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[Théâtre musical] « Ce qui marche, c’est la promenade »

Une pièce (en)chantée interprétée par des comédien·ne·s de l’UPJB et de la troupe du CPAS de St-Gilles.

Un cybercafé, là où se croisent des visages longs ou ramassés, pâles ou hâlés, sans âges ou fatigués, lieu des voyages immobiles. La pièce commence avec ces va-et-vient, avec ce passé qui parfois ne passe pas, avec la lueur d’hier qui éclaire demain. Et l’on rit. L’on attend.
Et l’on chante. Et l’on saute de Babel aux Bas-Fonds, avec ici et là, une mer à traverser…
Et l’on marche, pour voir ce qui marche. Et ce qui marche ? Entre Saint-Gilles et Dakar, entre Malines et Moscou, Pékin, Gibraltar, Ouagadougou, Liège par hasard, ce qui marche, sans doute… c’est la promenade.

Équipe artistique
Pour accompagner la quinzaine de comédien·ne·s amateur·e·s , la production du spectacle a fait appel à une équipe professionnelle avec : Serge Kribus à l’écriture des textes sur un élan d’Elias Preszow, Noémi Tiberghien à la mise en scène ; NP à la composition de musiques originales et Miko Bukowski pour en réaliser les arrangements, diriger les comédien·ne·s chanteur·se·s et composer les musiques de plateau.

Une coproduction de l’UPJB et du CCJF
Avec le soutien de la COCOF, de la Commune de St-Gilles, du CPAS de St-Gilles et de la Cité des jeunes.

 

Pour les réservations, c’est sur le site du Jacques Franck !

Un Shtetl Tango ?

Suite au succès de la première édition du festival klezmer Shtetl Saint-Gilles / Sint-Gillis, Joanna Blumberg Britton et moi avons décidé de nous relancer dans l’aventure, en nous entourant de 5 comparses venus rejoindre l’équipe d’organisation bénévole, Ariane Cohen-Adad, Rafael Núñez Velázquez, Shaoni Smeets, Ann Boeckx et Jean-Joseph Remacle, toujours en partenariat avec l’Union des Progressistes Juifs de Belgique.

L’une des missions que l’équipe se donne à travers la mise en place du festival est de rendre accessible une transmission vivante de la culture juive ashkénaze, dans une logique d’ouverture et de rencontre d’autres cultures. En 2018, nous avions mis en valeur la rencontre du klezmer et de la musique traditionnelle roumaine, un vent des Carpates s’étant glissé dans notre petit shtetl grâce à la présence de Mihai Trestian et Marine Goldwaser, membres du Mish Mash [1]. Leurs douces mélodies ont résonné à travers leur enseignement (animation d’ateliers) et dans les oreilles de celles et ceux qui ont pu assister à leur concert en duo à l’UPJB.

Pour sa deuxième édition, le Shtetl continuera bien sûr à mettre en valeur la culture yiddish et le klezmer, tout en se laissant bercer par des tonalités argentines cette fois, puisque la thématique du festival tournera autour du tango yiddish.

Mais pourquoi s’être dirigés vers cette association de styles et en quoi consiste au juste le tango yiddish ?

Ce n’est plus un secret, je suis passionnée du tango depuis longtemps et j’enseigne cette danse traditionnelle dans une école belgo-argentine, Nosotros Tango. Une belle occasion donc de faire se rencontrer deux passions, qui ne sont pas aussi étrangères l’une de l’autre que cela puisse paraître. Le voyage suivant, vers l’Amérique latine, puis vers l’Europe du début du vingtième siècle amènera à mettre en lumière cette rencontre inédite.

En effet, le tango a une histoire de diaspora inspirante. La danse créée et le style musical qui l’a accompagné sont nés à la fin du dix-neuvième siècle, dans le berceau du Rio de La Plata, entre Buenos Aires et Montevideo, deux villes portuaires accueillant de très nombreux·ses migrant·e·s. Celleux-ci s’étaient exilé·e·s à la recherche d’une vie meilleure, mais aussi pour fuir la montée du fascisme en Europe.

Le tango, ce nouveau genre musical populaire, fut le fruit d’une rencontre, d’un mélange, entre des artistes venus d’horizons aussi variés que l’Italie, l’Espagne, la France, la Pologne, la Russie ou la Roumanie, mais aussi avec une inspiration afro-argentine liée à l’histoire de l’esclavage, qui a donné naissance au rythme de la milonga. Ces artistes se retrouvaient dans des lieux de mauvaise réputation, où elles et ils cherchaient à surmonter leurs peurs, la mélancolie, le désespoir, mais aussi à gagner leur vie. Des pas sensuels, une nouvelle manière de se tenir dans les bras, el abrazo, ont vu le jour et ont permis aux danseur·se·s de se connecter entre elleux et avec la musique de façon inédite.

