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[Conférence-débat] Raïssa Bloch, poète et historienne russe, de Saint-Pétersbourg à Auschwitz par Agnès Graceffa

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Raïssa Bloch (1898-1943), poète et historienne russe, de Saint-Pétersbourg à Auschwitz 1898-1943 par Agnès Graceffa, historienne (Université libre de Bruxelles) – présentée par Judith Lachterman

Petrograd 1917. Jeune étudiante de dix-huit ans, Raïssa Bloch embrasse les idéaux de la Révolution. Membre active des cercles littéraires de la Maison des Arts, elle est pourtant soupçonnée de trahison et emprisonnée. Ayant rejoint Berlin, elle y mène une carrière de poète et de médiéviste jusqu’à l’avènement d’Hilter. Une fois encore elle choisit l’exil, cette fois à Paris. Mais la déclaration de guerre la met à nouveau en danger : juive, étrangère, Raïssa doit fuir, disparaître.
Avant les camps, elle connaîtra le deuil, mais aussi l’entraide des réseaux de la Résistance et de l’OSE.

A travers une biographie historique extrêmement documentée, Agnès Graceffa fait revivre cette figure oubliée de l’intelligentsia européenne dont la mort précoce a jeté un voile sur l’œuvre : celle d’une écrivaine sensible à la vie aussi emblématique que romanesque.

A ECOUTER! Une chanson tirée d’un poème de Raissa Bloch interprétée par Alexandre Vertinski.

[Festival] « Made in Bruxsel » / Soirée diasporas juives + orchestre du bal yiddish de l’UPJB

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Le festival itinérant « Made in Bruxsel » ces migrations qui font la ville, réunit chercheurs, monde associatif, artistes et Bruxellois du mois de janvier 2018 au mois de mai 2018. Au cours de dix soirées et dans de nombreux lieux culturels et artistiques bruxellois, l’heure sera au débat et à la fête sur cette diversité des migrations, apport et atout, qui construit notre ville mondiale aujourd’hui. Chaque soirée sera l’occasion de découvrir des artistes Bruxellois, des chercheurs et d’écouter plusieurs générations de Bruxellois de cette diversité urbaine. Het reizend festival « Made in Bruxsel ». Rendez-vous les 2 et 9 février de 18 h à 22 h au Musée Juif de Belgique

L’UPJB vous donne RDV le 9 février à 20h au Musée Juif de Belgique pour une soirée consacrée aux diasporas juives:

La population juive est un autre visage de Bruxelles depuis longtemps. Elle y est arrivé à différentes périodes : au début du siècle, à l’entre-deux guerres, après la deuxième guerre mondiale et le « minuit dans le siècle »… Et elle a aussi son profil Bruxellois, différent par exemple de celui d’Anvers.

  • Animation: Sabine Ringelheim (BX1)
  • Orateur: Jean-Philippe Schreiber (ULB)
  • Panel: Amir Haberkorn, Henri Goldman
  • Artiste: Henri Goldman – “La Chanson de Sarah”
  • Le dernier mot du Prof. Andrea Rea (ULB)

22:00 YIDDISH TANZ RIVAÏVELE, l’orchestre du Grand Bal Yiddish de l’UPJB

Informations pratiques et inscriptions

Plus d’infos: www.madeinbruxsel.com
Inscription obligatoire: info@madeinbruxsel.com
fb-art Made in bruxsel
DE7676EC_5056_A318_A85F4ED272B14D15 @madeinbruxsel

Programme complet du festival: https://brusselsacademyblog.wordpress.com/made-in-bruxsel/

