Pessah 2017 au Pianofabriek: Merci!

Pessah_2017_UPJB
image_pdfimage_print

Samedi dernier vous avez été nombreux à nous rejoindre pour célébrer la pâque juive. Merci à toutes et tous pour votre présence chaleureuse et à l’année prochaine  🙂

Haggadah 2017

« Petite, je croyais que juif et révolutionnaire, c’était pareil »

image_pdfimage_print

Grands soirs et petit Kaddish

Un documentaire d’ Alice Durieux

A écouter! En ligne sur Arte ou Sur notre chaine audio

Chez moi, on est communiste et athée de mère en fils. Arrivée en France dans les années 1920, ma famille juive polonaise s’est vite détournée de l’Ancien Testament pour se consacrer à la lutte finale. 70 ans sans parler de religion, et voilà qu’en 2016, la grand-tante Jeannette, bientôt centenaire, annonce qu’elle veut faire dire la prière des morts (le Kaddish) en souvenir de ses parents morts à Auschwitz.
C’est l’histoire d’une famille communiste qui a oublié qu’elle était juive. Une histoire où la troisième génération (moi) interroge les précédentes sur ce déni de leur identité. De la religion à la révolution et retour : une histoire d’aujourd’hui ?

 

 

 

L’UPJB commémore l’insurrection du ghetto de Varsovie.

image_pdfimage_print
Bonjour à toutes et à tous,
Nous voilà réunis, comme chaque année, devant ce mémorial, lieu emblématique où sont inscrits 23 833 noms des victimes juives de Belgique de la barbarie nazie. Réunis ensemble pour nous recueillir dans leur souvenir et aussi pour commémorer ce jour d’avril de l’année 1943, qui marqua le début de l’insurrection des habitants du ghetto de Varsovie, symbole de la résistance juive au nazisme.
Cette commémoration, que nous voulons sans drapeau, sans ambassade, sans Hatikva, se déroulera en deux temps : nous entonnerons d’abord, le chant des partisans juifs, ici même, devant les stèles qui rendent hommage à la résistance juive en Belgique, avant de nous rendre, ensuite, à l’intérieur du Mémorial pour écouter le message de solidarité de Gilles Maufroy, un de nos membres qui s’est investi dans la solidarité avec les populations civiles de Syrie. Un combat qui, à nos yeux, s’inscrit dans la filiation de toutes les Résistances à la barbarie dont nous avons pris l’habitude de témoigner ici, année après année. Ainsi, ces dernières années, nous avons rendu hommage aux Tziganes, aux Arméniens, aux Tutsis et l’année passée, c’était Michel Roland qui était à nos côtés pour nous parler du calvaire de ceux qu’on nomme aujourd’hui les réfugiés.
 Le 19 avril 1943, dans le ghetto de Varsovie, ils étaient 220 jeunes gens à peine, armés de quelques dizaines de pistolets en mauvais état, quelques fusils, une mitraillette, des cocktails Molotov et des grenades pour tenter de mettre en échec l’armée la plus puissante du monde.
Ce même 19 avril 1943, près de Malines, ils étaient à peine trois autres jeunes gens à faire ce qu’aucune armée avant eux n’avait fait, ni après eux ne fera : arrêter un convoi, le 20e, qui était en route pour Auschwitz–Birkenau.
Et aujourd’hui, en avril 2017, un monde obscurci par les guerres auxquelles se livrent les puissants, le monde de Donald Trump et de Bachar El-Assad; dans une Europe en crise qui voit vaciller ses fondements démocratiques ; dans un pays, à deux pas d’ici, où le parti de la droite extrême, raciste et xénophobe, se voit crédité de 25% d’intention de vote et galvanise les foules aux cris de « la France aux Français, ici c’est chez nous ! » , dans ce monde mauvais où ce ne sont plus seulement quelques loups qui sont à nos portes, c’est quoi pour nous résister ?
C’est être là aujourd’hui, ensemble et nous souvenir. Que le Vel d’hiv a bien été la responsabilité de l’Etat Français; que les migrants d’aujourd’hui étaient nos parents ou nos grands-parents, hier. Que la liberté, celle de se déplacer, de travailler, d’aimer, valent mieux que toutes les mesures sécuritaires qu’on nous propose pour seul modèle d’avenir. Résister aujourd’hui, c’est être là, ensemble, nous souvenir et c’est aussi, rêver. Car mieux vaut la folie douce du rêve et de l’Utopie que les certitudes meurtrières. Rêver à la solution pacifique des conflits par la négociation, à la tolérance et au respect des droits des peuples et des personnes ; à l’hospitalité généreuse des multiples identités culturelles.
Ce refus de se résigner au pire, c’est le choix que font aujourd’hui ces hommes et ces femmes qui résistent aux barbaries jumelles du régime syrien et des djihadistes, et c’est aussi le nôtre, plus modestement, lorsque nous tentons avec d’autres de briser le miroir que se renvoient, dans nos propres sociétés, l’islamophobie et l’antisémitisme.
Je donne à présent la parole à Gilles Maufroy, engagé aujourd’hui sur la Syrie après avoir été l’un des fondateurs du cercle BDS à l’Université Libre de Bruxelles, un groupe qui promeut le boycott citoyen et politique des institutions israéliennes au nom de la défense du droit international. Gilles dont l’engagement tire aussi sa source d’un passé familial qui ne nous est pas étranger puisque Gilles est l’un des petits-enfants du regretté René Raindorf, Résistant juif, survivant de l’enfer concentrationnaire et longtemps dirigeant de la Fondation Auschwitz.

