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[Lettre ouverte] Liberté pour Mahmoud Nawajaa

Le 30 juillet dernier, Mahmoud Nawajaa, coordinateur du Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) était arrêté en pleine nuit par les forces d’occupation israéliennes à son domicile de Kfar Abu Qash (Cisjordanie). Il est depuis détenu illégalement, au mépris de ses droits fondamentaux.

Face à cette nouvelle offensive contre les défenseurs des droits humains en Israël/Palestine, L’UPJB s’est associée à d’autres organisations pour interpeller les Ministres des Affaires étrangères Philippe Goffin et de la Coopération au développement Alexander de Croo.

Bruxelles, le 11 août 2020

A l’intention de :

M. Philippe Goffin, Ministre des Affaires étrangères
M. Alexander de Croo, Ministre de la Coopération au développement

Objet:  Liberté pour Mahmoud Nawajaa

Messieurs les Ministres,

Nous, les organisations soussignées, souhaitons exprimer notre profonde inquiétude concernant le sort de Mahmoud Nawajaa, un défenseur palestinien des droits humains très respecté. En tant que leader communautaire et coordinateur du Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS), il a défendu avec passion les droits du peuple palestinien sous l’occupation israélienne.

Il a été arrêté par les forces d’occupation israéliennes en pleine nuit et emmené loin de sa femme et de ses jeunes enfants. Depuis lors, il est détenu dans une prison israélienne sans inculpation ni accès à son avocat, ce qui constitue un acte de déportation illégale.

L’arrestation de Mahmoud Nawajaa n’est qu’un exemple de la répression systématique des dirigeants politiques/communautaires, des défenseurs des droits humains et des intellectuels par le gouvernement israélien.

Veuillez trouver en annexe un courrier sur le sujet adressée au Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’UE Josep Borrell et au chef de la délégation de l’UE en Cisjordanie et dans la bande de Gaza Tomas Niklasson de la part de la Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine (ECCP), qui représente 40 organisations de la société civile et ONG européennes. Nous soutenons cette lettre et  vous demandons d’utiliser votre pouvoir diplomatique pour libérer Mahmoud Nawajaa. Amnesty International considère également Mahmoud Nawajaa comme un prisonnier de conscience et a publié une déclaration réclamant sa libération.

La Belgique et l’UE sont tenues de défendre le respect des droits fondamentaux tels qu’ils sont inscrits dans la Déclaration des droits de l’Homme. En tant que ministres représentant la Belgique, vous avez le pouvoir de vous adresser au gouvernement israélien pour qu’il mette fin à la détention illégale de défenseurs des droits de l’Homme et de militants politiques.

Confiants en votre foi dans la défense des droits humains, nous espérons que vous considérerez vous aussi qu’il est de notre devoir d’exiger du gouvernement israélien la libération de Mahmoud Nawajaa et des autres prisonniers politiques.

En vous remerciant pour l’attention réservée à la présente et dans l’espoir d’une action rapide, nous vous prions d’agréer, Messieurs les Ministres, l’expression de toute notre considération.

Signataires:

Association Belgo-Palestinienne (ABP)

Belgian Campaign for Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI)

CNCD-11.11.11.

De-Colonizer ASBL

Een Andere Joodse Stem (EAJS)

European Coordination for Committees and Associations for Palestine (ECCP)

PAlestina SolidariteitSolsoc

Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB)

Viva Salud

Vrede vzw

image courtesy of: Association Belgo-Palestinienne Wallonie-Bruxelles asbl

[Théâtre musical] « Ce qui marche, c’est la promenade »

Une pièce (en)chantée interprétée par des comédien·ne·s de l’UPJB et de la troupe du CPAS de St-Gilles.

Un cybercafé, là où se croisent des visages longs ou ramassés, pâles ou hâlés, sans âges ou fatigués, lieu des voyages immobiles. La pièce commence avec ces va-et-vient, avec ce passé qui parfois ne passe pas, avec la lueur d’hier qui éclaire demain. Et l’on rit. L’on attend.
Et l’on chante. Et l’on saute de Babel aux Bas-Fonds, avec ici et là, une mer à traverser…
Et l’on marche, pour voir ce qui marche. Et ce qui marche ? Entre Saint-Gilles et Dakar, entre Malines et Moscou, Pékin, Gibraltar, Ouagadougou, Liège par hasard, ce qui marche, sans doute… c’est la promenade.

Équipe artistique
Pour accompagner la quinzaine de comédien·ne·s amateur·e·s , la production du spectacle a fait appel à une équipe professionnelle avec : Serge Kribus à l’écriture des textes sur un élan d’Elias Preszow, Noémi Tiberghien à la mise en scène ; NP à la composition de musiques originales et Miko Bukowski pour en réaliser les arrangements, diriger les comédien·ne·s chanteur·se·s et composer les musiques de plateau.

Une coproduction de l’UPJB et du CCJF
Avec le soutien de la COCOF, de la Commune de St-Gilles, du CPAS de St-Gilles et de la Cité des jeunes.

 

Pour les réservations, c’est sur le site du Jacques Franck !

[Communiqué] La lutte contre l’antisémitisme est trop importante pour être laissée aux nationalistes israéliens

Communiqué commun de l’Association belgo-palestinienne (ABP), de l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) et de De-colonizer ASBL sur les accusations d’antisémitisme envers Rajae Maouane

Depuis 24 heures, la coprésidente d’Ecolo Rajae Maouane fait l’objet d’attaques d’une violence inouïe la part de la Ligue Belge contre l’Antisémitisme (LBCA). Son crime ?  Avoir posté mardi en “story” l’image d’un combattant palestinien faisant tournoyer un lance-pierre, sur une chanson d’accompagnement, ”Wein Al Malayeen”, succès de la chanteuse libanaise Julia Boutros composé suite à l’intervention israélienne de 1982 lors de la guerre du Liban, appelant à la résistance contre Israël. Pour la LBCA, ce post inciterait au « passage à l’acte antisémite», et serait «lepoint d’orgue d’un dévoiement antisémite constaté depuis plusieurs années dans le chef du parti des Verts ».

Un rapide examen des pièces du « dossier » suffit à dégonfler ces accusations. La chanson incriminée est bien un chant guerrier, mais elle ne contient nulle trace d’appels à la haine des Juifs et se focalise surtout sur la passivité des dirigeants arabes face à Israël, dont les crimes de guerre commis à l’époque étaient encore frais dans les mémoires. Et si les attaques contre des civils, quels qu’ils soient, sont évidemment condamnables, on voit mal  en quoi l’illustration d’un lanceur de pierre entouré de soldats pourrait signifier autre chose qu’un soutien au droit légitime des Palestiniens à la résistance. Par ailleurs, aucun positionnement d’Ecolo ne permet d’attester une supposée dérive antisémite de sa part.

Que la LBCA, dont l’engagement passé de son président Joël Rubinfeld à la droite radicale en Belgique et la proximité avec le camp nationaliste israélien sont notoires, use de pareilles méthodes ne devrait pas étonner. Il est plus surprenant que de nombreux médias aient relayé une accusation aussi vide de contenu, qui jette l’opprobre sur le mouvement de solidarité avec la cause palestinienne.

La lutte pour les droits des Palestiniens repose sur la défense du droit et des aspirations à la justice et à l’égalité. Elle est donc incompatible avec toute forme de racisme, et donc d’antisémitisme, lequel doit être dénoncé implacablement lorsqu’il se manifeste.

Avec tout autant de force doit être dénoncée l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme par les soutiens à l’entreprise coloniale et criminelle israélienne, en particulier dans la période actuelle si critique pour les victimes de celle-ci, laquelle appelle plus que jamais à une solidarité sans failles.

L’UPJB, l’ABP et De-Colonizer ASBL apportent leur soutien inconditionnel à la coprésidente d’Ecolo face aux calomnies dont elle fait l’objet, ainsi qu’à toutes celles et à tous ceux qui font les frais des mêmes campagnes d’intimidation en raison de leur engagement pour les droits humains en Israël/Palestine.