Parmi la multitude de musiciens, compositeurs et danseurs qui ont participé à la création de ce nouveau style, empli d’intensité et de nostalgie, des centaines étaient juifs et y ont apporté quelques épices liées à leurs origines. De fait, les vagues de migration du début du vingtième siècle ont fait de Buenos Aires la ville comportant la plus grande communauté juive après New York. Parmi ces artistes, l’on peut citer le violoniste virtuose Raúl Kaplún (dont le prénom était au départ Israel), qui a dirigé son propre orchestre et a apporté une touche klezmer au tango ; le bandonéoniste Arturo Bernstein (« l’Allemand ») qui a créé sa propre école de bandonéon, le danseur Maurico Seifert, ou encore Szymsia Bajour (Tito Simón), violoniste et compositeur dans l’orchestre de Carlos Di Sarli, l’un des orchestres les plus renommés du tango argentin.

La contribution juive s’étend également à l’écrit, puisque des auteurs tels que Abraham Szewach et Jeremia Ciganeri ont écrit des paroles de tango aussi bien en espagnol qu’en yiddish, grandement appréciées par la communauté dans laquelle se développait une littérature et une culture théâtrale yiddish.

Les valeurs liées au tango (bohème, liberté, romantisme, détachement) ont permis que ces artistes juifs prennent place dans la communauté artistique de leur pays d’accueil sans subir l’antisémitisme montant. Malgré ce que suggère le pacte implicite de dissimulation de ses origines que l’on constate au sein de cette communauté artistique – notamment à travers un changement de nom pour la scène – être juif ne constituait pas un obstacle à se construire une carrière dans le milieu du tango. Julio Nudler (1998) décrit les questions présentes au sein de cette communauté immigrée, qui font échos à nos questions sociétales actuelles : comment trouver sa place dans ce nouveau lieu ? Comment ne pas perdre son identité, ses valeurs, tout en se créant une place dans une autre société ? Le développement d’une carrière artistique dans le tango allait parfois de pair avec une prise de distance avec le milieu familial, dans lequel il existait souvent une pression à quitter cet univers de la nuit considéré comme plein de vices. Nombreux politiciens cherchaient également à censurer les paroles de tango et tout ce qui touchait au lunfardo [2] (qui a d’ailleurs intégré certains termes à connotation yiddish), qui ne correspondaient pas aux valeurs morales ambiantes. Pourtant, malgré ces multiples écueils, ce nouveau genre, par sa puissance et sa poésie, s’est frayé un chemin en marge du politiquement correct pour devenir à partir des années 1910 l’une des musiques populaires les plus appréciées au monde.

Dans cette époque dite de la vieille garde, pendant laquelle le tango s’est intégré plus amplement dans la société argentine, très vite, il a voyagé et a rencontré un succès dans les quatre coins du monde, de Berlin à New York en passant par Paris. En Pologne, dès 1910, une quantité importante de tangos ont été écrits, tant en polonais qu’en yiddish, avec un style plus ou moins éloigné de ses origines latines.

La culture s’articulant avec le contexte sociétal dans lequel elle prend place, beaucoup de ces tangos sont des chants de résistance, de douleur et d’espoir, rédigés dans l’entre-deux guerres ainsi que pendant la seconde guerre mondiale, dans les ghettos, puis dans les camps de concentration. Dans ces contextes mortifères et déshumanisants, la danse, le chant et la poésie constituaient des formes de survie, de résistance et d’espoir en la liberté, des outils pour entretenir la solidarité (Czakis, 2003). Quelques noms à retenir : Zygmunt Bialostocki, Dovid Beygelman, Jerzy Petersburski, Arcadi Flato ou encore Henryk Gold.

Le tango comporte une part sombre, certains artistes partisans des idées fascistes, tels que Eduardo Bianco, ayant participé à le faire apprécier dans l’Allemagne nazie. Le fameux tango Plegaria écrit en 1929 et rebaptisé « el tango de la muerte » fut utilisé par les Nazis qui forcèrent les musiciens présents dans les camps, les lagernkapellen, à le jouer pendant les tortures, exécutions et déplacements vers les chambres à gaz. Cette ambiance macabre a été reprise dans le poème roumain Tangoul Mortii écrit en 1947 par Paul Celan.

