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Ils étaient quelque quatorze cents, venus de 43 pays, qui s’étaient donné rendez-vous au Caire à la fin du mois de décembre dans le but d’entrer dans la bande de Gaza par la ville frontière de Rafah. Un an après l’offensive meurtrière israélienne, cette « marche pour la liberté » voulait à la fois dénoncer l’inertie de la « communauté internationale » et briser symboliquement le blocus dont la population de cette mince bande de terre surpeuplée est victime depuis trois ans. Les autorités égyptiennes en ont décidé autrement. Invoquant tout à la fois des engagements politiques - on se demande bien avec qui - et des considérations sécuritaires, elles ont en effet interdit aux marcheurs d’atteindre leur objectif… marcher du poste frontière de Rafah au checkpoint israélien de Erez où devaient les rejoindre d’autres marcheurs, Israéliens. Faut-il pour autant considérer cette « marche pour la liberté » comme un échec ? Certainement pas. Durant des jours et des jours, les marcheurs ont bénéficié d’une couverture médiatique extrêmement importante par les sit-in qu’ils ont organisés devant leurs ambassades respectives dans la capitale égyptienne et par diverses manifestations spectaculaires. Que l’Égypte n’aime pas le Hamas, on peut le comprendre, mais la marche pour la liberté n’était en aucune manière une marche de soutien au Hamas mais une manifestation de solidarité avec la population de Gaza qui n’en peut plus d’être isolée du monde.
viva palestina
Quoi qu’il en soit, si la marche pour Gaza est restée bloquée au Caire, une autre action de solidarité à caractère humanitaire est quant à elle parvenue, après d’âpres pourparlers avec les autorités égyptiennes, à entrer dans la bande de Gaza. Il s’agit d’un convoi de 198 camions bourrés d’aide humanitaire et sanitaire. L’opération appelée Viva Palestina a été initiée par le député britannique George Galloway. Le convoi qui avait quitté la Grande-Bretagne au début du mois de décembre espérait arriver à Gaza le 27 septembre, il n’y est parvenu que le 6 janvier. Le moins que l’on puisse dire est que cela n’a pas été sans mal… Le convoi a en effet été contraint de changer plusieurs fois d’itinéraire sous la pression égyptienne et l’arrivée des camions à Gaza a provoqué de violents affrontements entre les forces de sécurité égyptiennes et des manifestants palestiniens qui s’étaient rassemblés le long de la frontière pour protester contre le retard imposé au convoi. Mais l’essentiel est que pour la première fois une brèche a été creusée dans le siège auquel Gaza est soumise avec l’approbation explicite ou implicite de nombreux gouvernements. Revenons-en à notre propos… Non, l’Égypte n’est pas l’amie des amis des Palestiniens. Et apparemment pas non plus, quoi qu’elle en dise, celle des Palestiniens eux-mêmes. Et elle le prouve par son projet démentiel de construction d’un « mur de fer » souterrain destiné à empêcher « l’économie des tunnels » de se poursuivre.
un nouveau mur
Raison invoquée ? Ces tunnels qui relient la bande de Gaza à l’Égypte serviraient exclusivement à l’acheminement d’armes par le Hamas. S’il est vrai, pourquoi le nier, que ces tunnels servent bien à l’acheminement d’armes, il est non moins vrai qu’ils servent en majeure partie à l’acheminement de biens de première nécessité destinés à la société civile de Gaza qui, sans cela, pourrait difficilement survivre. Ce mur construit avec l’aide de conseiller techniques américains et français, est d’abord composé de canalisations, emplies d’eau de mer, allant jusqu’à 35 mètres de profondeur, conçues pour inonder les tunnels. Un second ouvrage est composé pour sa part de plaques de métal de 18 mètres de longueur et de 50 centimètres d’épaisseur, réputées infranchissables et munies de capteurs pour détecter les éventuels travaux de sape. Avec la construction de ce mur, il sera plus que jamais impératif que la « communauté internationale » décide de, et contraigne Israël à lever le siège de Gaza sous peine d’être à juste titre être accusée d’être responsable d’une véritable catastrophe humanitaire. Mais qui pourra imposer quoi que ce soit à Israël enfermé dans sa bonne conscience et fier de son rôle de fer de lance dans « la lutte contre le terrorisme » ? Les Israéliens eux-mêmes ? Il ne faut guère se bercer de vains espoirs. Les Israéliens qui sont opposés à la politique meurtrière de leur gouvernement n’en nourrissent que très peu eux-mêmes. Ainsi Nurit Peled-Elhanan qui s’exprimait le 2 janvier à Tel-Aviv lors d’une marche de protestation… « (…) nous qui manifestons chaque semaine, chaque mois, à chaque carnage et à chaque anniversaire de chaque carnage, quelle est notre force ? Aucune. Le deuil et l’échec sont notre lot dans ce pays. Jeudi dernier, nous sommes restés aux portes de Gaza, disciplinés et obéissants aux conditions des autorisations de la police, heureux de nous voir les uns les autres et de constater que nous sommes vivants et scandant d’une voix forte des slogans devant un parterre de policiers et de soldats semblables à des robots, complètement incapables de comprendre ce que nous étions en train de dire. Mais nous n’avons pas fait tomber le Mur. Nous n’avons pas réussi à sauver ne serait-ce qu’un seul enfant de l’épidémie de méningite qui infeste Gaza depuis plusieurs mois. (…) Seul le refus peut sauver de la capitulation, de la faillite, du désespoir. Nous sommes ici aujourd’hui comme des étrangers, comme une minorité d’étrangers haïs et persécutés. Mais, ensemble, avec nos amis qui cherchent la Paix de l’autre côté du Mur, de l’autre côté des barrières de barbelés, nous pouvons devenir une majorité. Seul le refus de capituler devant les murs et les checkpoints peut ouvrir les portes de notre ghetto afin que nous puissions jeter à bas les murs de leurs ghettos. Pour voir enfin qu’il y a un monde extérieur, qu’il y a des régions tout autour que le Fond national juif n’a pas détruits, qu’il y a une culture et qu’il y a des peuples et que ça vaut la peine de les rencontrer, de les connaître et d’en faire des amis, d’apprendre d’eux des choses sur ce pays où nous vivons comme des étrangers résidents et nous rappeler que cette terre peut être une terre d’une beauté sans égale. » Un vrai cri de désespoir. Un cri d’espoir aussi, mais si ténu…