Un co-production de la Brussels Academy & du CBAI

Partenaires: Muziekpublique ; Hispano-Belga ; El Andino – Institut de Culture Andine de Bruxelles ; Radman events ; Les AlBelges ; Le Foyer ; Convivial ; Luc Schuiten ; Le collectif Mémoire Coloniale ; Beursschouwburg ; Asbl 2bouts ; Centre hellénique ; la Concertation ASBL ; Globe Aroma ; Musée Juif de Belgique ; UPJB ; Cinemaximiliaan ; Yongheng Liu ; Action Culturelle Bruxelloise ; Association José Afonso ; Maison de l’Amérique Latine ; Andrea Gagliardi ; Marisol Palomo ; Maria Baoli ; Doan Vinh Nguyen ; Hadja Lahbib ; Lynn Wei ; ONG CEC ; Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale de Molenbeek-Saint-Jean ; Le Senghor ; Le Jacques Franck ; Bozar ; Métices (ULB), Visit Brussels ; Cosmopolis (VUB) ; Brussels Commissioner for Europe ; Goethe Institut ; Hêbê ; European Quarter Fund ; CIRE ; Germe (ULB), Zinneguides ; Centre Culturel de Ganshoren La Villa,…

 

[Sommaire] Points Critiques janvier-février 2018, focus « Invisibles… »

ÉDITORIAL  par Anne Grauwels et Françoise Nice

FOCUS : « Invisibles… »

  • Comme toi, comme moi, par MARTINE CORNIL ET FRANÇOISE NICE
  • Les baskets, les réfugiés et les artistes, par FRANÇOISE NICE
  • Non, tous les juifs ne sont pas riches !, par ANNE GRAUWELS
  • Ascenseurs pour le précariat, par JUDITH LACHTERMAN
  • Carnet de voyage d’un être sur place, par CLÉMENT SAPIR
  • Mes golden Sixties, par GÉRARD WEISSENSTEIN
  • Le «Etty Hillesum Youth Theater» à Jaffa, par SHARON GECZYNSKI

BD

  • Excusez-moi ?, par GECKO

ISRAËL-PALESTINE

  • Jérusalem : derrière le symbole, par HENRI GOLDMAN

LIRE

  • Les sauvages selon Thomas Gunzig, par TESSA PARZENCZEWSKI
  • En terrain miné, par ANTONIO MOYANO
  • Convivialité des spectres, par ELIAS PRESZOW
  • Dans le monde tsigane, avec Jean Marc Turine, par TESSA PARZENCZEWSKI

 VOIR

ENTENDRE

  • Avant toute chose – le premier album de Noé, par GÉRARD WEISSENSTEIN, TANGUY LOGÉ et CLAUDINE VAN O

HUMEURS JUDÉO-FLAMANDES

  • Un séjour à l’Hospital del Mar, par ANNE GIELCZYK

 VOIR

  • Voyages au pays du collage et des collagistes (4), par JACQUES ARON

FICTION

  • De mon temps, par IRÈNE KAUFER

 HOMMAGE

  • Johnny Hallyday, quelque part dans la nuit, par NOÉ PRESZOW

 VIE DE L’UPJB

  • Madame Maggy, par JO SZYSTER

 UPJB JEUNES

  • Joyeux Hanouka, par ANTONIN MORIAU

 

[Focus] Les baskets, les réfugiés et les artistes

Françoise Romnée, Gare du Nord à Bruxelles

Plus de vingt mille personnes sont inscrites sur la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Plusieurs réseaux s’y sont greffés. Des milliers de messages solidaires circulent sur Facebook. Les artistes, mais pas seulement eux, se sont engagés dans ce vaste mouvement. Rencontres

Pourquoi les artistes ? Ils savent s’exprimer, ils ont des horaires quotidiens moins rigides, du moins quand ils ne sont pas en création ou en tournée. Parce qu’eux-mêmes sont des précaires, souvent.  Des débrouillards. Des personnes qui ont un point de vue éthique, une vision du monde. Le 24 septembre, en une poignée de jours, le metteur en scène Lorent Wanson rassemblait un millier d’artistes et de citoyens ordinaires à la Gare du Nord. Ils étaient là, avec quelques refugiés masqués, pour dire « Pas en notre nom », pour clamer leur refus des traques policières, leur refus des lois régressives et des postures provocatrices de Théo Francken, le secrétaire d’état à l’Asile et la Migration. En juin, le théâtre de la Balsamine avait lancé la plateforme « United stages ». Une vingtaine de théâtres et de lieux culturels en sont membres. Chaque théâtre s’organise comme il le souhaite : nuits d’hébergement, concerts et places de spectacles gratuites, récoltes de fond, appel à la générosité et à la solidarité du public en fin de spectacle…

