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[Lettre ouverte] Liberté pour Mahmoud Nawajaa

Le 30 juillet dernier, Mahmoud Nawajaa, coordinateur du Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) était arrêté en pleine nuit par les forces d’occupation israéliennes à son domicile de Kfar Abu Qash (Cisjordanie). Il est depuis détenu illégalement, au mépris de ses droits fondamentaux.

Face à cette nouvelle offensive contre les défenseurs des droits humains en Israël/Palestine, L’UPJB s’est associée à d’autres organisations pour interpeller les Ministres des Affaires étrangères Philippe Goffin et de la Coopération au développement Alexander de Croo.

Bruxelles, le 11 août 2020

A l’intention de :

M. Philippe Goffin, Ministre des Affaires étrangères
M. Alexander de Croo, Ministre de la Coopération au développement

Objet:  Liberté pour Mahmoud Nawajaa

Messieurs les Ministres,

Nous, les organisations soussignées, souhaitons exprimer notre profonde inquiétude concernant le sort de Mahmoud Nawajaa, un défenseur palestinien des droits humains très respecté. En tant que leader communautaire et coordinateur du Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS), il a défendu avec passion les droits du peuple palestinien sous l’occupation israélienne.

Il a été arrêté par les forces d’occupation israéliennes en pleine nuit et emmené loin de sa femme et de ses jeunes enfants. Depuis lors, il est détenu dans une prison israélienne sans inculpation ni accès à son avocat, ce qui constitue un acte de déportation illégale.

L’arrestation de Mahmoud Nawajaa n’est qu’un exemple de la répression systématique des dirigeants politiques/communautaires, des défenseurs des droits humains et des intellectuels par le gouvernement israélien.

Veuillez trouver en annexe un courrier sur le sujet adressée au Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’UE Josep Borrell et au chef de la délégation de l’UE en Cisjordanie et dans la bande de Gaza Tomas Niklasson de la part de la Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine (ECCP), qui représente 40 organisations de la société civile et ONG européennes. Nous soutenons cette lettre et  vous demandons d’utiliser votre pouvoir diplomatique pour libérer Mahmoud Nawajaa. Amnesty International considère également Mahmoud Nawajaa comme un prisonnier de conscience et a publié une déclaration réclamant sa libération.

La Belgique et l’UE sont tenues de défendre le respect des droits fondamentaux tels qu’ils sont inscrits dans la Déclaration des droits de l’Homme. En tant que ministres représentant la Belgique, vous avez le pouvoir de vous adresser au gouvernement israélien pour qu’il mette fin à la détention illégale de défenseurs des droits de l’Homme et de militants politiques.

Confiants en votre foi dans la défense des droits humains, nous espérons que vous considérerez vous aussi qu’il est de notre devoir d’exiger du gouvernement israélien la libération de Mahmoud Nawajaa et des autres prisonniers politiques.

En vous remerciant pour l’attention réservée à la présente et dans l’espoir d’une action rapide, nous vous prions d’agréer, Messieurs les Ministres, l’expression de toute notre considération.

Signataires:

Association Belgo-Palestinienne (ABP)

Belgian Campaign for Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI)

CNCD-11.11.11.

De-Colonizer ASBL

Een Andere Joodse Stem (EAJS)

European Coordination for Committees and Associations for Palestine (ECCP)

PAlestina SolidariteitSolsoc

Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB)

Viva Salud

Vrede vzw

image courtesy of: Association Belgo-Palestinienne Wallonie-Bruxelles asbl

[Théâtre musical] « Ce qui marche, c’est la promenade »

Une pièce (en)chantée interprétée par des comédien·ne·s de l’UPJB et de la troupe du CPAS de St-Gilles.

Un cybercafé, là où se croisent des visages longs ou ramassés, pâles ou hâlés, sans âges ou fatigués, lieu des voyages immobiles. La pièce commence avec ces va-et-vient, avec ce passé qui parfois ne passe pas, avec la lueur d’hier qui éclaire demain. Et l’on rit. L’on attend.
Et l’on chante. Et l’on saute de Babel aux Bas-Fonds, avec ici et là, une mer à traverser…
Et l’on marche, pour voir ce qui marche. Et ce qui marche ? Entre Saint-Gilles et Dakar, entre Malines et Moscou, Pékin, Gibraltar, Ouagadougou, Liège par hasard, ce qui marche, sans doute… c’est la promenade.

Équipe artistique
Pour accompagner la quinzaine de comédien·ne·s amateur·e·s , la production du spectacle a fait appel à une équipe professionnelle avec : Serge Kribus à l’écriture des textes sur un élan d’Elias Preszow, Noémi Tiberghien à la mise en scène ; NP à la composition de musiques originales et Miko Bukowski pour en réaliser les arrangements, diriger les comédien·ne·s chanteur·se·s et composer les musiques de plateau.

Une coproduction de l’UPJB et du CCJF
Avec le soutien de la COCOF, de la Commune de St-Gilles, du CPAS de St-Gilles et de la Cité des jeunes.

 

Pour les réservations, c’est sur le site du Jacques Franck !

