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Chouna Lomponda est d’origine congolaise (RDC). Responsable de la communication du Musée juif de Belgique dont elle est la porte-parole, elle a vécu de près l’attentat antisémite dont elle aurait pu, comme ses collègues et les visiteurs du Musée, être la victime. Elle livre ici le point de vue d’une « génération qui n’accepte pas le danger, mais a appris à vivre au-delà ». Et ses mots témoignent que si le tueur a voulu viser des Juifs, c’est l’ensemble des démocrates, toutes origines confondues, qu’il a atteints dans leur volonté de vivre ensemble.

Chouna Lomponda « je ne vis pas dans la frayeur, mais dans l’espoir »

Il ne me viendrait pas à l’idée de juger la légitimité des craintes des communautés juives aujourd’hui.

Crainte nourrie par l’affaire Merah en France, accentuée par l’attentat du 24 mai 2014 au Musée Juif de Belgique où périrent quatre innocentes victimes : Dominique Sabrier, Alexandre Strens, Myriam et Emmanuel Riva. Des peurs confortées par la suite par la double attaque à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles en mars 2016, banalisée par les réseaux sociaux devenus les terrains de prédilection des prêcheurs de haine, toutes races et religions confondues.

Mais d’un autre côté, aujourd’hui, il ne s’agit plus uniquement d’un terrorisme ciblé, visant une religion ou une race en particulier… mais d’un terrorisme mondial contre la démocratie. Et les faits sont là pour l’attester ! Lorsque que l’on frappe un Musée, une institution culturelle belge où travaillent des Juifs, des orthodoxes, des chrétiens, des athées et même, en son temps, des Musulmans. Au-delà du symbole d’un « Musée Juif », il s’agit des fondements de la culture qui sont ébranlés, de notre vivre ensemble et de notre liberté qui sont touchés.

Comment, en tant que belge, non juive, originaire d’Afrique subsaharienne, je vis les choses ?

Je pense être de cette génération qui n’accepte pas le danger, mais a appris à vivre au-delà ! Un danger qui nous concerne tous. Il suffit de suivre l’actualité
internationale pour le savoir et réaliser aussi que derrière les nombreuses victimes des attentats récents à Bruxelles, il y avait : des Arabes, des Juifs, des chrétiens, des Belges et des étrangers…

Je pense que l’issue de cette crise que nos sociétés occidentales traversent viendra de l’éducation (scolaire, familiale) et par un apport spirituel aussi pour endiguer le flux de la radicalisation de la jeunesse et un meilleur contrôle du numérique. Parce qu’il s’agit de changement des systèmes de pensées établis depuis des générations et de déconstruction. Pour ma part, je ne vis pas dans la frayeur, mais dans l’espoir. Et plutôt que de comptabiliser mes peurs cristallisées par la violence de nos sociétés, je préfère espérer que la génération qui suit, se connaîtra mieux, se comprendra mieux. Pour une cohabitation réelle dans le respect et autour d’un idéal commun.

En cela, je suis heureuse de travailler pour une institution qui a compris le rôle important que la culture peut jouer en termes de rapprochement des communautés en mettant en exergue les similitudes plutôt que les différences.

 

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