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[Conférence-débat] Rencontre avec Vincent Engel autour de son dernier roman “Maramisa”

Présentation : Tessa Parzenczewski

Professeur de littérature contemporaine à l’UCL, professeur d’Histoire des idées à l’Ihecs, Vincent Engel est romancier, essayiste et dramaturge. Chroniqueur à la radio et au “Soir”, il décrypte notre temps, sans concessions. Auteur d’une vingtaine de titres, romans et essais, il explore sous différents angles des drames intimes et  des cataclysmes historiques et nous immerge aussi bien au cœur de la Pologne des années 30 dans “Oubliez Adam Weinberger” qu’en Italie entre le XIXe et le XXe siècle, dans une étonnante fresque historique, du Risorgimento au fascisme, et jusqu’aux années de plomb, dans “Retour à Montechiarro”.

Avec “Maramisa” nous voilà dans un récit labyrinthique, à la recherche d’une civilisation disparue, où un jeune archéologue est embrigadé par un mystérieux milliardaire dans un projet fou, utopique, celui de faire revivre cette cité perdue, dans une sorte de défi au temps.

[#BY19] Grand Bal Yiddish de l’UPJB

Bal Yiddish © Antonin Moriau (Gecko)

SAVE THE DATE

Faites de la place dans vos agendas, car cette année aura lieu le Grand Bal Yiddish de l’UPJB.

Comme tous les deux ans, retrouvez-nous à la Maison Haute des Boisfort pour danser et manger. Vous y retrouverez le traditionnel buffet et le non moins traditionnel concert du Yiddish Tanz Rivaïvele, plus quelques surprises pour cette édition.

Des informations plus complètes arriveront bientôt mais réservez déjà votre soirée du 16 novembre pour un Bal Yiddish qui s’annonce d’ores et déjà inoubliable.

 

[CIRÉ] Journée mondiale des réfugié·e·s : Film – Exposition – Théâtre – Musique

Pour la deuxième année consécutive, le CIRÉ organisera le 20 juin, à l’occasion de la “Journée mondiale des réfugié-e-s”, un événement artistique qui rassemblera des artistes de diverses disciplines, qui viennent d’ailleurs et se trouvent dans des situations de séjour différentes. En demande d’asile, à qui la protection a été accordée ou refusée, sans papiers, d’une immigration récente ou plus lointaine…

Cette année, ces artistes seront des femmes.
Parce que l’exil, la migration, la vie sans documents de séjour sont encore plus difficiles quand on est une femme.
Parce que le travail des femmes artistes est d’autant plus invisibilisé quand elles sont migrantes, ou d’origine non occidentale, par les difficultés de leur situation de séjour ou de leur parcours de vie.

Il s’agira aussi, cette fois encore, d’apporter un soutien concret et direct à des collectifs et mouvements de personnes exilées et de solidarité avec elles.

Retrouvez l’évènement sur Facebook : https://www.facebook.com/events/399335287583414/

Programme

Ouverture à 18h30, fermeture à 23h.

Vernissage de l’exposition à 18h30 (elle sera accessible toute la soirée)

 

Le film “À l’usage des vivants” (27 minutes), sera projeté à 19h30 et sera suivi d’une rencontre avec Pauline Fonsny, la réalisatrice.

Fuyant le Nigéria, Semira Adamu est arrivée en Belgique en 1998. Détenue dans un centre fermé proche de l’aéroport de Bruxelles, elle meurt étouffée avec un coussin lors d’une sixième tentative de rapatriement forcé.

Vingt ans après, Pauline Fonsny remet en scène cet “assassinat d’État” qui avait secoué le pays et conduit à la démission du ministre de l’Intérieur de l’époque. Le récit, mené à deux voix, est structuré par le témoignage de Semira – incarnée à l’écran par la peintre nigériane Obi Okigbo – et en voix off, l’adaptation d’un texte que l’auteure et comédienne Maïa Chauvier a écrit après le décès de Semira.

Pour contourner l’interdiction de filmer dans les centres, la cinéaste a fait appel à des maquettes qui permettent de visualiser la topographie précise des centres de détention. Au terme de cette puissante évocation documentaire, le constat est amer. Les “barbelés de la honte” se sont multipliés, des policiers peuvent ouvrir le feu sur une camionnette transportant des exilé-e-s et tuer une fillette de deux ans, sans être inquiétés. 