Marche de soutien aux grèves de la faim de l’USPR

Les sans-papiers membres de l’USPR occupent l’église du Béguinage, et les campus de la Plaine à l’ULB et de la VUB depuis plus d’une centaine de jours.
Malgré le soutien important autour de la campagne pour la mise en place de critères clairs et permanents de régularisation ainsi qu’une commission indépendante, dans les faits, la vie quotidienne des sans-papiers en Belgique est rendue impossible.
Face à un blocage politique total, plus de régularisation collective depuis 2009 et l’absence de toute perspective de vie digne, ils ont depuis le 23 mai 2021 entamé un grève de la faim. Par cette action ils tentent de créer un bras de fer avec Sammy Mehdi et le gouvernement afin de sortir de leur situation d’exploitation et de grande précarité.
Ils ne peuvent être laissés seuls dans un corps à corps avec un pouvoir qui n’entend rien. C’est pourquoi les comités de soutien des différentes occupations, ainsi que différents collectifs de sans-papiers, organisent dimanche 20 juin 2021 à 15h00 au départ de l’église du Béguinage une grande marche de soutien aux occupations.
Comité de soutien de l’USPR :
USPR
JOC Bruxelles
Campagne Stop Répression Nouvelle voie Anti-coloniale
Réseau ADES
Gauche anticapitaliste / SAP antikapitalisten
Santé en Lutte
USE
Bruxelles Panthères
PSL
EGA
Metal
Comac ULB//VUB
Union Communiste Libertaire Bruxelles
Les Déchaîné.es
LE GAMS
Bruxelles Zone Antifasciste (BZA)
UPJB

Séminaire en ligne: “De la Convention de Genève à la fabrique des sans-papiers”

À l’occasion de la journée mondiale des réfugié·e·s le CIRÉ et la Coordination des sans-papiers de Belgique organisent  un séminaire en ligne ce mardi 22 juin 2021: “De la Convention de Genève à la fabrique des sans-papiers”

La Convention de Genève fête ses 70 ans.

Adoptée après la 2e guerre mondiale, il s’agissait de protéger les réfugié·e·s fuyant les persécutions en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un certain groupe social, ou de leurs opinions politiques.

70 ans plus tard, quel bilan peut-on faire de la protection des réfugié·e·s en Belgique et dans l’Union européenne?

Comment, du recul de la protection en passant par les dysfonctionnements des procédures de séjour, en est-on arrivé à une politique migratoire qui fabrique l’irrégularité de séjour?

Quand?

Le mardi 22 juin de 17 à 19h – le lien vous sera communiqué la veille.

Programme

Ce séminaire propose d’analyser, avec différent·e·s expert·e·s le recul de la protection des personnes réfugiées en Europe au cours des dernières années et les dysfonctionnements des procédures d’asile et de séjour en Belgique.

En voici le programme et les intervenant·e·s.

1// Pourquoi l’exil? Les causes des migrations 

Intervenant: Andrea Rea, professeur de sociologie à l’université libre de Bruxelles et directeur du Groupe d’étude sur l’ethnicité, le racisme, les migrations et l’exclusion (GERME).

La migration est un phénomène profondément humain, une recherche d’équilibre dans un contexte d’inégale répartition des richesses et du bien-être. Les causes et raisons sont multiples, se recoupent et sont toutes légitimes. Il n’y a donc évidemment pas de “bon·ne·s” ou de “mauvais·e·s” migrant·e·s.

2// De la convention de Genève au recul de la protection en Europe

Intervenante: Estelle Didi, avocate (barreau de Bruxelles) cheffe de section du droit social du bureau d’aide juridique de Bruxelles et membre de la section du droit des étrangers, membre de l’association Fem&L.A.W (International FEMinist Legal Association for Women’s rights)

La Convention de Genève fête ses 70 ans. Adoptée après la 2e guerre mondiale, il s’agissait de protéger les réfugié·e·s fuyant les persécutions en raison de leur nationalité, de leur appartenance, ou à un certain groupe social, opinions politiques. 70 ans plus tard, quel bilan peut-on faire de la protection des réfugié·e·s en Belgique et dans l’Union européenne?

3// La fabrique des sans-papiers: les écueils des procédures en Belgique

Intervenant·e·s: Pierre Robert, avocat (barreau de Bruxelles), spécialiste en droit des étrangers, etSybille Gioe, avocate (barreau de Liège), spécialisée en droits des étrangers et droit humanitaire.

Comment les procédures, les pratiques administratives et les lois créent l’irrégularité de séjour. Avec les témoignages de personnes sans papiers illustrant les dysfonctionnements des procédures de séjour (asile, travail, regroupement familial, motifs médicaux).

4// Conclusion

Intervenantes: Sotieta Ngo, directrice du CIRÉ et Bintou Toure, porte-parole de la Coordination des sans-papiers de Belgique.

Fête des Musiques Juives 2021

Bienvenue à la fête des musiques juives qui nous revient en grandes pompes le dimanche 20 juin à partir de 14h.

Covid 19 oblige, la FMJ 2021 vous est proposée chez vous, dans vos salons ou vos jardins « Online » sur YouTube « live » depuis la grande synagogue Art-Déco de la rue de la Clinique, bien connue de la communauté juive de Bruxelles.

Il vous suffit de vous connecter et de cliquer ICI le jour J.

Intitulée « Voix de Femmes », la place cette année est laissée totalement (ou presque) à la gent féminine. Le programme, une nouvelle fois varié et de haute qualité, spécialement sélectionné par le comité fête des musiques juives est composé d’un panel d’artistes et de groupes « du cru », avec la participation de Blanche, notre fierté nationale lors de l’Eurovision en 2017 comme point d’orgue pour clôturer cette journée.

