[Visioconférence] “Rosa Luxemburg : une subjectivité féminine révolutionnaire” par Jean Vogel

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Les modérateur·trices tenteront de poser un maximum des questions du public à Jean Vogel.

“ Vous savez que je sens et souffre avec toute créature ; quand une guêpe glisse dans mon encrier, je la lave trois fois à l’eau tiède, puis je la fais sécher au soleil sur le balcon afin de lui rendre un peu de vie. Mais ma pitié comme mon amitié ont des limites tout à fait nettes : elles finissent inexorablement là où commence la bassesse. Car proférer de grandes phrases sur ‘la liberté individuelle’ et dans la vie privée asservir une âme humaine par une passion insensée, je ne comprends pas cela et je ne le pardonne pas. Je constate ici l’absence de deux éléments fondamentaux de la nature féminine : la bonté et la fierté. Seigneur Dieu, dès que, même de loin, je pressens que quelqu’un ne m’aime pas, ma pensée s’écarte de son horizon tel un oiseau effarouché.

Si mon meilleur ami me déclarait : un seul choix s’offre à moi, commettre une bassese ou mourir de douleur, je lui répondrais avec une tranquillité implacable : eh bien, meurs.
Ce n’est pas là affaire de tempérament. Vous savez que j’en possède assez pour mettre le feu à une prairie et néanmoins la paix et le simple désir de l’individu sont pour moi sacrés et je préfère mourir de chagrin que d’y porter atteinte.”

Rosa Luxemburg, lettre du 7 janvier 1917

Ni comme militante, ni comme théoricienne politique, Rosa Luxemburg ne s’est jamais préoccupée  de façon privilégiée de la “question féminine”. Elle manifestait certes un soutien résolu au Mouvement des femmes socialistes et une profonde admiration pour sa principale animatrice, sa grande amie Clara Zetkin, elle approuvait leur refus de se mélanger aux Frauenrechtlerinnen (les “féministes bourgeoises”), mais elle repoussa toujours avec indignation les propositions qu’on lui fit de se consacrer au mouvement féminin comme si c’était son “champ d’action naturel”. Pour Rosa, rien de ce qui était humain – aucune des formes d’oppression  ou de domination existantes et des luttes contre ces dernières –  n’était étranger à la cause du socialisme et donc ne lui était étranger.

Mais dans son affirmation subjective – aussi bien dans le domaine politique que dans la vie privée, dans les luttes au sein du parti que dans les vicisssitudes de ses amours et de ses amitiés – Rosa Luxemburg s’affirme et se veut pleinement une femme – d’une féminité choisie, assumée, revendiquée parfois sous le mode de l’ironie et de l’autodérision, mais aussi d’une féminité révolutionnaire en ce sens qu’elle bouscule et bouleverse les règles du jeu, tant de la morale patriarcale que de la bienséance aseptisée de l’universalisme androgyne.

Cette dimension de la personnalité de Rosa Luxemburg a, dans le passé, commencé à être explorée par deux philosophes américaines, Hannah Arendt et Raya Dunayevskaya. Jean Vogel se propose de reprendre cette exploration, essentiellement sur base d’une lecture de la correspondance de Rosa.

Jean Vogel est maître d’enseignement de sciences politiques à Science Po de l’Université Libre de Bruxelles et président de l’institut Marcel Liebman.

Présentation par Dominique Rodriguez.