 

La performance “Youyouyou” (10 minutes) aura lieu à 20h30

Du groupe YouYou – Direction: Myriam Van Imschoot (Kunstenwerkplaats Pianofabriek)

L’artiste Myriam Van Imschoot est fascinée par les voix, les polyphonies et les différentes techniques vocales qui permettent de communiquer à distance. Le youyou, ou zagharit en arabe, occupe une place particulière dans son œuvre. Il s’agit de sons vibratoires aigus au travers desquels les femmes d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, d’Afrique subsaharienne et du Pays basque expriment des émotions fortes et une joie collective. Elle a créé des groupes de youyou à Bruxelles, Jaffa, Grenoble et Ostende. Avec ceux-ci, elle propose des performances vocales à partir de cet héritage, la question centrale étant toujours celle de la frontière culturelle entre l’audible et l’inaudible. Le spectacle YOUYOUYOU est leur pièce de résistance!

16 youyouteuses font circuler le youyou dans un tourbillon sans fin.

 

Le spectacle “Massar” (1h15) débutera à 21h

Le projet “Massar”, qui signifie “cheminement” en arabe, est né suite à un appel lancé par Citylab Pianofabriek. Il est le résultat de rencontres avec des femmes réfugiées fréquentant l’Espace femmes de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Une fois par semaine, pendant trois mois, des femmes, réfugiées, issues de l’immigration ou pas, se sont réunies au Pianofabriek. Elles ont échangé, partagé, chanté et chacune, à son rythme, a retrouvé une confiance que les accidents de la vie lui avaient enlevée. C’est en cela, entre autre, que le projet a été un véritable cheminement.

Par le biais des deux disciplines que sont le conte et le chant, “Massar” invite la femme arabe à s’exprimer. Pour ce faire, la parole est donnée à trois personnages : Shéhérazade, l’héroïne des “Mille et une nuits”, Houria, une femme immigrée arrivée fin des années ‘60 et pour clôturer, Lamia, une femme réfugiée arrivée en Belgique en 2015. Toutes les trois se racontent et témoignent de leur réalité de femmes. Les témoignages introduisent des histoires venues d’Afrique et du Moyen-Orient.

“Massar”, c’est aussi une chorale composée de femmes de toutes origines. Accompagnés des sonorités de l’Orient, leurs chants viennent ponctuer le spectacle et racontent la nostalgie d’un passé à jamais révolu. Mais loin d’être plaintives, ces femmes nous montrent leur détermination de reprendre leur vie en main, et clament en chantant que le féminisme ne connaît aucune frontière.

 

Entrée

Les entrées seront intégralement versées au mouvement des sans-papiers.

Prix minimal suggéré de 7 € pour celles et ceux qui le peuvent.

Prix solidaire libre si vous souhaitez contribuer plus !

 

Restauration solidaire

Deux collectifs de femmes proposeront une petite restauration de plats de leur région.

L’argent qu’elles récolteront ainsi directement les aidera à subvenir à leurs besoins.

[Points Critiques n°381] Aux sources du Nil

Kali Muhirwa est Bruxelloise et a terminé récemment des études d’anthropologie à l’UCL avec un mémoire consacré à la parole contestataire de journalistes et artistes burundais en exil au Rwanda.

Certains disent que c’est le berceau de l’humanité, d’autres l’appellent « le pays des mille collines ». Les géographes disent « la région des Grands-Lacs ». C’est le pays où mon père est né, où « coule le lait et le miel. »

– Où exactement ? – Au Burundi, à l’est du Congo, au sud du Rwanda – … – On y parle la même langue, nous avons des cultures très similaires – Ah –– Et toi, tu es Hutu ou Tutsi ?

Il y a quatorze ans, un après-midi, chaussée de Saint-Job, j’ai demandé à mon père si nous étions Hutu ou Tutsi. Il m’a répondu que nous n’étions ni l’un ni l’autre. J’avais pourtant identifié dans mon entourage burundais le mépris de classe et les moqueries envers les nez trop négroïdes des Hutus. Il avait pourtant raison, nous ne sommes ni l’un, ni l’autre.

Je me souviens d’un cours de socio-anthropologie de la précarité, où Pascale Jamoulle nous avait parlé du traumatisme silencieux des pères algériens, qui pèse sur les épaules de leurs enfants, transmis sans histoire pour qu’ils puissent l’identifier, le nommer, le tordre, le transformer. C’était quelques semaines après les attentats de Charlie Hebdo, j’étais plongée dans la violence de l’histoire coloniale française, et c’est là que j’ai interviewé ma tante sur sa trajectoire d’exil, lorsque avec mon père, à l’âge de 15 ans, elle a fui le Burundi en 1972.

