La fin du monde des « schmattès » par Nathalie Skowronek

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Rencontre avec Nathalie SKOWRONEK autour de son dernier roman « Un monde sur mesure »

De « Karen et moi » , son premier roman, inspiré par la vie de l’écrivaine danoise Karen Blixen, à « Max, en apparence » qui explore l’énigme du parcours de son grand-père rescapé des camps, à « La Shoah de monsieur Durand », un essai qui interroge la perception du judéocide par les Juifs de la quatrième génération, Nathalie Skowronek tisse une œuvre exigeante, qui puise ses thèmes dans l’histoire familiale, mais élargit le propos, dans un va-et-vient constant entre l’intime et le monde alentour, comme dans son dernier récit, « Un monde sur mesure », qui évoque, à partir d’un secteur particulier, le commerce du vêtement, l’ascension sociale de tout un milieu, aux traumatismes toujours présents, et les bouleversements socio-économiques qui au début de ce 21e siècle, en changent la donne.

Des marchés où s’était épuisée notre arrière-grand-mère aux magasins de prêt-à-porter montés par nos parents, tout nous ramenait aux tailleurs juifs des shtetls de Pologne.
Quatre générations plus tard, on ne se fournissait plus dans le Sentier, à Paris, mais chez d’invisibles intermédiaires qui ramenaient la marchandise du Bangladesh, du Pakistan ou de Chine. Qu’importait la provenance des pièces, qui les avaient confectionnés et comment, nous devions reconnaître parmi les vêtements entassés les articles susceptibles de plaire. Il fallait être rapide, choisir juste. Nous prenaient de cours ces nouvelles enseignes qui ouvraient dans toute l’Europe. Le shmattès yiddish allait bientôt disparaître. » N. S.

Au cœur de l’histoire familiale de la narratrice, le vêtement : d’un côté le magasin de son inconsolable grand-mère, peuplé des fantômes de la Shoah, de l’autre les flamboyants qui, tournant le dos à la tragédie, jouent le jeu de leur époque avant d’être dépassés par le succès. Entre eux, une jeune femme veut exister sans renier ses origines et les évoque avec une acuité sensible. La fin d’un monde, et peut-être la vraie fin du Yiddishland.