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[Points Critiques n°380] Pilpoul : Sionisme, antisionisme, antisémitisme ?

Sionisme, antisionisme, antisémitisme,… sur ces questions brûlantes, Points Critiques a choisi d’interroger deux (autres) voix juives : Guilel Treiber, Israélien, doctorant en philosophie à la KU Leuven, membre de EAJS (Een Andere Joodse Stem, Une Autre Voix Juive en Flandre), Amir Haberkorn, membre de l’UPJB et membre fondateur de EAJS, actif dans des associations à vocation interculturelle.

Comment définissez-vous sionisme, antisionisme et antisémitisme ? Qu’est-ce qu’être antisioniste aujourd’hui?

Amir : Dans les années 1970, le sionisme représentait encore une potentialité. Un autre chemin était possible … Je le dis donc avec tristesse : aujourd’hui, je suis devenu antisioniste. Le sionisme c’est quoi ?
C’est trouver un lieu où les Juifs peuvent vivre en sécurité et se créer une identité nationale. Qu’on partage cette option ou non, il s’agit d’un projet respectable. C’est avoir le droit à l’auto-détermination, mais en coexistant avec des minorités importantes, les Arabes en l’occurrence, une autre culture, une autre langue. C’était de l’ordre du possible. Malheureusement, j’ai dû constater qu’il y avait une logique mortifère dans le sionisme dont on a choisi dès le début les versions les plus nationalistes, les plus excluantes. Aujourd’hui on ne peut plus revenir en arrière, il n’y a plus de place pour une autre minorité.

Guilel : Je ne me définis pas comme antisioniste, mais pas non plus comme sioniste. Je suis a-sioniste ! Il existe une définition historique très large du sionisme : un mouvement national qui a pour but de donner une souveraineté juive en Judée historique. Mais aujourd’hui, et là je rejoins Amir, même si je le trouve un peu trop déterministe, je trouve qu’en effet tous les mouvements nationaux, le sionisme y compris, comportent une logique excluante. Au moment des accords d’Oslo, la résurgence de la droite nationaliste a fait bouger le curseur vers la droite. (cf. l’assassinat de l’artisan de ces accords, Yitzak Rabin). Pour autant, on n’est pas enfermé à tout jamais dans cette logique. Un changement radical reste possible. Même avec l’annexion de leurs territoires, le combat des Palestiniens pourrait se transformer en combat civil et changer la donne. Je ne suis pas pessimiste comme Amir. Bien sûr, la situation peut encore empirer mais un retournement reste possible.

Antisémites de droite, antisémites de gauche …

Venons-en à la question de l’antisémitisme. Si le sionisme est un nationalisme comme un autre, l’antisémitisme n’est pas un racisme comme un autre. L’antisémitisme ne dénigre pas les juifs, au contraire, il leur attribue des pouvoirs qu’on leur envie et c’est pour ça qu’on veut les exclure.

Amir : Ce qui est caractéristique de l’antisémitisme, c’est qu’on y retrouve aussi bien des gens de droite que des militants de gauche et d’extrême-gauche. C’est très particulier. Prenons l’exemple de l’affaire Dreyfus : parmi ses détracteurs, il y avait la droite conservatrice mais également Jules Guesde qui a introduit le marxisme en France. Pour lui, Dreyfus était un bourgeois. L’antisémitisme peut exister dans toutes les situations : sous un régime stalinien, aujourd’hui sous Trump avec une résurgence forte de l’antisémitisme aux États-Unis ( Pittsburgh, Charlotteville…).
Il y a des sionistes qui sont antisémites, prenez Orban ou Filip De Winter du Vlaams Belang. De Winter s’est rendu récemment en Israël. Il considère le pays comme un bon exemple du nationalisme auquel il adhère. Liens de sang, supériorité blanche, etc. Israël, pour lui, c’est la présence de l’Occident au Moyen-Orient.

Guilel : Aux Pays-Bas, les fachos n’admirent pas Israël, au contraire. Quant au discours d’Orban et Cie, qui prétend qu’Israël défend les valeurs occidentales, je le trouve erroné. Le nationalisme israélien est aujourd’hui un nationalisme religieux extrêmement dangereux. S’il s’agissait au départ d’un conflit entre deux mouvements nationaux, nationalistes, sur base laïque (je pense à l’OLP et au Mapam), il s’est transformé à partir de la fin des années 90 en un conflit ethnico-religieux. Cette droite me fait peur. Il s’agit d’une théocratie comme en Iran. Elle utilise l’image biblique d’Amalek, l’ennemi mythique irréductible qu’il faut détruire. Autrement dit, un conflit qui ne peut être résolu par un débat autour d’une table

Amir : J’en reviens à l’antisémitisme. Pour moi, Israël pose là un vrai problème. Le fait que le pays peut se permettre de ne pas respecter la légalité internationale sans être sanctionné alimente des phantasmes antisémites… les Israéliens disposeraient d’un pouvoir occulte.

Et pour vous, Guilel, en tant qu’Israélien, c’est quoi l’antisémitisme ?

Guilel : Ce n’est pas le cas pour moi, mais il est clair que pour la plupart des Israéliens, l’anti-israélisme est la nouvelle forme de l’antisémitisme. Netanyahu y a fortement contribué en invitant après chaque attentat les Juifs de la diaspora à venir en Israël.

Antisémite, la Belgique ?

Est-ce que vous ressentez de l’antisémitisme en Belgique ?

Guilel : Non pas vraiment, mais ce que j’entends souvent c’est «je suis déçu du peuple juif» comme si ce peuple devait avoir une morale plus élevée parce qu’il a vécu la Shoah. C’est une forme de racisme.

Il y aurait donc bien un lien entre antisionisme et antisémitisme ?

Amir : Oui mais ce lien n’est pas automatique. Il y a des antisémites antisionistes (la gauche brune), il y a des antisémites sionistes comme Orban. Ça existe, ce qui est problématique c’est de ramener ce binôme à la formule « antisionisme =
antisémitisme ».