Il y avait peu de temps qu’ils avaient compris l’existence des ethnies, quand en avril 1972, des rébellions hutues avaient causé la mort de centaines de Tutsis. Le régime militaire tutsi de Micombero avait répliqué en exécutant 200 000 Hutus en deux semaines. La classe intellectuelle hutue, la pensée hutue avait été décimée. Au Burundi, l’année 1972 est appelée Ikiza, le Fléau. Mon père et ma tante avaient alors rejoint la frontière congolaise par la rive du lac Tanganyika, puis contourné le Rwanda, pour retrouver leurs mères au Kenya.

Le thème qui revient incessamment dans l’histoire de ces « faux jumeaux » est la contagion de leurs traumatismes, comme si les crises qui frappent le Burundi devaient inévitablement se répercuter au Rwanda et inversement1.

Les massacres de Tutsis dans le Rwanda voisin, entre 59 et 67 avaient mis l’armée burundaise sur ses gardes. En 1957, le Parmehutu, mouvement social rwandais pour l’émancipation du peuple Hutu, ethnie ultra-majoritaire, affirmait, sur base de théories racialistes coloniales, que les Tutsis étaient des envahisseurs d’une autre race (non bantoue), qu’ils s’étaient accaparés le pouvoir depuis 500 ans et qu’il était temps qu’ils repartent d’où ils étaient venus. La soif d’émancipation et de revanche sur l’Histoire a conduit dès 1959 à une série de massacres de Tutsis. 300 000 ont fui le Rwanda, notamment vers le Burundi. Pendant près de trente ans, ils ont organisé leur retour, en exil, tandis que les régimes ségrégationnistes Hutus continuaient à diriger le Rwanda.

Le 20 juin 1990 – un an après la chute du mur de Berlin – lors du 16e sommet des chefs d’États de France et d’Afrique, à La Baule, Mitterrand a prononcé un discours qui a marqué la mémoire politique des Afriques francophones :

Le vent de liberté qui a soufflé à l’Est devra inévitablement souffler un jour en direction du Sud (…) Il n’y a pas de développement sans démocratie et il n’y a pas de démocratie sans développement. (…) La France ne pourra pas sauver ceux qui n’auront pas su ou n’auront pas voulu prendre le vent de l’histoire2.

Alors que l’accès à l’aide au développement devenait conditionné par l’instauration, notamment, du multipartisme, le Front Patriotique Rwandais – rébellion tutsie exilée en Ouganda – s’engageait dans une lutte militaro-politique avec le régime d’Habyarimana du Rwanda. Le 6 avril 1994, la destruction par missile de l’avion qui transportait les deux présidents hutus du Rwanda et du Burundi, déclencha l’extermination organisée par les Forces Armées gouvernementales rwandaises, de plus de 800 000 Tutsis et opposants Hutus d’avril à juillet 1994. La « libération » du Rwanda a provoqué l’exode de millions de Hutus vers l’est du Congo. 25 ans après, comment ça va le Rwanda ?

Le Miel

Sept ans après la clôture des tribunaux populaires gacacas, « le Rwanda, c’est un éléphant en équilibre sur une souris », m’a dit Arthur, « mais ça tient ». On ne parle plus de Hutus et de Tutsis, dans les rues goudronnées de Kigali, où les efforts d’oubli et de mémoire se confondent.

Depuis 2004, l’économie du Rwanda a monté en flèche. Épaulé par le FMI, qui reconnaît la fiabilité de ses institutions, et l’efficacité du développement de ses projets, le gouvernement de Kagame est en passe de réussir le pari de tourner le dos à une économie africaine traditionnellement toute-agricole, en investissant massivement dans l’industrie des services et de la communication.

La grande sécurisation des rues et des investissements a valu au Rwanda, en ce début d’année 2019, de passer à la 29e place mondiale (150e en 2008) des « pays aux meilleurs climats pour faire des affaires » selon la Banque Mondiale.

Le sang

Parfois, la colère égare ma raison, et je me dis même que ce sont les Rwandais qui contrôlent l’éruption des volcans…3

Alors que le Kivu, région orientale de la RDC, collée au Rwanda et au Burundi, possède 80% des réserves mondiales de coltan (minerai nécessaire au stockage des informations de nos smartphones), c’est depuis 2014 le Rwanda – dont le sol n’en contient presque pas – qui en est le premier exportateur mondial. La poursuite des génocidaires exilés au Kivu a permis au Rwanda de tirer un profit énorme de son occupation militaire d’une des régions du monde les plus riches en ressources. Depuis le génocide des Tutsis, les milices soutenues par le gouvernement de Kagame et les ex-génocidaires et leurs descendants (les Forces Démocratiques de Libération Rwandaises) s’affrontent et affrontent de nombreuses autres armées ou milices congolaises, ougandaises, burundaises, autour des innombrables mines de la région. Ces luttes ethnico-commerciales ont créé et maintiennent encore le climat d’extrême précarité et de violence du Kivu, qui a fait des millions de morts depuis 1994.