Marie-Aurore D’Awans: « Etre en cohérence avec nos valeurs »

Avec  Itsik  Elbaz,  la comédienne  Marie-Aurore D’Awans a créé la plateforme 2euros 50. Une fois par semaine, une quinzaine de bénévoles prépare environ 350 repas et les livre au parc Maximilien. 2euros 50 récolte aussi des fonds. Fin novembre, plus de 12.000 personnes y étaient inscrites.
« La réactivité est forte » précise Marie-Aurore D’Awans : « Lorsque nous lançons un appel, en deux heures, l’objectif est atteint. On aiguille aussi cette générosité vers des structures qui en ont besoin ».
Ce qui l’a poussée à lancer 2euros 50 ?
« La volonté de ne pas me contenter d’une opposition intellectuelle, le fait de devenir maman, et « Pas pleurer », ce spectacle adapté du roman autobiographique de Lydie Salvaire. Mise en scène par son compagnon Denis Laujol, accompagnée par la musicienne Malena Sardi, Marie-Aurore D’Awans y interprète avec force le dialogue d’une ancienne
réfugiée de la guerre d’Espagne avec sa fille.
Un spectacle incandescent et bourré d’espérance, qui lui a valu un prix du théâtre. « J’espère, sans y croire, que les mandataires politiques comprendront que fermer les frontières n’a jamais aidé personne, que cela n’empêchera pas les migrations».
Marie-Aurore héberge aussi des réfugiés : « Ma petite fille aura vu passer chez nous des Soudanais, des Erythréens, je suppose qu’elle en gardera quelque chose. Le métissage, c’est l’avenir… On se trompe en disant que ce sont les pauvres qui chassent les riches, qu’on chasse plutôt la fraude fiscale ».

Thierry Smits : « Quelque chose de très sale se prépare »

Comme elle, le chorégraphe Thierry Smits est libre de toute attache politique. Il a accueilli pendant un mois une vingtaine de réfugiés chaque soir, et jusqu’à 40 fin novembre. Dans les locaux de sa compagnie, les jeunes réfugiés s’organisent, nettoient les lieux, jouent sur leur téléphone portable. Tic-toc fait la balle de ping-pong. Le local est un havre doux et chaud. Thierry leur offre le gîte, un solide petit déjeuner, et leur glisse une boite de sardines quand ils repartent vers le Parc Maximilien ou sur la route qui les mènera peut-être en Grande-Bretagne. Car les passages réussis sont rares. Il me fait rencontrer Moubarak, un jeune Soudanais en errance depuis 2015. Il baragouine quelques mots de français. Raconte son parcours de la Libye à l’Italie jusqu’à Bruxelles, en passant par Calais et Paris. Il a tenté à trois reprises de passer en Angleterre. « Comment fais-tu pour ne pas devenir fou? ». Moubarak n’a pas bien compris ou ne sait pas comment me répondre. Thierry repose la question. Alors l’émotion affleure, Moubarak ne trouve toujours pas les mots en français, Thierry le prend dans ses bras, aussi ému que lui. « Tu sais, personne ne les touche, ils ont aussi besoin d’être embrassés ».
« Accueillir n’est pas difficile, j’ai acheté 10 matelas pneumatiques et demandé des couvertures chez 2euros 50 ». Et lancé des appels au ravitaillement sur la page Facebook de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés : « 100 boîtes de sardines, dix pains blancs, 2 caisses de bananes, 8 caissettes de mandarines, du lait, des jus de fruits, et des biscuits… urgent, c’est pour trois jours ».

Thierry a gardé un cœur et une énergie d’enfant qui croit que tout est possible, qu’il suffit de le vouloir. Il pense que c’est souvent la paresse qui explique l’inertie. « Les gens ne comprennent pas qu’on est au début d’un processus. Que les migrations vont amplifier ». Face à cela, il voit monter, en Belgique et dans toute l’Europe « quelque chose de très sale.
Bientôt viendront les appels à la délation. Les gens feraient bien de lire « Seul à Berlin » *, ils comprendraient que le fascisme peut s’installer très vite ».

