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Focus sur Antonin Moriau

©Lucio Arisci

Focus sur Antonin Moriau

À l’occasion du Parcours d’Artistes de Saint-Gilles, l’UPJB vous ouvre ses portes pour vous faire découvrir les oeuvres de plus d’une vingtaines d’artistes. Il reste encore un week-end pour passer le seuil de la maison de l’UPJB et l’inscrire dans votre parcours personnel. Ce week-end, du samedi au dimanche 18-19 avril, portes et bar ouverts de 14h à 19h : toutes les informations disponibles ici.

Nous y consacrons un focus à Antonin Moriau, artiste qui a illustré de nombreux numéros de Points Critiques, la revue de l’UPJB. Dans une salle entière, au fil de portraits à l’aquarelle, l’artiste y dédie un hommage aux membres qui composent l’association.

Antonin Moriau : « Maison d’enfance, maison commune »

Bienvenue « au 61 », maison de l’UPJB que je fréquente depuis presque 25 ans !

Avec Elias Preszow, mon ami de toujours, nous avons imaginé le projet « maison d’enfance, maison commune » il y a quatre ans, lors de l’avant-dernier parcours d’artistes de Saint-Gilles.

Parallèlement à cela, à l’occasion de la sortie du numéro hors-série du « Points Critiques » pour les 80 ans de l’association, des proches, des membres et des familles ont livré leur témoignage sur l’heur histoire, leur rapport et leur souhait pour l’UPJB.

Lorsqu’on m’a proposé d’être le focus du parcours d’artistes de Saint-Gilles pour le 61, j’y ai imaginé l’occasion parfaite de rendre hommage à ces témoignages en dévoilant leurs auteurs à travers mes coups de pinceaux.

A l’image des réflexions constantes qui animent les personnes qui côtoient la maison, cette exposition n’est pas figée, c’est un travail en évolution. Si vous êtes membre ou proche de l’UPJB, que vous souhaitez témoigner de votre rapport à l’association et son histoire et que vous n’avez pas peur d’être représenté par mes incertains coups de crayons, prenez contact avec moi.

par mail à anton.moriau@live.be ou ici via instragram.

« Les marchés »

Ayant contribué à de nombreuses publications et illustrations pour des revues politiques et militantes, il co-scénarise aujourd’hui sa première BD, illustré par Raphaël Geffray et publié avec les éditions Sarbacanes. Disponible dès maintenant en librairie !

Découvrez en extrait, deux planches de la BD « Les marchés », ainsi qu’une critique rédigée par Elias Preszow.

La BD comme issue de secours ?

Notes autour de la bande dessinée, Les Marchés, d’Antonin Moriau & Raphaël Geffray, éditions Sarbacane

On entre dans Les Marchés comme dans un conte. Ou dans une histoire de Franz Kafka. Le monde semble à la fois le nôtre et comme nimbé d’une lumière étrange, presque irréelle. Les évènements qui s’y produisent ont la banalité du quotidien mais donnent, dans le même temps, l’impression de cacher un mystère. Le titre est révélateur de ce double sentiment, de ce double mouvement. Description clinique de la marchandisation totale de la vie entretenant le fonctionnement des grands ensembles économiques ; il s’agit, aussi, d’une divinité très particulière qui plie la réalité à ses lois cosmiques dont seuls quelques initiés prétendent saisir le sens. A la suite de Michaël, nous sommes plongés dans cet univers menaçant qui est celui du néo-féodalisme capitaliste dans lequel l’ordre social désigne une place précaire aux couches toujours plus nombreuses et plus pauvres de la population, qu’il leur faut accepter au risque de disparaître complètement.

Dès le début du récit, le travail apparaît comme le signe absurde de cette fatalité où la survie se gagne en collant des feuilles aux arbres nus de l’hiver afin d’agrémenter le décor des puissants. Dans cette autocratie, la masse se bat pour exercer les besognes les plus viles alors qu’une autorité invisible la domine comme par enchantement. Les forces historiques relèvent de l’ensorcellement, et personne ne détient la clé des structures qui maintiennent cette servitude organisée sinon, peut-être, un prophète aux airs de rastafari qui interpelle les passants au rythme de l’apocalypse annoncée.

Le processus de révélation, ici, prendra le visage de Sonia. Nous la rencontrons alors qu’elle désobéit, à son corps défendant, au régime de l’auto-exploitation en étant incapable de sortir de son lit pour nourrir la machine productive de son énergie et de son temps. Pour une raison qui échappe à tous, à commencer par elle-même, elle est atteinte d’un épuisement radical tel que le moindre effort devient insurmontable. Au point qu’elle réussit à attendrir Monsieur Félix, le sous-directeur du Pôle Travail, qui se déplace jusqu’à son chevet pour tenter de la convaincre de s’activer. Pour cette femme qui dort, la crise psychique a de fortes chances de devenir synonyme de dégringolade sans appel. En l’occurrence, l’expulsion de son logement partagé – dont la moindre pièce est, par ailleurs, déjà sous-louée comme espace de coworking – et la radiation administrative qui l’accompagne. Et c’est là que la dimension kafkaïenne de cette fable éclate d’une lueur trouble. En même temps que les conditions matérielles d’existence sont attaquées, c’est le sol même de la réalité qui s’ouvre sous les pieds de Sonia. Et, bientôt, il faudra que le couple qu’elle forme avec Michaël se retrouve à la rue les contraignant pour s’en sortir à demander de l’aide à la mère de celui-ci. Le sans-abrisme comme situation transcendantale, pourrait-on dire, pour qualifier une société où le déracinement est généralisé sous un ciel indifférent. Dans cette anomie glaciale, la solidarité vient encore des plus proches, aussi démunis soient-ils, qui se serrent les coudes pour éviter le pire et offrir leur hospitalité, non sans tensions et frictions de circonstance.

De cette proximité va naître une conspiration aux allures de farce politique dont nous ne dévoilerons, bien entendu, pas la fin. Ce qui frappe, c’est la manière dont cette réappropriation du destin se précipite en un refus tragi-comique du règne d’une raison malade par la grâce du dessin. La dystopie signée Raphaël Geffray qu’était La Gare[1] – ici en association avec Antonin Moriau pour le scénario – se prolonge et se transforme dans les couloirs labyrinthiques d’un empire moribond dont nous découvrons les coulisses à mesure que Sonia y pénètre avec un complice de fortune. Nous retrouverons alors Monsieur Félix cherchant, vainement, à plaider sa cause auprès du sommet de la pyramide pour la réintégrer sur le marché et lui rendre ainsi la seule valeur qui compte pour être digne d’exister dans ce monde. La façon dont le choc des couleurs et les traits des silhouettes se jouent ironiquement de la mystification du pouvoir pour en détourner les cadres esthétiques donne à la critique une valeur de chef-d’oeuvre de contre-violence. L’art minoritaire qu’est la bande dessinée se fait outil de lutte et de libération pour revisiter nos musées imaginaires, en piller les trésors, et n’en rapporter qu’un seul : le feu. Comme si, pour contrer la brutalité dissociative de l’époque, il fallait trouver des formes pour en témoigner non seulement afin de rendre compte de ce qui nous arrive, mais aussi pour inventer d’autres chemins qui mêlent le rêve au possible. Question de montage, d’agencement entre les cases, de dialogue entre les planches, de motifs qui reviennent, insistent, se font écho. Question de rythme, en somme. Modernité fulgurante de ce livre qui articule poétiquement le désir de raconter les cauchemars du présent avec un idéal de beauté réveillant un avenir commun.

Elias Preszow


[1] https://lundi.am/Resistance-transit

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