De nombreux·ses auteur·rice·s, artistes et historien·ne·s se questionnent sur ce qui rassemble le klezmer et le tango, ce qui fait leur terreau commun. Peut-être est-ce à chercher du côté de l’expression des émotions des peuples qui les ont créés et interprétés, confrontés aux réalités de l’exil, à la mélancolie et à la nostalgie du pays d’origine, qui ont réussi à les transformer en une dimension créatrice et résiliente ? Mais aussi du côté de la dimension orale de la transmission qui caractérise ces deux styles populaires et qui font la base de toute la créativité qu’ils comportent ?  Quelque chose de profondément puissant et touchant s’y retrouve, un sens du drame traité avec poésie et humour, qui met en scène la condition humaine sous toutes ses coutures.

Le Shtetl Tango, qui se prépare à ouvrir ses portes, sera donc l’occasion d’interroger cette rencontre insolite, de partir à la découverte de cet univers méconnu du tango yiddish, mais aussi d’ouvrir au dialogue avec les échos que cela peut susciter en chacun·e de nous, en nous mettant à l’écoute de notre part d’altérité subjective. Nous nourrissons la confiance dans le fait que si nous nous laissons inspirer par les innombrables richesses de notre société multiculturelle et cherchons une acceptation et une rencontre mutuelle, la migration et l’interaction entre les peuples pourront continuer à être les synonymes de création culturelle et sociétale innovante.

 

Quelques références pour aller plus loin :

Livre :

– Julio Nudler (1998), Tango judio : del ghetto à la milonga, Editorial Sudamericana

Article :

–  Lloica Czaczis (2003), Tangele : The history of Yiddish tango, Jewish Quarterly

Poème :

– Paul Celan (1947), Tangoul Mortii :

https://www.celan-projekt.de/todesfuge-rumaenisch.html

Films :

Tango, una historia con judios (2009), documentaire réalisé par Gabriel Pomeraniec d’après un livre de José Judkovski :

Tango negro, the african roots of tango (2013), de Dom Pedro:

 

Quelques tangos à écouter :

– Raúl Kaplún, Tierra querida :

– Arturo Bernstein, El Apache Porteño :

– Les frères Rubinstein, Asi se baile el tango, interprété par Alberto Castillo :

– Szymsia Bajour interprétant Todo Corazon dans l’orchestre de Carlos Di Sarli :

Elegante Paprisu, de Bernardo Alemany y su orquesta tipica :

– Orchestre conduit par Henryk Gold :

Rivkele, écrit par Zygmund Bialostocki et interprété par Olga Avigail & Tango Attack :

Friling, un tango de ghetto d’après le poème de Shmerke Kaczerginsky :

– Tango of Auschwitz, interprété par Lloica Czackis :

Zwei Schwartze Oygn de Jacob Sandler :

Plegaria, le tango écrit par Eduardo Bianco, rebaptisé « el tango de la muerte » :

–  Harts Mayns :

 

 

[1] http://mishmashetcompagnie.com/
[2] Le lunfardo est un argot né dans ce contexte socioculturel d’immigration importante. Il est considéré comme la langue du tango, colorant les paroles de nombreux morceaux. Progressivement, certains termes du lunfardo ont été intégrés à l’espagnol argentin et uruguayen courant.

[Points Critiques n°385] S.O.S solidarités

Philippe Mercenier court partout, difficile de l’attraper pour une interview. Et quand enfin le moment est venu, le temps est compté. Ce jour-là, comme chaque mois, l’animateur du Collectif wallon de solidarité avec les migrants est au Parc Maximilien à Bruxelles avec Marthe, Dominique, Moussa et Meriem. Reportage.

Sur la grande pelouse détrempée, leur camionnette est là, bourrée de dons ou de matériel acheté via leur compte Decathlon. Une autre équipe ira à Calais et dans d’autres structures de Wallonie avec des fruits et des légumes. Né à Amay, basé à Liège, Philippe ne s’arrête pas, apporte paires de chaussures aux SDF et aux réfugiés, demandeurs d’asile ou pas. Il ne fait pas de différence, la détresse et l’exclusion n’ont pas de statut administratif. Le café avalé, quelques mots échangés, je le suis vers le parc. Meriem, cette Bruxelloise bénévole qui cuisine et distribue chaque soir un repas chaud à plus de 600 réfugiés est sur place : thé chaud, gaufres, mouchoirs en papiers, boîtes de sardines pour commencer, et vêtements, produits de soin, chaussures l’après-midi. Les réseaux de solidarité sont complémentaires.