[Manifestation] ViaVelo 2021

Sortez vos vélos, protestons ensemble !
Le samedi 29 mai 2021, Via Velo Palestina roulera pour dire
NON à l’apartheid israélien – AXA, complice de l’apartheid israélien
  • 10h15 : Rendez-vous au Cinquantenaire (côté Schuman) décoration des vélos, consignes
  • 11h00 : Départ
  • 13h30 : Pique-nique(à emporter) au parc de Tour & Taxis
  • 16h : Arrivée festive au Parc de Tour et Taxis
Contacts:
– 0499 14 74 46 – 0498 61 56 70
– via.velo.palestina@gmail.com
viavelopalestina.be
****** NL ******
Haal je fiets van stal en sluit je aan bij ons protest!
Op zaterdag 29 mei 2021 organiseert Via Velo Palestina een fietstocht door Brussel
STOP aan de Israëlistische apartheid!
STOP aan de medeplichtigheid van AXA!
  • 10u15 : Afspraak aan het Jubelpark (kant van het Schumanplein) versieren van de fietsen, richtlijnen
  • 11u00 : Vertrek
  • 13u30 : Picknick (zelf meebrengen) aan het park van Tour & Taxis
  • +/- 16u : Feestelijk aankomst aan de park van Tour&Taxis
Contact:
– 0499 14 74 46 — 0498 61 56 70
– via.velo.palestina@gmail.com
– viavelopalestina.be

[Appel] Commémoration Nakba 73

À l’occasion des 73 ans de la Nakba, l’UPJB s’associe à l’Association Belgo-Palestinienne pour vous convier à un rassemblement pour commémorer ce moment fondateur, tant du drame subi par les Palestiniens que de leur résistance acharnée. 

Samedi 15 mai à 15h Place de l’Albertine.

Entre 1947 et 1949, les forces sionistes ont procédé au nettoyage ethnique et à la destruction de plus de 500 villages et villes de Palestine, contraignant à l’exil plus de 750 000 Palestiniens et s’emparant de 78 % des terres de la Palestine historique pour y fonder leur État.

Connu sous le nom de Nakba, ou catastrophe en arabe, ce déplacement forcé de population fait qu’aujourd’hui, plus de 7 millions de Palestiniens vivent en tant que réfugiés ou exilés, privés du droit – pourtant consacré par les résolutions de l’ONU – de retourner sur les terres dont eux-mêmes ou leurs familles ont été expulsés par la force.

Le déplacement forcé de la population palestinienne n’a pas pris fin avec la fondation de l’État d’Israël en 1948. En effet , tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite, ont poursuivi depuis et poursuivent inlassablement jusqu’à ce jour la même politique de nettoyage ethnique qui vise à faire fuir les Palestiniens de leurs terres convoitées de Cisjordanie et de Jérusalem-Est occupées depuis 1967 avant de les annexer à Israël.

Ainsi, malgré la crise du coronavirus, les expulsions et démolitions de maisons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est se sont accélérées de façon fulgurante ces derniers mois. A l’heure actuelle, des centaines de Palestiniens de Jérusalem-Est font face à des ordres d’expulsion de leurs maisons, notamment dans les quartiers de Sheikh Jarrah et de Silwan. Les habitants de la communauté de Humsa al-Fawqa, dans la vallée du Jourdain, ont quant à eux vu leur village démoli plus de 5 fois depuis le début de l’année.

Ces persécutions sont constitutives du crime d’apartheid, comme le dénoncent nombre d’organisations de défense des droits humains tant israéliennes, palestiniennes qu’internationales. Il incombe donc à la Belgique d’agir pour que l’autorité qui le pratique soit tenue pour responsable, et de défendre le droit inaliénable des Palestiniens exilés à retourner sur leurs terres.

Organisé par : Association Belgo-Palestinienne WB, Communauté palestinienne en Belgique , CVDT, Forum démocratique palestinien en Europe, Intal,  Palestina Solidariteit, Plateforme Charleroi Palestine, Rassemblement des démocrates arabes en Belgique, Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), Viva Salud,…

 

En savoir plus :

[Rassemblement] Commémoration – Nakba 73

À l’occasion des 73 ans de la Nakba, l’UPJB s’associe à l’Association Belgo-Palestinienne pour vous convier à un rassemblement pour commémorer  de ce moment fondateur tant du drame subi par les Palestiniens que de leur résistance acharnée. 

Ce rassemblement aura lieu le samedi 15 mai à 15h à la place de l’Albertine.

Entre 1947 et 1949, les forces sionistes ont procédé au nettoyage ethnique et à la destruction de plus de 500 villages et villes de Palestine, contraignant à l’exil plus de 750 000 Palestiniens et s’emparant de 78 % des terres de la Palestine historique pour y fonder leur État.

 

Connu sous le nom de Nakba, ou catastrophe en arabe, ce déplacement forcé de population fait qu’aujourd’hui, plus de 7 millions de Palestiniens vivent en tant que réfugiés ou exilés, privés du droit – pourtant consacré par les résolutions de l’ONU – de retourner sur les terres dont eux-mêmes ou leurs familles ont été expulsés par la force.

Le déplacement forcé de la population palestinienne n’a pas pris fin avec la fondation de l’État d’Israël en 1948. En effet , tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite, ont poursuivi depuis et poursuivent inlassablement jusqu’à ce jour la même politique de nettoyage ethnique qui vise à faire fuir les Palestiniens de leurs terres convoitées de Cisjordanie et de Jérusalem-Est occupées depuis 1967 avant de les annexer à Israël.

Ainsi, malgré la crise du coronavirus, les expulsions et démolitions de maisons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est se sont accélérées de façon fulgurante ces derniers mois. A l’heure actuelle, des centaines de Palestiniens de Jérusalem-Est font face à des ordres d’expulsion de leurs maisons, notamment dans les quartiers de Sheikh Jarrah et de Silwan. Les habitants de la communauté de Humsa al-Fawqa, dans la vallée du Jourdain, ont quant à eux vu leur village démoli plus de 5 fois depuis le début de l’année.

Ces persécutions sont constitutives du crime d’apartheid, comme le dénoncent nombre d’organisations de défense des droits humains tant israéliennes, palestiniennes qu’internationales. Il incombe donc à la Belgique d’agir pour que l’autorité qui le pratique soit tenue pour responsable, et de défendre le droit inaliénable des Palestiniens exilés à retourner sur leurs terres.

Organisé par : Association Belgo-Palestinienne WB, Communauté palestinienne en Belgique , CVDT, Forum démocratique palestinien en Europe, Intal,  Palestina Solidariteit, Plateforme Charleroi Palestine, Rassemblement des démocrates arabes en Belgique, Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB), Viva Salud,…

En savoir plus :

La page Facebook de l’événement.

La Nakba du peuple palestinien, amplifiée par la Nakba des prisonnier·e·s politiques palestinien·ne·s par Thérèse Liebmann

Palestine et Sahara Occidental: Les dernières colonies occupées

Le 18 mai de 18 à 20 heures, la Plateforme Palestine Watermael-Boitsfort  et le Comité belge de soutien au peuple sahraoui ont le plaisir de vous inviter à une visio-conférence « Palestine et Sahara occidental : les deux dernière colonies occupées », mettant en évidence ce qui les rapproche et les différencie. 

Pour  assister à cette soirée organisée avec le soutien de La Vénerie et des Amis de Monde diplomatique Belgique, votre inscription est nécessaire via l’adresse mail comitebelge.saharaoccidental@gmail.com.