Guilel : En Israël, on a l’impression que tous les médias du monde ne parlent que du conflit Israélo-palestinien, mais quand je suis venu vivre en Belgique, je me suis rendu compte que nombreux sont ceux qui s’en fichent complètement. Certains n’y connaissent rien, d’autres n’en ont même jamais entendu parler ! Le seul conflit que j’ai eu, c’était avec un ami anversois, à propos des ultra-orthodoxes. Pour moi, c’est le test ultime de l’antisémitisme, le lakmoesproef comme on dit en néerlandais : quel est le degré de tolérance envers ce judaïsme si visible ?

L’antisémitisme « musulman »

Les communautés « musulmanes » (1) , quand elles se mobilisent pour les Palestiniens, ne véhiculent-elles pas souvent des stéréotypes vis-à-vis des Juifs ?

Amir : L’antisémitisme des musulmans est souvent lié à une logique d’infériorisation d’eux-mêmes. Les Juifs seraient juste au-dessus d’eux. C’est facile à démonter, c’est moins ancré. Ainsi, lors de mes rencontres dans les milieux arabes, je montre mes photos de Vichniak (le photographe juif des shtetls) qui décrivent un environnement de Juifs pauvres. Il y a une dimension sociale : les immigrés d’origine marocaine sont aussi plutôt dans la pauvreté. Découvrir ces photos, ça crée un lien. Et quand ils retournent au Maroc, ils retrouvent souvent une pauvreté semblable à celle des photos …

Guilel : La question de la situation des communautés musulmanes en Europe est importante. L’Europe est-elle redevenue antisémite ? Je réponds non. Avant de remettre les Juifs contre le mur, on s’en prendra d’abord aux Musulmans, c’est pourquoi il faut travailler avec eux contre cette logique de l’islamophobie et de l’antisémitisme. Même s’il n’y a pas de lien intellectuel ou philosophique, il y a là comme un lien stratégique !

Un lien stratégique, que voulez-vous dire ?

Guilel : Si la montée de la xénophobie et de la droite extrême devait se concrétiser, elle frapperait d’abord les Musulmans, ensuite les Juifs. Marine Le Pen en est un exemple frappant. Dans certaines de ses interviews, elle fait des allusions aux Juifs sans les nommer explicitement. C’est pour elle l’ennemi secondaire, celui qui vient après l’Islam. Ceci dit, un anti-judaïsme presque naturel fait de nos jours partie de la culture musulmane. Ce n’est pas nécessairement de la haine, mais des a priori qui font partie du bagage anti-colonial. Je suis d’origine algérienne et je peux dire que l’histoire selon laquelle les deux communautés vivaient en harmonie est un mythe. Il n’y avait pas de pogroms comme en Europe de l’Est, mais il y avait des ghettos. Les Juifs étaient plus pauvres.

Amir : Mais le monde musulman n’a jamais connu d’antisémitisme d’État comme il y en a eu en Europe où les Juifs étaient les seuls « autres ». Les catholiques avaient exterminé tous les dissidents et conservaient les Juifs comme exemple de peuple déchu, c’est-à-dire de ce qui arrive quand on n’est pas catholique. Je partage le point de vue développé par Hilberg dans La destruction des Juifs d’Europe. Il consacre plusieurs chapitres aux antécédents qui ont rendu possible le génocide nazi. Il y a un lien entre l’antijudaïsme chrétien et l’antisémitisme.

Un antisémitisme de classe

Guilel : Dans les statistiques qu’on utilise pour démontrer que l’antisémitisme est en recrudescence en Europe, on relève le vandalisme contre des cimetières juifs, des magasins etc. Ces pratiques-là ne viennent pas de la droite catholique, elles viennent de jeunes issus de certains milieux populaires qui en général sont d’origine nord-africaine.

Amir : A Pittsburgh, ce sont des blancs…

Guilel : Je ne parle pas des Américains, c’est une planète à part… En Europe, l’antisémitisme est un antisémitisme de classe. Il existe d’une part un antisémitisme populaire, de forme violente mais d’inspiration assez simple, et de l’autre un antisémitisme de l’élite, beaucoup plus dangereux parce que plus complexe, se nourrissant d’autres sources. Ces deux phénomènes ne sont pas les mêmes.

On ne peut quand même pas faire abstraction de ce qui s’est passé en France : cette vieille dame qu’on a sauvagement assassinée parce que juive…

Amir : La France est dans une phase très réactionnaire, il suffit de lire Renaud Camus, un auteur réactionnaire antisémite qui fait partie de l’Académie française, amené là par Finkielkraut ! Il se développe une sorte de symbiose entre des milieux chrétiens réactionnaires racistes et une part du judaïsme qu’ils glorifient pour le moment . Ce phénomène connaît un écho catastrophique dans les milieux musulmans.

Pourquoi chez les Musulmans ?

Amir : Finkielkraut défend à la fois l’État d’Israël et l’Occident. Cette conjonction entre les chrétiens réactionnaires et une partie du judaïsme donne des Juifs une image d’intégration complète et d’opposition aux classes populaires musulmanes. Elle est à la base des images complotistes du genre « Halimi est Juif donc il est riche ».

Autrement dit, c’est la faute des Juifs !

Amir : Non, ce n’est jamais la faute des Juifs, mais il y a beaucoup de phantasmes, y compris dans les milieux juifs, où chaque incident est fortement amplifié. C’est dans la communauté juive qu’on disait que Philippe Moureaux s’était converti à l’Islam…

Guilel : Si on me demande s’il y a un problème d’antisémitisme en Europe aujourd’hui, je réponds par la négative. Mais ce dont j’ai peur, c’est que les antisémites de l’élite trouvent un jour les moyens d’utiliser les ressentiments antisémites des classes populaires à des fins politiques. Un jour ils vont se retrouver, et ça me fait peur.

Amir : oui, c’est possible…

(1) Nous entendons « musulman » dans une acceptation tant culturelle que religieuse. Nombreux sont aujourd’hui les musulmans qui se réfèrent plus à la culture qu’à la croyance religieuse. ndlr

Manifestation nationale contre le racisme

Nous vous invitons à nous rejoindre le dimanche 24 mars 2018 afin de marcher avec nous à la manifestation nationale contre le racisme. (Plus d’info : http://www.bepax.org/event/manifestation-nationale-contre-le-racisme,0000943.html )

Le point de rendez-vous est à 13h30 à la Gare du Nord, au croisement des boulevards Albert II et Simon Bolivar.

