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[Lettre ouverte] Liberté pour Mahmoud Nawajaa

Le 30 juillet dernier, Mahmoud Nawajaa, coordinateur du Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) était arrêté en pleine nuit par les forces d’occupation israéliennes à son domicile de Kfar Abu Qash (Cisjordanie). Il est depuis détenu illégalement, au mépris de ses droits fondamentaux.

Face à cette nouvelle offensive contre les défenseurs des droits humains en Israël/Palestine, L’UPJB s’est associée à d’autres organisations pour interpeller les Ministres des Affaires étrangères Philippe Goffin et de la Coopération au développement Alexander de Croo.

Bruxelles, le 11 août 2020

A l’intention de :

M. Philippe Goffin, Ministre des Affaires étrangères
M. Alexander de Croo, Ministre de la Coopération au développement

Objet:  Liberté pour Mahmoud Nawajaa

Messieurs les Ministres,

Nous, les organisations soussignées, souhaitons exprimer notre profonde inquiétude concernant le sort de Mahmoud Nawajaa, un défenseur palestinien des droits humains très respecté. En tant que leader communautaire et coordinateur du Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS), il a défendu avec passion les droits du peuple palestinien sous l’occupation israélienne.

Il a été arrêté par les forces d’occupation israéliennes en pleine nuit et emmené loin de sa femme et de ses jeunes enfants. Depuis lors, il est détenu dans une prison israélienne sans inculpation ni accès à son avocat, ce qui constitue un acte de déportation illégale.

L’arrestation de Mahmoud Nawajaa n’est qu’un exemple de la répression systématique des dirigeants politiques/communautaires, des défenseurs des droits humains et des intellectuels par le gouvernement israélien.

Veuillez trouver en annexe un courrier sur le sujet adressée au Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’UE Josep Borrell et au chef de la délégation de l’UE en Cisjordanie et dans la bande de Gaza Tomas Niklasson de la part de la Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine (ECCP), qui représente 40 organisations de la société civile et ONG européennes. Nous soutenons cette lettre et  vous demandons d’utiliser votre pouvoir diplomatique pour libérer Mahmoud Nawajaa. Amnesty International considère également Mahmoud Nawajaa comme un prisonnier de conscience et a publié une déclaration réclamant sa libération.

La Belgique et l’UE sont tenues de défendre le respect des droits fondamentaux tels qu’ils sont inscrits dans la Déclaration des droits de l’Homme. En tant que ministres représentant la Belgique, vous avez le pouvoir de vous adresser au gouvernement israélien pour qu’il mette fin à la détention illégale de défenseurs des droits de l’Homme et de militants politiques.

Confiants en votre foi dans la défense des droits humains, nous espérons que vous considérerez vous aussi qu’il est de notre devoir d’exiger du gouvernement israélien la libération de Mahmoud Nawajaa et des autres prisonniers politiques.

En vous remerciant pour l’attention réservée à la présente et dans l’espoir d’une action rapide, nous vous prions d’agréer, Messieurs les Ministres, l’expression de toute notre considération.

Signataires:

Association Belgo-Palestinienne (ABP)

Belgian Campaign for Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI)

CNCD-11.11.11.

De-Colonizer ASBL

Een Andere Joodse Stem (EAJS)

European Coordination for Committees and Associations for Palestine (ECCP)

PAlestina SolidariteitSolsoc

Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB)

Viva Salud

Vrede vzw

image courtesy of: Association Belgo-Palestinienne Wallonie-Bruxelles asbl

[Théâtre musical] « Ce qui marche, c’est la promenade »

Une pièce (en)chantée interprétée par des comédien·ne·s de l’UPJB et de la troupe du CPAS de St-Gilles.

Un cybercafé, là où se croisent des visages longs ou ramassés, pâles ou hâlés, sans âges ou fatigués, lieu des voyages immobiles. La pièce commence avec ces va-et-vient, avec ce passé qui parfois ne passe pas, avec la lueur d’hier qui éclaire demain. Et l’on rit. L’on attend.
Et l’on chante. Et l’on saute de Babel aux Bas-Fonds, avec ici et là, une mer à traverser…
Et l’on marche, pour voir ce qui marche. Et ce qui marche ? Entre Saint-Gilles et Dakar, entre Malines et Moscou, Pékin, Gibraltar, Ouagadougou, Liège par hasard, ce qui marche, sans doute… c’est la promenade.

