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[Colloque international] «Résurgences de l’antisémitisme : réalités, fictions, usages»

Colloque international – ULB – 12 et 13 décembre 2018

Les mercredi 12 et jeudi 13 décembre 2018, l’Institut Marcel Liebman organise (avec le soutien du FNRS et de la Faculté de Philosophie et Sciences sociales de l’ULB) un colloque international “Résurgences contemporaines de l’antisémitisme : réalités, fictions usages”. Ce colloque se déroulera à l’Institut de Sociologie de l’ULB.

Plusieurs raisons et faits d’actualités nous ont fait éprouver l’exigence de relancer et d’approfondir la réflexion sur l’antisémitisme en la menant sans œillères suivant trois axes distincts – les faits, les représentations, les stratégies – où cette notion se décline.

Tout d’abord, les événements dramatiques en France, en Belgique et aux États-Unis qui, ces dernières années, ont fait ressortir le caractère meurtrier que peut prendre la haine antisémite toujours présente dans les sociétés européennes. Au-delà de l’indispensable condamnation d’actes et de discours criminels, un débat fait rage autour de leurs interprétations, comme le montre encore la récente polémique en France autour de l’appel contre le « nouvel antisémitisme ».

Ensuite, en Grande-Bretagne, une polémique court depuis des mois : le principal parti de la gauche européenne, le Labour, serait profondément rongé par l’antisémitisme, son leader Jeremy Corbyn, serait lui-même un antisémite invétéré et sous son impulsion le parti est devenu une « organisation institutionnellement raciste ». Les défenseurs de Corbyn dénoncent eux un complot de l’establishment britannique et du gouvernement israélien. La « querelle de l’antisémitisme » est-elle en passe de devenir un enjeu politique majeur dans la vie politique européenne ?

En Belgique, l’octroi par l’ULB des insignes de docteur honoris causa au cinéaste britannique Ken Loach a également déchaîné les passions polémiques.

Ce colloque se veut ainsi proposer une analyse critique des résurgences de l’antisémitisme aujourd’hui, par une série de communications de spécialistes belges et internationaux sur les faits, représentations et usages de l’antisémitisme dans nos sociétés contemporaines, en Europe mais aussi hors Europe. Il s’inscrit pleinement dans la filiation des préoccupations de l’Institut Marcel Liebman. Marcel Liebman a en effet été l’auteur de nombreux articles sur la question, qui ont été rassemblés dans un recueil de textes : Les figures de l’antisémitisme, éditions Aden, 2009, 232p.). L’Institut Marcel Liebman a également organisé une journée d’étude en décembre 2006 sur le thème « Faut-il pénaliser les négationnismes ? ». Cette journée d’étude connut un large succès et donna lieu à l’édition d’un DVD reprenant les interventions et débats de la journée.

 

PROGRAMME

Résurgences de l’antisémitisme : réalités, fictions, usages

Colloque international – ULB – 12 et 13 décembre 2018

(Programme également disponible sur notre site internet : http://www.institut-liebman.be et sur Facebook)

 

Mercredi 12 décembre  

(Salle Henri Janne, Institut de Sociologie, 15ème étage, 44 avenue Jeanne 1050 Ixelles)

  1. Réalités contemporaines de l’antisémitisme

10h00-10h30 : Accueil des participants

Panel 1 (Présidence de séance : Francine Bolle, historienne, ULB)

10h30-11h00 : L’alt-right, l’antisémitisme et l’extrême droite française. Une mise au point – Stéphane François (docteur en science politique, GSRL – EPHE/CNRS)

11h00-11h30 : Antisémitisme à gauche – Michel Dreyfus (directeur de recherche CNRS au Centre d’Histoire sociale du XXème siècle, Université Paris I)

11h30-12h00 : Discussion avec la salle

12h00-13h30 : Pause déjeuner

Panel 2

13h30-14h00 : L’antisémitisme dans le monde arabe – Gilbert Achcar (professeur à SOAS, Université de Londres)

14h00-14h30 : Facing up to antisemitism – real, denied and invented : a view from Britain – David Rosenberg (writer, educator and tour guide of London’s radical history. Author of Battle for the East End (2011) and Rebel Footprints (2015), National Committee member, Jewish Socialists’ Group)

14h30-15h00 : Discussion avec la salle

15h00-15h30 Pause-café

Table ronde-débat animée par Aude Merlin (ULB) autour de l’affaire Ken Loach 

15h30-17h00 : avec Vincent Engel (professeur de littérature contemporaine à l’UCL, auteur et chroniqueur), Jean Vogel (président de l’Institut Marcel Liebman) et Nicolas Zomersztajn (rédacteur en chef de Regards, revue du Centre communautaire laïc juif).