Afin de préparer ensemble cette manifestation, nous vous invitons à un workshop inter-générationnel le samedi 23 mars 2018 à 14h30 à l’UPJB. Nous y confectionnerons ensemble des calicots, slogans et panneaux autour du thème « antisémitisme, islamophobie, negrophobie… UPJB contre tous les racismes ! »
Amenez vos pinceaux, pots de peintures et cartons !

Au plaisir de vous y voir,

Coup d’œil sur la Palestine (PAC Bruxelles)

La Régionale PAC de Bruxelles, en partenariat avec l’Association Belgo-Palestinienne et l’Union des Progressistes Juifs de Belgique, vous invite à un weekend entier d’activités culturelles et politiques pour évoquer ensemble la question palestinienne.
Le coup d’œil que nous vous proposons se veut un aperçu de l’histoire et de la situation actuelle de la Palestine et de son peuple, en compagnie de militant·e·s et d’artistes engagé·e·s.
Venez donc nous rejoindre les 23 et 24 mars pour échanger ensemble, discuter et débattre, découvrir et déguster les saveurs de la cuisine palestinienne, partager nos indignations et nos luttes et danser la Dabkeh!

« Coup d’œil sur la Palestine »
Les 23 et 24 mars 2019 au Garcia Lorca
47-49 rue des Foulons – 1000 Bruxelles

Informations et inscriptions :
02 366 40 75
info@pac-bruxelles.be

Samedi 23/3
14h : Ouverture des portes et présentation de l’exposition de Véronique Vercheval « Parce qu’ils y ont cru ».
15h : Projection d’une interview de Michel Staszewski sur la Guerre des 6 jours et un court historique du projet sioniste.Présentation commentée par Marc Abramowicz de l’exposition « De la Nakba à la Naksa » abordant de façon engagée, artistique et didactique l’histoire du conflit israélo-palestinien de 1947 à aujourd’hui. Activité proposée par l’Union des Progressistes Juifs de Belgique – UPJB
17h : « L’émancipation sans la charité » présentation du livre de Rebecca Lejeune et Pierre Verhas par Pierre Verhas.
18h : Présentation et dégustation de produits palestiniens proposés par la coopérative Le Philistin et la boutique La Porte de la Tortue.
19h : Rencontre-débat avec Sireen Khudairi, Coordinatrice de la Jordan Valley Solidarity Campaign (sous réserve). Activité proposée par l’Abp Asbl.
20h30 : Projection du film « ¡Yallah ! ¡Yallah ! » proposé par l’ABP (sous réserve)

Dimanche 24/3
13h : Repas Palestinien servi par le groupe Mouv’Up (inscription obligatoire / PAF : 15€)
15h : Initiation et spectacle de danse Dabke par le groupe Watan Dabke دبكة وطن(inscription obligatoire).
18h : Verre de l’amitié et fermeture des portes.

Le bar sera ouvert ouvert durant les activités et un snack vous sera proposé à la vente par le groupe Mouv’Up le samedi soir.
Les bénéfices de ce weekend seront reversés à la BASR (Bethlehem arab society for rehabilitation)

[Points Critiques n°380] Édito

S’il faut en croire le mainstream en Israël et en diaspora, l’antisémitisme se cache aujourd’hui derrière l’antisionisme. La violence et le caractère sans nul doute antisémites des injures dont Alain Finkielkraut a fait les frais récemment, semblent leur donner raison.
Alors, antisionisme = antisémitisme désormais ?
L’antisionisme, contrairement à l’antisémitisme est une opinion et non un racisme. L’antisionisme, comme toute opinion, est donc protégé par la liberté d’expression.

Mais qu’entend-t-on par « antisionisme » ?
Le refus de la constitution d’un État juif en Palestine ? C’était l’opinion de la majorité des courants politiques juifs (et de la plupart des rabbins), dès la naissance du mouvement sioniste. Ils furent pris à partie de façon virulente par Herzl lui-même, qui les qualifia de « youpins antisionistes » (sic). (Voir l’article de Jacques Aron dans ce numéro).

Puis, il y eut le judéocide nazi et la création de l’État d’Israël. Avec ses kibboutzim et son collectivisme, le sionisme comme utopie réellement existante avait bonne presse dans la gauche européenne jusqu’en 1967, quand débuta la politique d’annexion et d’occupation de nouveaux territoires palestiniens. Depuis, l’opinion publique européenne s’est progressivement détournée d’Israël, pour soutenir la cause des Palestiniens, chassés et spoliés de leurs terres de façon injuste et illicite. D’autant plus que des recherches historiques (en Israël avec les “Nouveaux Historiens”) démontrent que ces spoliations étaient là dès le début de la création de l’État juif, et seraient donc au cœur du projet sioniste. Pour les Juifs, et plus particulièrement pour les Israéliens, ce désamour grandissant ne fait que renforcer l’idée qu’ils vivent dans une citadelle assiégée qu’il faut défendre à tout prix. Et toute critique de la politique israélienne est vécue comme une parole antisémite. De gros moyens sont mis en œuvre pour convaincre l’opinion publique que l’antisémitisme est en progression.

Depuis 2017, l’IHRA, (International Holocaust Remembrance Alliance), tente de faire adopter par les parlements occidentaux une définition officielle de l’antisémitisme qui permettrait notamment de poursuivre toute critique de la politique israélienne jugée antisémite.

Bien sûr, il existe un antisionisme antisémite. Il a existé en URSS sous Brejnev et en Pologne communiste. Il existe aujourd’hui dans le monde arabo-musulman (voir l’analyse de l’Islamologue Michaël Privot) et dans les milieux de l’ultra-“gauche”, incarnée en France par Dieudonné ou dans l’extrême droite aux États-Unis, même si d’autres groupes proto-fascistes comme le Vlaams Belang affichent plutôt de l’israélophilie ces temps-ci. Comme le disent nos protagonistes du Pilpoul consacré à cette question, il y a toutes sortes d’antisionismes, comme il y a toutes sortes d’antisémitismes.

