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Les éditions &esperluète viennent de publier un livre qui a pris le temps de naître, quasiment l’espace de toute une vie, il débute en 1977 et s’achève en 20141.

Serge Meurant est un grand regardeur. Il a de qui tenir, il est le fils de la prodigieuse illustratrice Élisabeth Ivanovsky (1910-2006). La Revue de la Bibliothèque nationale de France lui rend hommage dans son numéro d’octobre 2016. Sans parler de son frère Georges (vous avez vu le Nouveau Siège du Conseil de l’Union européenne ? ce vertigineux damier de couleurs, c’est lui !) Regardeur, Serge Meurant l’est aussi par son accompagnement depuis plus de trente ans du cinéma documentaire de création. Lors du festival Filmer à tout prix 2008, Cinematek lui donna carte blanche pour une sélection de ses coups-de-cœur. Vivement qu’on réunisse un jour ses écrits sur le cinéma. De plus, dans sa poésie même, la vue reste le point focal. Le poète a réuni les textes écrits tout le long des années sur Arié Mandelbaum. Ce qu’il aime avant tout, c’est visiter l’atelier : « Je n’ai jamais osé juger une toile ou un dessin hors de ce contexte et, à dire vrai, cela ne m’intéresse pas. Seule une relation avec l’œuvre, née de la contemplation de la toile en train de se faire, me convient. »

Ce livre est remarquable par l’ensemble de ses photos signées Philippe Vindal, Marc Trivier, Bérengère Gimenez, sans oublier celles publiées jadis dans Revue et Corrigée : les photos d’Elie Gross. C’est lui qui fait la couverture, c’était en 1985 rue Rodenbach. Faites comme bon vous semble, mais moi j’ai commencé ma lecture par la fin : nous voici en 2014, le poète rend visite au peintre alors qu’il travaille aux portraits de Franz Kafka. « J’éprouve un sentiment de familiarité, comme si les ateliers successifs s’emboîtaient les uns dans les autres, ne formaient qu’un espace unique à travers les années. J’y retrouve les variations des mêmes thèmes, le portrait si émouvant de sa mère, l’espace du camp, l’assassinat de Lumumba. » Au premier coup d’œil, on reconnait une toile d’Arié par sa blancheur. Je l’ai encore constaté l’autre jour en voyant le superbe film de Boris Lehman Funérailles : un enfant montre sa tête entre deux grandes toiles – de qui sont-elles ? Une seule image, même fragmentaire, a suffi, nous reconnaissons la patte d’Arié. « Cet ensevelissement dans le blanc assourdit la mémoire du camp de concentration, les portraits de proches disparus. On dirait qu’ils s’éloignent à l’instant même de leur apparition sur la toile. » Et ceci encore : « respirer silencieusement, l’étendue du papier blanc, où se brode la trace légère de ce qui s’impose par l’effacement. » Retournons au début, nous voici en 1977. Les figures du politique, de l’actualité ou de l’Histoire, sont source d’inspiration pour le peintre, portrait de Julien Lahaut, l’ enterrement de Salazar, l’exécution d’un condamné à mort. « Un évènement véhiculé par les médias a perturbé la démarche de Mandelbaum, l’a cravachée d’adrénaline noire, l’obligeant à abandonner sur le champ tout autre travail. »

Lire les œuvres complètes d’un poète même de son vivant, c’est faisable, mais il en va tout autrement pour un artiste peintre. Est-il possible d’avoir une vue d’ensemble de l’œuvre d’Arié Mandelbaum ? Non. Y a-t-il un lieu pour nous offrir cette occasion ? Non. Sous ses airs modestes, le livre de Serge Meurant est primordial : il nous invite à une vue panoramique de l’œuvre du peintre Arié Mandelbaum.


1 Serge Meurant (textes), Arié Mandelbaum (peintures et atelier) Philippe Vindal, Elie Gross, Marc Trivier et Bérengère Gimenez (photographies)Visites à l’atelier du peintre Arié Mandelbauméditions &esperluète, 2016, 96 p.

 

 

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