Que ce soit Las Lloronas avec leur musique teintée de mélodies à caractère séfarade, Elise Fanette qui va rappeler à nos souvenirs les airs des chansons folkloriques israéliennes, ou encore Paprika et Varnishkes qui mélange subtilement, entre humour et mélancolie les chants yiddish et hongrois, la voix chaleureuse de Mona Mio & l’énergie de son “band”,qui vont nous faire vibrer, bouger et danser sur du Jazz, et enfin Let’s Klez et la talentueuse Shirly Laub avec qui nous découvrirons avec régal l’influence de la musique klezmer sur les grands compositeurs.

Bref, aucune excuse pour passer à côté de la Fête des Musiques Juives 2021 le dimanche 20 juin.

Plus d’information sur le site de la Maison de la Culture Juive.

« Dibbouks »

par Irène Kaufer

En visioconférence (vous trouverez tous les détails pratiques sur le site de la Maison de la Culture Juive)

Et si ma soeur disparue pendant la guerre était vivante ?
C’est décidé, la narratrice part à la recherche de cette soeur.
Un roman plein d’humour sur un sujet sensible.
Née à Cracovie (Pologne) de parents survivants de la Shoah,
Irène Kaufer est arrivée en Belgique en 1958. Militante féministe
et syndicale, elle est désormais retraitée et coule des jours heureux
entre son chat, son ordinateur, ses livres, ses révoltes et ses écrits.

Dans la croyance populaire juive, le dibbouk est l’âme d’un mort qui vient s’incarner dans
le corps d’un vivant. Et dans Dibbouks, la narratrice est obsédée, à la mort de son père, par une quête familiale. Rescapé de la Shoah, ce père a laissé un film témoignage dans lequel il raconte que la fille qu’il a eue avant la guerre a « disparu » en déportation.
« Disparue » en déportation. Est-elle morte ? se demande alors la narratrice avant de se
laisser peu à peu envahir par le dibbouk de cette soeur. Elle n’a de cesse, dès lors, de
retrouver Mariette.

Il est presque huit heures.
– Mon père m’aurait grondée, sourit Mariette. Chez nous on se levait tôt, même le dimanche, même pendant les vacances. Je pense à mon père à moi qui, même après avoir pris sa retraite, réglait le réveil sur cinq heures trente et, après avoir préparé le petit déjeuner, nettoyé la cuisine, soigné quelques petits bobos, réveillait ma mère à sept heures, puis tournait en rond le reste de la journée.

Née à Cracovie (Pologne) de parents survivants de la Shoah, Irène Kaufer est arrivée en Belgique en 1958. Militante féministe et syndicale, elle est désormais retraitée et coule des jours heureux entre son chat, son ordinateur, ses livres, ses révoltes et ses écrits.

Où va la Chine ? Forces et faiblesses d’une super-puissance. Entretien avec Gérard Roland, professeur à l’Université de Berkeley

Afin de respecter les mesures sanitaires, cette rencontre aura lieu en visioconférence. Elle sera diffusée sur Zoom via le lien suivant :
https://zoom.us/j/99433113936
Pour rejoindre la conférence, il vous suffit de vous connecter sur Zoom et d’entrer votre adresse mail. Vous pouvez poser des questions via l’onglet « Q. et R. » de votre fenêtre Zoom.
Les modérateur·trices tenteront de poser un maximum des questions du public à Gérard Roland.

Géant économique qui a connu une croissance exceptionnelle au cours de ces quatre dernières décennies, régime communiste avec une économie capitaliste, l’évolution de la Chine suscite de nombreuses questions.

L’actualité récente comme l’apparition du Covid dans la mégapole industrielle de Wuhan et la brutale répression des Ouïghours souligne à quel point « la question chinoise » est un élément central dans l’évolution du monde. Aucun projet d’émancipation à l’échelle mondiale ne peut faire l’impasse sur les multiples questions que pose le régime chinois. Comment fonctionne ce système chinois, un système totalement inconnu jusqu’à présent dans l’histoire ? En quoi ce nouveau système peut-il expliquer le miracle économique Chinois ?  Quels sont les problèmes intrinsèques à ce système ? Quelles sont les ambitions géopolitiques des dirigeants communistes Chinois ?

L’UPJB a invité Gérard Roland, détenteur de la chaire E. Morris Cox au département d’économie et professeur de sciences politiques à la University of California Berkeley pour aborder ces questions dans un entretien  en visioconférence avec Jean Vogel (président de l’Institut Marcel Liebman)

L’illustration est un dessin de Zheng Churan dans le cadre d’une campagne pour la libération de son mari Wei Chili, un activiste ouvrier arrêté en 2019 à Fengzhen

Dibbouks, troublant roman d’Irène Kaufer

par Tessa Parzenczewski

En 1997, Irène Kaufer persuade ses parents, tous deux rescapés de la Shoah, de témoigner pour la Fondation Spielberg. De leurs passés respectifs, elle ne connaissait que des bribes,  elle savait cependant que son père avait eu une fille d’un premier mariage, dont elle apprend le prénom lors de ce témoignage: Mariette. Lors d’une rafle en 1942 à Nowy Sacz, les hommes valides sont déportés vers des camps de travail, c’est la dernière fois que le père d’Irène voit sa femme et sa fille, encore bébé. “Cette petite fille, ma demi-sœur, j’ai mis du temps à connaître son nom. “Il ne faut jamais en parler à ton père, c’est trop douloureux”, disait ma mère. “Ne dis rien à maman”, disait mon père souvent, pour des broutilles. Ils avaient bâti l’un autour de l’autre un filet de protection qui, avec le temps et l’âge, s’était durci en mur infranchissable, surmonté de tessons de bouteille et entouré de plusieurs rangées de barbelés. Ils voulaient se protéger de la souffrance et ils se sont privés de vie.”