Programme :

-Les mouvements de solidarité avec les peuples palestinien et sahraoui : Pierre Galand, Président du Comité belge de soutien au peuple sahraoui, et de l’Association Belgo- Palestinienne

– La cause sahraouie et palestinienne : vidéos d’introduction

– La question sahraouie et la « Marche verte » : Omar Mih, Représentant du Front Polisario en Belgique

– Les questions sahraouie et palestinienne dans le droit international : Eric David, Professeur émérite de droit international à l’ULB

En cherchant Sahara occidental sur Wikipédia, vous pourrez lire ceci :

« Ancienne colonie espagnole, territoire revendiqué à la fois par le Maroc, la Mauritanie et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD) proclamée par le Front Polisario (Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro) en 1976 ».

« Depuis 1979 (année de la signature du traité de paix entre le Front Polisario et la Mauritanie) le Maroc occupe et contrôle 80% du territoire tandis que le Front Polisario en contrôle 20% laissés par le Maroc derrière un longue mur militaire de sable, le mur de la honte de deux mille sept cents vingt kilomètres de long », avec environ 6 millions de mines antipersonnelles implantées tout au long du mur par l’armée marocaine. Cette zone est considérée aujourd’hui parmi les zones les plus dangereuses du monde. L’histoire est en réalité plus complexe et mouvementée.

Un référendum sur l’autodétermination des peuples promis au peuple sahraoui par l’ONU en 1960, et en 1991, n’a jamais été organisé. Suite à la « marche verte » en 1975, le Maroc envahit la région. Une guerre s’en suit, avec son lot de bombes au Napalm sur la population civile sahraouie, de prisonniers, de réfugiés et de morts.

En lisant ces quelques lignes, on ne peut s’empêcher de penser à la Palestine. Suite à des guerres, les frontières du pays sont définies par de nombreux accords et résolutions de l’ONU jamais appliqués et ni respectés, ceint par un mur, colonisé, en cours d’annexion, avec son quota de prisonniers, de réfugiés et de déplacés.

[Lire] Aharon Appelfeld, dernier été

par Tessa Parzenczewski

 

La maison originelle, le retour vers elle, le séjour en elle, ont nourri chacun de mes livres. Je n’écris pas de livres de souvenirs. La conservation du souvenir et sa congélation sont des actes antiartistiques. Mes écrits ont poussé sur la terre constituée par ce qui m’est arrivé durant mon enfance et ma prime adolescence, et si je les ornais uniquement d’expériences plus tardives, sans la maison originelle — des fondations au toit —, je me noierais dans un océan de réflexions contradictoires. Je ne serais plus accaparé par la littérature mais par des réflexions et des tentatives vaines. La création est toujours liée au mystérieux regard de l’enfant en soi, dont l’empreinte ne peut être transformée par aucune ruse littéraire.

Par ces lignes déjà, Appelfeld nous indique la route à suivre, comment l’accompagner dans ce chemin ténu,  à la recherche de son regard d’enfant sur un univers disparu, lorsque plongé dans son monde intérieur il tente, délicatement, de faire émerger de la brume du temps, aux côtés de ses parents, toute une cohorte de personnages qui ont peuplé son enfance. Ce n’est pas la première fois que l’auteur évoque ses vacances au bord du Pruth, en Bucovine. Séquences heureuses qui scandent son œuvre, en apparence toujours les mêmes, mais jamais pareilles.

Le dernier été au bord du fleuve. Les mêmes estivants juifs se retrouvent chaque année dans les isbas louées aux paysans. Les parents d’Aharon, alors Erwin, nagent dans le Pruth, une nage quasi synchronisée, harmonieuse, comme l’image du bonheur parfait. Hors de l’eau, l’harmonie se fissure. Le père, sceptique, sarcastique, à la parole rare,  jette un regard ironique et impitoyable sur ses voisins, trop bruyants, trop extravertis et intrusifs. La mère,  spontanée, aimante, pleine d’empathie pour son prochain, incarne la face lumineuse du couple. Erwin lit Jules Verne et rêve de devenir écrivain. Petit à petit, les silhouettes prennent vie. Le docteur Zeiger, qui ne vit que pour ses patients, Rosa Klein, voyante, souvent contestée,  P. , jeune femme aux amours contrariés, “l’homme à la jambe coupée”, énigmatique et sentencieux, et celui qui impressionne le plus Erwin, Karl Koenig, l’écrivain, celui qui par bribes, ausculte son propre travail, corrige, à la recherche de l’expression juste, comme un écho ancien aux quêtes exigeantes d’Appelfeld, des années plus tard.

La période n’est pas anodine, fin des années 30, les bruits de guerre s’intensifient. Une angoisse palpable étreint les vacanciers. Les remarques antisémites et les brimades se multiplient. Une procession de paysans armés de bâtons dégénère en mini pogrom, des estivants sont blessés. De toutes parts, insidieusement, monte la menace. Progressivement, les vacanciers quittent les isbas, retournent en ville, vers un futur incertain. Et dans ce climat anxiogène, Erwin évoque une dernière fois les moments de grâce, les repas concoctés par sa mère, partagés en famille, comme l’image emblématique d’un temps irrémédiablement révolu.

“Certains mots déposent en vous de la lumière, vous aidant à forger une image ou une comparaison adéquate, d’autres ne sont, étrangement, que des tas inertes. Si vous êtes chanceux, les mots de lumière paveront votre route, mais le plus souvent, ils sont mêlés aux mots inertes, rendant l’artisanat de l’écriture difficile et décourageant.”

Explorant par petites touches  les labyrinthes individuels  et les frémissements  de la société, Appelfeld est chanceux. Tous ses mots sont de lumière et nous atteignent au plus profond.

AHARON APPELFELD, Mon père et ma mère. Traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti. Éditions de l’Olivier. 298 p. 22€

Sarah Halimi : une nouvelle affaire juive ?

par Henri Goldman

Sarah Halimi fut défenestrée à Paris en avril 2017 par un de ses voisins, Kobili Traoré, au cri de « Allah Akbar ». Le 14 avril, au terme d’une longue procédure, la Cour de Cassation a confirmé l’irresponsabilité pénale du meurtrier qui ne sera pas déféré devant la Cour d’Assises. Cette décision de Justice a provoqué une intense émotion dans la communauté juive française qui s’insurge contre le refus de poursuivre devant les tribunaux un acte dont le caractère antisémite a pourtant été reconnu. Mais le meurtrier avait agi sous le coup d’une « bouffée délirante » stimulée par une prise massive de cannabis, quoique le trouble psychiatrique dont son état témoignait était plus profond. C’est ce qu’ont établi les sept experts qui l’ont examiné, dont Paul Bensussan qui explique, dans Marianne, pourquoi « l’irresponsabilité pénale s’imposait ». Kobili Traoré échappera à la prison, mais le sort qui l’attend dans une institution psychiatrique fermée n’est assurément pas plus enviable.

Le principe selon lequel « on ne juge pas les fous » ne se discute pas en droit français. Mais l’émotion a été telle que le président Macron envisagerait de réviser la loi qui la fonde « en surfant sur l’émotion ». Dans de nombreux cas similaires, ce type de décision n’a pas fait de vague, mais la suspicion d’antisémitisme lui donnait ici un autre retentissement. Une campagne s’est mise en branle qui n’hésite pas à parler de complaisance face à un « nouvel antisémitisme ». On peut en lire l’analyse nuancée sur le site de l’association Memorial 98, qu’on ne peut suspecter de complaisance à l’égard de l’antisémitisme.

En Belgique, le CCOJB a relayé l’émotion des Juifs français dans cette carte blanche, où il conteste à son tour l’avis des experts. Son texte a été cosigné par une brochette de parlementaires. Avec une élue du CDH, on n’y trouve que des élus libéraux (9) et de Défi (3), soit les deux partis qui draguent ouvertement l’électorat juif. Personne du PS, d’Ecolo ou du PTB, comme si ces partis étaient insensibles à l’antisémitisme. Prendre cette lutte nécessaire en otage dans la concurrence politique entre la gauche et la droite n’est pas le meilleur service qu’on puisse lui rendre.