La révolte contre l’injustice, Philipe l’avait déjà au lycée. Il a fondé un syndicat, il rêvait de devenir délégué syndical. Il a étudié les travaux publics, exercé plusieurs métiers, principalement dans la pub. « A 18 ans, j’ai écrit à Médecins du monde, j’étais très touché par la situation dans le tiers-monde. La grosse injustice, c’est là qu’elle est ». En 2016, avec quelques copains il part avec un camion chargé d’une tonne d’oranges pour les exilés de Calais. Il crée le Collectif wallon d’aide aux migrants, également appelé Collectif d’aide aux sans-abris avec ou sans papiers. Depuis, avec une dizaine d’amis hyper motivés, il coordonne récoltes et distributions. « Christine Mahy Hergot du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté est venue avec nous à Calais Elle apprécie ce qu’on fait ». « On accepte les dons en nature, pas  en argent ». Le collectif a aussi un compte chez Decathlon, où chacun peut acheter et payer (*). Le Collectif est un maillon très actif entre les donateurs et les sans-abris. Il est resté une association de fait, pas le temps pour toutes les démarches liées à un statut d’asbl, pas l’envie non plus d’avoir à gérer de l’argent.

« D’un point de vue policier, le démantèlement de la « jungle » de Calais a bien fonctionné » souffle-t-il mi-amer mi-sarcastique. « Ce qui explique qu’on retrouve nombre de réfugiés le long des autoroutes wallonnes ou au Parc Maximilien. Les besoins sont multiples. On arrose les campements et collectifs avec tout ce qu’on récolte ».

La solidarité, comme un maillot à pois

Il compare la solidarité au maillot à pois rouges du meilleur grimpeur au tour de France. Des pois rouges apparaissent et disparaissent précise sa camarade Marthe « Certains font une seule récolte de vivres, de tentes, de chaussures etc… d’autres deviennent plus réguliers et s’autoorganisent comme de collectif d’Arlon de sardines pour les migrants.
De nouveaux donateurs apparaissent. Le mouvement de solidarité s’étend-il ou s’épuise-t-il ? Philippe lâche : « On commémore beaucoup ces jours-ci les morts d’Auschwitz et des camps nazis. Je voudrais moi qu’on commémore aussi toutes les victimes des autres atrocités perpétrées depuis la fin de la guerre, les morts du Rwanda, les noyés en Méditerranée… Oui, ce maillot de la solidarité existe, mais ce sont toujours un peu les mêmes. Et il y a quand même trois millions de Flamands qui ont voté pour l’extrême-droite. »

Le Collectif wallon d’aide aux migrants est désormais connu comme un point de centralisation des dons : « On organise des évènements, ventes de dessins, concours de belote, je vais parler aux futurs assistants sociaux, dans les écoles. Bientôt j’ai rendez-vous avec des pensionnés ».

Les deux grands thermos sont vides, Meriem et moi on parle des visages connus, hébergés à la Porte d’Ulysse, et des nouveaux venus. Elle est stricte, pas question de faire la file n’importe comment, « je travaille je travaille ! » assène -t-elle. Il y a encore des biscuits, et plein de sardines. Philippe et Marthe vont en distribuer aux petits groupes de gars rassemblés sous les arbres. C’est surtout l’occasion de parler, de faire connaissance, d’avoir des nouvelles de Calais où les campements réapparaissent sitôt dispersés.

N’attendez pas de Philippe qu’il s’apitoie bruyamment sur les réfugiés ou qu’il s’enorgueillisse de son geste. Pas son genre. Mais il croise une copine de son petit-fils, fait une photo et me la montre : « Tout ça, c’est pour eux qu’on le fait. Pour leur montrer l’exemple ». Et sur son mur Facebook, son outil de travail, il écrira quelques heures plus tard : « À chaque fois c’est pareil, il faut des heures avant de poser des mots sur l’innommable, comment expliquer à des enfants, qu’en 2020, des adultes distribuent en rue des calebars à d’autres adultes, comment expliquer que des adultes distribuent en rue de la nourriture, de l’eau ou de quoi se vêtir (…) Victimes dans leur pays, victimes chez nous !
(…) Pourquoi ? Pourquoi notre accueil est-il si misérable ? Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ? Qui va trier ? Qui va décider qui meurt ou pas ? Qui ? »

« Qu’attends-tu des politiques à court, moyen et long terme ? – Ça, c’est La seule question importante… ». Avant de le quitter je la lui repose, il me remballe à nouveau.
« Tu te rends compte de la question que tu me poses ! ? ! Il me faudrait trois heures pour répondre… ». Comme tous les militants des luttes contre l’exclusion raciste et sociale, il est dans l’urgence humanitaire absolue. Urgence qui peut mener à l’épuisement.
Le combat des distributeurs de petits pansements d’humanité est acharné, parfois désespérant, autant que fondateur d’un monde meilleur.

