifiquement juifs. Et tout ça sans religion?!

Les avis, cela n’étonnera personne, étaient partagés. Pour les uns, l’école juive -même non confessionnelle- n’était pas pensable pour un Juif laïque de gauche. D’autres envoyaient leurs enfants à Beth Aviv, une école qualifiée de démocratique aux qualités pédagogiques exceptionnelles. Enfants qu’ils finirent par retirer de l’école par peur… des actes de terrorisme!

Aujourd’hui ces écoles gardées en permanence par des militaires posent d’autres questions, ces mesures sécuritaires sont-elles compatibles avec l’esprit d’ouverture revendiqué par ces parents éclairés?

A l’UPJB, trente ans plus tard, toutes ces questions de choix existentiels semblent avoir disparu. Dans le mouvement de jeunesse de l’UPJB, les enfants ne fréquentent guère les écoles juives. On les croise plutôt à Nos Enfants, Charles Janssens ou Decroly… Ceci rejoint apparemment une tendance générale puisque Bruxelles ne compte plus que deux écoles juives sur trois. Maïmonide, la plus ancienne, la plus importante, mais aussi la plus religieuse ayant fermé ses portes. Au contraire d’Anvers, qui ne compte que des écoles religieuses orthodoxes en nombre pour une communauté repliée sur elle-même, la population juive de Bruxelles leur préfère les deux écoles non orthodoxes Ganenou et Beth Aviv. Comme en témoignent deux parents dans ce numéro, ces écoles sont avant tout choisies pour la qualité de leur enseignement. De toute façon, la majorité des Juifs bruxellois fréquente les écoles non juives…. où le cours de religion israélite est très peu suivi! Au contraire de la religion musulmane qui occupe la première place dans les écoles francophones de Bruxelles.

La transmission est-elle en passe de disparaître ou se passe-t-elle ailleurs? Dans les mouvements de jeunesse et dans un rapport soutenu avec Israël, se substituant désormais à l’identité juive diasporique?

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