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Revoilà l’été. Enfin, quand je dis « été », c’est parce que nous sommes au mois d’août et que c’est censé être un mois d’été. Vous l’aurez compris, les amis, je suis à Bruxelles. Eh non ! Pas de nouvelles de Lyon, ni de Berlin cette année, je passe l’été à Bruxelles. La raison en est que j’ai un nouvel amoureux et qu’il est requis à Bruxelles pour son travail depuis la mi-juillet. Du coup, je n’ai plus vraiment suivi l’actualité ces derniers temps, très occupée à faire connaissance avec ce Monsieur et ,quand il n’est pas là, à lui envoyer des WhatsApp. Qui sait les amis, 2017 sera peut-être l’année de ma première Saint-Valentin  ! Je vous tiens au courant, promis.

Mais revenons à cet été, malgré mon manque d’attention aux choses du monde, j’ai quand même noté en juillet l’existence de l’Eurofoot (difficile en effet d’y échapper), suivi en août des Jeux Olympiques à Rio ; en Turquie, un coup d’état raté suivi d’un coup d’état réussi ; aux États-Unis, l’avènement d’un candidat présidentiel républicain richissime mais néanmoins ignare, dangereux et fascistoïde ; à New York, un imam et son assistant assassinés alors qu’ils sortaient d’une mosquée du Queens, le meurtrier a visé la tête ; plus près de chez nous, en Flandre un déferlement de haine raciste sur Facebook suite à la mort accidentelle d’un jeune Limbourgeois d’origine marocaine. La N-VA s’indigne de tant de violence raciste mais veut interdire le port du burkini, la burka de plage, au nom du droit des femmes. En France, Valls fait la même chose au nom de la laïcité. Entre-temps, il ne se passe pas un jour sans l’un ou l’autre attentat commis par des individus plus ou moins isolés et plus ou moins dérangés, à la hache, au pic à glace, au camion, … Un pédopsychiatre bien connu en Flandre nous avait prévenus il y a bien des années déjà, un jeune sur trois de nos jours souffre de problèmes d’ordre psychiatrique. Bart De Wever veut les mettre tous préventivement en prison et réclame un «  patriot act  » pour les bourgmestres.

Bref, un été comment dire, très…, très spritz. J’ai connu des étés concombres, des étés mojito et même des étés sans alcool. Celui-ci est un été spritz, Apérol Spritz. 4cl d’Apérol, 6cl de Prosecco et un spritz d’eau gazeuse. Les ventes de cette boisson ont décuplé depuis quelques années. Cela nous vient de Vénétie, du temps où les Autrichiens occupaient la région. Comme tous les gens du Nord, ceux-ci aimaient éclabousser (spritzen) d’un peu d’eau de selz le vin jugé trop capiteux et pas toujours de très bonne qualité. Cela nous vaut donc cette boisson bien guillerette, de couleur orange. Un vrai remontant par ces temps de déprime et d’angoisse. Depuis les attentats du 13 novembre et ensuite du 22 mars, les touristes ont déserté Bruxelles, ils ont été remplacés, je n’irai pas jusqu’à dire avantageusement, mais pour notre plus grande consolation (à ne pas confondre avec sécurité), par des militaires armés jusqu’aux dents.

Prenez la Fête nationale, 60 000 personnes ont participé aux différentes
activités organisées pour la Fête Nationale cette année, ça a l’air beaucoup comme ça mais quand on sait qu’ils étaient 350 000 l’année dernière, on mesure l’ampleur des dégâts. Sur ma place par exemple, eh bien le 20 juillet il y avait comme chaque année le bal, Le Bal National. Vers 17 heures, je m’apprêtais, avec mon amoureux, à rentrer chez moi après quelques emplettes quand nous avons été arrêtés par un check point à 200 mètres de la maison. Pas question de pénétrer sur la place, même pour les riverains. Temps d’attente, au moins une demi-heure. Alors, qu’est-ce que vous vouliez qu’on fasse ? Tout juste ! On a pris notre mal en patience, et on est allé se boire un petit spritz. Pendant ce temps, on apprenait que le reste des forces de l’ordre était mobilisé pour appréhender un individu, place de la Monnaie, portant un long manteau d’hiver d’où dépassaient des fils. Il faut préciser qu’il faisait chaud ce jour-là. Après vérification, il s’est avéré que ces fils servaient à mesurer les ondes et les radiations. L’homme, d’origine iranienne et doctorant à l’université de Gand, « se comportait de façon passive et très suspecte » selon la police qui l’aurait quand même gardé au poste pour la nuit, malgré la dissipation du malentendu. Remarquez qu’aux États-Unis il serait déjà mort.

Le lendemain, jour de Fête nationale belge, les militaires étaient à nouveau de sortie en grand nombre, mais ça, c’était normal. Comme chaque année, ils étaient là pour défiler. Par contre, il manquait pas mal de monde dans les tribunes. Astrid et Lorenz avaient déclaré forfait ainsi que Paola et Albert restés sur leur yacht à Nice, même si leur dotation fortement réduite ne leur permet plus d’en payer l’essence. Claire et les enfants étaient absents eux aussi. L’entente avec Philippe et Mathilde n’est pas au top s’il faut en croire la presse people (que je ne lis pas rassurez-vous, c’est juste par ouï-dire). La monarchie n’est décidément plus ce qu’elle était. Heureusement, les étudiants belges catholiques de l’ordre souverain de la Calotte (oui oui les amis !) étaient venus acclamer par des « Vive le roi » et « Vive la reine » le couple royal à leur arrivée dans le parc. Moi, je leur dis « vive le spritz, les gars ! ».

Une petite recherche sur google m’apprend que spritz, c’est aussi le nom d’une application d’optimisation de la lecture qui permet de lire un roman ou tout autre texte en un temps record. Woody Allen lui-même l’aurait essayée et a pu lire « Guerre et Paix » en vingt minutes ! Conclusion de Woody : « Ça parle de la Russie. » Eh bien les amis, j’ai passé cet été bruxellois au spritz, ma conclusion  : ça parle du monde, et il ne va pas bien.

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