Alors que les gouvernements de RDC et du Rwanda étaient en guerre froide depuis 20 ans sur fond de guerre réelle, lundi 25 mars 2019, le nouveau président contesté du Congo, Félix Tshisekedi a serré la main de son homologue Kagame autour du mémorial du génocide des Tutsis au Rwanda. Ce geste marque-t-il une réelle volonté de pacification du conflit ou assure-t-il seulement une nouvelle entente diplomatique favorisant les profits issus de l’extraction de minerais au Kivu ?

Le lait

En 2014 – pendant que le Rwanda commémorait le 20e anniversaire du génocide – au Burundi, des enquêtes révélaient les entraînements para-militaires des Imbonerakures (jeunesse du parti au pouvoir hutu) auprès des factions génocidaires rwandaises, au Kivu. La répression des journalistes liés à ces révélations a fait émerger un mouvement social qui a fini par se dresser contre la réélection anticonstitutionnelle du président en place, Pierre Nkurunziza. La répression fut sanglante, et perdure, après l’exil de centaines de milliers de Burundais craignant le retour des conflits ethniques. Le père de Pierre Nkurunziza avait été l’un des intellectuels hutus assassinés en 1972.

25 ans après, la région des Grands-Lacs, le berceau de l’humanité, pays où est né mon père, où coule le lait et le miel, comment ça va ?


1 Lemarchand (R.): Le génocide de 1972 au Burundi, Cahiers d’études africaines, 167, 2002
2 Eric Orsenna: La Baule, 1990
3 Un enfant soldat gomatricien dans Stassen (J-P): I comb Jésus, futuropolis, 2015

Save the date: Luxembourg symposium – Quel futur pour les Palestiniens et les Israéliens ?

Regards croisés des sociétés civiles palestinienne et israélienne

Après des décennies d’un prétendu processus de paix entre Palestiniens et Israël, il n’y a plus guère à espérer des politiciens. Depuis longtemps, les sociétés civiles palestinienne et israélienne ont décidé de prendre leur destin en main. Que font-ils ? A quoi font-ils face ? Comment s’organisent-ils ? Qu’est-ce qui fonctionne, qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Comment imaginent-ils le lendemain du conflit ? Comment pouvons-nous les aider, ici en Europe ? Sur ces sujets, nous écouterons neuf Palestiniens et Israéliens engagés qui partagent la conviction que les êtres humains sont égaux et que chacun jouit des mêmes droits. Nous discuterons avec eux, ils discuteront ensemble. La musique et la poésie feront partie du dialogue.

Organisé par Comité pour une Paix Juste au Proche Orient

Lieu : Neimënster – 28 Rue Münster Salle Robert Krieps, 2160 Luxembourg

Interventions en anglais, traduction orale directe vers le français

Programme & intervenant·es :

Où en sommes-nous ?, Gideon Levy, journaliste au quotidien Israeli Haaretz

Première session : Témoignages – Faits et actes
Eduquer, c’est résister, Nabila Kilani, Centre d’éducation et de formation, Gaza
La lutte à Jérusalem-Est, Mera Ghoul, Comités populaires de Silwan
Quand les combattant·es font campagne pour la paix, Combattant·es pour la Paix, Yonathan Shapira, Cofondateur des Combatants for peace en 2005
Comment j’en suis venue à refuser, Tamar Alon, refuznik de Mesarvot (organisation de jeunes qui refusent le service militaire, en opposition à l’Occupation)

Deuxième session : Et maintenant ? Les moyens de s’en sortir
Coexister, comment ? Neve Shalom, un modèle ?, Raida Aiashe Katib, Wahat al-Salam – Neve Shalom (Oasis of Peace)
La paix par le changement social ? Nisreen Shehada, Standing Together (mouvement de terrain de Juifs et Arabo-palestiniens citoyens d’Israël)
La reconnaissance de l’Autre, Eitan Bronstein, Zochrot and Decolonizer
Les femmes vont-elles changer le futur ? Huda Abu Arqub, Women Wage Peace

Buffet, musique, poésie, exposition.

Avec le soutien de : European Coordination of Committees and Associations for Palestine, Association belgo-palestinienne, Associations France Palestine Solidarité, Jüdische Stimme für gerechten Frieden zu Nahost, Union des progressistes juifs de Belgique

Facebook

 

[Rassemblement] No fascism in Belgium or in Europe !