Mais le plus souvent la confusion est totale, quand il ne s’agit pas tout simplement de faire taire toute critique un peu virulente de la politique israélienne. Près de chez nous, l’affaire Ken Loach à l’ULB en est un exemple frappant. Nous y revenons avec Vincent Engel ainsi que sur la plupart des sujets qui concernent cette (non)équation.

[Points Critiques n°380] Sommaire

Éditorial – Anne Grauwels

Focus : antisionisme / antisémitisme

  • Sionisme, antisionisme, antisémitisme – Anne Grauwels
  • Les sionistes face à l’antisionisme – Michel Staszewski
  • L’affaire Ken Loach – Vincent Engel
  • Antisionisme = antisémitisme, mode d’emploi – Henri Wajnblum
  • Quels contours pour « l’antisémitisme musulman » ? – Michaël Privot
  • Comment Herzl inventa à la fois le sionisme et l’antisionisme – Jacques Aron

 

Voir – De une, de deux et de trois – Gérard Preszow

Lire

  • Un cœur converti – Tessa Parzencsewski
  • De l’art de parler et d’avoir du répondant – Carine Bratzlavsky

Humeurs Judéo-flamandes – Un lion juif – Anne Gielczyk

Fiction – Fuck Lucy! – Irène Kaufer

Voir – Voyage au pays du collage et des collagistes (10) – Jacques Aron

40 ans – Un conte Yiddish : David, le tailleur et le messie – Henri Bauherz

Vie de l’UPJB – La tache de beauté de Minna – Claudine Van O

UPJB Jeunes – La question du J et du P – Achille Renard

[Conférence-débat] « Antisionisme = Antisémitisme? Réponse à Emmanuel Macron » avec Dominique Vidal

Conférence-débat avec Dominique VIDAL autour de son livre « Antisionisme = Antisémitisme? Réponse à Emmanuel Macron »

Modérateur: Henri WAJNBLUM

16 juillet 2017, Emmanuel Macron s’apprête à terminer son discours lors de la commémoration du 75anniversaire de la rafle du Vél’ d’hiv’. Et soudain, se tournant vers Benyamin Netanyahou, qu’il a appelé “Cher Bibi”, il lance: “Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme”. Jamais un chef de l’Etat n’avait commis une telle erreur historique doublée d’une telle faute politique. Une erreur historique, car la majorité des Juifs, aujourd’hui comme hier, ne sont pas sionistes. Une faute politique, car l’interdiction de l’antisionisme créerait , en France, un délit d’opinion que, par principe, la République refuse. La manœuvre est cousue de fil blanc: certains veulent empêcher toute critique de la politique israélienne

Voilà ce que ce livre entend démontrer, sur un mode non polémique et pédagogique, en traitant successivement de l’histoire du sionisme, de la diversité de l’antisionisme, de l’antisémitisme, enfin de la politique proche-orientale de la France.

Ce qui vaut pour la France, vaut aussi ailleurs: partout l’amalgame récurrent entre antisionisme et antisémitisme est destiné à désamorcer toute expression critique contre la politique israélienne.

Journaliste et historien, ancien rédacteur en chef- adjoint du”Monde diplomatique”, spécialiste du Proche-Orient et notamment du conflit israélo-palestinien, Dominique Vidal lui a consacré de nombreux livres, seul ou en collaboration, notamment avec son collègue Alain Gresh.

[n°379] 40 ans de Points Critiques sur le conflit israélo-palestinien

Durant ses 40 ans d’existence, POC a traité de très nombreux sujets, tels le racisme, l’antisémitisme, l’avenir de la gauche, le droit d’asile … mais le conflit Israélo-Palestinien a toujours occupé une place importante. Henri Wajnblum, qui en est le principal auteur depuis les années 1990, fait le panorama de 40 ans de POC sur ce sujet en parcourant un certain nombre de faits marquants, entre espoirs, désillusions et colère.

Dès son numéro 4, daté de juin 1980, POC ouvrait un important dossier sous le titre : Quelle paix au Moyen-Orient ? Il y était question d’un débat organisé, en février, sur ce thème par le cercle du Libre-Examen de l’ULB. On y lisait, sous la plume de Marcel Liebman : « En son genre et à sa modeste échelle, une rencontre comme celle d’aujourd’hui (février 1980) est un événement. Voici en effet qu’un dirigeant sioniste confronte publiquement ses idées avec un adversaire du sionisme et que leur dialogue s’avère constructif. Ce n’est pas qu’ils aient, l’un et l’autre, enterré leurs divergences ni qu’ils en sous-estiment l’importance. (…) Mais dès lors qu’un sioniste comme David Susskind se déclare convaincu qu’il n’y aura de paix au Moyen-Orient que lorsqu’existeront deux États côte à côte, Israël et une Palestine indépendante ; dès lors qu’il reconnaît, sans la moindre ambiguïté, la nécessité pour Israël de négocier avec l’OLP, il n’y a lieu ni d’étaler ni de creuser une fois encore un différend, quel qu’en soit la profondeur. Il est plus fécond de se demander jusqu’où un homme comme Susskind et moi-même pouvons pousser nos convergences. »

À ce débat participait aussi, entre autres, Naïm Kader, directeur du bureau de l’OLP qui devait être assassiné le 1er juin 1981. Il y déclarait quant à lui : « Nous sommes un peuple pacifique. Nous avons pris les armes après 17 ans de patience parce que c’était le seul moyen qui nous restait. Nous ne sommes ni un peuple suicidaire ni un peuple guerrier par vocation. Nous ne combattons que pour une paix juste et durable. Qu’on nous donne la possibilité sérieuse de récupérer nos droits nationaux par des moyens pacifiques et nous serons les premiers à y recourir. (…) Nous voulons établir notre État indépendant. Nous ne voulons la mort, la destruction ou la déportation de personne. Combien de fois faut-il le répéter ?
Nous voulons coexister, en toute fraternité, avec tous les juifs vivant actuellement en Palestine à condition qu’ils acceptent eux aussi de vivre avec nous comme nos égaux et nos partenaires et non comme des oppresseurs et des occupants.
Cette volonté de coexistence, cette volonté sincère de paix est la seule garantie solide, à long terme, de la survie même des Israéliens et de la nôtre.»