Dans le tunnel de la Gare du Nord, Françoise Romnee (Solidarité avec les réfugiés de la Gare du Nord) a le même regard clair et souriant :« Non je ne suis pas près de m’épuiser ». Elle est intervenue en 2015 au parc Maximilien, ensuite à Calais : « La première fois, j’ai pleuré et fait des cauchemars pendant 5 jours ». Elle a ensuite organisé un ravitaillement régulier jusqu’au démantèlement de la « Jungle ». Elle intervient à la Gare du Nord depuis un an, jour après jour. « Franchement Calais, à côté de ce qu’on voit ici, c’était un petit paradis. Les gens avaient un abri, pouvaient faire du feu ». Quand elle arrive, à 17 heures, les réfugiés se mettent en file. Un repas va leur être servi. Avec Myriam, Françoise fédère et planifie les distributions à 15 jours : « Je n’ai pas un cœur plus grand que les autres. Ces personnes ont vécu l’enfer dans leur pays, ont fait le parcours dans des conditions pitoyables, et on les traite comme des sous-hommes, ça m’est insupportable. »

Ce qui lui fait le plus chaud au cœur, c’est la mobilisation fidèle de simples citoyens, où les Musulmans sont très nombreux, « Ils ont une culture de l’hospitalité ». Ce qui lui fait le plus mal : « L’indifférence de ceux qui passent dans la gare en sortant des bureaux, et qui font l’autruche. Ils ne regardent pas les réfugiés, ce sont comme des fantômes ».

Pas plus que Marie-Aurore, Thierry, ou Mehdi Kassou, porte-parole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés Bruxelles, aucun.e mandataire politique n’a approché Françoise, à titre individuel, pour s’enquérir de la situation sur le terrain.
Au téléphone Mehdi Kassou explique : « Nous faisons le boulot à la place du politique. Certains spéculent sur notre épuisement. Je ne pense pas que la solidarité va se tarir avec les fêtes de fin d’année, au contraire ».
Il pilote un réseau de 3000 bénévoles, gère chaque soir plus de deux cent hébergements et des dizaines de chauffeurs. Avec l’appui de Médecins du monde et d’autres Ong, Mehdi s’active aussi à l’installation du centre de Haren, 80 places, à côté du bâtiment prévu pour l’accueil des SDF dans le cadre du Plan hiver : « On sait déjà que cela ne suffira pas. Il faut mettre en place un véritable centre d’accueil et d’hébergement ».

 

*Un roman d’Hans Fallada, qui évoque le climat de terreur, de répression politique et de régression morale dans l’Allemagne de 1940

[Edito] Invisibles …

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Éditorial

11 heures du matin dans le tram. Avec son père, une petite fille Rom, les nattes bien tressées sous un bonnet de père Noël fait la manche. Elle a un petit visage calme et triste. Sur la vitre, son doigt redessine le cœur que quelqu’un a tracé. Qu’a-t-elle de commun avec Omar, ce jeune pasteur Peul du Niger  qui vagabonde d’abri en abri provisoire, dépendant de la bonne volonté des uns et des autres, nomade en Belgique comme il l’était au Niger. Mais il remercie la Belgique et l’association Ulysse qui lui a permis d’apprendre à lire et écrire. La petite Rom et le jeune Peul, ou encore Christophe ou Renée, ces SDF bien belges que Liège, Charleroi, Etterbeek… interdisent de mendicité, tel jour à tel endroit, sous peine d’arrestation administrative : ils sont de plus en plus nombreux, dans nos rues, dans nos gares, sous les porches, dans les parcs, à la sortie du supermarché, aux feux rouges… Il y a aussi ceux qu’on ne voit pas, issus de la classe moyenne, jeunes, femmes seules avec enfants, malades, chômeurs, pensionnés ou actifs … « Ceux et celles qui se trouvent en situation de devoir abandonner l’une ou l’autre chose nécessaire à leur bien-être, à leur dignité par manque de moyens financiers » comme le formule Martine Cornil plus loin dans ce numéro consacré aux «précaires».