Habitée littéralement par l’étrange présence de cette sœur fantôme, qui tel un dibbouk  parasite sa vie  et bouleverse toutes ses certitudes, doutant même de son droit à l’existence,   la narratrice décide d’employer les grands moyens : retrouver cette sœur disparue afin de dissiper son  malaise. Elle s’adresse donc à une détective privée. Et c’est là que le récit bascule. Entre l’indicible enfin dit, au plus près de l’horreur du réel, et l’échappée vers la fiction, en plein imaginaire. C’est à Montréal que la détective localise Mariette. La narratrice s’y rend. Premier choc : la photo du père de Mariette ressemble trait pour trait au père d’Irène. Autre prénom, autre itinéraire ! Vie parallèle, double vie? Au gré des recherches, un autre prénom apparaît : Zofja, serait-ce la vraie demi-sœur?  L’autrice nous entraîne alors dans un labyrinthe vertigineux où les trajectoires bifurquent, où les personnages changent de nom, de pays,  où des vies possibles, des vies rêvées, se matérialisent et… où les dibbouks, eux aussi, se dédoublent ! Dans la foulée, nous découvrons  la vraie histoire de la mère d’Irène, qui munie de faux papiers,  se jeta dans la gueule du loup, en Allemagne, comme travailleuse  volontaire. Ensuite, pour elle aussi une autre vie s’invente, encore une double vie,  cette fois en France, comme un songe… Revenue de son périple au Canada et en France, Irène, autrice-narratrice, se rend chez la détective et là, surprise : aucune trace de son bureau et même aucune trace de sa résidence dans l’immeuble… Sans conclusion péremptoire, voici une fin ouverte, ouverte sur le doute qui fait vaciller toutes les fondations du récit: que s’est-il réellement passé, ou pas ?

Un roman insolite, où circule une prose fluide, libre, ponctuée de pointes d’humour, d’humour juif évidemment avec sa dérision spécifique. Parfois aussi, des digressions nous surprennent, tel ce conte glissé entre deux épisodes, où un écureuil  gambadant  dans de hautes branches est soudain pris de vertige alors que son amie la taupe a peur du noir, une sorte d’oxymore énigmatique. Naviguant avec maîtrise dans les méandres d’une intrigue aux multiples détours, Irène Kaufer nous offre une œuvre jamais convenue, qui reflète aussi le tumulte personnel de ceux qui sont venus après, au sein de familles rescapées.

IRENE KAUFER  “DIBBOUKS”. L’Antilope. 220p. 18€

L’Antilope. Entretien avec l’éditrice Anne-Sophie Dreyfus

Afin de respecter les mesures sanitaires, cette rencontre aura lieu en visioconférence. Elle sera diffusée sur Zoom via le lien suivant :
https://zoom.us/j/93644075245
Pour rejoindre la conférence, il vous suffit de vous connecter sur Zoom et d’entrer votre adresse mail. Vous pouvez poser des questions via l’onglet « Q. et R. » de votre fenêtre Zoom.
Les modérateur·trices tenteront de poser un maximum des questions du public à Anne-Sophie Dreyfus.

Dans le long trajet qui va d’un manuscrit à notre lecture, le travail d’une éditrice est presque invisible. Et pourtant, il a fallu choisir, accompagner la mise en forme ou les retouches finales, se pencher sur la mise en page, promouvoir la diffusion du livre lorsqu’il sort enfin.

Créées par Anne-Sophie Dreyfus et Gilles Rozier en janvier 2016, les éditions de l’Antilope publient des textes littéraires rendant compte de la richesse et des paradoxes de l’existence juive sur les cinq continents. Avec un riche catalogue de presque trente titres où les littératures yiddish et hébraïques occupent une place de choix. Rappelons le livre de Yonathan Berg : Quitter Psagot dont nous avons publié un compte rendu récemment. Les éditions de l’Antilope publient des traductions d’autres langues. La littérature en français est de plus en plus présente dans le catalogue (avec notamment la publication du roman d’Irène Kaufer Dibbouks qui a été présenté en visioconférence à l’UPJB le 21 mai).

Le nom a été choisi parce que l’antilope est une créature exotique, comme est souvent perçue la culture juive. Elle est vive et gracieuse.

Le 25 juin, nous accueillerons Anne-Sophie Dreyfus pour une visioconférence. Elle a une expérience de plus de vingt ans dans l’édition, à la fois scolaire, littéraire, pour la jeunesse (Bordas, Héloïse d’Ormesson, Hatier Jeunesse, Delagrave, Belin). Elle est également traductrice de l’anglais (Denoël).

Anne-Sophie Dreyfus nous parlera du travail d’une éditrice du choix entre de nombreux manuscrits jusqu’au livre publié et à sa diffusion. Elle présentera également quelques livres de son catalogue.

[Lire] Avec Yonatan Berg dans le monde des colons

Par Tessa Parzenczewski

Psagot, colonie installée sur les hauteurs, à proximité d’El-Bireh et de Ramallah. C’est là qu’a vécu enfant et adolescent Yonatan Berg. Dans un récit autobiographique, il nous restitue un monde figé dans ses certitudes, verrouillé, quasi autiste, où l’ultra nationalisme religieux tient lieu de colonne vertébrale et soude toute une communauté.

