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vendredi 1er janvier 2010


Populistes de tous les pays unissez-vous

Henri Wajnblum

Ainsi donc, les Suisses éprouvent une profonde allergie aux minarets. C’est ce que 57,5% d’entre eux ont exprimé le dimanche 29 novembre lors d’un referendum d’initiation populaire initié par l’Union Démocratique du Centre (UDC), parti conservateur, et par l’Union des Démocrates fédéraux (UDF), parti de la droite dure et chrétienne, qui leur demandait de se prononcer pour ou contre la construction de minarets. La campagne menée par les partisans du contre a été extrêmement dure, leurs affiches « stylisant » les minarets en missiles, de manière à bien faire comprendre aux électeurs que l’Islam dans son ensemble constituait une vraie menace contre l’occident chrétien. Il ne faut donc pas s’y tromper… Pour 57,5% de Suisses, ce n’est pas la présence de minarets qui pollue le paysage urbain helvète, c’est tout simplement celle des musulmans. Comme il fallait s’y attendre, la Suisse ayant ouvert la boîte de Pandore, les appuis ne se sont pas fait attendre… de là où on les attendait. Ainsi, Filip Dewinter, le matamore du Vlaams Belang s’est-il empressé de déclarer que « le bon sens l’a emporté sur le politiquement correct », allant jusqu’à comparer le résultat de la votation suisse au « combat de Guillaume Tell contre la domination des Habsbourg », excusez du peu ! La Ligue du Nord de Umberto Bossi, vous savez, celle qui veut mettre la croix chrétienne sur le drapeau italien, n’a pas voulu être de reste qui évoque « une leçon salutaire parce que les racines chrétiennes d’une culture ont été redécouvertes », et Geert Wilders, le leader du Partij voor de Vrijheid (PVV), un parti populiste violemment islamophobe, a tenu à féliciter les Suisses pour ce qu’il appelle un « magnifique résultat », voyant dans le référendum suisse « un exemple pour les Pays-Bas ». Personne ne s’étonnera non plus de la réaction de Marine Le Pen, vice-présidente du front National, appelant les « élites » à « cesser de nier les aspirations et les craintes des peuples européens qui, sans s’opposer à la liberté religieuse, rejettent les signes ostentatoires que veulent imposer des groupes politico-religieux musulmans, souvent à la limite de la provocation ». Si les gouvernements européens se sont montrés, dans leur ensemble, extrêmement critiques sur le résultat du scrutin suisse, il n’y en pas moins eu certains bémols. Ainsi, Nicolas Sarkozy, empêtré dans la tourmente du débat sur l’identité nationale qu’il a initié et voulu et qui lui revient aujourd’hui en pleine figure par un effet boomerang tant il « est devenu un déversoir et un défouloir », comme le qualifie son commissaire à la Diversité et à l’Égalité des chances, Yazid Sabeg, qui juge que « ce débat échappant à tout contrôle, peut aggraver les fractures et donne à beaucoup de Français, les Français de confession musulmane, le sentiment d’être une fois de plus marginalisés », il n’est que de lire le courrier nauséabond qui fleurit sur le site d’Eric Besson, le ministre « d’ouverture » de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, pour s’en convaincre, Nicolas Sarkozy, donc, a mis plusieurs jours avant de réagir dans une tribune publiée dans Le Monde, laissant dans un premier temps ce soin à son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui s’est dit « un peu scandalisé » par l’issue du scrutin interdisant les minarets, réservant sans doute son entière capacité d’indignation à des causes plus nobles… Mais revenons à la tribune de Sarkozy, une tribune qui le montre tel qu’en lui-même… « comment ne pas être stupéfait par la réaction que cette décision a suscitée dans certains milieux médiatiques et politiques de notre propre pays ? Réactions excessives, parfois caricaturales, à l’égard du peuple suisse, dont la démocratie, plus ancienne que la nôtre, a ses règles et ses traditions (…) Derrière la violence de ces prises de position se cache en réalité une méfiance viscérale pour tout ce qui vient du peuple » (…). Ainsi donc, ce sont les voix qui manifestent leur atterrement face à la décision prise par les Suisses qui mépriseraient le peuple… Parce qu’il faut le comprendre, ce peuple suisse tellement épris de démocratie, et se demander pourquoi il a voté contre la construction de minarets… Et ce n’est pas difficile à comprendre nous assène encore Sarkozy… « je veux leur dire aussi (aux nouveaux arrivants) que, dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un islam de France qui, sans rien renier de ce qui le fonde, aura su trouver en lui-même les voies par lesquelles il s’inclura sans heurt dans notre pacte social et notre pacte civique ». (…) Pour s’inclure sans heurt dans le pacte social et civique de Sarkozy, rien de plus simple donc : il suffirait que les mosquées se fassent aussi discrètes que possibles, sinon invisibles. Et quid des synagogues ? Car, comme l’écrivait Esther Benbassa dans une récente chronique du Monde, « À l’heure de la mondialisation, notre pays, fragilisé, continue de reconstruire son identité contre l’Autre. Rien de très nouveau là-dedans. A l’ère de l’industrialisation, au XIXe siècle, qui fut aussi celle de la naissance de l’antisémitisme moderne, ne l’avait-il pas fait contre les juifs ? ».

Les Suisses font des émules

Comme chaque fois qu’une catastrophe se produit quelque part dans le monde, la question de savoir si « cela serait possible chez nous » se pose immédiatement aux sondeurs d’ici et d’ailleurs… qui ont donc sondé. Les résultats de ces sondages dont on aurait bien pu se passer sont éclairants. Les Suisses ne sont pas devenus les parias de l’Europe comme on aurait pu le penser. Ainsi, à la question, posée aux Français par l’IFOP, de savoir s’ils seraient favorables, opposés ou indifférents à l’édification de mosquées – de mosquées, pas seulement de minarets - au cas où des croyants musulmans le demanderaient, 41% ont répondu qu’ils y seraient opposés. La Belgique ferait mieux encore si l’on peut dire… Une enquête réalisée via Internet sur 1.050 personnes par iVOX pour l’hebdomadaire Le Soir Magazine, indique que 59,3 % des Belges interrogés sont favorables à l’interdiction de la construction des minarets, et que 56,7 % sont carrément opposées à l’édification de mosquées ! L’intolérance a encore de beaux jours devant elle dans nos démocraties.


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