 

Jeudi 13 décembre 

(Salle Dupréel, Institut de Sociologie, 2ème étage, 44 avenue Jeanne 1050 Ixelles)

  1. Fictions passées et contemporaines autour de l’antisémitisme

9h30-9h45 : Accueil des participants

Panel 3

9h45-10h15 : Le conflit israélo-palestinien : antisémitisme ou antagonismes coloniaux et nationaux – Daniel Blatman (à confirmer)

10h15-10h45 : Répression et criminalisation de la solidarité avec la Palestine : la persécution du BDS en France – Alain Gresh (ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, fondateur du journal en ligne Orient XXI)

10h45-11h00 : Pause-café

11h00-11h30 : Still fighting the Zionist Machia-villains : continuities of anti-Semitic defenses of good capitalism from bad – Marcel Stoetzler (Senior Lecturer in Sociology, Bangor University, Royaume-Uni)

11h30-12h15 : Discussion-débat avec la salle (exposés de la matinée)

12h15-13h15 : Pause déjeuner

III. Usages contemporains de la référence à l’antisémitisme

Panel 4 (Présidence de séance : France Blanmailland, avocate au Barreau de Bruxelles)

13h15-13h45 : Définir l’antisémitisme pour verrouiller la pensée ? – Jacques Aron (professeur honoraire, auteur de nombreux essais sur la condition juive dans l’Europe moderne)

13h45-14h15 : La définition de l’antisémitisme de l’IHRA : une menace pour la liberté d’expression ? – François Dubuisson (Centre de droit international, ULB)

14h15-14h45 : À quoi sert la dénonciation du « nouvel antisémitisme » ? – Esther Benbassa (sénatrice écologiste de Paris, directrice d’études à l’EPHE – Sorbonne)

14h45-15h : Pause-café

15h00-15h30 : Weaponising Antisemitism : The Campaign Against Corbynism – Jamie Stern-Weiner (doctorant, Université d’Oxford)

15h30-16h15 : Discussion avec la salle (exposés de l’après-midi)

Table ronde-débat animée par Mateo Alaluf (sociologue, ULB) sur « Les réalités contemporaines de l’antisémitisme en Belgique » : 16h30-18h00 : avec Patrick Charlier (co-directeur d’Unia), Mark Elchardus (sociologue, VUB), Andrea Rea (sociologue, ULB), Muriel Sacco (sociologue, ULB) et Simone Susskind (sociologue, sénatrice et députée bruxelloise).

 

Entrée libre

institut.liebman@ulb.ac.be – +32 2 650.33.86

Avec le soutien du FNRS et de la Faculté de Philosophie et Sciences sociales de l’Université libre de Bruxelles

[Conférence chantée] Clôture artistique de la saison du Club avec Henri Goldman et Gérard Weissenstein, Ludo Ghyoot (basse) et Igor Maury (guitare)

À partir des années 30, des rythmes et des sonorités d’outre atlantique (swing, blues, jazz) se sont infiltrés dans la chanson française. Les plus grands ont été touchés : Piaf, Trenet, Montand, Brassens, Salvador, Gainsbourg, Nougaro… Le résultat a donné des hybrides intéressants, qui ont mêlé le jazz et la java. 

[Conférence] Travailleur social à Molenbeek. Rencontre avec Vital Marage

Titulaire d’un master en anthropologie de l’ULB, Vital Marage travaille depuis 8 ans au sein du service prévention d’Anderlecht, comme coordinateur des Travailleurs Sociaux de Rue avant de créer la cellule “relations interculturelles et primo-arrivants” puis un service de “médiation interculturelle” pour les primo-arrivants Anderlechtois.

Cureghem, “quartier de transit” pour primo-arrivants est son “terrain” de prédilection et la “porte d’entrée” sur Bruxelles pour migrants des 5 continents (128 nationalités en 2018). C’est un laboratoire du vivre-ensemble, avec ses atouts mais aussi ses difficultés. C’est un bon exemple de ce que la Ville peut produire dans une société mondialisée au 21ème siècle. Il est un “hub” économique entre les pays du Nord et du Sud et a développé des spécificités uniques au monde. Toutes les vagues d’immigration qui forment aujourd’hui la société belge sont passées par ce petit bout de terre de 2km carrés enclavés entre la gare du midi, le canal et la petite ceinture. 