Tous ceux-là, qu’ont-ils en commun avec Albert Frère ? Rien, ils ne se croiseront sans doute jamais. Penser la pauvreté sans parler des richesses disponibles n’a pas de sens. Parler des enfants pauvres sans parler de ce qui a conduit leurs parents au dénuement relève d’un écran de fumée, comme le fait l’opération « Viva for life ».
Les bons sentiments ne sont pas toujours éclairants. Ce qui est en cause, c’est « la violence des riches » comme le formulent les sociologues français, les Pinçon-Charlot, une violence qui «permet la distribution des dividendes en même temps que le licenciement de ceux qui les ont produits».

Depuis les années 1980, qui coïncident avec la fin des « trente glorieuses », les écarts de richesses se creusent, inégalités de revenus et inégalités de patrimoine pour l’ensemble de la planète, comme le révèle un rapport alarmant et alarmiste (le Wealth and Income Database) de 100 économistes. Et tandis que les riches deviennent plus riches, et les pauvres plus pauvres, les gouvernements ne se donnent plus les moyens de gérer les inégalités.
En cause, la mondialisation, la financiarisation de l’économie et les politiques néo-libérales du tout-au-marché. L’ascenseur social de l’éducation et de la formation, qui a permis après-guerre et dans les années soixante de remarquables carrières chez les enfants survivants de la Shoah, de beaux parcours parmi les enfants de l’immigration italienne – et de manière bien plus lente et difficile dans les familles maghrébines ou turques à cause de la xénophobie – cet ascenseur s’est ralenti ou bloqué avec le triomphe du néo-libéralisme. Les politiques d’austérité, avec ou sans correctifs pour les plus fragiles, n’ont pas empêché la paupérisation et la précarisation d’une grande partie des classes moyennes.
Le modèle : diplôme > emploi durable + emprunt hypothécaire >> acquisition d’une maison semble dépassé. Aussi kitsch qu’une soirée télé en famille dans les années 60. Ou un épisode de Dallas dans les années 80.

La pauvreté est un poison qui mine la démocratie. Elle est synonyme de souffrances, de fractures sociales, de comptabilité mesquine et envieuse. Où le dernier arrivé se voit stigmatisé comme « l’Autre », l’étranger, l’ennemi, le pauvre, celui qui menacerait la précaire accumulation de celui qui s’efforce de survivre, d’assurer un avenir digne à ses enfants. Pourtant, cette vieille Marocaine qui mendie dans l’espace commercial de City 2, qui menace-t-elle vraiment ?  Elle fait honte à sa communauté, réputée pour son devoir de solidarité inscrit au cœur de l’Islam. Pourtant, ces Juifs qui font appel au service social juif, ou ces artistes qui bénéficient de l’annuelle opération des « petits sabots », que menacent-ils ? La tranquillité des repus et quelques clichés qui ont la vie dure.

On ne mesure pas encore toutes les conséquences politiques de cette explosion des inégalités, mais la montée de l’extrême droite en Europe et la victoire de Trump aux Etats-Unis nous en donnent un avant-goût amer. La formule « moins d’impôts, moins d’état » cher aux MR et autres NVA, le « travailler plus, gagner plus » de Sarkozy, les formules libérales « modernes », flexibles et intempestives d’Emmanuel Macron n’amélioreront pas la situation.
Plus il y a de pauvreté et d’inégalité, plus il y a de corruption et de violence.

La lutte contre la pauvreté est un combat démocratique.

 

[Voir] Des cerises de sang en goûter d’amour

Jean-Pierre Orban est écrivain et chercheur. Il nous livre ses impressions sur l’exposition L’Intime & Le Monde1 au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris qui présente des œuvres de quelques familiers de la maison UPJB: Marianne Berenhaut, Sarah Kaliski et Arié Mandelbaum. Gérard Preszow et Lucie Duckerts-Antoine en sont les commissaires. L’exposition est visible jusqu’au 4 février.

