Paul Celan par Eddy Devolder: « parle vrai qui parle aux ombres »

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Qui est Paul Celan? Un poète. Certes. Un des poètes les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Certes. Pourtant à sa mort en 1970, une trentaine de personnes seulement assistaient à son enterrement. A peine plus qu’à l’enterrement de Baudelaire. C’était en mai. Il pleuvait à verse. Un temps de chien. Comme à l’enterrement de Baudelaire. Sous les trombes d’eau, la cérémonie fut expéditive, sans recueillement. A sa mort, il n’y avait quasi rien à lire à son sujet. Il n’y avait que ses livres, en traduction bilingue, des diptyques allemand/français. Aujourd’hui, il y a de quoi meubler une bibliothèque entière, avec tous les ouvrages et les articles qui lui ont été consacrés. L’homme, sa biographie, sa poésie ont été passés au crible. Des témoignages nombreux ont mis en lumière sa vie amoureuse, son cheminement intellectuel, ses rencontres, ses conflits… Plus de 4000 articles. Une littérature inabordable comme si elle était le pendant du caractère a priori inabordable de sa poésie.
Un soir où Eddy Devolder était invité à une fête d’anniversaire, à Sèvres dans la maison de Jules Supervielle, il est monté saluer Mamina, la fille de la maison. Ils ont évoqué ensemble quelques figures célèbres qui se retrouvaient lors de la table ouverte que Supervielle organisait chaque semaine. A la fin de la conversation, il a prononcé le nom de Celan. « Voilà, lui a-t-elle dit, depuis le début de la soirée je regarde vos yeux. Ils me rappellent quelqu’un, Paul Celan, vous avez les mêmes yeux. Vous êtes de sa famille n’est-ce pas ? » Il lui a répondu : « Non, non… » Elle a insisté: « Montrez-moi vos mains ». Elle les a contemplées et elle a souri : « Oui, oui vous êtes de sa famille, j’en suis sûre, vous avez de la terre sous les ongles… Ca ne trompe pas, ces similitudes… » Quelques jours plus tard, il avait confié cette anecdote à Derrida, lequel a posé sa main sur la sienne et, la serrant, lui a dit avec une certaine gravité :  » nous portons en nous un héritage qui nous dépasse « .
Eddy Devolder est écrivain et plasticien. Il a étudié la philosophie à l’ULB. Il a enseigné en Belgique et à l’étranger (Maroc, Turquie et RDC). Le néerlandais est sa langue maternelle et le français celle du quotidien. Il pense intimement que notre futur est étroitement lié à la place que nous sommes capables d’assurer au demandeur d’asile.
Introduction : Lucy Grauman
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Documentaire sur Paul Celan