C’était en février 1980, quasi treize ans après la guerre de juin 1967. Voilà pour ce qui est de l’espoir. Il y en eut un autre…

Le retour des Travaillistes

Faisons un bond de douze ans… Dans son numéro de décembre 1992, POC publiait un dossier consacré au retour des Travaillistes au pouvoir en Israël, eux qui l’avaient perdu en 1977 au profit de la droite de Menahem Begin. La donne allait-elle changer avec ce nouveau gouvernement dirigé par Yitzhak Rabin et la fin de celui dirigé par un autre Yitzhak, Shamir celui-là ?
C’est la question à laquelle tentait de répondre Dominique Vidal, journaliste au Monde et auteur de plusieurs ouvrages sur la question du Proche-Orient en collaboration avec Alain Gresh journaliste au Monde également, dans un long article dont nous proposons quelques extraits :
« Nul ne peut, à moins de lire dans le marc de café, prétendre dire aujourd’hui, en plein regain de tension (la première intifada bat en effet encore son plein NDLR), si les négociations israélo-arabes – qui continuent actuellement aux plans bilatéral et multilatéral – déboucheront, a fortiori quand et comment. Quoiqu’il en soit, un point s’avère indéniable : c’est la première fois dans l’histoire du Moyen-Orient que l’État juif et ses voisins arabes, y compris les Palestiniens, débattent ensemble de leur avenir commun avec comme perspective une paix de compromis fondées sur les résolution, si longtemps foulées au pied, des Nations unies. (…) Par delà la montée des mécontentements qui a submergé Yitzhak Shamir et ses hommes, une prise de conscience explique leur défaite : celle du lien indissociable entre politique intérieure et politique extérieure. Autrement dit, les Israéliens, à des degrés divers mais dans leur majorité, se sont aperçus que le cap maintenu par Yitzhak Shamir sur le “Grand Israël” – cap qui implique le refus de toute paix durable avec les voisins, en premier lieu palestiniens – ne pouvait qu’aggraver la crise qui ronge leur société et dont ils souffrent directement. »

Les accords d’Oslo

Voilà qui préfigurait les accords d’Oslo.
Et de fait, ils étaient signés un an plus tard, en septembre 1993… C’est Entre Points Critiques – un mensuel créé pour faire la liaison entre les parutions de la revue POC – qui dans son numéro de novembre 1993… les commente sous le titre Israël-Palestine et maintenant… la paix. Voici un extrait de son éditorial : « Nous ne vous apprendrons rien en vous disant qu’il y a aujourd’hui des Israéliens qui sont fous de rage. Ils sont fous de rage parce qu’ils estiment que Rabin a trahi Israël en signant, avec l’Organisation de Libération de la Palestine, un accord qui, selon eux, conduit tout droit à l’avènement de cet État palestinien dont le spectre hante leurs jours et leurs nuits. Parmi les Palestiniens aussi, il en est qui sont fous de rage. Ils sont fous de rage parce qu’ils estiment qu’Arafat a trahi la cause palestinienne en légitimant l’existence de l’État d’Israël, existence que, pour leur part, ils refusent farouchement.
L’UPJB a toujours, contre vents et marées, contre injures et calomnies, choisi le camp de la paix, d’une paix juste et négociée dans le respect des droits légitimes de l’autre s’entend, contre celui de la guerre et de la négation de ces droits. Pour que cette paix devienne enfin accessible, il fallait impérativement lever un tabou… celui de la reconnaissance mutuelle. C’est aujourd’hui chose faite. Mais ce n’est pas encore la paix, loin s’en faut. Tout au plus un espoir de paix. »

Rabin assassiné

Nous nous voulions optimistes… On sait malheureusement ce qu’il est advenu de ces fameux accords d’Oslo. Mais avant même qu’ils ne soient définitivement enterrés, ils avaient coûté la vie à Yitzhak Rabin. Ils lui avaient coûté la vie, le 4 novembre 1995, à l’issue d’un discours qui laissait clairement entrevoir qu’il avait enfin compris qu’il fallait résolument avancer dans la concrétisation d’Oslo. C’est dans son numéro de décembre 1995 que Entre Points Critiques commentait l’événement sous le titre Victime de l’intolérance assassine Yitzhak Rabin est mort, un commentaire illustré par un dessin de Marcel Gudanski et une caricature publiée dans la Tribune sioniste de Bruxelles : « Peu importe que Yigal Amir, le meurtrier, ait agi sur ordre ou de sa propre initiative… Yitzhak Rabin est mort, victime, avant tout, du climat de haine assassine véhiculé depuis la signature des accords d’Oslo par la droite et l’extrême droite israéliennes, ainsi que par une frange non négligeable du rabbinat. (…) Ce qui nous fait le plus douloureusement ressentir cet assassinat, c’est qu’il a été commis alors même que Rabin, sans doute fort du soutien massif qu’étaient venus lui manifester plus de 100.000 israéliens, venait de prononcer publiquement la profession de foi sans doute la plus vibrante et la plus sincère qu’il ait jamais prononcée en faveur de la paix avec le peuple palestinien. C’est cette paix enfin clairement annoncée que le bras armé de l’extrémisme israélien a voulu assassiner. »

Alors que l’assassinat de Yitzhak Rabin est encore dans tous les esprits, un boulevard semble ouvert à Shimon Peres pour les élections du 29 mai 1996.
Le soir de l’élection, il se couche à 1h30 du matin, persuadé de l’avoir emporté. Au réveil il déchante, il a réussi à perdre l’imperdable… Binyamin Netanyahou, chef du Likoud est le nouveau Premier ministre. La faute à qui, la faute à quoi ?
Au bombardement par l’armée israélienne en avril, sur ordre de Shimon Peres d’un camp de réfugiés des Nations Unies à Cana au Sud-Liban. Bilan :
100 morts, quasiment que des femmes, des enfants et des vieillards. C’est cette énorme « bavure » qui lui a fait perdre les voix des Palestiniens d’Israël.