[Conférence] « La brigade des papiers, di papirènè brigadè » , genèse d’un documentaire. Avec Bernard Suchecky, historien

Bernard Suchecky, historien, viendra nous parler de la genèse du film documentaire « La brigade des papiers/Di papirènè brigadè », réalisé par Diane Perelsztein, dont il est co-auteur et conseiller historique.

Ce film passé en mars à la RTBF, relate la destruction, la spoliation, le sauvetage clandestin et la restauration des trésors culturels juifs de Vilna/Vilnius, de 1941 à 2018.

Pour le débat, voici la question qu’il pose :« Certes nous avons les livres – mais qui va les lire ? Quel(s) rôle(s) jouent-ils encore / peuvent-ils encore jouer, dans la transmission d’une identité juive (laquelle ?) bien malmenée par la “modernité, l’intégration, la normalisation et l’homogénéisation des identités particulières, dans nos sociétés ? »

[Projection] : « Les enfants de Denouval » film documentaire de Sylvia Aubertin

Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux enfants juifs orphelins ont été accueillis en France dans des Maisons d’enfants. Le Manoir de Denouval, à Andrésy, fut l’une d’elles. Les anciens enfants de Denouval se souviennent de leur séjour comme d’une étape marquante de leur vie. Donnant la parole à plusieurs témoins, anciens de ces foyers, le film révélera cette extraordinaire expérience de vie. 

En présence de la réalisatrice Sylvia Aubertin et du témoin Benjamine Gerbal, que certains ont connu à la colo de Solidarité à Middelkerke en 1953.

[Conférence] « Marka Syfer, l’homme derrière l’enfant caché »

L’auteur viendra nous parler de son livre, il sera interviewé par Jackie Schiffmann qui l’a eu connu moniteur dans les colonies de Solidarité Juive, début des années 50 : « Je fus un enfant caché. J’ai dû me taire et apprendre à dissimuler si pas à mentir. Certains évènements que j’ai vus ou vécus, je refuse qu’ils se reproduisent par ignorance. D’autres nobles et généreux, j’aimerais qu’en les racontant, ils se répètent ».

[Conférence-débat] La république des enfants de Malakhovka

Vendredi 9 novembre à 20h15

avec Daniela Mantovan

Malakhovka est un village de la banlieue moscovite, dans les années ’20, une expérience pédagogique révolutionnaire y prend place en yiddish. Baruch Schvartsman avait dirigé une école yiddish non religieuse près de Kiev avant la première guerre mondiale. Il rejoint le parti bolchévik après la révolution d’octobre. Malakhovka héberge une colonie d’orphelins rescapés des pogromes qui ont ensanglanté l’Ukraine pendant la guerre civile. En novembre 1919, la nouvelle colonie démarre dans quatre baraques en bois. Moscou était encore sous la menace par les armées blanches. Schvartsman impulse une pédagogie nouvelle, émancipatrice. Les enfants sont associés aux décisions, ils cultivent la terre, ils prennent en charge les nouveaux arrivants. De nombreux artistes et écrivains juifs viennent créer avec eux. On retrouvera à Malakhovka : Marc et Bella Chagall, Der Nister, le musicologue Moyshe Beregovsky, le poète Dovid Hofshteyn. L’école est un lieu foisonnant d’initiatives pendant les années ’20. Ensuite, la réaction stalinienne impose un retour à l’ordre. Dès le début des années ’30, la pédagogie émancipatrice est progressivement abandonnée. Schvartsman disparaît pendant les purges de 1937-1938. L’école est fermée peu avant la deuxième guerre mondiale comme la plupart des autres institutions yiddish en Union soviétique.

Daniela Mantovan est une universitaire italienne, spécialiste de la culture yiddish. Elle a traduit en italien des récits de Der Nister sur qui elle a écrit sa thèse. Elle enseigne actuellement la langue et la littérature yiddish à l’Université de Heidelberg. Elle s’occupe également d’un projet ambitieux de digitalisation de la revue Sovietish Heymland, l’unique revue littéraire et culturelle yiddish autorisée en Union soviétique entre 1961 et 1991.

