Gaza : un plan de paix, mais la paix pour qui ?
Depuis le « cessez-le-feu » d’octobre, les otages israélien·nes ont enfin pu rentrer chez eux, mais les Palestinien·nes ne connaissent ni paix ni répit. Ce que l’on présente comme une désescalade fonctionne aussi comme stratégie : relâcher les mobilisations et la pression internationale, tout en poursuivant le génocide à Gaza, et normalisant le nettoyage ethnique grâce à une “ligne jaune” mouvante. De nombreux porte-voix de la propagande israélienne ont maintenu qu’il suffisait de rendre les otages pour que tout s’arrête. Mais sans surprise, l’armée israélienne continue de massacrer quotidiennement des Palestinien·nes à Gaza et de bloquer les aides alimentaire et sanitaire.
Israël reconnaît désormais les chiffres du Ministère de la Santé du Hamas : plus de 71 000 Palestinien·nes de Gaza tués depuis octobre 2023. Une sous-estimation, puisque ce chiffre n’inclut ni les corps non identifiés, ni les corps pulvérisés par les bombes ou disparus sous les décombres, ni les morts dues aux conséquences sanitaires du blocus. Malgré cela, les dirigeants occidentaux refusent toujours de nommer le crime : un génocide à Gaza, avec un risque d’extension en Cisjordanie, où les attaques conjointes de colons et de l’armée s’intensifient.
Le sort des prisonnier·es palestinien·nes reste un angle mort. Les prisons israéliennes constituent un véritable réseau de camps de torture, et une loi autorisant la peine de mort (pour les Palestinien·nes uniquement) est en passe d’être adoptée. Marwan Barghouti, symbole unitaire des différentes factions palestiniennes et prisonnier politique depuis 24 ans, devait initialement être libéré dans l’accord du “cessez-le-feu”, mais il reste détenu et torturé.
Le “Plan de Paix” de Trump et son board international sont conçus pour réduire au silence les Palestinien·nes et contourner l’ONU, afin de transformer Gaza en opportunité économique. C’est la stratégie du choc. Les mots « paix » et « droit international » ont été vidés de leurs sens pour devenir des slogans creux. Face à l’armée israélienne qui occupe 70% du territoire de Gaza après l’avoir vidée de sa population, il ne faut pas s’étonner que le Hamas refuse de rendre les armes. Ce refus servira de prétexte à la Belgique pour ne pas aller au bout de la reconnaissance, pourtant bien symbolique, de l’État de Palestine.
En Belgique, les mobilisations d’une ampleur inédite n’auront mené qu’à des paroles touchantes de notre Ministère des Affaires Etrangères, et à grappiller des mesurettes en lieu de sanctions. Après deux ans de mobilisations intenses et massives sans résultat suffisant, la fatigue et la désillusion nous obligent à penser à d’autres formes de lutte. Le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions, permet d’arracher des victoires. Comment l’amplifier ?
À l’UPJB, on maintient notre cap. Une parole juive qui dénonce les crimes d’Israël contre le peuple palestinien est utile pour casser la complicité objective de l’Europe et de la Belgique. En effet, elle mine le narratif de l’État israélien selon lequel il agit au nom des et pour les Juif·ves. L’antisémitisme n’a pas besoin de l’État d’Israël pour exister. Mais tout ce qui associe les Juifs à un génocide et des crimes contre l’humanité augmente les manifestations de l’antisémitisme. En luttant pour la libération du peuple palestinien, en luttant contre l’antisémitisme et son instrumentalisation, en luttant contre la criminalisation des mouvements sociaux, en luttant contre le capitalisme extractiviste et guerrier, c’est aussi nous-mêmes que nous défendons.
Édito de la newsletter mensuelle de l’UPJB — février 2026
Cet édito coïncide tristement avec l’annonce du décès de Leila Shahid. Nous souhaitions lui rendre hommage à travers les lignes qui suivent, en saluant son engagement constant en faveur du peuple palestinien. Nous vous proposons également la lecture d’une interview marquante donnée en septembre 2024 pour la revue Agir par la culture, disponible ici.
Leila, pour toujours
17 février : la dépêche tombe, Leïla Shahid est morte. On lira que l’ancienne déléguée auprès de l’Union européenne et de la Belgique (2005-2015) se serait donné la mort, affaiblie par la maladie mais aussi désespérée par le sort fait à son peuple dans l‘indifférence générale. Avec sa disparition, le peuple palestinien perd une de ses meilleures avocates quand il s’agissait de défendre sa cause et, plus généralement, celle de la Justice et du Droit, face à des dirigeants européens incurablement sourds et aveugles.
C’est aussi une perte pour nous. Comme ses prédécesseurs Naïm Khader et Chawki Armali, Leila honorait l’UPJB de son amitié. N’ignorant rien de l’histoire juive qui servait de justification aux exactions israéliennes, elle n’hésitait pas à déclarer que l’antisémitisme était une injure à la cause palestinienne.
Leila, tu vivras toujours dans nos cœurs.