Camp David

Aux élections du 17 mai 1999, c’est par contre Netanyahou qui est éjecté au profit d’Ehoud Barak, le patron du parti travailliste, en qui les partisans d’une paix juste et durable fondent beaucoup d’espoirs. Espoirs déçus une fois encore… En juillet 2000, Bill Clinton « invite » en effet les deux parties à se rendre à Camp David pour y participer à un sommet « historique »… Yasser Arafat en sortira grand perdant, n’ayant eu d’autre choix que de refuser les « propositions généreuses » d’Ehoud Barak soutenu à tout moment par le président des États-Unis. Dans son numéro de septembre 2000, Entre Points Critiques commentait l’échec de ce Sommet : « Il ne fallait pas être grand politologue pour prévoir que les questions les plus épineuses – le statut de Jérusalem, le sort des réfugiés et celui des implantations (et donc du tracé du futur État palestinien) – ne seraient pas résolues en quelques jours de sommet à Camp David ; pour savoir aussi que la question de Jérusalem et celle du retour des réfugiés constitueraient les principales pierres d’achoppement. Les miracles n’existant que dans les contes pour enfants, personnes n’a donc été vraiment surpris par le constat d’échec. »

Il n’empêche que Ehoud Barak a pu rentrer en Israël en proclamant haut et fort qu’à Camp David, il n’avait pas trouvé de partenaire pour la paix ! Il y eut bien sûr les négociations de Taba, en Égypte, où des avancées furent constatées par les deux parties, mais tout le monde savait qu’elles n’avaient aucune chance d’aboutir, Ehoud Barak ayant perdu sa majorité à la Knesset, et Ariel Sharon donné largement gagnant aux élections de février 2001.

Entretemps le même Sharon avait fait la Une en allant se « promener » sur l’Esplanade des Mosquées et susciter la colère des Palestiniens. Ce fut le début de la seconde intifada…

Sharon au pouvoir

Comme prévu, Ariel Sharon a remporté haut la main les élections de février 2001. Dans son numéro d’avril 2001, Entre Points Critiques publiait un communiqué de presse émanant du Comité de l’UPJB :
« Résolument engagée dans le combat militant en faveur d’un règlement juste du conflit israélo-palestinien basé sur la notion de deux peuples pour deux États souverains et viables avec Jérusalem comme capitale commune, l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) tient à dénoncer l’accession de l’extrême droite israélienne au pouvoir. Ce n’est en effet pas, contrairement à ce sur quoi s’appesantissent la quasi totalité de nos médias, la « promotion » au rang de ministre, de la fille d’Yitzhak Rabin, ni celle d’un député druze, qui constituent l’événement majeur de la nouvelle politique israélienne. C’est à l’évidence – en plus de l’élection triomphale d’Ariel Sharon que son parcours criminel aurait depuis longtemps dû frapper d’inéligibilité – la respectabilisation d’une des extrême droite la plus dure qui soit en les personnes d’Avigdor Lieberman et de Rehavam Zeevi. Et ce, avec l’aval du parti travailliste ! (…) Notre gouvernement s’est distingué dans les réactions qui ont suivi l’accession au pouvoir du parti de Jörg Haider ; notre ministre des Affaires étrangères a mis l’Italie en garde sur les conséquences que pourrait avoir la participation de la Ligue du Nord à un prochain gouvernement Berlusconi ; nos partis démocratiques tiennent bon vis-à-vis du cordon sanitaire qui entoure le Vlaams Blok… Ils doivent, de même, faire comprendre à Israël, pays hors Union Européenne avec lequel nous entretenons des relations économiques et douanières privilégiées, qu’il n’y a pas une extrême droite plus respectable qu’une autre. »

La « feuille de route »

En juin 2003, Entre Points Critiques devenu entretemps Points Critiques – Le Mensuel, consacre son éditorial à la feuille de route établie par le Quartette pour le Proche-Orient qui comprend les Nations Unies, les Etats-Unis, la Russie et l’Union Européenne. Dans cette feuille de route le Quartette proposait un calendrier de négociation, et fixait l’objectif d’un accord final au plus tard à la fin de 2012. Israël ne tardait pas à réagir par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Avalon… « La feuille de route avancée par le Quartette “n’est pas sacrée”. L’important dans la prise de position du Quartette c’est qu’il ne pose pas de conditions à la reprise des négociations concernant la colonisation et les frontières. Mais le calendrier d’application n’est pas sacré ». Ben voyons…

Dans ce numéro de juin 2003, POC réagissait lui aussi : « Si le Quartette avait réellement voulu œuvrer pour une paix véritable, s’il s’était réellement soucié du droit et des aspirations du peuple palestinien et pas exclusivement de la sécurité d’Israël, souci parfaitement louable mais, en l’occurrence, inacceptable par son côté unilatéral, il aurait exigé de l’Autorité palestinienne qu’il fasse une déclaration sans équivoque réitérant le droit d’Israël à exister en paix et en sécurité dans ses frontières d’avant le 5 juin 1967, et du gouvernement israélien qu’il proclame, sans équivoque lui aussi, son engagement en faveur du principe de deux États dont un État palestinien sur l’ensemble des territoires conquis en juin 1967.

S’il avait exigé cette double déclaration comme base indispensable à toute négociation de paix, alors oui, le quartette aurait convaincu de sa volonté de voir réellement s’établir un État palestinien indépendant, viable et souverain. Mais il ne l’a pas fait, et voilà pourquoi la feuille de route dont il faut encore souligner qu’elle ne consacre pas une seule ligne pour exiger d’Israël qu’il arrête sur le champ la construction, de cette monstruosité que constitue le “Mur de séparation”, voilà pourquoi le feuille de route a tout d’un nouveau gadget. Un de plus. »

La feuille de route et le Quartette ont fait long feu comme il fallait s’y attendre.
Ne restent plus en lice que les États-Unis dont on connaît la parfaite impartialité !

BDS

Le numéro de mars 2010 de POC, traitait, sous la signature du Comité de l’UPJB, de l’Assemblée générale de celle-ci qui s’était tenue le 17 janvier précédant pour prendre position sur la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS). Cette campagne avait été lancée contre Israël, à l’appel d’une centaine d’ONG palestiniennes, jusqu’à ce que celui-ci applique le Droit International.

L’UPJB ne pouvait pas faire l’impasse sur ce délicat débat BDS. Elle ne la fit pas. Ainsi, dans le texte signé par le CA, pouvait-on lire :
Après un débat de grande qualité, durant lequel différentes sensibilités s’exprimèrent, l’Assemblée générale décida l’adhésion de l’UPJB à la campagne BDS.