Équipe artistique
Pour accompagner la quinzaine de comédien·ne·s amateur·e·s , la production du spectacle a fait appel à une équipe professionnelle avec : Serge Kribus à l’écriture des textes sur un élan d’Elias Preszow, Noémi Tiberghien à la mise en scène ; NP à la composition de musiques originales et Miko Bukowski pour en réaliser les arrangements, diriger les comédien·ne·s chanteur·se·s et composer les musiques de plateau.

Une coproduction de l’UPJB et du CCJF
Avec le soutien de la COCOF, de la Commune de St-Gilles, du CPAS de St-Gilles et de la Cité des jeunes.

 

Pour les réservations, c’est sur le site du Jacques Franck !

[Parcours d’artistes] Été 1986… Automne 2020

Parcours d'Artistes 2020
2020 ou 2.0 2.0 ?

Gérard Preszow

Eté 86, Jan Hoet (1936-2014), le bouillonnant conservateur du musée d’art contemporain de Gand – qui, à l’époque, se réduit à quelques salles du musée des Beaux-Arts – lance « Chambres d’amis ». Formidable initiative qui vise à disséminer dans des maisons privées des créations d’artistes contemporains venus du monde entier. L’initiative, qui visait avant tout à populariser les créations les plus récentes, va surtout faire découvrir la ville de Gand, la plus harmonieuse ville du royaume. Jeu de piste à l’échelle 1 sur 1, l’exposition permet d’entrer chez les uns et les autres, de tous milieux. La ville s’offre et se décline sous toutes ses formes, de l’ancien au nouveau, des riches demeures aux modestes logis, voire même des kots étudiants, du centre ville aux quartiers périphériques. On en finit par oublier de regarder l’œuvre exposée au profit de la curiosité excitée par les intimités hospitalières. On s’invite chez les gens. On en redemande à tel point qu’on y revient de week-end en week-end. On entre on sort on marche on se croise et on se recroise parfois, cette idée de Jan Hoet demeure inoubliable et marque à jamais la suite des jours. Elle prouve l’effervescence que peut susciter l’art plongé dans un milieu organique !

Eté 88, avec sagacité, la commune de Saint-Gilles s’empare de l’idée et l’importe dans ses rues sous le nom de « Parcours d’artistes », une biennale mêlant le privé et l’associatif, artistes professionnels et amateurs, ateliers faisant fonction ou lofts de création. Quel bonheur de flâner ainsi dans la ville, d’aller de découverte en découverte, d’entrer chez les uns et les autres. Parfois, une certaine gêne de ne pas savoir comment réagir devant des œuvres moins à notre goût en présence de leurs auteurs. Ça fait partie du jeu ! Ou, au contraire, tout à coup, on la guette : une rumeur, une flambée, c’est Là qu’il faut aller et, en quelques heures, il faut faire la file en sachant que le temps nous est compté : un week-end pour le vernissage, un week-end pour l’exposition, un week-end pour la clôture !

Et de cette aventure, l’UPJB n’est pas en reste. Familière des pratiques culturelles et riche d’un milieu créatif, elle fixait déjà des rendez-vous réguliers lors de son « Café des artistes » qui, bientôt, allait rejoindre et se fondre dans « le Parcours d’artistes » saint-gillois.

Belle carte de visite qui allait s’enrichir au cours des éditions jusqu’à devenir un must aux propositions multiples : exposition où se côtoient œuvres de professionnels et d’amateurs, focus sur un(e) artiste en particulier (jusqu’ici Richard Moszkowicz et Max Lapiower), œuvre collective, fruit d’un atelier en amont (animé par Lorka), ainsi que diverses activités (spectacles, projections, conférences…).