 

© Photo : Claude Truong-Ngoc – Collage pour Sarah Halimi à Paris rue des Deux-Ponts

[Analyse] “Nous pouvons continuer à nous mentir sur l’ « Apartheid », mais Israël a franchi la ligne” par Gideon Levy

Human Rights Watch (HRW), l’une des organisations de défense des droits de l’homme les plus respectées, a déclaré qu’Israël avait franchi la ligne rouge et était coupable de crimes contre l’humanité et d’instaurer un régime d’apartheid.

Il est bien sûr possible de débattre sans fin sur Benyamin Netanyahou, de mettre en garde avec beaucoup de pathos contre les terribles dommages causés à la célèbre démocratie israélienne et à son État de droit. Nous pouvons continuer à nous leurrer, à profiter de la vie et à mentir comme bon nous semble. Mais lorsque les rapports s’accumulent – en janvier, c’était un rapport de l’organisation israélienne B’Tselem (voir l’article sur ce site du 13 janvier 2021) et maintenant celui de l’organisation américaine HRW – on ne peut pas continuer à prétendre que le crachat qui nous est lancé au visage est de la pluie. Un crachat est un crachat. Cela oblige les Israéliens dotés d’une conscience à réfléchir au pays dans lequel ils vivent, et oblige les divers gouvernements à se demander s’ils vont continuer à accepter un pays doté d’un tel régime.

Le ministère des Affaires étrangères peut dénoncer le rapport publié mardi 27 avril autant qu’il le souhaite – accuser HRW d’être anti-israélien et antisémite, et qualifier ses affirmations de « grotesques et fausses ». Il peut continuer à poser des questions sur la Syrie, en oubliant que personne ne soutient la Syrie au même titre qu’Israël est appuyé. Les médias israéliens peuvent continuer à minimiser la valeur du rapport ou à ignorer son existence pour satisfaire leurs clientèles. Mais en fin de compte, quelque chose se passe devant nos yeux fermés. L’illusion du caractère éphémère de l’occupation [depuis 1967] est en train de s’estomper, et le faux charme d’Israël en tant que démocratie va être brisé.

Il n’y a plus aucun moyen de contester le diagnostic d’apartheid. Seuls des propagandistes menteurs peuvent prétendre qu’Israël est une démocratie alors que des millions de personnes y vivent depuis des décennies sous l’un des régimes militaires les plus tyranniques au monde. Il n’y a non plus pas moyen d’éviter le fait que les trois éléments de l’apartheid selon le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (voir article 7, par. 2h, comportant la définition des crimes contre l’humanité), qui sont décrits dans le rapport de HRW, existent en Israël : maintien de la domination d’un groupe racial sur un autre, oppression systématique du groupe marginalisé et actes inhumains.

Qu’est-ce qui n’existe pas exactement dans le régime de suprématie juive en terre d’Israël ? N’y a-t-il pas d’oppression systématique ? Pas de domination ? Pas d’actes inhumains ? Ils se produisent chaque nuit, même s’il n’y a personne pour le signaler et personne qui veuille le savoir. Et qui peut encore soutenir, sans éclater de rire, que l’occupation est simplement défensive et que sa fin se profile à l’horizon ? Si elle n’est pas temporaire et pas équitable, alors qu’est-ce sinon l’apartheid ? Nous n’avons pas besoin de B’Tselem ou de HRW pour le savoir.

Mais le monde a besoin d’eux. Quelqu’un doit réveiller le monde de son sommeil moral et le sortir de sa zone de confort, dans laquelle Israël est son chouchou qui ne peut jamais être blessé, l’avant-poste de l’Occident contre les barbares islamiques.

Les États-Unis de Joe Biden commencent à montrer des signes de distanciation vis-à-vis d’Israël, mais il se pourrait qu’il s’agisse simplement d’une distanciation vis-à-vis de Netanyahou. Quand le Satan s’en ira, les États-Unis pourraient à nouveau embrasser Israël et l’amener à un autre « processus de paix » inutile. L’Europe occidentale, dont les gouvernements attendent avec impatience le feu vert des États-Unis pour mettre en œuvre ce que souhaite une grande partie de leur opinion publique – faire respecter le droit international et punir ceux qui le violent – est toujours accablée par des sentiments de culpabilité et a cédé à la nouvelle définition internationale de l’antisémitisme du lobby sioniste, qui criminalise toute critique forte de l’occupation [1].

Mais lorsque d’importantes organisations internationales affirment ce qui est depuis longtemps une réalité, à savoir qu’Israël est bel et bien un État d’apartheid, on ne peut plus détourner le regard à Washington, Berlin, Paris et Londres. Quelqu’un là-bas doit également se demander: sommes-nous autorisés à traiter le deuxième État d’apartheid avec les mêmes outils que ceux utilisés contre le premier [Afrique du Sud] ? Pourquoi pas ? Parce que les Blancs ici sont des Juifs ? Parce qu’il y a eu un Holocauste ? Quelle différence cela fait-il ?

B’tselem et HRW sont les hirondelles qui annoncent la venue de l’automne, ou plutôt du printemps. Il viendra quand on comprendra à Tel-Aviv que nous vivons dans un État d’apartheid, et quand Washington en tirera les conclusions inévitables.

Gideon Levy

Opinion publiée dans le journal Haaretz, le 28 avril 2021 traduction par la rédaction d’À l’Encontre

 

[1] Face à la diffusion de la position assimilant toute critique de l’État hébreu à de l’antisémitisme, voir la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme (ndlr UPJB, voir aussi la traduction française de la Déclaration sur notre site)  « est un outil d’identification, de confrontation et de sensibilisation à l’antisémitisme tel qu’il se manifeste aujourd’hui dans les pays du monde entier. Elle comprend un préambule, une définition et un ensemble de 15 lignes directrices qui fournissent des indications détaillées à ceux et celles qui cherchent à reconnaître l’antisémitisme afin d’élaborer des réponses. Elle a été élaborée par un groupe de chercheurs dans les domaines de l’histoire de l’Holocauste, des études juives et des études sur le Moyen-Orient afin de répondre à ce qui est devenu un défi croissant: fournir des conseils clairs pour identifier et combattre l’antisémitisme tout en protégeant la liberté d’expression. Elle compte plus de 200 signataires. (Réd. À l’Encontre)

 

La Nakba du peuple palestinien, amplifiée par la Nakba des prisonnier·e·s politiques palestinien·ne·s

Le terme “Nakba” est généralement utilisé pour désigner la catastrophe, le désastre que représente pour les Palestinien·ne·s l’exode d’environ 800.000 d’entre eux-elles, conséquence directe de l‘indépendance de l’État d’Israël en 1948. La Nakba se poursuit de nos jours, tant pour les Palestinien·ne·s de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et de Gaza que pour les celles et ceux d’Israël (citoyen·ne·s de seconde zone).

 

Presque toutes les familles subissent une Nakba supplémentaire du fait que chacune d’elles a au moins un·e de leurs membres qui a connu ou connaît les geôles israéliennes. Ce problème a pris une telle importance chez les Palestiniens que, depuis 1975, ils ont instauré chaque 17 avril une Journée Internationale de solidarité avec les prisonnier·e·s palestininien·ne·s.

Ainsi, en ce début mai 2021, nous sommes à mi-chemin entre la date du 17 avril, la journée des prisonnier·e·s politiques, et le 15 mai, date de la commémoration de la Nakba de 1948.