[Conférence-débat] Michel Warschawski: “Israël : chronique d’une catastrophe annoncée… et peut-être évitable”

Michel Warschawski, fondateur de l’Alternative Information Center, journaliste, écrivain et inlassable militant de la lutte anticolonialiste, est un ami de longue date de l’UPJB.

Il sera de nôtres le jeudi 8 novembre pour nous parler de son dernier ouvrage «Israël : chronique d’une catastrophe annoncée… et peut-être évitable», préfacé par Jean Ziegler.

L’installation à Jérusalem annexée de l’ambassade des États-Unis, la féroce répression à Gaza de la «marche du retour», la poursuite au pas de charge de la colonisation, le vote de la loi fondamentale faisant d’Israël l’État de la nation juive sont autant de signes alarmants. Cette évolution du régime israélien d’extrême droite, nous dit Michel Warschawski, est une dangereuse impasse pour le peuple juif israélien lui-même.

La catastrophe est-elle réellement inévitable ? C’est la question à laquelle Michel tentera de répondre.

PAF : 6 euros, 4 euros pour les membres et 2 euros (tarif réduit)

[Conférence] « L’humour juif, le sacré sous le profane » ou les rapports subtils de l’humour juif avec la Torah, avec Thomas Gergely

Romaniste de formation, Thomas Gergely est Professeur de l’Université Libre de Bruxelles et directeur de l’Institut d’Etudes du Judaïsme (IEJ), auprès de l’ULB, où il enseigne l’histoire et la culture juive. Ses travaux, livres et articles, traitent de rhétorique, de stylistique, d’histoire juive, de philosophie religieuse et envisagent régulièrement les rapports du judaïsme avec le monde occidental chrétien.      

[Actualité ] Pittsburgh : l’antisémitisme “blanc” n’a pas disparu

11 morts et 6 blessés dans une synagogue du fait d’un tueur WASP (White Anglo-Saxon Protestant), surgi du cœur de l’Amérique profonde, celle qui a voté Trump…

Depuis des années, nous vivions dans une illusion : comme l’extrême droite était devenue islamophobe, comme, selon l’adage, “les ennemis de mes ennemis sont mes amis”, elle aurait cessé d’être antisémite. Pour s’occuper des Arabes comme il convient à leurs yeux, Netanyahou faisait très bien le job. Pour les Dewinter, Wilders et autres Le Pen (fille), mieux valait mettre son antisémitisme en sourdine.

Dans la douce torpeur de l’Europe démocratique, on pouvait imaginer que le vieil antisémitisme avait disparu. L’Occident avait rapatrié les Juifs dans la « civilisation judéo-chrétienne », une fiction qui n’a jamais existé. On se persuadait que le seul danger qui menaçait les Juifs, ceux de la diaspora comme ceux d’Israël, venait du terrorisme islamique et, plus largement, de “l’islam”. Quelques crimes odieux (Toulouse, Hyper Cacher, musée juif de Bruxelles) accréditaient cette thèse.

Ouvrons les yeux. En Europe de l’Est, et notamment en Pologne et en Hongrie, les nouveaux nationalismes identitaires ne font pas le détail. Leur xénophobie vise indistinctement les nouveaux migrants et les seules minorités qu’ils ont jamais connues sur leur sol : les Juifs et les Tziganes. Le pas de deux entamé par Netanyahou avec le hongrois Orban et le polonais Kaczynski montre que, quand il s’agit de défendre le “privilège blanc” en Europe ou le “privilège juif” en Israël/Palestine, certains sionistes peuvent très bien s’entendre avec des antisémites.

L’attentat de Pittsburgh confirme que la lutte contre l’antisémitisme est une bataille permanente. Rien n’est jamais gagné. Outre Atlantique, Trump a libéré la parole des bas-fonds. Demain ce sera le Brésil. En Europe, la gangrène a gagné la Grèce (Aube dorée) et l’Italie commence à être contaminée.

Pour mener cette bataille, les Juifs ne peuvent pas se prêter à la manœuvre de politiciens qui, tels Manuel Valls en France ou Bart De Wever en Belgique, veulent les opposer à d’autres minorités particulièrement discriminées. Ils doivent se distancier avec éclat des néoconservateurs au pouvoir à Jérusalem qui pactisent ouvertement avec des dirigeants européens à la mémoire courte, voire franchement racistes. C’est avec ces autres minorités qu’il s’agit de faire bloc.

Contre le racisme : Juifs, Musulmans, Afrodescendants, Roms, même combat.