2020 : boum patatras. Confinement, lock down, gestes barrières, distanciation sociale, télétravail, distanciel, zoom, jitsi… Désormais 2020 se mue en 2.0 2.0. Mais tout est pourtant prêt de longue date. Claudine Van O s’y est prise bien à temps pour que l’UPJB puisse vous accueillir selon la formule éprouvée tandis que Tessa, imperturbable, se tient prête : amateurs et professionnels se partagent les cimaises, focus sur la graveuse Michèle Baczynski, l’œuvre collective issue de l’atelier animé par Anne Liebhaberg…

Mais au fait, à quel temps fallait-il écrire ce qui précède ? Au conditionnel de l’hésitation ? Au subjonctif de la toile digitale ? Ou au présent de votre visite ?

Soyez les bienvenus à l’UPJB, quel que soit le parcours emprunté !

 

Dates de l’exposition:

  • Samedi 26  et dimanche 27 septembre de 14h à 19h.
  • Samedi 3  et dimanche 4 octobre de 14h à 19h.

Parcours d’artistes 2020

[ Parcours d’Artistes ] L’atelier du dimanche #2

L’atelier du dimanche #2

Pour cette édition du Parcours d’Artistes, l’UPJB a poursuivi l’expérience et vous permet de découvrir une œuvre collective réalisée au 61 par un groupe de membres et sympathisantes de la maison. A l’arrivée, elles sont six. L’invitation s’adressait à toutes et tous. Seules des femmes l’ont fait (on échappe à l’écriture inclusive!) .

En quelques 8 journées de travail, sous la baguette magique de Anne Liebhaberg, sculptrice et créatrice du CEC « l’Atelier Sorcier » dont l’expérience d’animation de groupes d’amateurs.trices est garantie, et après avoir défini une thématique en lien avec les préoccupations de la maison, à savoir l’Altérité, elles se sont mises au travail.

La tête, le corps, les mains, réfléchir, discuter mais surtout observer, dessiner, en 2D, en 3D, chacune avec ses compétences et savoir-faire qu’elles découvraient en faisant, elles ont mis en images et mouvements ce qui souvent se déploie en mots. D’abord en petit et individuellement, elles réalisent, au moment de l’écriture de ce texte, l’œuvre collective…

Max Neumann pour son approche du corps et de la silhouette et Sunmi Kim pour son travail des liens dans ses installations ont été leurs sources d’inspiration.

Le groupe : Bettina Abramowicz, Minna Kostelaniec-Buhbinder, Nathalie Dunkelman, Sylvie Foucart, Johanne Semal et Claudine Van O

 

Dates de l’exposition:

  • Samedi 26  et dimanche 27 septembre de 14h à 19h.
  • Samedi 3  et dimanche 4 octobre de 14h à 19h.

Parcours d’artistes Saint Gilles 2020

 

 

[Parcours d’artistes] Focus sur Michèle Baczynsky

Vivre c’est écrire, chanter, conter, cuisiner, « accordéonner » et graver…

Claudine Van O

Michèle Baczynsky me reçoit chez elle avec un bon café et une « oreille d’Aman » cuisinée le matin même avec les petits de l’école Beth Aviv… La table de dessin, le lutrin et l’accordéon ont trouvé place dans le salon/salle à manger. Le long des murs, accrochées à des cordes, sèchent les dernières gravures. On dirait des vêtements d’enfants imprimés de jolis motifs et de couleurs douces bleues, ocres, roses, vertes… La presse patiente dans un petit local coincé entre la chambre et la salle de bain.

Les journées de Michèle sont rythmées par le cours de peinture à l’académie, les histoires de cuisine et leurs recettes qu’elle teste toujours avant leur publication dans Regards, le magazine du Centre Communautaire Laïc Juif, son travail à l’école Beth Aviv, l’accordéon et le chant, la gravure qu’elle pratique quotidiennement.