L’extrême droite n’a sa place ni dans les parlements et gouvernements, ni dans nos rues, et nous devons nous mobiliser tous ensemble pour combattre sa résurgence.

L’UPJB s’associe pleinement avec cette initiative de la coordination Stand Up. Nous vous invitons à vous lever, ce mardi 28 mai, à 18h, Place du Luxembourg.

https://www.facebook.com/events/348594922525814/

Face à la montée de l’extrême droite aux élections de ce dimanche 26 mai, nous, citoyen.ne.s avec et sans papiers, organisations issues du mouvement social dans toute sa diversité (du mouvement ouvrier, de l’antiracisme, du féminisme, des luttes LGBTI+, de l’antifascisme, de la jeunesse et de défense des droits humains), lançons un appel à l’action. Au niveau fédéral et régional en Belgique, le parti d’extrême droite Vlaams Belang a fait une percée électorale dramatique. Dans nombre de pays d’Europe, comme en France, en Pologne, en Hongrie, au Royaume-Uni, en Italie, les partis d’extrême droite sont également les grands vainqueurs des élections européennes.

Cette montée de l’extrême droite aux élections du 26 mai ne vient pas de nulle part. En effet, ces dernières années nous avons constaté la multiplication des mesures répressives, racistes, sexistes et antisociales : déchéance de nationalité qui crée des citoyen·ne·s de seconde zone, criminalisation de la solidarité avec les migrant.e.s et chasse aux exilé.e.s dans la Méditerranée, nombreuses entraves au droit de grève ou encore attaques du secret professionnel pour les assistant.e.s sociaux/les… Celles-ci constituent autant d’atteintes directes à nos droits fondamentaux qui nous font glisser vers un régime plus autoritaire et inégalitaire.

Nous affirmons que l’extrême droite n’a pas sa place ni dans les parlements et gouvernements, ni dans nos rues et que notre front uni se mobilisera, tant que nécessaire et sur tous les terrains possibles, pour l’empêcher de nuire. Nous vous invitons à vous lever avec nous contre l’extrême droite ce mardi 28 mai à 18h à la Place du Luxembourg.

[Points Critiques n°381] Jeunes pour le climat, entre responsabilité et désobéissance

Jeudi 17 janvier, je me rends à l’école, comme tous les jeudis, pour assister à mes cours, comme tous les jeudis.
La veille j’avais entendu parler de la marche organisée pour le climat.

Mais le jeudi 17 janvier, j’avais un contrôle de math et, bien que ça ne soit pas ma matière préférée, j’avais l’intention de passer ce contrôle. Arrivée à l’école, il y avait partout des panneaux et des calicots créés par des élèves pour la manifestation, et une légère douleur m’a prise au ventre, c’était la culpabilité. Plus la matinée avançait, plus cette dernière s’installait, et c’est à l’heure du départ pour la manif que je me suis décidée, probablement grâce à un ami qui insistait vigoureusement. J’ai quitté ainsi à 10 heures mon bâtiment, pleine de fierté, en plein acte de désobéissance civile, pour me rendre à cette deuxième édition de la marche, sans savoir encore que cet acte deviendrait bientôt une habitude. Je me suis rendue à toutes les marches depuis.

Il a été difficile pour les écoles de se positionner face à cette situation inédite. Beaucoup ne voulaient pas empêcher les élèves de se rendre aux marches mais, assez paradoxalement, en permettant aux élèves d’aller aux manifs, elles ont poussé certains.e.s à ne pas y participer, car d’une certaine manière cela décrédibilisait le mouvement. Mon école a permis la participation avec justificatifs des parents, ce qui coupait un peu l’herbe sous les pieds de ceux qui avaient envie de poser un acte de révolte, de désobéissance. D’autres établissements ont organisé des « tournantes » où les élèves pouvaient participer d’une semaine à l’autre, à tour de rôle, ce qui réduisait le nombre de participants. Certains ont tout simplement refusé de justifier l’absence de leurs élèves durant ces heures. Mais la prise de conscience était globale. Dans beaucoup d’écoles on a vu des panneaux sur les murs et les distributeurs de boissons, invitant notamment les élèves à s’acheter une gourde…