Nous tenons à préciser, pour autant que cela soit encore nécessaire, que notre adhésion vise la politique d’occupation et d’expansion israélienne et n’est en aucune manière dirigée contre l’État d’Israël lui-même, dont nous défendons le droit de vivre en paix et en sécurité aux côtés d’un État palestinien indépendant, viable et en sécurité lui aussi.

Elle est par contre bel et bien dirigée contre les responsables politiques et militaires israéliens qui se sont rendus coupables de crimes de guerre et peut-être contre l’Humanité. Notre adhésion à la campagne est aussi dirigée contre les entreprises qui, directement ou indirectement, contribuent à perpétuer l’occupation par leurs relations commerciales avec, ou par leur investissements dans des entreprises israéliennes actives dans la construction du mur et dans la colonisation des Territoires palestiniens occupés. Elle n’est bien sûr pas dirigée contre les Israéliens en tant qu’individus, mais contre les Israéliens qui, dans leur fonction, acceptent de représenter à l’étranger l’État d’Israël ou d’être parrainés par lui et s’en font dès lors, qu’ils le veuillent ou non, les porte-paroles. Même s’il s’agit d’intellectuels, d’universitaires, de réalisateurs ou d’artistes. (…)

Nous avons conscience cependant que certaines des actions menées contre la politique israélienne peuvent avoir un caractère outrancier, voire même antisémite comme cela s’est déjà produit. C’est la raison pour laquelle, si l’UPJB adhère résolument à l’ensemble de la campagne BDS, c’est elle seule et en toute liberté qui décidera des actions qu’elle mènera dans ce cadre, de celles qu’elle mènera de concert avec d’autres associations, de celles auxquelles elle ne s’associera pas et, le cas échéant, de celles qu’elle dénoncera.

Pour en terminer

Nous en terminerons avec ce long panorama des prises de positions de l’UPJB à travers Points Critiques, avec le numéro d’avril 2015 dont la Une était consacrée aux élections israéliennes qui s’étaient tenues au mois de mars précédent et avaient vu la victoire de Binyamin Netanyahou. Deux jours à peine avant l’échéance, celui-ci avait martelé à plusieurs reprises : « Si je suis élu, il n’y aura pas d’État palestinien. » Tout était dit…

Et pour conclure il y avait cette question :
« Reste une question, LA question… Comment vont réagir l’Union européenne et les États-Unis face à ce gouvernement de faucon, et surtout au refus de Netanyahou d’accepter la création d’un État palestinien ?
L’Europe va-t-elle enfin se décider à voter des sanctions, la Belgique va-t-elle enfin reconnaître l’État de Palestine, non plus “au moment opportun”, puisque Netanyahou a écarté cette perspective, mais immédiatement ? »

On connaît malheureusement les réponses à chacune de ces questions.

[Shtetl St-Gilles] «  Le Voyage des Klezmorim » de Aude Weisberger

En présence d’Amit Weisberger

Été 2009, peu après sa création en Bretagne, la fanfare de musique juive d’Europe de l’est (musique klezmer) “Beigale Orkestra” part faire une tournée de découverte en Israël… Des bars de nuit de Tel-Aviv aux milieux religieux orthodoxes de Jérusalem, le passage de cette fanfare klezmer constituée essentiellement de non juifs interroge : la musique appartient-elle au groupe culturel dont elle est issue ? Pourquoi le klezmer est-il si peu connu en Israël ? Quel est le rapport entre la culture yiddish et l’Israël moderne ? A travers les réflexions de Jérôme et d’Amit, co-fondateurs de “Beigale Orkestra”, le film explore le thème de la quête d’identité et de la recherche des sources. Road movie rythmé par des mélodies klezmer et des paysages israéliens, “Le voyage des klezmorim” propose au spectateur de dépasser les clivages identitaires pour s’incliner devant la force universelle de la musique traditionnelle.

 

[Shtetl St-Gilles] Stage Klezmer avec Amit Weisberger

Amit Weisberger est un violoniste, chanteur, comédien et danseur israélien installé en France depuis 2007, et qui s’est rapidement imposé parmi les artistes majeurs de la scène klezmer française. Il se produit dans plusieurs groupes essentiellement klezmer, notamment Beygale Orkestra, Yiddishé Fantazyé Trio, Kabarétalè, Tish, The Belf Project… En parallèle à ses activités scéniques, il est régulièrement sollicité pour enseigner la musique klezmer à l’occasion de stages et festivals en France, en Europe et ailleurs dans le monde (Israël, Amérique).

Le samedi 2 mars de 10h à 17h et le dimanche 3 mars de 10h à 15h30, Amit animera un stage d’orchestration klezmer ouvert à tous les instrumentistes !

Il vous propose de découvrir, par la pratique instrumentale (mais aussi par le chant et la danse) le royaume de la musique klezmer à partir de l’écoute d’archives rares du début du XXe siècle. Vous allez apprendre des thèmes klezmer à la fois typiques et inconnus. A travers quelques Nigounim (mélodies d’origines religieuses, mystiques) et des airs à danser, nous allons aborder le vaste sujet du “style”, particulièrement expressif dans cette musique : ornements, phrasé, variations, accent… avec les instruments présents dans l’atelier nous allons former des petites « Kapelye » (groupe des musiciens klezmer), puis, un grand orchestre, pour comprendre les rôles traditionnels de chaque famille d’instrument (Mélodie, Harmonie, Rythme).

Niveau requis pour le stage : Ce stage s’adresse à des musiciens qui ont une maîtrise correcte de leur instrument (minimum 4 ans de pratique). Il faut être capable d’apprendre un morceau d’oreille (amener vos dictaphones!).

Lieu : Union des Progressistes Juifs de Belgique – Rue de la Victoire, 61 – 1060 Bruxelles

Tarifs : 50€ pour les 2 jours de stage – 40€ tarif réduit (membres UPJB)

Inscriptions et réservation au stage : shtetlstgilles@gmail.com

!!!Attention !!! Le nombre de places pour le stage est limité, ne tardez pas à vous inscrire !