Lorsque je lui demande comment elle est venue à la gravure, elle respire un grand coup et commence par le début : « toute petite j’écrivais des histoires, des contes, des poèmes et je chantais. Je transformais les histoires des livres d’école qui m’ennuyaient et l’institutrice m’autorisait à les raconter à mes camarades. Mes parents m’ont inscrite au cours de piano. J’aimais la musique… Un jour j’ai envoyé une cassette à Jacques Careuil. Il m’a invitée à l’émission Feu vert. Son pianiste a joué ma composition et j’ai déclamé un de mes poèmes… Mes parents étaient tellement fiers !!! »

Et la gravure ? Elle reprend : « j’entrais en secret dans la chambre de mon frère Alain. J’y trouvais des livres d’art, des articles de presse en lien avec l’art découpés dans Le Monde. J’adorais… C’est lui qui m’a ouvert la porte vers les arts ». De 7 ans son aîné, son frère avait déjà vécu le kibboutz en Israël et une école de design à Bourges.

Son adolescence est marquée par le décès de son père. Elle bat de l’aile et sa mère « l’envoie » en Israël chez sa tante paternelle. Elle vit quelques années salutaires bercées de soleil entre Haïfa et Jérusalem. Sa culture juive en sera définitivement transformée…

Et la gravure ? De retour au pays, il lui faudra trouver quelque chose d’intense pour combler sa vie. Elle découvre le travail de Frans Masereel et celui de l’avant-garde juive russe avec Chagall et Lissitzky entre autres. C’est le choc. Elle s’inscrit à l’école des arts d’Uccle et en sort diplômée en gravure.

Michèle Baczynsky manie la gouge avec légèreté. Ses linogravures recèlent de doux mélanges : sujets parlant de vies quotidiennes, traits spontanés et aériens, aplats de couleurs légers.

A découvrir…

 

Baczynsky, M. La mariée – Linogravure
Baczynsky, M. Borsht – Eau forte

 

Dates importantes :
2018 : International Printmaking Biennial of Douro – Portugal ;
2017 : Les Enfants de la Red Star Line (écriture fiction) éd. La Renaissance du Livre ;
2013 : Exposition Maison de la Culture Yiddish à Paris ;
– Diplômée section gravure de l’École des Arts D’Uccle ;
– Collaboration à Regards (CCLJ) : rubriques « Histoires pour grandir » (micro-fictions) et « Carnet de cuisine » ;
– Publication de nouvelles aux éd. Averbode, dans la revue Rue Saint-Ambroise et dans la revue d’ethnopsychologie L’autre ;
– Son groupe Talita Koumi tournera en Belgique et à l’étranger pendant plus de 10 ans.

 

Dates de l’exposition:

  • Samedi 26  et dimanche 27 septembre de 14h à 19h.
  • Samedi 3  et dimanche 4 octobre de 14h à 19h.

 

Parcours d’artistes Saint Gilles 20

 

[Parcours d’artistes] Du côté des artistes 

Du côté des artistes 

Tessa Parzenczewski

Comme à chaque édition du “Parcours d’artistes”, l’Upjb offre largement ses cimaises à ses membres, à leurs amis et à ceux qui croisent notre chemin. Vous pourrez y découvrir, hors toute sélection, dans un riche brassage, une pluralité d’expressions, des techniques variées, où des œuvres traditionnelles côtoient les recherches les plus pointues. Artistes confirmés ou débutants, ceux pour qui l’art est une échappée, une respiration hors de leur quotidien, et ceux pour qui l’art est l’axe même de leur vie, et en ces temps du Covid, ayons une pensée pour ces derniers, dont la précarité chronique s’est aggravée avec la pandémie, combien d’expositions mortes-nées! Étrangement, dans les discours officiels concernant  la désastreuse situation du monde culturel, les plasticiens ne sont jamais mentionnés et aucun projet de statut de l’artiste ne rencontre leur condition spécifique…

Dans le cadre de nos focus, nous consacrerons cette année une salle à l’univers poétique de Michèle Baczynsky.

Dans le prolongement du “Parcours d’artistes” de 2018, nous accueillerons à nouveau les œuvres créées par les participantes à l’Atelier du dimanche, animé cette année par la sculptrice Anne Liebhaberg. Et nouveauté, un groupe d’étudiants de l’Académie Royale des Beaux Arts de Bruxelles nous donnera un aperçu des recherches d’une nouvelle génération.