À l’occasion du 17 avril dernier, l’ABP (Association belgo-palestinienne) a publié les chiffres suivants :

  • Israël détient environ 4500 prisonnier·e·s palestinien·ne·s dans ses prisons et centres de détention, dont 140 enfants, 36 prisonnières et 450 détenu·e·s administratifs. 
  • Près de 700 détenu.e.s souffrent de maladies, dont 300 d’entre eux de maladies chroniques ou graves.
  • Parmi les prisonnier.e.s, 25 étaient déjà détenus avant les accords d’Oslo de 1993. 13 d’entre eux sont détenus depuis plusieurs décennies, tels que Karim et Maher Younis (depuis 38 ans) et Nael Barghouti (depuis 40 ans).
  • Les prisonnier.e.s palestinien.ne.s sont détenu.e.s dans des conditions difficiles, victimes de négligences médicales et 400 ont été atteint.e.s de la Covid-19. Quatre prisonniers, comme Kamal Abu Wa’er, sont décédés en raison de négligences en matière de soins de santé.
  • Du fait de maladies contractées dans les prisons 227 prisonnier.e.s palestinien.ne.s sont mort.e.s dans les prisons.
  • En outre, des centaines de prisonniers sont morts après avoir quitté la prison du fait de maladies contractées dans les prisons de l’occupation depuis 1967 .

J’ajoute que les lieux de détention sont situés en territoire israélien, ce qui est une violation du Droit International, selon lequel la puissance occupante — et colonisatrice — doit détenir les résidents du territoire occupé dans des prisons situées dans ce territoire occupé. La principale conséquence pour les prisonnier·e·s est qu’iels ne reçoivent que très rarement les visites des membres de leur famille car il est difficile pour ceux-ci d’obtenir une autorisation de venir en territoire israélien.

En outre, il arrive fréquemment que les Israéliens procèdent, sans raison valable, à des arrestations et des emprisonnements. Il s’agit alors de détention administrative. Cette mesure, héritée du mandat britannique, est une négation des droits fondamentaux des détenu·e·s, contraire à la démocratie et interdite, elle aussi, par le Droit Internatonal. Mais cela, Israël n’en a cure.

Un ordre de détention administrative peut durer de deux à six mois, mais la mesure peut être reconduite arbitrairement plusieurs fois. Il est donc possible de passer plusieurs années en détention administrative. Les autorités d’occupation peuvent faire valoir qu’elles disposent d’« éléments de preuve secrets » dont ni l’intéressé, ni ses avocats ne sont en droit de connaître la nature. Des Palestinien·ne·s sont ainsi emprisonné·e·s pour une durée indéterminée et sans possibilité de faire appel à un·e avocat·e ou de se défendre, puisque leur dossier est soi-disant secret.

De nombreux ancien·ne·s détenu·e·s racontent qu’un nouvel ordre de détention leur a été adressé le jour même de leur libération, les obligeant ainsi à faire demi-tour pour entamer une nouvelle période de détention.

Les souffrances des prisonnier-e-s sont quotidiennes et de tous les instants :

  • les cellules sont infestées d’insectes, de cafards et de rats ; les matelas et les couvertures sont humides et sentent mauvais ; les égouts débordent dans les cellules.
  • à ce manque total d’hygiène s’ajoutent de graves problèmes de santé, qui ne sont guère traités médicalement ;
  • l’insuffisance du personnel de la santé se fait d’autant plus sentir que les rares personnes affectées à la santé des prisonnier·e·s ne parlent pas l’arabe, mais l’hébreu ;
  • près de la moitié des prisonnier·e·s souffrent de maladies traitables mais non traitées, comme l’asthme, le diabète, les maladies des reins et des yeux ;
  • et quand il y a traitement, il est extrêmement médiocre. « Quelle que soit la plainte, on nous traite avec de l’aspirine et un verre d’eau ».
  • iels sont souvent frappé·e·s et insulté·e·s.

La condition des femmes est encore bien plus pénible : elles sont souvent harcelées sexuellement et humiliées par des fouilles corporelles intrusives au cours desquelles des policiers, généralement masculins, les obligent à se dénuder complètement, ce qui est considéré comme une humiliation extrême dans la culture musulmane.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU a d’ailleurs édicté une résolution (1325) appelant toutes les parties en conflit à prendre des mesures spéciales pour protéger les femmes et les jeunes filles. Mais les policiers israéliens n’en ont cure et préfèrent humilier les femmes. Celles qui refusent cette humiliation sont, en outre, placées en cellules d’isolement.

J’ajoute que certaines femmes, arrêtées alors qu’elles étaient enceintes, ont dû accoucher avec les jambes liées jusqu’au moment même de l’expulsion de l’enfant.

Le sort des enfants arrêtés est, lui aussi, particulièrement pénible et angoissant, d’autant plus que, pendant la pandémie de COVID-19, le gouvernement israélien continue à emprisonner des enfants palestiniens, les mettant ainsi en danger de contracter le virus.

Je me permets de reprendre ici un extrait d’une brochure publiée par la Platerforme Palestine intitulée “Enfances brisées. Les enfants palestiniens, cible privilégiée de la répression israélienne” (2019).

Plus de 12 000 enfants palestiniens sont passés entre les mains des forces de sécurité israéliennes depuis 2000, soit entre 500 et 700 par an. Arrêtés, violentés et parfois torturés, interrogés, détenus, poursuivis et, le plus souvent, condamnés à l’issue d’un procès inique, ces mineurs sortent brisés du système de détention militaire israélien.

Les enfants sont parmi les premières victimes de la répression, ils sont délibérément ciblés par les autorités israéliennes. Entre 500 et 700 mineurs palestiniens âgés de 12 à 18 ans sont détenus dans des prisons militaires israéliennes et poursuivis par la justice militaire.Dans la plupart des cas, ils sont accusés d’avoir jeté des pierres et sont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de quelques jours à plusieurs mois, mais elles peuvent parfois atteindre plusieurs années. 

Ces chiffres ne reflètent cependant pas la situation globale des mineurs palestiniens et les persécutions à leur encontre. ils peuvent en effet être détenus et interrogés pendant quelques heures ou quelques jours, puis relâchés. De ce fait, de nombreuses arrestations ne sont pas documentées. 

Les arrestations, interrogatoires et condamnations servent autant à punir les enfants qu’à les dissuader, eux et leurs familles, de résister à l’occupation. A travers l’arrestation des enfants, c’est la société palestinienne dans son ensemble qui est fragilisée : déscolarisation, dépression, peur d’une nouvelle arrestation, peur de la torture, désintégration des liens familiaux et sociaux. Le système de détention israélien est une véritable punition collective. 

Ce faisant, au-delà des dommages immédiats infligés à la communauté, la politique de répression des enfants impacte l’avenir de la société palestinienne et, à travers elle, les chances de succès de tout processus de paix. Car les mineurs, actuellement aux prises avec le système militaire israélien de répression et de justice, sont les citoyens qui construisent l’avenir de la Palestine ».

Je mets en exergue cette dernière phrase parce que je crains que, si la politique israélienne ne change pas de cap, le système d’apartheid qu’elle a instauré pourrait être encore plus désastreux pour toute la population palestinienne, tant d’Israël, que de Jérusalem, de Cisjordanie et de Gaza.

Quelques associations israéliennes s’opposent à cette politique faite de répression, de sévices, de coercition et de condamnations. Mais les citoyen-ne-s qui en font partie sont minoritaires.

Je citerai, à titre d’exemples :

  • WOPFF (Women’s Organization for Poiitical Prisoners) : cette Organisation d’Israéliennes pour les Prisonnières Politiques fut fondée par Hava Keller en 1988, au début de la Première Intifada, dans le but de soulager les détenues palestiniennes, notamment en leur donnant l’occasion de consulter un-e avocat-e qui puisse les défendre devant les Cours Militaires.
  • Gush Shalom (Bloc de la Paix), fondé par Uri Avnery en 1993.
  • Les refuznik : ces jeunes filles et garçons qui refusent de servir dans l’armée, ce qui est considéré comme une trahison. Iels risquent donc une peine de prison et, à plus long terme, des difficultés d’ordre personnel et professionnel.
  • Deux ONG israéliennes, B’Tselem (dont l’objectif est de documenter les violations des droits humains dans les territoires occupés) et Hamoked (Centre pour la défense de l’individu) ont beau dénoncer les tortures systématiques infligées par le Shin Bet (service de sécurité intérieure), les responables israéliens n’en poursuivent pas moins leur politique répressive.