Comment “Quitter Psagot”? Au fil des pages, l’auteur se questionne, se remémore et plante avec précision la géographie du village et ses lieux emblématiques. Un village aux tuiles rouges, riant, fleuri, prospère mais dont une base militaire mitoyenne et son enceinte fortifiée rappellent la violence originelle. “Cette enceinte a évolué avec le village. Son histoire est l’histoire du village, l’histoire de la colonie. Au début, il n’y avait rien. La terre aride n’était pas morcelée, les ronces, les cyprès, les oliviers et la poussière pouvaient s’étendre à l’envi entre la ville, le wadi et nos maisons. Seule une architecture différente marquait la séparation entre des voisins qui se regardaient en chiens de faïence. On peut d’ailleurs dater l’âge du fer des relations entre ces deux entités avec l’apparition des rouleaux de barbelés qui se déployèrent sur le versant de la colline, s’emmêlèrent et créèrent un gros ventre métallique hérissé de piquants.”

Au gré de ses souvenirs , Yonatan Berg déroule un itinéraire qui semble d’abord en connivence totale avec son environnement, il lui arrive même de participer à des expéditions punitives. “On se rassemblait devant le portail de l’implantation, on se concertait, on se stimulait les uns les autres. Les adultes prenaient leur arme personnelle, ce qui nous sécurisait – nous étions protégés. Les plus jeunes entassaient des pierres, quelqu’un amenait une massue et on descendait sur El-Bireh en rangs serrés de manière à faire vraiment corps. Les habitants fuyaient, on ne voyait personne dans les rues, et si quelqu’un se trouvait là par hasard, il décampait en toute hâte. Les premières pierres explosaient fenêtres de maisons, phares et vitres de voitures.” Tout au long du récit, affleurent aussi des moments ambigus, des instants où, encore enfant, l’auteur est comme fasciné par l’autre, l’autre qui lance des cerfs-volants multicolores à partir de Ramallah, l’autre qui joue aussi au foot…

Avec le service militaire, se produit le grand chambardement. Le contact avec des jeunes d’autres milieux, l’omniprésence du corps aussi, si nié dans le monde religieux. Et surtout, la découverte en temps réel de la violence exercée contre les Palestiniens et donc de sa propre violence, comme une nuit à Naplouse ” Les premières lueurs de l’aube sont montées, balayant enfin cette nuit insupportable au cours de laquelle, des dizaines de fois, j’avais pris des bruits anodins pour une attaque, le vent pour un sifflement de balle, une pierre qui roulait pour une grenade. J’étais épuisé et paniqué. Un enfant est passé par là, sans doute allait-il chercher à manger. Ses yeux se sont arrêtés sur la tourelle où je me tenais à découvert. De son regard émanait une telle accusation, une telle colère, ses prunelles étaient d’une telle incandescence noire, que je me suis détourné pour revenir vers lui avec le canon de mon fusil pointé, fort de l’assurance que me donnait le métal froid. Il n’était déjà plus là. (…). Le regard de l’enfant, ce matin-là, dans l’aube de Naplouse, me poursuit encore. Il porte en lui tous les regards de Naplouse, de Ramallah, de Hébron, de Jenine, de Toul-Karem. (…) Ce fut le moment où le regard de l’autre croisa mon incapacité à le supporter. Ce moment me poussa à résister au système qui, jusque-là, m’avait fait détourner les yeux et avait mis cet enfant face à moi.”

Après le service militaire, comme beaucoup de jeunes Israéliens, Yonatan Berg a entrepris un long périple à travers le monde, de l’Amérique latine à l’Inde. Cela a duré trois ans. Trois ans de transgressions: drogues multiples, raves parties, dragues. Comme pour se laver définitivement de Psagot. Contrairement aux Israéliens qui se déplacent en groupes dans ces contrées lointaines, dans l’entre soi, totalement imperméables aux cultures locales, Berg s’est passionné pour ces nouveaux univers, toujours curieux de l’autre. A son retour, il entreprend des études d’écriture créative à l’université de Tel Aviv, se passionne pour la poésie, en écrit et découvre celle de Mahmoud Darwish qui l’émeut profondément.

Une introspection exigeante et conflictuelle qui a mené l’auteur vers des rives complètement opposées à son milieu d’origine, par des chemins cahoteux, nourris de doutes, loin de toute zone de confort.

Yonatan Berg, Quitter Psagot, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, L’Antilope, 253p. 22,00 €

Procès de la solidarité : Une large victoire, mais une victoire d’étape

Ce mercredi, la Cour d’appel de Bruxelles a rendu son verdict dans le cadre du procès de trois hébergeuses, un hébergeur et sept exilés accusés de trafic d’êtres humains et d’association de malfaiteurs.

par Françoise Nice

Ce mercredi 26 mai aura été un jour de lumière dans le petit parc qui jouxte le Palais de Justice de Bruxelles. Entre deux averses, Il fait soleil. Soulagement, euphorie, victoire amère, leçon de droit … les héros malgré eux de ce procès de la solidarité et leurs défenseurs viennent d’écouter l’arrêt rendu par la Cour d’appel présidée par Mathieu Dehaene. A chaud, les premiers commentaires fusent.