Et pour faire dialoguer harmonieusement une telle diversité, nous avons confié cette année la scénographie de l’ensemble à Christian Israël, plasticien et aussi scénographe de nombreuses expositions au Musée juif.

Dates de l’exposition:

  • Samedi 26  et dimanche 27 septembre de 14h à 19h.
  • Samedi 3  et dimanche 4 octobre de 14h à 19h.

Parcours d’artistes 2020

[Analyse] Covid-19 – Ce qui se passe en Palestine

Par Michel Ouaknine

Beaucoup d’informations, souvent alarmantes, circulent au sujet de la pandémie en Palestine. Nous allons essayer d’y voir plus clair et essayer d’en dégager ce qui est le plus important[1]…

La brusque augmentation de la pandémie en Palestine est en rapport avec un phénomène qui a frappé tous les pays victimes du Covid. En effet, après un confinement plutôt réussi en Cisjordanie il y a eu, comme partout, des fêtes, mariages, fêtes et autres réunions. Il faut toutefois être relatifs. Le voisin, Israël (8,9 millions d’habitants), déplore 509 décès dus au Covid; si le nombre de décès en Palestine (5 millions d’habitants) était proportionnel, il devrait y en avoir au moins 250. Or la Palestine ne compte “que” 81 décès[2]. Il ne s’agit pas ici de dire que tel pays fait mieux qu’un autre; trop de paramètres entrent en compte pour faire une quelconque comparaison[3] mais d’avoir une vision relative de la situation.
En ce qui concerne le matériel (respirateurs, masques, blouses…) beaucoup de grosses associations dont des O.N.G. qui ne partagent pas toujours nos convictions politiques, ont déjà effectué des dons pour l’achat de matériel : OMS, UNICEF, Medical Aid for Palestinians … La situation ne semble donc pas aussi critique non plus de ce point de vue.

Le Dr Samah Jabr a publié un recueil de chroniques (Hybrid Pulse, Paris, 2018). Il traite de son quotidien de psychiatre palestinienne; un travail clinique et d’analyse sur la violence et les traumatismes psychologiques transgénérationnels dus à l’occupation. Son ouvrage a fait suite à la sortie du documentaire d’Alexandra Dols, ” Derrière Les Fronts : Résistances et Résiliences en Palestine” qui l’a suivie dans son travail.

Le problème que pose la pandémie est surtout de nature politique. La société palestinienne est extrêmement fragmentée, conséquence du colonialisme et de l’apartheid israéliens. Celle-ci a pour conséquence la fragilité de la société civile qui profite à l’occupant et la pandémie ne fait qu’aggraver cette situation, y ajoutant même des souffrances supplémentaires.

On peut essayer de dessiner cette fragmentation “socio-géographique”.

Les Palestiniens de Jérusalem (Est) et ceux de Cisjordanie
Les villes sont ceinturées, séparées par des “check-points” qui créent un isolement des habitants et d’énormes difficultés de circulation. De plus, pandémie ou pas, Israël continue d’y appliquer ses règles d’occupation comme par exemple l’interdiction de toutes constructions. On a ainsi pu voir, à Hébron, les autorités israéliennes raser un centre palestinien de dépistage du coronavirus construit sur le terrain d’un particulier (palestinien)[4].

Les Palestiniens de Gaza
La Bande de Gaza est un cas particulier: le blocus a isolé l’ensemble de ses habitants. Les services de santé, sachant que leurs capacités médicales étaient très insuffisantes en cas d’épidémie y ont mis en place des mesures de confinement assez strictes (partiellement levées aujourd’hui) et testent systématiquement les nouveaux arrivants (le Pape François a offert des kits de dépistage). Les cas positifs sont isolés dans des centres situés à proximité de Rafah (le seul point d’entrée aujourd’hui)[5]. On y a eu à déplorer qu’ “un” décès.

Les ouvriers palestiniens (en Israël ou dans les colonies)
Journaliers, corvéables à merci avant l’apparition du Covid-19, ils ne bénéficient aujourd’hui d’aucune protection. Extrêmement vulnérables, ils font évidemment courir un risque à leurs familles et à l’ensemble des Palestiniens de Cisjordanie.
En France, le quotidien Libération a dénoncé dès le mois d’avril, les conditions de travail et de vie, imposée aux travailleurs palestiniens ainsi que des risques qu’ils encourent, une “double peine”, à faire fonctionner la machine agricole ou industrielle israélienne [6].