Un mouvement du 21e siècle

C’est un mouvement remarquable pour plusieurs raisons : le sujet est terriblement actuel, bien qu’il y ait des activistes pour le climat depuis longtemps, il s’agit d’une véritable mobilisation, d’un groupe de jeunes, et contrairement à mai 68 le mouvement n’a pas été lancé par des universitaires mais par des étudiants du secondaire (même si les premiers ont rapidement rejoint les marches du jeudi). C’est un mouvement marquant aussi car ses représentants sont en fait des représentantes et il est rare dans l’histoire que des femmes aient eu la place de « diriger » ainsi des révoltes, mises à part celles qui servaient à défendre leurs propres droits. Ici les figures sont non seulement des femmes, jeunes, mais aussi représentatives de groupes discriminés : à l’origine, une jeune fille suédoise de 15 ans, Greta Thunberg, qui est atteinte d’autisme Asperger. L’activiste Anuna de Wever, qui a lancé les marches en Belgique, se décrit comme « ni fille, ni garçon ». Elle incarne, avec sa compagne Kyra Gantois, la communauté LGBTQI+. La jeune bruxelloise Youna Marette, activiste de Génération Climat, est une jeune femme noire. Cette diversité apporte au mouvement pour le climat une modernité et une légitimité supplémentaires.

Les marches ont été fort médiatisées mais elles se sont réellement propagées via les réseaux sociaux. Partout, nous étions invité.e.s à participer et toutes les informations sur le lieu, l’heure, les dates et les changements des rendez-vous se faisaient via Facebook.

Je pense savoir que l’entente entre communautés en Belgique n’est pas notre point fort. Et il me semble que c’est une des réelles forces de cette « révolution » climatique : elle rassemble Bruxellois.e.s, Flamand.e.s et Wallon.ne.s, ce qui est, nous le savons, assez rare. Et ce qui ne gâche rien, on voit une présence de jeunes de toutes classes sociales.

Impact politique

Il semblerait que ces marches pourraient avoir un impact sur les futures élections. En comparant les sondages Ipsos-Le Soir-RTL-TVI-Het Laatste Nieuws-VTM de décembre 2018 et de février 2019, on observe une montée assez nette des partis Ecolo/Groen. Malheureusement le rapport entre les jeunes et les politiques est encore assez insatisfaisant, une réunion avec des représentant.e.s de différentes écoles de Belgique a été organisée à l’université de Namur le 27 février et les retours n’étaient pas très positifs. Aucune décision concrète n’a été prise et il s’agissait apparemment plus d’un « show politique », d’une présentation de programmes, que d’une vraie discussion. Les marches ont aussi suscité beaucoup de critiques. On ne cesse de demander aux jeunes s’ils sont prêts à changer leur mode de vie pour le climat. Faut-il rappeler qu’ils/elles le font déjà en manquant chaque jeudi les cours ? Par ailleurs, bien que les gestes individuels et citoyens soient très importants (limiter son empreinte carbone, réduire et trier ses déchets, etc.) nous demandons d’abord de vraies lois limitant les émissions de C02 de 55% d’ici 2030 afin de ne pas dépasser les 1,5°C de réchauffement climatique, en respect de l’Accord de Paris.

Bien que le nombre de personnes ait baissé lors des dernières manifestations des jeudis, on observe tout de même une mobilisation encore plus grande de la part des Belges (et des autres), jeunes et moins jeunes.
Fin mars, plus de 200 militants de Greenpeace, Youth for Climate ou encore Act For Climate Justice, se sont mobilisés pour occuper la rue de la loi et puis la place du Trône, dans le but d’obtenir une modification de l’article 7bis de la Constitution pour ouvrir la porte à une loi climat.

C’est donc un mouvement qui n’est pas prêt de s’arrêter car nous avons une motivation assez simple mais essentielle : une terre habitable pour notre futur. Sans ça, ni l’école, ni le travail ni même quoi que ce soit d’autre n’ont d’intérêt.

Il me semble que ça suffit pour réagir, n’est-ce-pas ?

[Points Critiques n°381] J’héberge, tu héberges, … ils/elles s’indignent

Que se joue-t-il entre les exilés et ceux qui leur ouvrent leur porte ? Depuis 2015, la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés et ses associations partenaires fédèrent les élans de solidarité d’individus ou de groupes. Cette réponse de fraternité immédiate et concrète n’est pas propre à la Belgique, à Calais et ailleurs, des citoyens, des associations ont répondu « présent ».

L’accueil des réfugiés recouvre bien d’autres enjeux sociétaux, les bibliothèques se remplissent de témoignages de récits, de romans et d’essais. Aperçu de quelques publications récentes.