Une cinquantaine de militants et d’amis ont répondu à l’appel du collectif « Solidarity is not a crime », un collectif citoyen qui depuis 2018 a organisé avec succès la sensibilisation et le soutien aux quatre hébergeurs et aux sept exilés impliqués dans ce procès.

4 acquittements confirmés et des peines réduites 

La dernière page vient d’être tournée, avec un arrêt plus nuancé qu’en première instance constatent les avocats. La cour a infligé un sérieux revers au Procureur général qui avait fait appel du jugement du 12 décembre 2018, ordonnant un second procès avec demande de priorité. En mars, on avait entendu l’avocat général « aux ordres » revenir sur deux des quatre acquittements d’hébergeurs et demander des peines plus sévères, jusqu’à 5 ans de prison, pour les migrants accusés de trafic d’êtres humains et d’association de malfaiteurs. La cour d’appel de Bruxelles ne l’a pas suivi, les acquittements des hébergeurs obtenus en première instance sont confirmés.

-c’est une super victoire ? « Oui », déclare Selma BenKhelifa. Elle décrypte l’arrêt à chaud : « On était confiant pour les hébergeurs, – dans trois cas, l’appel du procureur est considéré comme sans objet – mais on était inquiets pour les migrants. « Le début de l’arrêt est sévère pour eux, mais au final, les peines ont été diminuées pour tout ce qui excède la détention préventive et les amendes sont écartées par le sursis d’un an ». Les migrants étaient menacés d’amendes en dizaines et parfois en centaines de milliers d’euros. « Pour les frais de justice, ils ne devront payer que 50 euros d’amende, le minimum minimorum ». Or ce procès a coûté cher, 37.000 euros en frais de traduction notamment et tous les accusés n’ont pas bénéficié d’un pro deo.

La victoire, c’est que « le tribunal reconnait que dans les faits, les migrants sont des victimes avant d’être des auteurs ». C’est aussi ce qu’explique Alexis Deswaef. « Passer en Angleterre coûte cher, 1500 à 2000 euros. Certains s’en remettent à des passeurs, ferment la porte d’un camion en espérant qu’à la 11e fois, ils pourront à leur tour embarquer dans le camion et passer gratuitement. Et donc c’est un avantage en nature, et donc l’infraction de trafic d’êtres  humains peut être établie ». Tout au long des deux procès, les avocats des migrants ont montré l’inconsistance des preuves avancées par le parquet. Dans un cas ou deux, les prévenus et leurs avocats n’ont pas nié l’infraction, mais démontré que l’enrichissement illicite au préjudice d’autrui n’était pas établi. Et rappelé le parcours difficile des jeunes exilés. Pas une bande de passeurs, mais plutôt « une armée de bras cassés » avait dit Me Vincent Lurquin, « un réseau d’entraide entre migrants pour acheter des tickets de train, des cigarettes » avait résumé une autre avocate. La cour a entendu la conviction de cette dizaine d’avocats humains et combatifs, ténors du barreau plus ou moins connu.e.s, pointu.e.s sur le droit et sur l’éthique. Leur compétence et la mobilisation ont abouti à cette victoire, indubitablement.

Dans le petit parc, sous la coupole dorée du Palais de Justice, tout le monde se réjouit. « La cour d’appel bruxelloise a démontré qu’avant d’être auteurs, ils sont surtout victimes de la politique migratoire européenne ». Ce qui n’efface pas la faute éventuelle, mais l’atténue.

Myriam Berghe, acquittement confirmé. Et peut-être le succès avec son nouveau livre, « Chair à camions ». Et des dettes encore à éponger. Elle n’a écouté que sa conscience, « j’ai accueilli les garçons comme ils m’avaient accueillie dans l’enfer de Calais ». © Françoise Nice

Myriam Berghe journaliste et hébergeuse est encore sous le choc. Cette histoire dramatique a duré 1314 jours : « Je m’attendais à une fin, mais pas à cela puisque tout était fait pour que ce soit le contraire… C’est une belle fin. Je ne m’attendais pas à ce que les peines des garçons soient réduites. Ce qui m’a touchée aussi, c’est que le président reconnaisse qu’ils sont coupables mais aussi victimes de ce système qui est mis en place par les gouvernements. Ce sont les gouvernements qui ferment les frontières, qui font les passeurs. Et de se réjouir de que les hébergeurs et leurs amis soient restés solidaires : « on n’a pas lâché les garçons ». Ce mercredi paraît aussi son récit de ces années de solidarité et d’épreuves depuis son premier reportage à Calais, « Chair à camions » (Ed. La boîte à Pandore).  Un titre qui résume en trois mots toute une politique migratoire.

Mohamed Allaa sourit sous son masque. Pendant le procès je ne l’ai vu que de dos, face à ses juges. Mais j’ai lu son récit dans « Welcome », un recueil collectif publié à l’occasion du procès d’appel. Mohamed Allaa a quitté le Caire à 17 ans. Sept ans plus tard, après Paris, Calais, Bruxelles, il est là, idées claires et français encore hésitant. Il se réjouit de l’acquittement des quatre hébergeurs Myriam, Zakia, Anouk, Walid : « On ne pouvait pas acquitter tout le monde, explique-t-il, mais ma peine a été réduite à un an ». En première instance, il avait été condamné à deux ans, et 78.000 euros d’amende avec sursis. En appel l’avocat général avait demandé quatre ans. Il est soulagé, rappelle sans acrimonie ses 13 mois de prison, ses deux mois en centre fermé et deux mois ensuite sous bracelet électronique. « Comment vois-tu ton avenir ? » « Je dois chercher des moyens pour vivre. Et trouver des papiers. Mais ce n’est pas facile ici. La vie continue … la vie continue, jusqu’à la fin, c’est obligé ».