Le seder de Pessah de l’UPJB

image_pdfimage_print

Samedi 22 avril à 19:00

 

Cette année, pour ouvrir plus encore le Seder de Pessah à tou.te.s , nous le célébrons dans un lieu chaleureux doté d’une plus grande salle que la nôtre, le PIANOFABRIEK à Saint-Gilles.

Nous vous convions à célébrer ensemble la Pâque juive à notre façon, avec son rituel actualisé et son repas convivial.

Le Seder de Pâque est la célébration de la sortie de l’esclavage pour les Hébreux. Pour des Juifs de gauche aujourd’hui, ce rituel signifie le refus de toute forme d’exploitation et d’oppression et l’appel à la solidarité avec tous ceux et celles qui subissent « l’esclavage » dans le monde.

Nous vous invitons à vous joindre à nous, vous, votre famille et vos amis pour cette fête traditionnelle, gastronomique (il y aura du gefilte fish !) et participative. Cette année, il y aura encore plus de chants et de musique, avec Alain Lapiower en M.C. (Maître de Cérémonie) et André Reinitz, en embuscade musicale… En prime, un hommage à Leonard Cohen par Daniel Liebmann et Noé Preszow.

Et pour les apprentis cuisiniers, rendez-vous le jeudi 20 avril à 18h au local de l’UPJB avec Alain Lapiower pour préparer avec lui le Gefilte Fish.

Réservation obligatoire (pour prévoir le nombre de repas) : info@upjb.be

PAF  à verser sur le compte de l’UPJB:  BE92 0000 7435 2823

  • 20 € | Tarif normal
  • 10 € | Etudiants, chômeurs, petits revenus
  • 5 € | Enfants et moniteurs UPJB-jeunes
  • Gratuit pour les sans-papiers et les (vrais) prophètes

Les boissons ne sont pas comprises dans le prix d’entrée, elles seront servies à un prix démocratique par le Pianofabriek.

Lieu: PIANOFABRIEK, 35 rue du Fort à Saint-Gilles

A la peur et au sécuritaire, opposons une éthique de la solidarité et l’hospitalité!

image_pdfimage_print

Des associations d’horizons divers prennent la parole à propos du climat délétère qui se développe et s’amplifie à Bruxelles. Si la parole est largement réservée aux élus et experts en tous genres, les acteurs de terrain estiment que les arguments de la société civile bruxelloise doivent aussi être entendus. Lire en ligne 

La campagne « Palestine, 50 ans sous occupation » et nous

image_pdfimage_print

L’UPJB est partie prenante de la campagne initiée par l’Association belgo-palestinienne « Palestine, 50 ans sous occupation » qui se déroule du printemps à l’automne 2017.