Les Palestiniens citoyens israéliens
Bien que formellement citoyens israéliens, les Palestiniens (y compris ceux des grandes villes) et les Bédouins du Néguev subissent un apartheid, même en ces temps de crise qui touchent toute la société israélienne.
Adalah, le Centre juridique pour les droits de la minorité palestinienne en Israël, a dénoncé à plusieurs reprises, devant les tribunaux israéliens, les différentes discriminations dont souffrent les Palestiniens pour accéder aux soins, aux aides financières, à l’éducation de leurs enfants et à des informations en arabe. Rien qu’en juillet, Adalah a déposé 3 requêtes relatives aux discriminations que subissent les Palestiniens d’Israël dans la lutte contre le covid-19 auprès de la Cour suprême d’Israël; elles ont toutes été rejetées.
Le 16 juillet Adalah en a fait une liste précise (11 points) qui a été remise au Haut-commissaire aux droits humains de l’ONU[7]. L’association a participé à la 44e session de ce Conseil pour y dénoncer les pratiques israéliennes.
D’autres organisations[8] ont adressé lettres et pétitions auprès des différents Ministres, y compris le premier d’entre eux pour rappeler à Israël que tous ses citoyens doivent être traités de façon identique, cette obligation s’étendant d’ailleurs aux populations palestiniennes qu’Israël occupe. En vain.

Les prisonniers.
La situation des prisonniers palestiniens et de leurs familles est dramatique. Il faut savoir que ceux-ci vivent déjà dans une promiscuité étroite, souvent même dans des conditions sanitaires désastreuses.
Non seulement Israël n’applique aucune recommandation internationale ou médicale pour protéger les prisonniers du Covid-19 mais de plus la pandémie est utilisée comme prétexte pour les isoler encore plus (beaucoup de familles ont été suspendues de visite pendant 4 mois “pour raisons sanitaires”). Au cours de notre entretien, Samah Jabr nous a expliqué que dans le cadre de la lutte anti-Covid, Israël avait libéré environ 500 prisonniers “fragiles” mais uniquement de droit commun. Les quelques Palestiniens libérés n’étaient pas des “politiques”.
Au début de l’année 2020, il y avait un peu plus de 5 000 prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes. Parmi eux, 43 femmes et surtout 194 mineurs, dont 30 âgés de moins de 16 ans !
Pandémie ou pas, Israël ne prévoit aucune mesure humanitaire pour aucun d’entre eux. Pire, le 23 juillet dernier, la Cour suprême déclarait que les règles de distance sociale nécessaires à la lutte contre le Covid-19 ne s’appliquaient pas aux prisonniers palestiniens !
Cette déclaration, totalement inhumaine était en quelque sorte la réponse d’Israël aux multiples pétitions et appels de nombreuses personnalités et associations ainsi qu’au Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, qui avait exigé qu’Israël organise la protection des prisonniers palestiniens contre le coronavirus.

oooOooo

Il est important de faire savoir ce qui se passe en Palestine. Plus le public sera informé, plus les médias s’intéresseront à ces injustices, plus la pression sera grande sur Israël pour que son gouvernement y rétablisse un minimum d’humanité.

La Palestine gère au mieux la pandémie malgré la fragmentation mise en place et entretenue par l’occupant; elle possède des moyens humains et des équipements, certes en nombre limité mais suffisants pour maîtriser la contamination. Cependant, elle n’a pas les moyens de faire face aux situations arbitraires, brutales et cruelles que les forces de colonisation lui imposent. Il est de notre devoir de la faire savoir au plus grand nombre.