Je côtoie Arié Mandelbaum et son œuvre depuis près de deux ans maintenant. Arié et son œuvre : ils forment un tout. J’ai de plus en plus tendance, contre le dogme classique ou – soyons pédant – structuraliste, à ne plus séparer l’artiste et sa création. Pour être plus exact, je ne veux plus que cela : visiter des œuvres auxquelles l’artiste ou l’écrivain adhère par tous les pores de sa peau, qu’il ou elle assume par toutes les respirations de sa vie. Question de me retrouver dans une œuvre comme dans une maison dont l’occupant n’aurait pas déserté les lieux en me laissant les clés. Parti tel un voleur de son âme à la nuit tombée. Cela fait près de deux ans que je fréquente Arié, peut-être son âme, dans son atelier, sa maison.

Jeudi 7 décembre, au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, j’ai découvert un autre Arié Mandelbaum. Ou plutôt : j’ai vu Arié dans une autre maison. Tout entier, mais il aurait pu ne pas être là. D’ailleurs, refugié en lui-même, en retrait des conversations et des bruits du vernissage, il était à peine là. Ses toiles l’étaient. Chacune sous la lumière qui lui donnait pleine présence, en révélait la force, le mouvement, cette insaisissable couleur du blanc qui n’est pas blanc et qu’il est quasi impossible à reproduire en photo. La chaleur, en un autre mot la vie.
Celle que je cherche dans la maison, les ateliers, les archives intimes des auteurs et artistes. Je sentais la présence d’Arié derrière moi, son regard sceptique, inquiet sur ses pièces, mais c’est comme si ses œuvres n’avaient plus besoin de lui, et si cela peut me rendre malheureux, c’est heureux. Elles vivent sans lui. Chacune était dans sa propre lumière, celle qui se dégage d’elle et outrepasse les limites du format, du temps et du lieu.

Hier (car j’écris ceci le 8 décembre), j’ai trouvé Arié dans une autre maison encore. Une maison ainsi qu’on le dit d’une famille. Dans la salle d’exposition découpée par les « commissaires » Lucie Duckerts-Antoine et Gérard Preszow en pièces qui s’invitent l’une l’autre, on passe d’un membre à l’autre. Comme d’un frère à une sœur et vice versa, et d’une sœur à une sœur. Issus d’une même généalogie. Cette généalogie qu’est en train de dessiner Arié dans son atelier pour une prochaine exposition et que tente de fixer Sarah Kaliski dans ses carnets et ses papiers : Annie Bernard, Jean Samuel, Egon-Heinrich Gamiel né le 18 mai 1934, un des 44 enfants…, Beila Biglaizer convoi n°20. Nom, prénom, âge, adresse. Ces enfants surpris, figés en pleins jeux par l’artiste et le foudroiement de l’histoire. Une généalogie absente, désincarnée dans les moules de chaussures en bois qui, chez Marianne Berenhaut, s’avancent alignés sur un rouleau de papier kraft qui se déroule ou les écrase inexorablement. Ou encore dans le landau vide, glacé dirait-on de cendres, sur une échelle qui se referme, sous une affiche d’horaires de trains et le portrait déjà rétréci d’une tante, mère, sœur ?

Une absence qui surgit des boîtes de sardine peintes par Sarah Kaliski de corps écrasés, à jamais anonymes. Un effacement qui balaie les papiers marouflés, tendus en une résistance sur les toiles d’Arié Mandelbaum qui fait affleurer contre l’insaisissable les regards, les traits du visage, les mains, une ligne, un geste, la vie, oui la vie.

Alors contre l’absence imposée, ces frères et sœurs en art et en histoire, nés en 1934, 39 et 41, expurgent la violence, celle qui se reproduit sans cesse de camp en prison, de Mauthausen à Abou Ghraïb, et creusent son semblable et contraire à la fois, l’érotisme des corps vivants, jouant avec le trépas, offerts au regard en un affront à la mort. Langues léchant les lèvres d’un sexe chez Sarah Kaliski, vulve ouverte chez Arié Mandelbaum d’après Gustave Courbet. L’origine du monde. Le rouge qui attise telle une flamme le corps et parsème de taches les toiles d’Arié comme des pierres de couleur le chemin d’un Poucet égaré.
Des taches de sang. Transfigurées en fleurs éclatantes de saisons incandescentes. Ou en fruits à cueillir contre la mort et le temps. Un festin modeste, rien que quelques fruits à partager entre enfants sur l’herbe absente. Des cerises d’amour en « goutes » de sang : c’est ce qu’a écrit Arié sur la toile qui réunit les trois artistes en tête d’affiche de l’exposition. Un t est tombé comme le Temps des cerises d’où viennent les vers. Alors je lis : en goûter de sang. Ou l’inverse : des cerises de sang en goûter d’amour.