Cette campagne a pour objectif principal de rappeler à l’opinion publique et aux responsables politiques belges et européens que les Palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem-est et de la bande de Gaza ainsi que les Syriens du plateau du Golan vivent, depuis cinquante ans (!) sous occupation militaire ; que les Palestiniens de ces territoires n’ont aucun droit de citoyen, qu’ils subissent pour la plupart une situation de grande pauvreté, essentiellement due à leur enfermement ; que des centaines de milliers parmi eux vivent encore dans des camps de réfugiés, que des milliers sont en prison dont beaucoup sans jugement et que la colonisation israélienne de terres volées aux Palestiniens se poursuit sans discontinuité.

Nous appelons nos membres et sympathisants à s’associer activement à cette campagne, en signant la pétition adressée à nos autorités et en participant aux multiples activités d’information et de soutien organisées dans le cadre de cette campagne. Tous les détails ici : http://www.stop-occupation.be/.

Appel contre la hausse du minerval pour les étudiants étrangers

image_pdfimage_print

L’UPJB  fait partie des signataires de l’appel contre la hausse du minerval pour les étudiants étrangers suivant:

Les étudiant·e·s venant de la liste des « Pays en Voie de Développement » ont déjà vu leurs minerval augmenter à 4175€, soit une augmentation de plus de 2000€ . Entre temps, le plafond fixant les montants du minerval pour tout les étudiants hors UE a été revu à la hausse sous la pression des recteurs, atteignant ainsi quinze fois le montant du minerval soit 12 525€ !

Nous nous opposons catégoriquement à cette situation d’injustice envers les étudiant·e·s hors-UE et nous réclamons la fin de cette politique de frais majorés. Parce que nous devons revendiquer un enseignement supérieur accessible à tou·te·s et s’engageant réellement contre les discriminations aussi bien économiques que nationales, rejoins nous !

Nos mobilisations précédentes ont déjà réussi à bloquer la situation et qu’elle n’empire pas l’an prochain. Nous continuerons donc à lutter jusqu’à ce les recteurs changent de positions et que nos revendications soient prisent en compte.


Rendez vous le 20 avril sur les différents campus, à 12h devant le service inscription de l’ULB (Bruxelles) et à 12h45 sur la place de l’université (UCL – Louvain) !

Appel à signataires: merci d’envoyer un mail à hausseminerval@gmail.com pour faire part de votre soutien.

Plus d’infos sur la page Facebook en cliquant ici!

Editorial /// Points Critiques n°370 – mars-avril 2017 – Visages de la peur

@Antonin Moriau
image_pdfimage_print

La peur, nous connaissons. Comme organisation juive, nous gardons en mémoire les heures sombres de notre histoire, lorsque les Juifs d’Europe étaient contraints de choisir la clandestinité pour sauver leurs vies. Et bien qu’aujourd’hui nous ne soyons pas les seules ni peut-être les principales cibles du racisme, la résurgence d’un antisémitisme meurtrier qui a frappé jusqu’à notre propre ville nous oblige à adopter un autre rapport au monde, à renouer avec la prudence.

Mais aussi et surtout : à élaborer une réflexion critique sur ces peurs multiples, leur instrumentalisation par des politiciens et les changements, peut-être encore plus inquiétants, que certains d’entre eux introduisent dans nos sociétés pour renforcer « la Loi et l’Ordre » au détriment de nos droits élémentaires. Ainsi l’arrivée au pouvoir aux Etats-Unis de Donald Trump, milliardaire inculte, antisémite, islamophobe et sexiste (pour ne citer que les plus visibles de ses multiples qualités), est-elle à la fois le produit des peurs que ses conseillers ont contribué à fabriquer (notamment à travers la production de ces terribles « faits alternatifs ») et la cause de peurs bien réelles pour les femmes, les Noirs, les Musulmans, les homos, mais aussi les ouvriers, les chômeurs, les malades et en définitive toutes celles et ceux qui ne sont ni mâles, ni blancs, ni chrétiens… ni riches. Les mobilisations de masse qui traversent ces dernières semaines les rues américaines et qui, espérons-le, ne sont pas appelées à faiblir, sont peut-être le début d’une résistance globale au système qui produit des Trump, grands et petits, de la Maison Blanche à nos propres gouvernements.