Hébergeuse parmi 8000 familles, Cen Drine a eu l’idée de recueillir les témoignages qui s’égrènent depuis plus d’un an sur la page Facebook de la Plateforme. L’ouvrage Perles d’accueil, quand la solidarité s’organise (Bxlrefugees-Mardaga) est un grand récit collectif : le lit qu’on prépare, la cuisine où l’on échange des recettes, la joie éblouie de se sentir utile et humain, le cap « bienveillance » maintenu malgré la différence des cultures… Dans les salons, autour des machines à laver, dans les loisirs proposés aux
« amigrands » pour qu’ils puissent souffler à l’abri des violences de la météo et des policiers, c’est un autre rapport à l’autre, et une interrogation sur soi-même et « nos valeurs » qui sont vécus. Sélectionnées par la co-présidente de la plateforme, Adriana Costa Santos, ces Perles d’accueil sont un témoignage très instructif, et déjà, une archive. Car l’accueil d’urgence a fait place à des hébergements en continuité ou en relais entre familles. Les hébergeurs ont découvert l’horreur des Centres fermés, la complexité des procédures administratives à tous les stades. L’urgence, le stress, les factures parfois (même si le réseau 2 euros 50 intervient à la demande) et le silence des politiques pèsent. Il faut passer de l’exaltation des débuts à un flegme et à des compétences professionnelles que chacun n’a pas nécessairement.

La première fois

« C’est pas possible ! on ne peut pas laisser les gens comme ça ! » ça a été le déclic (…). Dans Calais mon amour (Livre de poche), Béatrice Huret raconte le choc de sa première visite dans la jungle de Calais, sa collecte spontanée de vêtements, et la suite : « le vendredi après-midi, j’ai mis cinq ou six sacs dans la voiture, et j’ai pris la direction de la jungle. Je n’avais pas peur de me faire rejeter, encore moins de me faire agresser, je savais à quel point ils avaient besoin d’aide (…) tout de suite mon regard a été attiré par une drôle de hutte face à l’entrée. (…) Sur la façade était écrit « La Maison bleue », en hommage à la chanson de Maxime Le forestier. Il y avait aussi un panneau où l’on pouvait lire « Ici on vend un vaccin contre le racisme » et un autre « Permis de construire ». Enfin, une pancarte « École d’art ». Je me suis dit : « Mais où je suis tombée ? » Quand on pense migrants, jungle, misère, on imagine l’absence de culture, de sourires, de couleurs. Je n’allais pas découvrir un monde enchanté, c’est sûr, mais tout à fait autre chose que ce que j’imaginais ».
L’amour avec Mokhtar, un réfugié iranien va bousculer la vie de cette femme proche du Front National. L’amour, le passage de Mokhtar en Grande-Bretagne (où il a été reconnu comme réfugié) lui vaudront un procès pour « aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger en France en bande organisée ». Elle risquait 10 ans de prison, elle a été condamnée à 1 an avec suspension de la peine. L’histoire fait penser au procès des hébergeurs.ses de Belgique, en attente suite à l’appel du Procureur général.

Journaliste, Laure Naimski a choisi la fiction : « Le roman, dit-elle, à l’inverse du journalisme, permet de transcender le réel et d’aider à vivre. C’est ce qui me pousse vers la fiction et la poésie ». Dans La guerre en soi (Belfond), Louise, une veuve de 56 ans, avec des problèmes d’alcool, voit son fils lui échapper. Il s’est trouvé une autre famille avec les réfugiés. Il meurt, et Louise accuse tout d’abord les exilés. Avec des images fines, sans manichéisme, La guerre en soi est la parabole d’une humanité qui se redresse parce qu’elle accepte la rencontre.

Danseur et chorégraphe Zam Martino Ebale a fui le Cameroun, où l’homosexualité est punie par la loi, alors que la tradition valorise l’androgynie. Son parcours pour obtenir des papiers en Belgique a duré sept ans, alors qu’il y a été rapidement reconnu comme artiste et subsidié pour ses spectacles. Dans Né au mauvais endroit, au mauvais moment, dans le mauvais corps (Ed. MEO), Zam raconte la naissance d’un artiste libéré des assignations de genre et de nationalité. Il y développe aussi sa pédagogie interculturelle et sa conversion au bouddhisme. C’est le récit d’un exil réussi, et l’esquisse d’une citoyenneté universelle.

Dix propositions à débattre

Mal formulée, la « problématique migratoire » est une question qui polarise. Comment sortir du dialogue de sourds entre les « droits-de-l’hommistes » et les « souverainistes » ? Dans leur essai Au-delà des frontières, pour une justice migratoire (Ed. Comité d’action laïque), François Gemenne et Pierre Verbeeren épinglent qu’au cours de la législature qui s’achève, les partis démocratiques et progressistes n’ont déposé, au niveau fédéral, que deux propositions de loi sur ce thème. Sujet trop clivant ? mais à délaisser ce débat, on laisse fleurir les discours alarmistes – le « grand remplacement » – et racistes. Par fatalisme, on se laisse convaincre qu’il n’y a pas d’autre approche que celle du refoulement des « illégaux ».