(*) Pour info: nikellle@hotmail.com et mot de passe 500Réfugiés

[Points Critiques n°385] L’ADN antiraciste de l’UPJB

L’aujourd’hui de l’UPJB plonge dans un passé de près d’un siècle. Ceux et celles qui allaient fonder l’organisation basée au 61 rue de la Victoire à Saint-Gilles sont arrivés en Belgique dans l’Entre-deux-guerres, fuyant l’antisémitisme et la misère qui sévissaient dans leur pays de naissance : Pologne, Roumanie, Lituanie, Ukraine, Hongrie… Survolons cette histoire, en quatre séquences.

Séquence 1

L’antisémitisme et la misère, pas l’un sans l’autre. Pour les fondateurs et fondatrices de cette maison, la lutte contre l’antisémitisme était inséparable de la question sociale. Quand, après la Libération, toute une communauté d’ouvriers et d’artisans fut aspirée dans l’ascension sociale de cette période exceptionnelle de prospérité qu’on appela les Trente Glorieuses, elle n’oublia pas d’où elle venait. L’antisémitisme semblait alors en recul mais d’autres personnes d’origine immigrée allaient prendre la place des Juifs/ves comme boucs émissaires de la société, en occupant les étages inférieurs d’une hiérarchie raciale qui se superposait à une hiérarchie sociale. D’abord les Congolais, traités comme du bétail dans la colonie et exhibés dans un zoo humain lors de l’exposition universelle de 1958. Ensuite les migrants du travail importés du Maroc et de Turquie avec leurs familles à partir de 1965 pour occuper les emplois dont les Belges ne voulaient plus. Comme les familles juives avant elles, elles avaient emporté dans leurs bagages une religion et des traditions différentes, rendant plus visible la différence ethnoculturelle avec la population d’accueil. C’est pourquoi, alors que la communauté juive se reconstruisait en profitant d’une prospérité à laquelle elle n’était pas habituée, ce sont des femmes et des hommes de la minorité progressiste de cette communauté qui furent à la base de la création du Mrax (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie), comme Yvonne Jospa et Léon Griner. La présence de membres de Solidarité juive, puis de l’UPJB, dans le conseil d’administration et l’assemblée générale de cette association fut constante, dont notamment Henri Lieberman, un ancien président de l’UPJB.

Séquence 2

Dans les années 1990, une autre cause va mobiliser l’ADN antiraciste de l’UPJB. Les frontières se sont fermées en 1975 aux migrations de travail. Mais la migration ne s’est pas arrêtée. En Afrique, les catastrophes naturelles et le mal-développement poussent vers l’Europe des milliers de jeunes femmes et hommes. Ils et elles viennent grossir une population de résidents clandestins. Souvent, on les arrête, on les place dans des prisons spéciales appelées « centres fermés », puis on les expulse. Des membres de l’UPJB seront très actifs dans la mise sur pied du Collectif contre les expulsions qui s’opposait, y compris physiquement, à l’embarquement dans des avions de personnes dont la Belgique officielle ne voulait pas sur son sol.

L’une d’entre elle fut la Nigériane Semira Adamu, qui trouva la mort le 22 septembre 1998, étouffée en vol à l’aide d’un coussin par deux policiers belges. Elle venait d’avoir 20 ans. Dans l’hommage interconvictionnel qui lui fut rendu à la cathédrale Saint-Michel, le plus émouvant discours fut prononcé par Léon Liebmann, Juif croyant et membre de l’UPJB.

Le nom de Semira Adamu fut donné à une section de l’UPJB jeunes. Et la solidarité avec les migrants, les sans-papiers et les demandeurs d’asile reste jusqu’à aujourd’hui un engagement majeur de l’UPJB, dont plusieurs membres se sont investis dans la Plateforme citoyenne et dans l’hébergement de migrants.