Car utiliser la peur pour détricoter les droits, à une échelle plus discrète mais aussi plus insidieuse, c’est ce que font déjà nos propres dirigeants politiques, eux aussi aidés par leurs fabricants de « faits alternatifs », ces mensonges, demi-vérités et fausses évidences que l’on produit au sommet en donnant l’illusion qu’ils sont le reflet du « pays réel ».

Ainsi « chacun sait » que la nouvelle capitale du djihadiste mondial est Molenbeek et que les racines de ce phénomène sont à chercher dans les politiques menées par les partis au pouvoir dans cette commune par le passé (le PS de Philippe Moureaux) ou qui y participent aujourd’hui en coalition (Ecolo en la personne notamment de Sarah Turine). Comme l’explique doctement Jean-Pierre Martin (RTL) dans les colonnes de la revue Regards1, Molenbeek « est devenue un symbole des négligences, de la candeur, de la peur de stigmatiser, des accommodements idéologiques, bref de la cécité politique des autorités belges ».

La peur de stigmatiser : ce n’est en effet pas cette inquiétude-là qui empêche de dormir un Jan Jambon, le ministre N-VA « de la sécurité et de l’intérieur » (une appellation qui ne répond à aucune norme officielle ni même au programme du gouvernement : le mot « sécurité » a été ajouté par fait accompli) qui, interrogé au Parlement au sujet des sources objectives de sa célèbre déclaration sur « une partie significative de la communauté musulmane » qui aurait « dansé » au lendemain des attentats de Bruxelles, a osé répondre en substance qu’il n’est pas nécessaire de fournir des preuves lorsqu’on dit tout haut ce que tout le monde sait déjà. Des « faits alternatifs » donc.

Ces croyances entretenues conviennent très bien à un gouvernement qui s’efforce d’accélérer le détricotage de nos droits (sociaux) et de nos libertés (démocratiques). Et ce ne sont pas seulement d’irréductibles gauchistes candides dans notre genre qui s’en inquiètent. Lisez plutôt ce qu’écrit le Recteur de l’Université Libre de Bruxelles, Yvon Englert, à propos du projet de loi du gouvernement fédéral invitant les travailleurs sociaux à briser le secret professionnel lorsqu’ils perçoivent des « signes » de radicalisation : « le secret professionnel est un élément essentiel de l’équilibre des pouvoirs entre l’état et le citoyen : il rappelle que le pouvoir de la police et de la justice n’est pas absolu, il protège des valeurs essentielles comme la liberté de la presse à travers le secret professionnel des journalistes, l’exercice des cultes à travers celui des prêtres, l’accès aux soins de santé à travers le secret médical ou la protection des justiciables à travers le secret professionnel des avocats. (…) Le projet de loi véhicule le message subliminaire que les terroristes seraient des assistés, que les services sociaux ne seraient utilisés que par nos concitoyens musulmans, que les assistants sociaux pourraient être des protecteurs des terroristes. Pour [la NVA] qui court derrière les électeurs du Vlaams Belang, qui n’a que faire du travail difficile, indispensable mais souvent ingrat que font les CPAS pour offrir un filet de sauvetage aux plus démunis et aux exclus d’une société qui n’a jamais produit autant de richesse, c’est une démarche compréhensible et cohérente. Elle fait d’une pierre au moins 3 coups. Mais lorsque les partis « traditionnels » tombent dans le piège et en viennent à instrumentaliser les victimes du 22 mars pour justifier l’injustifiable, il nous semble légitime de sonner l’alarme. »2