Allaa Mohamed, soulagé et reconnaissant pour tous ceux et celles qui l’ont aidé et hébergé.   © Françoise Nice

Zakia l’hébergeuse aborde enfin un vrai sourire. L’assistante sociale belgo-marocaine a fait deux mois de prison en Flandre, la juge d’instruction de Termonde avait traité avec cynisme et méchanceté cette jeune mère de famille. Dans « Welcome », elle a raconté ses doutes, son incompréhension, son sentiment de culpabilité. Au Parc Maximilien, elle distribuait des vêtements, s’était liée d’amitié avec l’un ou l’autre. L’un d’entre eux est devenu son compagnon légal. En appel, l’avocat général avait remis en cause son acquittement et son innocence, comme pour Walid et Myriam. Aujourd’hui son sourire est franc : « je suis satisfaite, soulagée, confortée dans ma solidarité, dans ma vision du monde. Oui soulagée ». Trouvera-t-elle maintenant la force d’affronter toute sa famille pour révéler sa détention? Zakia est heureuse, oui mais, elle pense aussi aux migrants condamnés, même à des peines atténuées. « Il restera une inscription au casier judiciaire, ce sont des bâtons dans les rues quand on veut commencer une nouvelle vie dans un pays étranger. Pour ceux qui voudraient obtenir une régularisation en Belgique. Pour ces raisons-là, ce n’est pas tout à fait fini ».

Thomas Prédour (Solidarity is not a crime) et Zakia S: « Cet arrêt me conforte dans ma solidarité ». © Françoise Nice

Walid n’est pas encore détendu. La cour vient pourtant de confirmer son innocence. Résident tunisien en Belgique et hébergeur, « l’exemple-même de la gentillesse », il a subi une longue détention préventive, 8 mois. Pendant sa détention, il a perdu son appartement, son propriétaire a mis ses affaires à la rue. Il est soulagé, mais épuisé. « Oui c’est l’euphorie, mais j’ai tout perdu. Qu’ils gardent l’argent, mais qu’ils me rendent ma vie d’avant. Je n’arrive plus à dormir. Oui, ce soir, on va faire la fête, et puis dormir, enfin j’espère ». Un de ses avocats, Robin Bronlet ponctue : « pour nous, le tribunal, c’est le quotidien. On ne réalise plus très bien l’épreuve que c’est pour la personne d’être face à des juges qui vont décider de votre innocence ou de votre culpabilité ». Avec Walid, il va introduire une action contre l’état belge pour obtenir une indemnisation. « C’est une victoire, mais une victoire un peu amère, conclut le jeune avocat, c’est un combat qu’on aurait aimé ne pas avoir à mener si dès le début on avait été raisonnable, que la justice ne s’était pas lancée dans des poursuites injustes contre des personnes qui ont simplement été solidaires ».

Mehdi Kassou, le porte-parole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés est heureux, lui aussi, parle d’une « victoire extraordinaire pour les hébergeurs ». Il pense lui aussi au coût humain subi par Walid et Zakia. « Il faudrait quand même que l’état belge mesure à un moment donné que l’impact de ce genre d’action politisée contre une dynamique de solidarité ou contre des personnes peut ruiner des vies ». Il en appelle à « une solidarité encore plus large, vis à vis de Solidarity is not a crime et d’autres organisations qui soutiennent les hébergeurs solidaires qui ont tout perdu ici, et qu’on leur permette de retrouver une vie digne et décente ».

Happy end ? Non…

Au micro, devant les militants, Alexis Deswaef, avocat de l’hébergeuse Anouk Van Gestel et co-président de la Plateforme rappelle les trois ans et demi de procédures, étape par étape. Et tire les leçons les plus éclatantes : « le procureur général (Johan Delmulle, chef de tous les parquets du Royaume) qui en avait fait un procès politique est renvoyé à ses études. Il a – j’ose le dire en tant qu’avocat-, il a instrumentalisé la justice pour son procès politique et ça lui explose en pleine figure. Ici l’autorité judiciaire poursuivante sort de la salle la tête basse et les personnes poursuivies sortent la tête haute ».

Tout est fini ? non. Au micro, Selma Benkhelifa enjoint les militant.e.s d’aller assister au prononcé d’un autre procès en appel qui se termine devant une autre chambre, néerlandophone, de la cour d’appel. Là une dizaine de migrants, soudanais et érythréens sont aussi jugés pour trafic d’êtres humains. « Apportez-leur votre solidarité. La justice voulait aussi un procès impliquant les hébergeurs explique-t-elle. Mais elle y a renoncé, parce qu’elle sait que dès qu’il y a des Belges ou des résidents d’ici, il y un réseau de solidarité. Apportez-leur votre solidarité, car ils sont vraiment seuls, en prison. Je vous demande de continuer votre solidarité, pas seulement pour les hébergeurs, mais aussi pour les migrants emprisonnés à tort pour avoir voulu franchir une frontière ».

Les nuages reviennent, la pluie menace. Une représentante d’un collectif de sans-papiers vient appeler elle aussi à la solidarité avec ceux et celles qui viennent d’entamer une grève de la faim dans les différentes occupations, à l’ULB, à la VUB, au Béguinage. Les causes sont conjointes, il n’est pas besoin de rappeler que les sans-papiers ont d’abord été des immigrants, ont souvent eu des papiers, avant d’être déboutés et sommés de quitter le territoire.