 

1 – L’Intime & Le Monde. Marianne Berenhaut, Sarah Kaliski, Arié Mandelbaum, jusqu’au 4 février 2018 au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris

 

[Cinéma] This is my land de Tamara Erde

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Film documentaire de Tamara Erde | France – Israël | 90’ | 2016. Une projection à l’initiative de la Plateforme Watermael-Boitsfort Palestine

Et si le conflit israélo-palestinien était surtout une question d’éducation ? This is My Land observe la manière dont on enseigne l’histoire dans les écoles israéliennes et palestiniennes, publiques ou privées. Portraits d’enseignants, enthousiastes ou révoltés, rencontres avec des enfants désenchantés, le film révèle les murs que l’on dresse dans la tête des jeunes générations.  

La projection sera suivie d’un débat en présence de Michel Staszewski, professeur d’Histoire et membre de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique.

PAF 6,5 / 5 / 3,5 €

Voir la Bande Annonce

Réservation vivement recommandée: http://www.lavenerie.be ou  02 672 14 39

LIEU: Les Ecuries – 3, place Gilson -1170 Bruxelles

Parking aisé , tram 94, bus 95 et 17 (arrêt Wiener)

Page Facebook: https://www.facebook.com/WBoitsfortPalestine/

[Mobilisation] Ordre de quitter le gouvernement : on lâche rien !

Théo-Francken-buiten

L’UPJB signataire de l’appel à manifester pour dénoncer la politique de Théo Francken organisé par la Coordination des sans-papiers de Belgique encourage ses membres et ami.e.s à participer massivement à la manifestation du samedi 13 janvier qui se tiendra à 14h Gare du Nord.

L’appel à manifester:

Le 30 décembre nous étions bien plus que 10 à nous rassembler pour annoncer à Theo Francken que les citoyen.ne.s avec ou sans papiers lui ordonnent de quitter le gouvernement. Nous lui avons donné un délai de 15 jours. C’est pourquoi nous appelons à manifester massivement ce samedi 13 janvier.

Nous serons nombreu.x.ses pour vérifier si l’ordre a été exécuté et démontrer notre détermination à refuser qu’un ministre puisse avoir des propos et une politique raciste, meurtrière et tortionnaire impunément.

On ne compte plus les recadrages de Francken par le premier ministre Charles Michel. Ces recadrages ne sont rien d’autre que de la communication car le gouvernement fédéral est bien derrière son secrétaire d’État à l’Asile et à la migration. Ce 2 janvier 2018, Charles Michel a encore soutenu publiquement Theo Francken et le 7 janvier Bart De Wever déclarait que la N-VA quitterait le gouvernement si Francken devait démissionner. Au-delà du « cas Francken », c’est donc la politique anti-migratoire et raciste du gouvernement fédéral qu’il convient de critiquer.

Ces dernières années la situation des personnes migrantes et des sans-papiers en Belgique n’a cessé d’empirer. Une politique d’asile toujours plus restrictive et une gestion migratoire toujours plus sécuritaire s’accompagnent d’une rhétorique raciste de plus en plus décomplexée et de l’augmentation des violences d’État envers les personnes migrantes : rafles, passages à tabac, enfermement, déportations… Il s’agit d’ailleurs d’une tendance générale observable partout en Europe, de la Hongrie à l’Italie en passant par la France, concertée au sein de l’UE et transcrite dans ses directives.

Le succès de notre mobilisation le 30 décembre dernier et l’exemple de ces centaines bénévoles qui chaque jour hébergent et viennent en aide aux personnes migrantes depuis plusieurs mois prouvent que nous sommes nombreu.x.ses à nous opposer à la vision du monde que défendent Francken et le gouvernement fédéral. Nous l’affirmons haut et fort, nous ne nous reconnaissons pas dans la politique de ce gouvernement. Nous nous opposons au renforcement du racisme d’État, à la criminalisation des personnes migrantes, à la surexploitation des travailleu.r.se.s sans-papiers. Nous portons au contraire un autre projet de société, solidaire et égalitaire.