Alarme en effet car, comme l’écrit Yvon Englert dans cette même carte blanche, « toutes les dérives totalitaires commencent par des dispositions « mineures » clivant les démocrates ». Et « à ceux pour qui l’Allemagne de 1933 paraît trop loin dans les mémoires », il rappelle le coup de force récent du président turc Erdogan qui a profité du putsch avorté pour légitimer son propre coup d’Etat. C’est également ce que rappelait le philosophe Giorgio Agamben au lendemain de la proclamation de l’état d’urgence en France, sous le gouvernement Valls : « L’état d’urgence est justement le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont installés en Europe. Ainsi, dans les années qui ont précédé la prise du pouvoir par Hitler, les gouvernements sociaux-démocrates de Weimar avaient eu si souvent recours à l’état d’urgence (état d’exception, comme on le nomme en allemand), qu’on a pu dire que l’Allemagne avait déjà cessé, avant 1933, d’être une démocratie parlementaire. Or le premier acte d’Hitler, après sa nomination, a été de proclamer un état d’urgence, qui n’a jamais été révoqué. Lorsqu’on s’étonne des crimes qui ont pu être commis impunément en Allemagne par les nazis, on oublie que ces actes étaient parfaitement légaux, car le pays était soumis à l’état d’exception et que les libertés individuelles étaient suspendues. On ne voit pas pourquoi un pareil scénario ne pourrait pas se répéter en France : on imagine sans difficulté un gouvernement d’extrême droite se servir à ses fins d’un état d’urgence auquel les gouvernements socialistes ont désormais habitué les citoyens. ».3

Dans ce numéro, nous avons voulu faire écho à d’autres voix qui expriment, à leur façon, la peur. D’autres peurs. Celles des animateurs de notre propre mouvement de jeunesse qui comprennent mal pourquoi le local fréquenté par les enfants dont ils ont la charge est désormais protégé par des militaires. Celles de deux citoyens qui ont vécu la peur, une peur « typiquement juive », mais qui ne sont pas juifs du tout. Et les réflexions critiques de l’association Garance, au sein de laquelle des femmes de tous âges agissent concrètement contre leur propre insécurité en résistant à leur façon à la pensée sécuritaire. Pas de « faits alternatifs » chez nous donc, mais des points critiques.

Publié le 6 mars 2017

1 Véronique LEMBERG, « Molenbeek-sur-djihad », Regards, février 2017. Le titre de l’article reprend tel quel celui de l’ouvrage publié par Grasset et dont l’auteur de l’article écrit elle-même qu’il est digne des « manchettes de tabloïd ».

2 « Secret professionnel des CPAS : la lettre ouverte du recteur de l’ULB à Charles Michel », Le Soir, 05/02/2017.

3 Giorgio AGAMBEN, « De l’Etat de droit à l’Etat de sécurité », Le Monde, 23/12/2015.

 

 

Regards « noirs » sur des peurs « juives »: Chouna Lomponda

image_pdfimage_print
Chouna Lomponda est d’origine congolaise (RDC). Responsable de la communication du Musée juif de Belgique dont elle est la porte-parole, elle a vécu de près l’attentat antisémite dont elle aurait pu, comme ses collègues et les visiteurs du Musée, être la victime. Elle livre ici le point de vue d’une « génération qui n’accepte pas le danger, mais a appris à vivre au-delà ». Et ses mots témoignent que si le tueur a voulu viser des Juifs, c’est l’ensemble des démocrates, toutes origines confondues, qu’il a atteints dans leur volonté de vivre ensemble.

Chouna Lomponda « je ne vis pas dans la frayeur, mais dans l’espoir »

Il ne me viendrait pas à l’idée de juger la légitimité des craintes des communautés juives aujourd’hui.

Crainte nourrie par l’affaire Merah en France, accentuée par l’attentat du 24 mai 2014 au Musée Juif de Belgique où périrent quatre innocentes victimes : Dominique Sabrier, Alexandre Strens, Myriam et Emmanuel Riva. Des peurs confortées par la suite par la double attaque à l’aéroport et dans le métro de Bruxelles en mars 2016, banalisée par les réseaux sociaux devenus les terrains de prédilection des prêcheurs de haine, toutes races et religions confondues.