Sous l’averse, les manifestants reprennent le chemin du Palais de justice, pour l’autre procès. Là, de lourdes peines de cinq, quatre ans et un seul acquittement ont été prononcés. La solidarité du cercle des ami.e.s herbergeur.ses n’a pas été suffisamment large. Ces procès sont loin d’être rares, mais on n’en parle pas.

Que retenir ?

Une victoire éclatante donc, celle du droit d’héberger, un progrès dans la compréhension du statut ambigu de victime/passeur par misère.

Mercredi 26 mai, la Belgique s’est évitée le ridicule et la cruauté de la justice grecque. Mi-mai, elle a condamné Mohamad H à 146 années de prison. En décembre l’an dernier, ce refugié somalien de 27ans avait pris les manettes du pneumatique où il se trouvait avec 32 camarades d’infortune. L’embarcation a sombré devant l’ile de Lesbos. Deux femmes sont mortes, et Mohamad le sauveur malchanceux a été condamné pour trafic d’êtres humains et mise en danger de la vie d’autrui. Ses avocats vont faire appel.

Il y aura d’autres procès. Mais il reste ce débat de fond à mener par les législateurs sur la politique migratoire que la Belgique se souhaite. Tenter de multiplier des expulsions soft sous la forme de « retour volontaire », comme le préconise Sammy Mahdi (CD&V) n’est pas une solution, ni quantitativement, ni humainement.

Le droit est dit : héberger est légal en Belgique. Les hébergeurs Zakia, Anouk, Walid, et au centre Yazan Saad. © Françoise Nice

« Réinventer le travail à l’heure du Covid ». Rencontre avec Nicolas Latteur

Afin de respecter les mesures sanitaires, cette rencontre aura lieu en visioconférence. Elle sera diffusée sur Zoom via le lien suivant :
https://zoom.us/j/95873276893
Pour rejoindre la conférence, il vous suffit de vous connecter sur Zoom et d’entrer votre adresse mail. Vous pouvez poser des questions via l’onglet « Q. et R. » de votre fenêtre Zoom.
Les modérateur·trices tenteront de poser un maximum des questions du public à Nicolas Latteur.

En Belgique comme ailleurs dans le monde, les autorités étatiques ont négligé la dimension spécifique du travail dans la lutte contre le Covid. Pour les secteurs « essentiels », l’obligation a été de travailler même dans des conditions qui ne permettaient pas de se protéger efficacement. Pour les autres secteurs, une partie du personnel a pu passer en télétravail, mais de nombreuses activités sont incompatibles avec cette organisation. Souvent, les consignes de sécurité se résumaient à reprendre les gestes barrières. Dans le contexte particulier du travail, ceux-ci sont toujours insuffisants, parfois ils se heurtent à la nature même de l’activité ou à l’organisation du travail.

Cette situation a beaucoup contribué aux inégalités sociales de santé face au Covid. Pour de nombreuses activités (soins de santé, autres activités impliquant un contact direct avec des personnes, transports en commun, Horeca, etc…), le bilan a été particulièrement lourd.

Quelques grands conflits collectifs ont éclaté en Belgique en 2020 pour exiger une meilleure prévention au travail (STIB en mai 2020, brasserie INBev à Jupille en septembre 2020). Dans la plupart des autres entreprises, il y a eu plutôt une micro-conflictualité restée souvent invisible. L’enjeu est de taille : pour apporter des réponses efficaces, les collectifs de travail doivent reprendre la main sur leurs conditions de travail et contester le pouvoir patronal. Il s’agit de réinventer des modalités de travail plus compatibles avec la défense de la santé. C’est un processus démocratique qui valorise les savoirs « d’en bas » et brise les « unions sacrées » avec un monde patronal revendiquant un retour à la normale à n’importe quel prix.

Nicolas Latteur est sociologue et formateur au CEPAG (un centre d’éducation permanente qui travaille en collaboration avec la FGTB wallonne). Il s’entretiendra avec Laurent Vogel sur ces formes multiples de résistance et de réinvention de règles sanitaires par les collectifs de travail. Il est l’auteur de plusieurs livres dont « Le travail, une question politique » (Editions Aden) et « Travailler aujourd’hui. Ce que révèle la parole des salariés » (Editions du Cerisier). Il était déjà venu à l’UPJB présenter ce dernier livre en novembre 2018. Il a enquêté au cours de ces derniers mois sur l’activité autonome des collectifs de travail pendant la crise du Covid. Il présentera de nombreux exemples dans des activités très diverses comme un centre de planning familial, la sous-traitance de l’industrie, l’hôpital, etc…

Vous pouvez voir ou revoir les visioconférences organisées par l’UPJB sur la crise du Covid et les inégalités sociales qu’elle révèle et amplifie

Le travail au centre des conflits politiques en temps de Covid (mai 2020 : Laurent Vogel)

Le procès historique contre la direction de la STIB pour le droit de retrait (janvier 2021 : Sophie Remouchamps et Oliver Rittweger de Moor)

La santé mentale en temps de Covid (mars 2021 : Manu Gonçalves)

Les travailleuses des titres-services pendant la crise du Covid : conditions de travail et luttes syndicales (avril 2021 : Marie Virginie Brimbois, Loretta Tamietto, Catherine Mathyet Sébastien Dupanloup)

Les événements