C’est pourquoi nous pensons qu’il est temps que la population vivant en Belgique (qu’elle ait des papiers ou non) s’exprime. La démocratie c’est aussi le fait de pouvoir choisir qui sont nos dirigeant.e.s et Francken, nous n’en voulons plus !

Le 30 décembre n’était qu’un échauffement ! Soyons encore plus nombreu.x.ses ce samedi ! Invitez du monde et parlez-en autour de vous !


  • Coordination des sans-papiers de Belgique
  • MRAX asbl
  • Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés
  • CODE ROUGE
  • Acteurs des temps présents
  • Jeunes anticapitalistes (JAC)
  • Collectif Alternative Libertaire Bruxelles
  • Bruxelles Zone Antifa
  • JOC Bruxelles
  • Bruxelles Laïque

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SIGNATAIRES
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  • Union des Progressistes juifs de Belgique – UPJB
  • Le Groupe Montois de Soutien aux Sans-Papiers
  • Niemand Is Illegaal
  • Solidarity for All
  • SAP antikapitalisten / Gauche anticapitaliste
  • Antifa Antwerpen
  • SOS Migrants
Plus d’infos sur Facebook: https://www.facebook.com/events/1669595749769419/

Ignace Lapiower nous a quittés ce 1er janvier 2018

Ignace-Lapiower
Ignace Lapiower 1923-2018

Nous publions le faire part de décès de la famille.

Alain, Leah, Max, Lola Lapiower et Claudine Van O,

Pierre-Alain Schatzmann, Claude Goldmann et ses enfants Leïla et Younes, Sophie Goldmann, Eric Deny et leur fille Maud, Jenny Brawer et son fils Samuel,

vous font part avec émotion du décès de

IGNACE LAPIOWER

né à Borislaw le 6 septembre 1923

décédé à Bruxelles le 1 janvier 2018

Sous le pseudonyme de Grégoire il a combattu dans la Résistance juive en tant que Partisan Armé (Bruxelles 1942-1944)

Réunion mardi 9 janvier 2018 à 11h00

Cimetière d’Etterbeek – 88 rue du Long Chêne – Wezembeek-Oppem

Contact : alain.lapiower@gmail.com

[Rencontre-débat] avec Martin Barzilai autour de son livre Refuzniks

Dire non à l’armée en Israël.

Ils s’appellent Tamar, Yaron ou Gal, ils sont étudiants, agriculteurs, postiers, anciens officiers ou parlementaires. Ils vivent à Tel Aviv ou à Jérusalem, ils ont 20, 40 ou 60 ans. Entre 2007 et 2017, le photographe Martin Barzilai a rencontré à plusieurs reprises une cinquantaine de ces Israéliens dits « refuzniks », qui refusent, pour des raisons politiques ou morales, de servir une société militarisée à l’extrême où le passage par l’armée est constitutif de la citoyenneté.
En filigrane, ces refuzniks racontent toute l’histoire d’Israël, ses failles et ses contradictions, son caractère pluriel. Et dressent le portrait d’une société où tout devra être repensé pour construire un futur moins sombre.

Livre préfacé par Eyal Sivan: disponible en ligne en cliquant ici!

Présentation: Sharon Geczynski

 

Le photographe Martin Barzilai

Martin Barzilai est né à Montevideo, en Uruguay. Il obtient en 1994 le diplôme de l’École nationale supérieure Louis-Lumière à Paris. Il parcourt ensuite l’Amérique du Sud, où il s’intéresse aux problèmes politiques et sociaux. Il réalisera aussi plusieurs reportages en Israël-Palestine et en Tunisie. Il collabore à de nombreux titres de presse français (Le MondeTéléramaCourrier international, L’Obs) et internationaux (New York Times, Time Out). Il conjugue commandes de presse et travail indépendant.

Editions Libertalia
Coédité avec Amnesty International.
Parution : 2 novembre 2017
ISBN : 978-2-37729-019-2