De même, les autorités israéliennes ne se laissent pas déstabiliser par les jugements, voire les injonctions, venant d’instances internationales, comme:

  • Amnesty International qui enregistre les détentions arbitraires, les procès inéquitables, les tortures et autres mauvais traitements ;
  • CPI (Cour Pénale Internationale) : comme les Israéliens refusent aux Palestiniens la capacité de se défendre juridiquement, ces derniers ont saisi la Cour Pénale Internationale de La Haye. A quoi Benjamin Netanyahu a immédiatement rétorqué qu’Israël, ne reconnaissant pas la CPI, ne compte pas collaborer à cette enquête et il ajoute :« Nous allons faire comprendre clairement qu’Israël est un pays avec une règle de droit qui sait enquêter sur lui-même. »

L’Etat d’Israël ignore ainsi superbement le Droit International.

Avec cet état d’esprit et dans ces conditions, même si Benjamin Netanyahou n’est plus Premier Ministre, il est difficile d’imaginer la fin de la « double Nakba ».

Thérèse Liebmann

[Entretien] Les « madrés » contre les violences policières : Rencontre avec Latifa Elmcabeni et Claudine Van O

Logée à Saint-Gilles depuis tant d’années et mobilisée sur de nombreuses problématiques socio-politiques qui agitent notamment la commune, notre UPJB se devait de rencontrer ce Collectif des Madrés dont l’actualité s’est faite l’écho ces deux dernières années. Ce dimanche 9 mai, à l’occasion de la fête des mères, elles organisent une manifestation pour exiger l’égalité et la justice pour les enfants et les jeunes qui subissent des violences policières dans leur quotidien.

Ava Silovy, Hannah Vanderghinst-Lachterman et Alain Lapiower ont rencontré Latifa Elmcabeni et Claudine Van O, toutes deux membres du Collectif le 26 avril 2021.

Claudine Latifa, peux-tu nous expliquer comment est né le « Collectif des Madrés » et pourquoi ?

Latifa : Le collectif des Madrés est né en 2018 avant une première interpellation du Conseil Communal. C’est un groupe de mamans qui s’est donné pour mission de lutter contre les discriminations que subissent les jeunes du bas de Saint-Gilles et de sensibiliser le public sur les difficultés en matière de réinsertion, prison, emploi, enseignement, décrochage scolaire… Notre deuxième mission est en rapport avec les violences policières dont ces jeunes sont victimes. Faire connaître les droits, en parallèle avec la Ligue des Droits Humains, travailler avec les maisons de jeunes, et puis sensibiliser les parents, parce que les violences policières c’est un sujet tabou et il est difficile de libérer la parole. Dans notre quartier, mais le problème se pose aussi dans tout Bruxelles et même à l’étranger… La question du racisme existe depuis longtemps, ce n’est pas nouveau. Moi je suis de la « deuxième génération », mais la 3ème, nos enfants, je crois qu’elle subit encore plus de discriminations et ce sont souvent des mineurs. C’est l’âge hyper fragile où on cherche son identité, où on fait tout un travail sur l’estime de soi ; les discriminations et la violence policière ont un impact énorme sur la santé mentale de nos enfants et c’est comme ça que tout a démarré.

En 2017, je m’intéressais beaucoup à la réinsertion après les séjours en IPPJ1 ou en prison… Je me faisais toujours cette réflexion : pourquoi notre communauté est majoritaire dans les statistiques de personnes incarcérées ? Pas un seul jeune qui n’avait pas fait un séjour en IPPJ  (“Institut Public de Protection de la Jeunesse”, centre fermé d’accueil et de rééducation considéré souvent comme une prison pour mineur) ou en prison, c’était devenu presque « normal », on constatait même une sorte de concurrence entre les jeunes, t’es un homme si tu as été en prison ! Quand un gamin te dit « la prison c’est cool », moi ça m’interpelle. Beaucoup de jeunes s’accrochent à la délinquance, faut pas se voiler la face, on a un problème de délinquance à Saint-Gilles, et j’ai voulu vraiment comprendre… On est pas délinquant dès la naissance, c’est tout un parcours au niveau familial, social, scolaire… Il y a déjà beaucoup de discrimination en classe primaire, beaucoup d’enfants sont orientés vers l’enseignement spécialisé et si tu tombes dans cette filière tu es considéré comme handicapé. Puis nos enfants sont tout de suite relégués dans l’enseignement professionnel, puis ils décrochent… Tout est fait pour qu’ils n’aient pas leur place et donc beaucoup de jeunes tombent dans la délinquance pour montrer à la société qu’ils existent… Chaque jeune joue un rôle, celui d’un personnage fictif où il se sent important.

Donc j’ai voulu essayer de comprendre tout cela et je me suis rendu compte que la plupart subissaient des violences policières, et mes propres enfants aussi. En tant que maman, je ne pouvais pas rester insensible, j’avais de la souffrance, de la haine même. Et mon premier réflexe a été de m’adresser aux institutions, voir comment elles pouvaient nous aider. C’est comme ça que nous avons fait appel à Bernard Devos, délégué général aux droits de l’enfant. Il est venu à Saint-Gilles récolter des témoignages de façon anonyme et a rédigé un rapport.

C’est grâce à ce rapport, que le 1er mars 2018 j’ai pu faire la première interpellation au Conseil communal. La première revendication a été la diffusion de ce rapport. La Commune ne voulait pas le rendre public ! Mais il y a eu une « fuite » par la RTBF je crois. Lors de cette première interpellation, nous étions quatre mamans face à Charles Picqué, notre bourgmestre. Je me souviens comment on a été accueillies ! On sentait vraiment un racisme institutionnel et j’en éprouvais beaucoup de souffrance… T’aurais dû voir comment il a crié ! Ça m’a fort blessée. Il m’a tout de suite stigmatisée comme “mère de délinquant”, alors que c’était mon droit de signaler ces violences. Il ne voulait rien savoir, un déni total, il disait « pas de plaintes, pas de violences », il avait une confiance totale dans sa police. En fait, c’est un peu grâce à lui que je suis devenue ce que je suis (rires). On voyait la haine qu’il avait vis-à-vis de moi alors que je n’étais pas seule, des citoyens, des travailleurs sociaux me suivaient, mais il ne voulait pas  le reconnaître. Il était au courant, mais il niait, c’était flagrant. Et là, j’ai eu cette impression que je n’avais pas tout à fait ma place en tant que citoyenne belge… Nous avons une carte d’identité belge, mais nous ne sommes pas reconnues, on nous voit comme mères de délinquants, femmes immigrées, islamiques… C’est ce que j’appelle un racisme institutionnel et politique. Un long parcours commençait, des bâtons dans les roues, on en a eu…

 

Latifa lors de sa première interpellation au Conseil communal

Claudine : Ces violences policières dont sont victimes les jeunes du quartier, sont le fait de la « brigade UNEUS » [1] installée par Charles Picqué à Saint-Gilles. Elles ont touché directement les familles car il y a eu des intrusions dans les maisons, de la maltraitance des parents, des frères et sœurs… Elles se sont étendues et des familles d’autres milieux socio-économiques ont été prises dans la tourmente. Ce type de violence existait aussi dans d’autres communes. Jusqu’à la mort d’enfants, Adil, Mehdi, Ibrahima, Ilyes, Akram,… la liste est longue. Le mouvement de protestation s’est étendu et diversifié. Le Collectif des Madrés est devenu une sorte de référence sur cette question des violences policières.