Séquence 3

L’immigration ne s’est jamais arrêtée, mais les premiers migrants des années 1960 ont fait souche. On est aujourd’hui déjà à la quatrième génération. Bruxelles est devenue la ville la plus cosmopolite d’Europe, puisque 56 % des Bruxellois sont étrangers ou nés étrangers. Cette nouvelle population, principalement de culture musulmane, est aujourd’hui de nationalité belge. Ils et elles sont né·e·s ici, parlent nos langues nationales, mais sont toujours victimes de discriminations fondées d’abord sur leur origine, puis sur leur religion. Et, singulièrement, pour les femmes qui le portent, à cause de leur foulard.

Ce bout de tissu va diviser la gauche et le mouvement antiraciste. À l’UPJB, on va se déclarer solidaire des femmes musulmanes qui portent le foulard et sont pour cette raison exclues de l’emploi et de la formation. Ici, nous avons partagé l’engagement de Thérèse Mangot, présidente du Mrax, Juive athée disparue en 2006, qui n’était pas membre de l’UPJB mais qui était notre amie.

Puis vint le 11 septembre 2001. Symboliquement, c’est à partir de cette date que « l’islam » a remplacé l’Union soviétique comme incarnation du mal absolu. La guerre des civilisations pronostiquée par George W. Bush transformera chaque Musulman·e en agent possible du djihadisme. De Ben Laden à Daesh, les Brigades rouges de l’islamisme feront trembler le monde. Elles commettront des crimes antisémites aveugles, dont celui perpétré au Musée juif de Bruxelles le 24 mai 2014. En même temps, la droite et l’extrême droite arrivent au pouvoir en Israël qui accentue sa politique de répression et de colonisation. Sale temps pour ceux et celles qui souhaitent mener de front la lutte contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie. Entre les Juifs et les Musulmans, le fossé n’a jamais semblé si grand.

Séquence 4

Mais la séquence que nous sommes en train de vivre change une nouvelle fois la donne. Les attentats antisémites ont repris. Ils ne sont plus commis par des islamistes, mais bien par des suprémacistes «  blancs  ». Ceux-ci s’en prennent à des mosquées et à des
synagogues selon le même mode opératoire et avec le même argumentaire. À leurs yeux, les Juifs comme les Musulmans sont des corps étrangers qui doivent être expulsés de la société. Les conditions subjectives semblent désormais réunies pour que, ensemble, Juifs et Musulmans puissent faire face à l’antisémitisme et l’islamophobie, par-delà le contentieux historique qui les oppose encore en Israël/Palestine.

Ce qui doit conduire à une actualisation des notions de racisme et d’antiracisme. Jusqu’ici, le racisme était surtout considéré comme une infirmité morale qui pouvait être combattue par une bonne éducation. Cela ne suffit plus. Il existe bien un racisme dit « structurel », qui se manifeste indépendamment de la volonté consciente des différents acteurs. En témoigne la persistance des discriminations à l’embauche et au logement, alors que les patrons et les propriétaires jureront tous qu’ils ne sont pas racistes pour un sou. Ce racisme se décline sous différentes formes – antisémitisme, mais aussi islamophobie, négrophobie, antitziganisme… – qui ont chacune leurs spécificités.

Il faut comprendre qu’il y a, dans la société, un groupe ethnique dominant. Celui-ci n’abandonnera pas ses privilèges de son plein gré. Pour qu’il y renonce, il est bien nécessaire qu’au minimum, les groupes victimes de racisme puissent faire cause commune. L’alliance avec les progressistes du groupe dominant est indispensable, mais ceux-ci doivent renoncer à toute forme de paternalisme.

C’est pourquoi, depuis des années, l’UPJB chercher à fraterniser avec des progressistes d’autres minorités issues, comme elles, de l’immigration. On ne pourra pas lutter ensemble contre les violences et les injustices qui nous frappent si on n’est pas capable d’éprouver ce que vivent ces autres qui sont par ailleurs nos voisin·e·s.

Nous continuerons dans cette voie, avec les Musulman·e·s, avec les Afro-descendant·e·s dont nous comprenons si bien le travail sur la mémoire de la colonisation, avec les Roms, avec les sans-papiers.

Annulation des activités

En raison des restrictions gouvernementales liées à la lutte contre la propagation du COVID19, et par solidarité avec les personnes et structures qui prennent des mesures, l’UPJB suspend ses activités publiques jusqu’à nouvel ordre.

Ce qui inclut l’annulation des conférences-chantées de ces samedi 14 et dimanche 15 mars ainsi que les réunions du mouvement de jeunesse. A noter que la manifestation du samedi 21 mars est annulée.

Nous espérons reprogrammer les activités annulées ultérieurement, et nous vous tiendrons évidemment informés de l’évolution de la situation.