Mais d’un autre côté, aujourd’hui, il ne s’agit plus uniquement d’un terrorisme ciblé, visant une religion ou une race en particulier… mais d’un terrorisme mondial contre la démocratie. Et les faits sont là pour l’attester ! Lorsque que l’on frappe un Musée, une institution culturelle belge où travaillent des Juifs, des orthodoxes, des chrétiens, des athées et même, en son temps, des Musulmans. Au-delà du symbole d’un « Musée Juif », il s’agit des fondements de la culture qui sont ébranlés, de notre vivre ensemble et de notre liberté qui sont touchés.

Comment, en tant que belge, non juive, originaire d’Afrique subsaharienne, je vis les choses ?

Je pense être de cette génération qui n’accepte pas le danger, mais a appris à vivre au-delà ! Un danger qui nous concerne tous. Il suffit de suivre l’actualité
internationale pour le savoir et réaliser aussi que derrière les nombreuses victimes des attentats récents à Bruxelles, il y avait : des Arabes, des Juifs, des chrétiens, des Belges et des étrangers…

Je pense que l’issue de cette crise que nos sociétés occidentales traversent viendra de l’éducation (scolaire, familiale) et par un apport spirituel aussi pour endiguer le flux de la radicalisation de la jeunesse et un meilleur contrôle du numérique. Parce qu’il s’agit de changement des systèmes de pensées établis depuis des générations et de déconstruction. Pour ma part, je ne vis pas dans la frayeur, mais dans l’espoir. Et plutôt que de comptabiliser mes peurs cristallisées par la violence de nos sociétés, je préfère espérer que la génération qui suit, se connaîtra mieux, se comprendra mieux. Pour une cohabitation réelle dans le respect et autour d’un idéal commun.

En cela, je suis heureuse de travailler pour une institution qui a compris le rôle important que la culture peut jouer en termes de rapprochement des communautés en mettant en exergue les similitudes plutôt que les différences.

 

Regards « noirs » sur des peurs « juives »: Mamadou Bah

image_pdfimage_print
Mamadou Bah est réfugié guinéen. Malgré l’obtention du droit d’asile en Grèce, il a fui ce pays après deux tentatives de meurtre de la part du parti néo-nazi Aube Dorée. La Belgique lui a octroyé un nouveau statut de réfugié qui constitue une première : cette décision signifie que la Grèce, membre de l’Union Européenne, n’est pas en mesure d’assurer la sécurité de ses habitants d’origine africaine, cibles d’une violence que l’Etat ne réprime pas sérieusement… et dont la police est complice1. La peur qu’il décrit fait penser à celle que vivaient les Juifs allemands dans les années qui ont immédiatement précédé la prise du pouvoir par les nazis : cibles d’une violence raciste organisée par la lie de la société mais tolérée par l’élite politique du pays.

Mamadou Bah « adapter cette peur à ma vie »

« On ne trouve pas un parti plus néonazi en Europe. C’est un mouvement à l’esprit militaire, une sorte de milice très virile au discours raciste revendiqué. Il faut voir le physique de ses députés, leur look de paramilitaires. Quand le leader entre, les gens se mettent debout. Le reste de l’extrême droite en Europe est beaucoup plus fin. » G. Moschonas (professeur à l’Université d’Athènes), La Libre, 21 janvier 2013.

Souvenons-nous, Hitler pour lancer son programme politique anti-juif, a joué sur la stratégie de désinformation pour intoxiquer l’opinion publique. Il a fait croire au peuple allemand qu’il constituait une race supérieure, et que les Juifs étaient des sous-hommes, accusés de salir la pureté de la race blanche.

Malheureusement plus de 70 ans après, j’ai entendu ces mêmes propos dans le programme politique d’Aube Dorée, parti politique grec d’extrême droite. En 2012, le gouvernement de droite grec dirigé par Antonis Samaras avait lancé l’opération de « nettoyage » de la ville d’Athènes, en complicité avec Aube Dorée. Cela consistait à nettoyer la ville des gens de couleur, que l’extrême droite grecque considère comme incompatibles avec son modèle racial. En quelques jours, il y a eu plus de 8.000 arrestations de personnes de couleur.