Latifa : UNEUS était censé être un projet pilote de proximité. Par définition, un projet pilote est censé être évalué. Le rapport du délégué aux droits de l’enfant a mis en évidence les dérapages. C’est pour ça que nous demandons une évaluation externe de cette brigade, un suivi des formations ainsi qu’un contrôle démocratique.

Après les deux premières interpellations (il y en a eu quatre en tout), j’ai participé à la réalisation du film « Places Nettes » [2] dans lequel j’évoque ceux que j’appelle les « invisibles », les jeunes violentés. Ces violences existent depuis très longtemps, mais le sujet a toujours été tabou, au point que pour les jeunes c’est devenu presque « normal », ils sont habitués. Une gifle ? Ben c’est pas grave, on fait profil bas, on n’essaie même plus de faire valoir nos droits tellement on a peur de la répression, on dit que porter plainte ne sert à rien…

Il y a donc tout un travail à faire pour que les jeunes et les familles usent de leurs droits, comme faire constater les blessures par un médecin, porter plainte… Ce n’est pas inutile. Les politiques se réfèrent toujours aux statistiques… C’est ce que dit Charles Picqué : « Pas de plainte, pas de problème ». Sur le plan juridique, nous avons des droits et il faut les faire valoir... La brigade UNEUS travaille directement avec le Parquet. Si un jeune se trouve sur les lieux d’un délit, hop, on l’embarque directement et c’est parti, IPPJ ou prison. C’est précisément l’objectif de cette brigade : aller vite, « sécuriser » la commune. Combien de jeunes ont fait de la prison juste parce qu’ils étaient « au mauvais endroit au mauvais moment » ?

Nos enfants ne vivent que ça, on les tire vers le bas. Par exemple un jeune de 14 ans qui joue au foot, les flics arrivent, le provoquent « qu’est-ce que tu fous là ? ». Si le jeune réagit, les flics sortent leur artillerie verbale du style : « vous n’êtes faits que pour la prison, ton frère en a fait », etc.  On les habitue à être harcelés, on leur dit qu’ils ne valent rien, et cette dévalorisation a un énorme impact sur l’éducation. Et là je reviens à la question que je posais au début, pourquoi tant de jeunes de notre communauté sont en prison et en IPPJ ? C’est l’engrenage : décrochage scolaire, délinquance, violences policières…

Un article du Soir s’intéressant au Collectif des Madrés – Janvier 2018

– Alain : Comment réagissent les mamans ? Est-ce que vous cherchez à sensibiliser d’autres mamans, est-ce qu’elles suivent facilement ?

Latifa : En 2018, plusieurs mamans m’ont accompagnée pour la première interpellation. Elles ont vu des policiers d’UNEUS en civil. Elles ont peur et je comprends. Mais c’est trop énorme pour moi, trop grave pour avoir peur. Cette peur, je ne l’ai plus. Soit tu tombes dans la dépression, soit tu milites, j’ai préféré militer. Comme ça je montre l’amour pour mes enfants et qu’il est temps qu’on construise une société plus juste.

Ava : Il faut aussi rassurer les jeunes car les plaintes peuvent se retourner contre eux…

Latifa : Oui il y a la peur. Cette peur des représailles existe dans tous les quartiers. Mais justement, « l’union fait la force », un moment vient où on peut dire stop.

– Claudine : C’est la raison pour laquelle il faut sortir de l’entre-soi communautaire ou géographique (le bas de St-Gilles), ou historique (immigration 1e, 2e, 3e, 4e génération…) ; que les moins exposés, moins fragilisés rejoignent ce combat pour aider à sortir de cette peur, pour que les personnes touchées se sentent soutenues, moins vulnérables et portent plainte.

Latifa : C’est une façon de prévenir ces violences policières. Je vois que les mobilisations ont un impact au niveau politique. En 2012, on était 4 à la première interpellation, on était 200 à la 4e.

– Alain : As-tu l’impression qu’on avance, quelles sont les réactions ?

Latifa : À ce qu’on dit, un budget a été débloqué (il y a déjà deux ans) par la majorité communale pour cette évaluation externe de la brigade UNEUS et qu’elle va être réformée. Mais c’est beaucoup de blabla, il n’y a rien de concret… Il faut savoir que ces interpellations du Conseil Communal, c’est un droit à la « parole citoyenne démocratique », c’est un outil puissant. Je l’ai découvert parce qu’une personne de mes connaissances avait fait une interpellation pour la protection des arbres (rires)…Tu rigoles mais j’ai été la soutenir parce pour nous, dans l’Islam, respecter la nature c’est important, respecter la nature, l’être humain… J’ai constaté que pour les plantes, ça a été vite, ça a été même très vite, la Commune a fait tout ce qu’il fallait ! Mais sur un sujet très grave comme les violences infligées à nos enfants…

Je sais qu’il y a des gens qui sont d’accord avec le bourgmestre, qui ne comprennent pas notre souffrance, qui ne savent rien de nous et qui posent des jugements « c’est encore un mère de délinquant »… Ils organisent des pétitions car ils se sentent insécurisés et demandent encore plus de répression.

– Claudine : J’ai deux enfants et je me souviens comme j’étais malheureuse de certaines injustices subies à l’école par exemple, ridiculement anodines comparées à ce que Latifa explique. Ici il s’agit d’un système, d’une volonté politique… Il faut aussi parler de cette volonté de « nettoyage du quartier ». Depuis plus de 20 ans il y a ce désir de changer la population locale et de chasser ceux qui n’ont pas le niveau social, ce sont des questions de politique de ville…

– Latifa : On explique bien ça dans le film « Places Nettes ». Comment les politiques ont changé le marché de la rue du Fort, la gentrification forcée, l’augmentation des loyers, tous les nouveaux commerces bio, tout est devenu cher… On n’a plus notre place, je ne sens plus le Saint-Gilles d’avant.

– Ava & Hannah : Tu en as déjà pas mal parlé mais on se demandait comment ce collectif s’était formé autour de cette idée de « mères » et pas de parents en général.

Latifa : C’est à cause ou grâce au lien fort qui existe entre nous les mères et nos enfants. Quand il y a un souci, c’est vers les mamans qu’on va se diriger. En tant que mamans, on veut protéger les enfants, on est les piliers de la famille. Les papas sont là aussi, ils sont derrière nous, mais ils ont plus de difficultés à libérer la parole. Ils subissent des discriminations, de l’humiliation, il y a de la colère, mais ils s’expriment plus difficilement….

Claudine : il y a quelque chose de viscéral dans cette appellation de « collectif des madrés ». « Madré », les jeunes appellent leur mère comme ça entre eux, avec ce que cela recouvre comme notion de respect. Si au départ de son combat Latifa s’est d’abord adressée à des alter égos, des mères qui vivaient les mêmes injustices, aujourd’hui nous n’avons aucune envie de limiter le mouvement. On est juste des femmes qui portent une voix. Nous ne sommes ni les seules, ni les premières, ni les dernières probablement. Je pense (avec respect et humilité) aux Folles de la Place de Mai en Argentine, de la Place Vendôme à Paris. Plus récemment, les mobilisations comme le Front des mères… Ça bouge !!!

– Ava : La libération de la parole, ça fait boule de neige, on le voit beaucoup avec les violences sexistes et sexuelles où une prise de parole libère celle des autres.

 

– Hannah : Latifa, quand tu parles de tes enfants, tu parles de tes fils… Je sais que la police s’en prendra plus facilement à des jeunes hommes qu’on associe souvent à des actes de délinquance, je sais qu’il y a cette idée que les filles sont plus sages etc. Je me demandais si on avait noté aussi des ennuis de la part de la Police vis-à-vis des jeunes filles ?

Latifa : Les jeunes filles beaucoup moins. C’est un peu dommage, mais dans notre communauté les filles et les femmes n’investissent pas l’espace public. Quand j’étais jeune —j’ai passé toute mon enfance à Saint-Gilles — les jeunes femmes utilisaient énormément l’espace public, je me baladais en vélo, j’allais au Parc… Tout a changé, je ne sais pas pourquoi, moins de convivialité, moins de communication, plus de racisme, plus de peur pour les filles.