 

Article original UJFP (Union juive française pour la paix)

[1] La plupart des informations proviennent d’un entretien (via Skype) que Jean-Guy Greilsamer et moi, tous deux militants à l’UJFP ont eu avec Samah Jabr le 29 juillet dernier. Samah Jabr, psychiatre et psychothérapeute à Jérusalem, est Chef de l’unité de santé mentale au sein du ministère palestinien de la santé, elle gère 14 centres et un hôpital médico-psychiatriques et, en ce qui concerne la pandémie, elle a un rôle de conseil en tant que responsable de la stratégie nationale de santé mentale liée au Covid-19. Je lui adresse mes plus sincères remerciements.
[2] Chiffres transmis par Wikipédia le 31 juillet 2020.
[3] Par exemple, si tout était mathématiquement proportionnel, la France (30 252 décès pour 67 millions d’habitants) aurait 2 257 morts si elle faisait la taille de la Palestine (5 millions d’habitants)…
[4] Lire: https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/israel-detruit-centre-palestinien-depistage-coronavirus-hebron
[5] Voir le reportage publié par Gaza Stories: http://ujfp.org/spip.php?article7773
[6] Lire: https://www.liberation.fr/planete/2020/04/06/face-au-covid-19-la-double-peine-des-travailleurs-palestiniens_1784252
[7] Le rapport remis à l’ONU (en anglais) peut être consulté et téléchargé à: https://www.adalah.org/uploads/uploads/Adalah_UN_COVID-19_Report_with_Major_Findings_16.07.20.pdf . Une version plus courte -aussi en anglais- est accessible sur leur site à: https://www.adalah.org/en/content/view/10060?mc_cid=d38cb5570e&mc_eid=%5BUNIQID%5D&mc_cid=d38cb5570e&mc_eid=0d12e7033b
[8] Gisha (Centre pour la liberté de movement des Palestiniens), HaMoked (Centre de défense des individus), Médecins pour les droits humains et, pour les Bédouins du Néguev, le Forum civique pour la coexistence dans le Néguev.

 

[Communiqué] Appel à manifester Open Gaza: FUEL NOT BOMBS !

 

 

 

 

À l’appel de INTAL, Viva Salud, Association belgo-palestinienne (ABP), Palestina solidariteit, Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB)

MANIFESTATION OPEN GAZA : FUEL NOT BOMBS!

lundi 31 août à 17hplace de l’Albertine ( en dessous du Monts des Arts, près de la Gare centrale )

Voir l’événement sur Facebook

Depuis deux semaines, Gaza est bombardée chaque nuit par l’armée israélienne.
Depuis deux semaines, Israël interdit l’entrée de fuel dans la bande de Gaza.

Conséquence? L’unique centrale électrique de Gaza a cessé de fonctionner. Les hôpitaux seront bientôt à court de fuel pour faire fonctionner leurs générateurs d’électricité. Certains n’ont plus qu’une semaine avant de devoir fermer leurs portes.

Depuis mardi, 17 cas de covid19 ont été confirmés à l’intérieur de la bande de Gaza. Jusqu’ici, le Ministère de la santé palestinien avait réussi à contenir les potentiel.le.s malades dans des centres de quarantaine. Mais ce qui devait arriver, arriva et le coronavirus est finalement entré dans l’enclave. Au vu du contexte de la bande de Gaza, la propagation du virus risque d’être fulgurante.

La situation humanitaire est catastrophique !!!

Pourtant, les médias internationaux et belges n’en parlent pas. Ou si peu.

Plus que jamais, nous devons porter la voix des Palestinien.ne.s au sein de nos médias, de nos parlements !

Nous demandons à la Belgique et l’Union européenne de s’opposer fermement aux mesures israéliennes qui s’apparentent à des mesures de punitions collectives et d’exiger, dans un premier temps, la réouverture des points d’entrée pour le fuel pour permettre aux structures de soins de fonctionner correctement.

Dans un deuxième temps, la Belgique et l’UE devrait exiger la levée du blocus illégalement imposé par Israël sur Gaza.

Nous vous invitons à vous joindre à nous ce
lundi 31 août à 17h
place de l’Albertine
(en dessous du Mont des Arts, près de la Gare centrale)

Pour des questions sanitaires, nous vous demandons à tou.te.s de porter un masque et de respecter la distanciation sociale dans la mesure du possible.