Il faut débattre, non à coup de tweets, mais sur les chiffres et les faits. Le chercheur de l’ULG et le directeur général de Médecins du monde formulent dix propositions réalistes. Il ne s’agit pas d’un kit pour une politique d’asile idyllique. Ils reconnaissent le droit des états de savoir qui est sur le territoire. Ils ne prônent pas la suppression des frontières mais veulent transformer leur franchissement en vecteur d’inclusion et non d’exclusion douloureuse, coûteuse et inefficace. Il s’agit de réaffirmer les standards universels (égalité des individus, droit de quitter son pays et d’y revenir, droit à la protection des personnes en danger), de décriminaliser le traitement des immigrants en fermant les centres fermés, proclamer un moratoire sur les éloignements forcés ou dits « volontaires » (près de 11.000 en 2016), de mettre fin à la détention d’enfants.

La politique migratoire est un enjeu majeur de cohésion sociale, elle mérite des outils visibles et efficaces. Elle devrait dépendre du Premier Ministre, un Procureur fédéral spécifique devrait être chargé de la lutte contre le racisme. Toute la société doit être associée à cet objectif de justice migratoire : les citoyens-hébergeurs pourraient être indemnisés, patrons et syndicats pourraient définir ensemble des contrats et stages permettant d’inclure les demandeurs d’asile en procédure. Des pistes existent. Fedasil pourrait être redynamisé pour être autre chose qu’un gestionnaire de stock d’étrangers figés dans l’attente. Verbeeren et Gemenne proposent aussi des mesures européennes et à déployer dans les ambassades belges, pour casser le business des passeurs et réduire la mortalité terrifiante des odyssées clandestines (un mort pour 18 voyageurs).

Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le migrant, le réfugié, le sans-papiers : « Avons-nous définitivement accepté qu’une partie significative de la population passe dans l’infrahumanité ? telle est la question à laquelle nous convoque la migration. Lorsque de nouveaux êtres humains débarquent, sommes-nous devenus prêts à nier leur humanité là où, chaque jour, nous ne nous rendons même plus compte que nous la nions à d’autres qui sont déjà dans notre environnement ? (…) Le migrant est celui qui repose la question là où plus personne ne la posait. Et la réponse est douloureuse. Pour le migrant et pour nous ».

Collectif : Perles d’accueil, quand la solidarité s’organise, Bxlrefugees-Mardaga, 2019
Béatrice Huret avec Catherine Siguret : Calais mon amour, Livre de poche, 2018, 288 pages
Laure Naimski : La guerre en soi, Belfond, 2014, 144 pages
Zam Martino Ebale : Né au mauvais endroit, au mauvais moment, dans le mauvais corps, Ed. MEO, 2019, 232 pages
François Gemenne et Pierre Verbeeren : Au-delà des frontières, pour une justice migratoire, Ed. Comité d’action laïque, 2018, 124 pages

[Projection] « Bains publics » de Kita Bauchet

Les Marolles, au cœur de Bruxelles.
Près de 65 ans après son inauguration, « les Bains de Bruxelles » offrent toujours deux bassins de natation et des douches publiques aux habitants de ce quartier populaire. Des personnes d’âge, d’origine et de classe sociale différentes y trouvent un lieu de ressourcement et d’apaisement. Illustration d’un melting pot où les gens s’entrainent, se lavent, se parlent, se rencontrent. Un film tourné exclusivement dans l’enceinte de la piscine et de ses environs, où sensations, impressions, situations nourrissent une vision en apparence égalitaire mais qui va se révéler bien plus complexe.

La projection sera suivie d’une rencontre et d’un débat avec la réalisatrice Kita Bauchet.

[Points Critiques n°381] Sommaire

 

Éditorial – Anne Grauwels

Focus : Révolte

 

Lire

  • Appelfeld parmi nous – Tessa Parzencsewski
  • La classe ouvrière – Antonio Moyano

Voir

  • Notes autour de M de Yolande Zauberman – Elias Preszow
  • Juge et partie ? Oui ! – Gérard Preszow

Humeurs Judéo-flamandes – La vache ! – Anne Gielczyk

Fiction – Au commencement Dieu créa le Ministère – Judith Lachterman

BD – Révolte – Gecko

Voir – Voyage au pays du collage et des collagistes (11) – Jacques Aron

Vie de l’UPJB – La presse de yiddish de Solidarité Juive – Jo Szyster

UPJB Jeunes – Une génération qui bouge ! – Achille Renard