J’ai vécu en Grèce comme réfugié guinéen de 2006 à 2013. Mais de 2010 à 2013, mon quotidien était basé sur la peur.

Peur à cause de ma race car ma couleur de peau m’exposait à tous les dangers comme mes autres compatriotes. Peur parce que j’ai migré pour demander une protection, alors que l’extrême droite voyait les demandeurs d’asile comme une menace potentielle. Peur parce que j’ai eu la chance d’avoir un petit boulot où je me faisais exploiter tandis que l’extrême droite construisait son discours populiste autour des migrants qui travaillaient pour gagner leur vie en leur faisant porter la responsabilité de la crise économique. Peur d’emprunter les transports en commun en allant et en revenant du travail. Je me sentais plus en sécurité en empruntant les petites ruelles pour aller et revenir du travail. Peur de vivre dans mon appartement car je savais que je n’étais pas à l’abri de leur visite. Peur parce que la police qui était censée me protéger a été gagnée par le discours populiste. Elle pouvait me dénoncer et donner mon adresse aux milices d’Aube Dorée.

Cette peur était malheureusement justifiée. Au printemps 2013, j’ai été victime d’une agression extrêmement violente qui m’a laissé pour mort. J’ai aussi échappé à deux autres agressions, une sur mon lieu de travail, l’autre à mon domicile.

Afin de tourner cette page de peur, j’ai fui la Grèce en 2013 pour m’installer en Belgique dans l’espoir de reprendre une vie normale. Au fil des années, j’ai vu mon espoir se transformer en peur, à cause de l’alliance d’Aube Dorée avec d’autres groupuscules d’extrême droite européens sous le nom de l’« Alliance pour la Paix et la Liberté ». Ce groupe a récemment ouvert un local à Ixelles. Mais aussi, vu que la police belge n’a pas hésité à afficher un traitement de faveur lors d’une manifestation fasciste après les attentats. Au même moment, l’armée se positionne un peu partout dans l’espace urbain.

Ainsi, je continue à vivre avec cette peur car je ne suis plus à l’abri de rencontrer mes agresseurs dans les ruelles de Bruxelles. Depuis des mois, j’ai constaté que la peur reprend progressivement le dessus. Je prends des mesures de précaution : je ne réponds plus à un appel d’un inconnu ; je ne reste plus dehors après 22h ; je change de trottoir dès que je croise un inconnu. Le résultat de toutes ces mesures de précaution, c’est le repli sur moi-même comme je vivais en Grèce. J’ai fini par comprendre que je dois adapter cette peur à ma vie, un scénario que je n’avais jamais imaginé. Sans parler des conséquences psychologiques et physiques que je ressens au quotidien. Sans le vouloir, j’ai eu plusieurs nuits blanches, quand je passe à Ixelles, car cela ravive mes mauvais souvenirs de Grèce.

Le constat est sans appel, notre société est envahie par la peur. Les migrants sont les premières victimes à cause de leur couleur, leur croyance, leur culture… mais aussi ceux qui dans certains pays d’Europe se battent contre le fascisme, et qui sont la cible des fascistes. Pavlos Fyssas, militant anti-fasciste grec, assassiné le 18 septembre 2013, en est un bon exemple. Nous sommes tous victimes du fascisme, et le fascisme n’a pas d’amis. Il nous faut une réponse collective face à ce phénomène qui nous déchire. Comme le disait Ahmed Sékou Touré « la lutte n’est pas une course de vitesse mais une course de fond qui ne finit jamais ». Ne baissons pas la garde.

Publié le 6 mars 2017


1 Plus d’infos: Denis DESBONNET, « Victoire ! Mamadou Bah obtient le statut réfugié », 03/06/2014, http://www.cadtm.org/Victoire-Mamadou-Bah-obtient-le