Claudine : Quel est le ressenti des filles et leur vision sur cette répression que subissent leurs frères, est-ce qu’elles les soutiennent, sont-elles révoltées ou au contraire elles leur disent « t’as qu’à rester à la maison » ?

Latifa : Justement, souvent les frères se confient à leurs sœurs mais en leur disant « ne dis rien à papa ou à maman »… Il faut savoir que la plupart des parents croient en la Police, elle représente la loi et la sécurité. Quand un jeune a subi des violences policières, le premier réflexe des parents c’est « mais qu’est-ce que tu as encore fait, t’as encore traîné avec untel, vous avez dealé ? ». Cette stigmatisation est ancrée dans leur quotidien…

Après le décès d’Adil [3], ce qu’on a mis en avant c’est qu’il ne voulait pas s’arrêter, qu’il avait fait de la prison, qu’il avait dealé… On l’a sali. Souvent pour légitimer les violences policières, on justifie : « ce sont encore des parents qui laissent traîner leurs enfants, qui ne les éduquent pas », et puis il ne faut pas oublier ce qui s’est passé avec le terrorisme qui nous a encore plus stigmatisés, on met tout dans le même sac. C’est ce qui fait le racisme institutionnel et politique.

Pourquoi n’y a-t-il pas des contrôles plus démocratiques, une formation des policiers sur nos origines ? La plupart ne savent rien de tout ça, des contrats signés par la Belgique et le Maroc et avec d’autres pays… C’est tout un travail que nous essayons de faire avec le collectif, je voudrais mettre une autre culture en avant ou interviendrait l’artistique, la musique, les films, les débats…

C’est comme ça qu’on va commencer à mieux se connaître et à se respecter. Le respect c’est très important, être à l’écoute et ne pas juger. On est dans une société capitaliste qui ne vit que pour le matériel, on ne vit plus pour l’humanité, c’est chacun pour soi… Quand j’étais petite dans les années 80, mon père m’envoyait tous les matins chez les deux personnes âgées à l’étage du dessus, pour voir ce dont elles avaient besoin, on a perdu cette valeur là.

Je voudrais voir comment on pourrait construire une société plus juste, avec des valeurs humanitaires, des valeurs de convivialité et de solidarité. Pour mon père c’était très important d’aider les gens, quelles que soient leur convictions, et j’ai grandi comme ça. On me stigmatise comme mère de délinquant, mais ils ne savent rien de moi et de mes valeurs. Donc le collectif des madrés c’est beaucoup de choses.

Pour le reste, on attend toujours l’évaluation de la brigade UNEUS, on parle d’une réforme mais on n’en sait pas plus.

– Alain : Et Bernard Devos ou la Ligue des Droits Humains ?

Latifa : Je fais partie du comité de concertation de la L.D.H. Nous mettons beaucoup de choses en place dans les écoles, les maisons de jeunes, par exemple. On explique les droits, comme le droit de porter plainte, d’avoir un avocat pro deo… On essaie aussi de sensibiliser des médecins, des psychologues, des travailleurs sociaux, de les inviter dans les maisons de jeunes car pour libérer la parole il faut la confiance. Il y a pas mal de maisons de jeunes à Saint-Gilles, mais c’est difficile, ils ont peur car ils sont subsidiés par la Commune. Faut pas se voiler la face, il y a une pression donc on y arrive pas toujours. La prévention, c’est déjà d’organiser des activités avec les jeunes après 14-15 ans. Il y a beaucoup pour les enfants jusque 12-13 ans puis plus rien ! Or c’est là qu’ils commencent à traîner dans la rue. J’avais plein d’idées notées dans un carnet, mais je n’ai jamais été écoutée. J’insiste beaucoup sur la prévention.

Ava : Avec le Covid la répression envers les jeunes a empiré ?

Latifa : Oui, le Covid a aggravé les choses. Par exemple, des jeunes reçoivent des amendes alors qu’ils n’ont même pas été interpellés ! Au début du confinement on recevait des paquets de PV, j’y comprenais plus rien, des montants catastrophiques. On a réussi à en faire annuler quelques uns grâce à un avocat. Ce sont des vraies représailles. Avec le Corona on est sensé ne pas se rassembler mais quand tu vas rue Neuve, on est tous serrés pour faire du shopping, c’est ça le monde capitaliste.

Alain : Que pourriez-vous attendre d’une association comme la nôtre ? Il se fait qu’on est logés juste en face de chez toi, tu connais certains d’entre nous, tu es même venue à notre bal, au Parcours d’Artistes.

Latifa : Tu vois donc que je suis très ouverte. Déjà diffuser le film Places Nettes (c’est prévu dès que le virus le permettra ndlr) pour que les gens puissent comprendre un peu mieux les enjeux du quartier… Pour pouvoir travailler ensemble, il faut d’abord se connaître, apprendre à se respecter mutuellement… On pourrait aller vers une rencontre entre Juifs et Musulmans, informer les gens sur nos histoires et nos cultures respectives, acquérir un regard plus respectueux. Et aussi faire des actions concrètes ensemble pour combattre les discriminations et les violences raciales.

Claudine : Il me semble que du côté des citoyens, beaucoup de gens ont compris et sont touchés par ces violences policières. Partout des avocats, des médecins, des médias, des artistes s’impliquent… Soyons optimistes.

Mais l’implication locale est plus compliquée… Saint-Gilles compte tant d’associations humanistes, mais très peu s’impliquent sur le terrain, osent se manifester auprès du pouvoir communal. Entre celles qui sont subventionnées par la commune et celles qui ne vivent pas ces problèmes dans « leur chair »… On travaille aussi à ça avec le Collectif.

Alain : Vous préparez une action concrète pour très bientôt…

– Claudine : Nous préparons une Marche blanche (statique puisqu’on ne peut pas se déplacer) ; elle aura lieu le 9 mai, le jour de la fête des mères.

À 14h00, nous rejoindrons le rassemblement place Lumumba en hommage à Lamine Bangoura, tué par la police belge à son domicile il y a tout juste trois ans (voir les détails dans l’appel joint).

De 16h00 à 17h30, nous nous réunirons au Mont des Arts / Place Albertine.

Vous l’aurez compris, notre objectif premier est de dénoncer les violences policières à l’égard de nos jeunes et d’exiger qu’elles cessent !

On vous y attend… !!!

La page Facebook de l’événement ici et celle du Collectif des Madrés est .

[1] Projet dit de « proximité » censé allier prévention et sécurité dans les quartiers de la commune. Celui-ci a donné lieu à de nombreuses dérives à caractère raciste et violent de la part des agents impliqués, puis à de nombreuses protestations dont la presse et internet se sont faits l’écho.

[2] Places Nettes, un film de Jos Beni, Pierre Corbisier, Xavier Dupont, Latifa Elmcabeni, Nadia Elmcabeni, Maud Girault, Jonathan Vard (2019 – 85’) – Prod. : CVB. Le pitch : Bruxelles, sept habitant·e·s de Saint-Gilles enquêtent sur leurs rapports aux espaces publics de cette commune en plein boom immobilier. Là où cohabitent Saint-Gillois·e·s de toujours, SDF et “Sans Difficultés Financières”, jeunesse violentée et nouveaux arrivants, quelle place chacun trouve-t-il ? Que deviennent les histoires personnelles et collectives quand l’économie de marché recouvre la ville de son vernis implacable ?

[3] Le 10 avril 2020, Adil, un jeune de 19 ans, a perdu la vie après un choc avec une voiture de police. Il fuyait un contrôle et, lors de la poursuite, avait heurté une voiture de police qui venait en sens inverse. L’affaire avait déclenché des scènes de colère à Anderlecht. Un témoin avait indiqué que la police était à l’origine de la mort d’Adil.

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