[Analyse] Les soldats israéliens : «  Ils sont notre honte à tous » , par Gideon Levy

Dans un article intitulé «  Ce ne sont pas des snipers que l’armée israélienne place face à la bande de Gaza, ce sont des chasseurs » , Gideon Levy publie dans Haaretz le dégoût que lui inspire le comportement des soldats israéliens.

“À Gaza, huit mille jeunes hommes ont été rendus handicapés à vie par les tirs des snipers israéliens. Certains ont dû être amputés et les tireurs y trouvent de la fierté.

L’un est musicien, venant d’un bon lycée, l’autre est scout, diplômé en théâtre. Ils font partie des snipers qui ont tiré sur des centaines de manifestants non-armés.
Dans l’interview accordée à Hilo Glazer pour Haaretz, aucun ne montre de remords. Quand ils s’excusent, c’est de ne pas avoir fait couler plus de sang.

Ils se conduisent tous comme des assassins. Si les deux cent morts qui leur sont dues ne suffisent pas à le montrer, voyez leurs déclarations. Ils ont perdu leur boussole morale et poursuivront ainsi leur vie.
Ils ont handicapé leurs victimes mais leur propre handicap est bien plus grave. Leurs âmes sont tordues, atrophiées.
Leur morale perdue à tout jamais sur le champ de tir qui fait face à la bande de Gaza, ils sont devenus des dangers pour la société.

Ils sont les fils de vos amis et les amis de vos fils mais écoutez un peu ce qu’ils disent. “J’ai ramené sept ou huit genoux aujourd’hui, j’ai failli battre le record !”, “j’ai fait 28 genoux aujourd’hui !”. C’est pourtant de jeunes femmes et hommes se battant pour leur liberté, un combat des plus justes, dont ils parlent ainsi.

Le discours habituel des soldats est devenu celui de bouchers. “le scénario classique, c’est de tirer pour briser un os. L’ambulance arrive puis ils touchent une pension”, “le but c’est qu’ils ne recommencent pas leurs manifs, alors j’essaie de viser le gras, les muscles pour faire moins de dommages”, “si vous touchez une artère principale, c’est que vous avez fait une erreur. Après il y a des snipers qui choisissent de faire des erreurs”, “même si on ne connaît pas leur grade, on voit bien au charisme qui est le meneur, c’est lui qu’il faut viser”.
Ainsi le charisme aura valu à de nombreux jeunes de Gaza une vie entière de handicap.

Mais ça ne suffisait pas aux chasseurs. Ils sont devenus assoiffés de sang comme seuls des jeunes endoctrinés peuvent l’être. Il leur fallait le sang d’un enfant, et devant sa famille qui plus est.
“Laissez-moi me faire un gosse de 14 ou seize ans. Laissez-moi lui exploser le crâne devant toute sa famille, tout son village. Laissez couler son sang. Et alors je n’aurais peut-être plus besoin de prendre encore vingt genoux”.

Aucun d’eux n’a été sanctionné. Ah si ! L’un a passé sept jours en prison militaire pour avoir tiré sur un mouton. Dans l’armée la plus morale du monde, on ne tire pas sur les moutons voyons ! Seulement sur les Palestiniens.

Malgré les deux cent morts et les huit mille blessés, ils se plaignent de trop de contraintes et limites. Eux et leurs commandants, eux et l’armée qui leur ordonne de tirer “comme sur des canards qui choisissent de franchir la ligne”, ils sont notre honte à tous, nous Israéliens.

Les gens qui tirent sur des canards ne sont pas des snipers, ce sont des chasseurs.”

(Traduit par Sarah V. pour CAPJPO-EuroPalestine – 11 mars 2020)

Source : Haaretz (7 mars 2020)

[Appel à candidatures] Secrétariat & administration-comptabilité de l’UPJB

Chers amis, chères amies de l’UPJB

Nous sommes à la recherche d’une personne pour renforcer la permanence de l’UPJB.

Vous trouverez ci-joint le lien vers l’appel à candidatures pour un emploi à mi-temps (19h/semaine – CDD 6 mois avec possibilité de CDI) pour un poste de secrétariat & administration-comptabilité journalière de L’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) :

https://upjb.be/wp-content/uploads/2020/03/Appel-à-candidatures-pour-un-emploi-à-mi.pdf

N’hésitez pas à faire circuler l’information.

[Conférence-débat] Luc Barbé : « La N-VA expliquée aux Francophones »

Partant du constat que les médias francophones et flamands font trop souvent l’impasse sur leurs actualités mutuelles, alimentant ainsi les incompréhensions et clichés, « La N-VA expliquée aux Francophones » démonte les caricatures et analyse la méconnaissance et les préjugés qui règnent entre les communautés du royaume.