Les paiements peuvent se faire sur place ou sur le compte de l’UPJB :

BE92 0000 7435 2823

Union des Progressistes Juifs de Belgiques

Rue de la Victoire, 61 – 1060 Bruxelles

Communication : Shtetl – Nom et prénom –  stage Amit

Suivez-nous !

Site : www.upjb.be/klezmer-a-bruxelles
Facebook :   www.facebook.com/klezmerbxl

Questions :  shtetlstgilles@gmail.com

Et pour ceux qui ont envie de jouer les prolongations, Amit animera également un stage au très chouette festival Fiddlers on the move, qui se déroulera à Gand du 6 au 8 mars. Ce stage s’adressera plus particulièrement aux violonistes et autres instrumentistes à cordes désireux de travailler la technique spécifique de cet instrument dans le klezmer, l’archet, la manière de jouer les ornements (ça va « krekhtser » !).

Pour plus d’informations : https://decentrale.be/nl/agenda/festival/fiddlers-on-the-move-04/fotm04-workshops-dag-1

Facebook : Fiddlers on the move #4

[Points Critiques n°379] Une flânerie photographique

Il y a 40 ans, ici même, Elie Gross (1947-2003) signait un article qui réunissait 2 photographes : Frédéric Brenner et Léonard Freed qui, l’un et l’autre, venaient de publier un livre consacré au monde juif orthodoxe. Tout en reconnaissant la maestria de ces deux photographes, Elie Gross dénonçait la réduction identitaire du Juif à des attributs distincts, visibles et donc photographiables ; « Des barbes et des payès » avait-il titré son article. En d’autres termes, Juif = Rabbi Jacob. Depuis, il est vrai, cet exotisme a cédé le pas à la crainte du pouvoir réel et exorbitant pris par les religieux… de tous poils…Mais que se passerait-il si on renversait la photo et qu’on lui demandait ce qu’elle nous raconte du photographe, en l’occurrence trois photographes juifs ? Leonard Freed (1929-2006) donc, Robert Frank (1924) et Alain Baczynsky (1953), tous trois actuellement exposés à Bruxelles et à Charleroi.

Leonard Freed, on peut en parcourir une rétrospective au Musée juif de Bruxelles. Engagé dans le monde, adhérent le plus souvent aux causes qu’il photographie – entre autres la lutte pour les Droits Civiques aux Etats-Unis et, en particulier, le combat de Martin Luther King qu’il suit au plus près – Leonard Freed fait le plus souvent corps avec son sujet. Il n’y a pas, comme chez Capa, le souci de la belle image au milieu de la tourmente mais avant tout l’affirmation du témoignage : « J’y étais et j’en étais » !
Leonard Freed a parcouru le monde et la seconde moitié du vingtième siècle avec la même obstination. De sa propre démarche, il dit : « la photographie est la recherche de la vérité par rapport à soi-même ». Paradoxe des images du dehors et de la vérité introspective :
sa quête est constante. Des Juifs de Brooklyn ou de Meah Shearim à la catastrophe minière du Bois du Cazier dans la région de Charleroi, d’Israël de 67 à l’Allemagne occidentale des années 60.
Leonard Freed, un photographe humaniste !

Avant de quitter le Musée juif de Bruxelles pour nous rendre au Musée de la photographie à Charleroi, arrêtons-nous un instant.
La cour du Musée juif est largement tapissée de trois photos extraites du recueil d’Herman Bertiaux paru en 1990 : Bruxelles intime.
Ces photos célèbrent la diversité culturelle bruxelloise. Comment ne pas y voir, dans le sillage d’une exposition précédente « Bruxelles, Terre d’accueil ? », un Manifeste du Musée, une façon de l’inscrire dans les combats d’aujourd’hui, à la suite de l’attentat de mai 2014 ?
Une façon aussi de dire que la culture juive contemporaine ne peut être moderne qu’en se revendiquant cosmopolite. Ce n’est pas rien comme prise de position pour un lieu tenant d’une certaine officialité !

D’avril 1955 à juin 1956, Robert Frank traverse de part en part les États-Unis en voiture, accompagné de sa femme et de ses deux enfants. Le but : une vision des States dont les photos se passeraient littéralement de tout commentaire :
« Je désire réaliser un document contemporain authentique, dont l’impact visuel soit tel qu’il se passe d’un quelconque commentaire ».
Le résultat, Les Américains, un livre de 83 photos (sur les milliers de négatifs engrangés), fut refusé par le magazine Life et publié d’abord à Paris en 1958. Il sera édité par la suite en Amérique avec une préface de Jack Kerouac, l’auteur de Sur la route.

De cet ensemble noir et blanc, c’est une Amérique nimbée de gris qui émerge. Cette grisaille permanente filtre une société de masse désormais rivée à sa voiture et à sa télévision. La vie n’est pas rose au royaume de la Consommation. Tout à coup, devant l’une des 83 photos exposées, on se surprend à dire : « Tiens, cette photo-là est belle ». Et parce que belle dans un sens relativement partagé, sa beauté la rend quasi hors sujet…

Alain Baczynsky est-il photographe ? Ce sont en tout cas des photos qu’il expose sous forme de photomatons sur lesquels il tire une tête chaque fois différente, comme autant de
variations, un autoportrait décliné pendant deux ans, de 1979 à 1981. Il a la belle idée de se tirer le portrait après chacune de ses séances de psychanalyse, fixant à jamais les contours de son âme ombrageuse et versatile. Le format (12,6 X 9,7 cm) des photomatons étant plus grand que l’habituel, cela lui permet d’écrire quelques mots au dos. Résultat, une superbe idée : un journal intime recto/verso où image et mots dialoguent dans l’humeur du moment. Du genre « Je suis juif, ça veut dire quoi ? ».
L’ensemble – 244 clichés – a été acheté par Beaubourg tandis que Kanal en
expose une bonne centaine. C’était au Temps d’avant le selfie…

Leonard Freed, Musée juif de Bruxelles, jusqu’au 17 mars 2019

Robert Frank, Musée de la photographie à Charleroi, jusqu’au 20 janvier 2019

Alain Baczynsky, Kanal, jusqu’au 7 janvier 2019