Comment comprendre le développement de la N-VA ? Comment un jeune parti a-t-il su tirer profit du contexte politique et sociétal pour se mettre au diapason du sentiment majoritaire des Flamands ? Luc Barbé livre plusieurs clés de lecture, sans langue de bois. Une dissection pédagogique de la place singulière de la N-VA dans le paysage politique flamand, et de son habileté à maîtriser les techniques de communication contemporaines à destination de ses groupes-cibles privilégiés.

Intervenant : Luc Barbé , député AGALEV de 1991 à 1995, auteur de La NVA expliquée aux Francophones, éd. Etopia, 2019. ll publie régulièrement des cartes blanches dans De Morgen.

Annulé ! [Conférence-débat] « Que reste-t-il de la social-démocratie ? »

La social-démocratie connaît un déclin structurel et atteint un point de bascule qui rappelle celui des partis communistes.  Au terme d’un siècle et demi d’existence qui a façonné l’Europe et marqué le monde, la social-démocratie a-t-elle encore un avenir ? Assistons-nous à la fin d’un cycle politique et social, ou au contraire, les restes de la social-démocratie sont-ils moins inutiles qu’ils ne paraissent de prime abord de façon à esquisser un avenir d’émancipation sociale ? Autrement dit, le mouvement ouvrier laisse-t-il un héritage qui vaille la peine de continuer le combat ?

Annulé ! Rencontre avec le CIRÉ – campagne « Ici si j’y suis »

Le jeudi 19 mars, nous aurons une activité avec le Ciré asbl, (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) qui depuis plus de 60 ans se penche sur la question des demandeurs d’asile, des réfugiés et des étrangers avec ou sans titre de séjour. Les migrations, l’accueil des demandeurs d’asile, la régularisation des sans-papiers, la politique d’enfermement et d’expulsion des étrangers ou encore l’intégration de ces personnes dans notre société.

Le CIRÉ a lancé sa nouvelle campagne « Ici si j’y suis », dont le fil conducteur est : « L’important, ce n’est pas que nous soyons tous d’ici, mais que nous soyons tous ici »
Cette campagne veut contribuer à changer la perception négative des migrants – voire des étrangers en général – véhiculée par certains politiques et médias, et contribuer à la reconnaissance de la multiplicité de notre société. L’idée est de donner un point de vue plus humain (de « démassifier les migrants » en racontant l’histoire de personnes singulières) et plus positif. De parler de tout ce que ces personnes sont, en plus du fait d’être migrantes, de leur métier, de leurs intérêts, passions, activités… pour montrer des points communs qui peuvent nous lier. De créer des connexions, des liens, des échanges, à travers et avec les ressemblances et les disparités.
Cette campagne se conçoit comme une invitation à la curiosité positive, à la découverte d’autres histoires, à la reconnaissance de la richesse de la différence. Elle se déclinera, sur un an et demi, en une dizaine de portraits de personnes arrivées d’ailleurs et qui vivent en Belgique depuis plus ou moins longtemps.
Réalisés sous forme audio-visuelle et écrite, ces portraits évoqueront le parcours et la vie de ces personnes : ce qu’elles font, ce qui les intéresse ou les passionne, ce qui les met en rage, pour quoi et pourquoi elles s’engagent…
Le premier portrait, celui de Fatima, est visible sur le facebook du CIRE et sur son site (https://www.cire.be/ici-si-jy-suis/) je vous recommande de le visiter.

Le deuxième épisode sera tourné lors de la réunion du Club Shalom Aleichem le jeudi 19 mars avec Jorge, artisan chocolatier, qui en plus de nous montrer l’étendue de son art de chocolatier, dialoguera et interagira avec le public du Kloub sur la problématique de la migration et nous racontera son parcours particulier. Cela sera filmé et fera l’objet d’une vidéo.

[Chanson] « Le Yiddish en chantant »

yiddish en chantant

Avec Jacques Dunkelman et Willy Estersohn en animateurs musicaux, s’accompagnant à la guitare, et en traducteurs linguistiques.

Vous vous réapproprierez le yiddish en participant à une activité à la fois ludique et instructive : Jacques et Willy vous feront chanter en yiddish, et ils nous traduiront et commenteront les textes, de grands auteurs de langue yiddish.

N’oubliez pas d’apporter le chansonnier que vous avez reçu ! Il s’enrichira de nouvelles chansons.