Nous rappelons également que cet événement se base sur des valeurs de solidarité, d’égalité et de justice. Tout propos racistes, sexistes, ou agressifs ne seront pas tolérés.

Plus que jamais, la solidarité avec Gaza est cruciale !

[Communiqué] Combattre l’antisémitisme ET la spoliation des Palestiniens

Une fois encore, des cris antisémites détournent l’attention d’une manifestation digne et juste

 L’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) a participé au rassemblement organisé par l’Association belgo-palestinienne (ABP) ce 28 juin place du Trône à Bruxelles, pour protester contre le projet d’annexion par Israël de 30 % de la Cisjordanie. A un moment de cette manifestation, un slogan en arabe, appelant à la guerre contre les Juifs a été lancé par une personne inconnue des organisateurs. Il a été repris par une vingtaine de personnes (sur un total d’au moins 500 participant·es). Suite à l’intervention immédiate de Palestinien·nes et des organisateurs, cet incident fut de courte durée. Après la manifestation, qui n’a connu aucun autre incident, l’Association belgo-palestinienne a publié un communiqué de presse condamnant ces slogans antisémites et rappelant «que la cause palestinienne repose sur la défense du droit et des aspirations à la justice et à l’égalité » et qu’« elle est par conséquent incompatible avec toute forme de racisme, l’antisémitisme inclus ». Nous saluons ces réactions exemplaires.

Ce n’est pas la première fois que des slogans antisémites sont scandés lors de manifestations pour la défense des droits des Palestinien·nes. Nous les condamnons fermement. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. L’immense majorité des personnes qui s’engagent pour défendre les droits des Palestinien·nes ne sont pas antisémites. Elles veulent seulement que justice soit rendue à ce peuple, tellement maltraité et ce depuis si longtemps.

Le succès de telles mobilisations ne fait manifestement pas plaisir à certaines associations juives qui semblent à l’affut du moindre incident, qu’elles montent alors en épingle et relaient vers la presse dans le but de discréditer le combat que mènent celles et ceux qui réclament justice pour les Palestinien·nes. C’est le cas du Comité de coordination des organisations juives de Belgique– une structure dont l’UPJB n’est pas membre et dont une des missions est de promouvoir « le soutien par tous les moyens appropriés à l’État d’Israël, centre spirituel du judaïsme »  et de la Ligue belge contre l’antisémitisme, dont l’activité principale vise à criminaliser toute critique radicale de la politique israélienne en la faisant passer pour de l’antisémitisme.

Cet amalgame porte un tort considérable à la véritable lutte contre l’antisémitisme. Pour être efficace, celle-ci ne peut s’isoler de la lutte contre toutes les formes de racisme, y compris du racisme institutionnel pratiqué par l’État d’Israël à l’égard de ses minorités non juives.

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[Points Critiques n°386] Sommaire

EDITORIAL
Anne Grauwels

FOCUS – Controverses
> Le Pardon est-il possible ? Simon Gronowski
> Fallait-il publier un article sur le J’accuse de Polanski ? Achille Renard & Hannah Vander Ghinst Lachterman
> Kazerne Dossin, un musée au bord du burn out Anne Grauwels
> De quoi les incidents à Kazerne Dossin portent-ils le nom ? Isabelle Rashevski

VOYAGE EN TERRITOIRE PALESTINIEN
> Je le savais mais je n’imaginais pas à quel point… Pascal Decraye

ISRAËL – PALESTINE
> Gantz, traître ou… roublard ? Henri Wajnblum

CONFINEMENT ET MIGRATIONS
> La précarité à nu Françoise Nice

LIRE
> Mémoire et transmission, le questionnement d’Ychaï Sarid Tessa Parzenczewski
> Nathalie Skowronek, chronique d’une vie secrète Tessa Parzenczewski
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> Camp de carnaval, un 8 mars à l’UPJB-Jeunes Leila Vander Ghinst Lachterman

[Points Critiques n°386] Camp de Carnaval, un 8 mars à l’UPJB-Jeunes

L’année dernière déjà, le 8 mars 2019, la Journée internationale des droits des femmes avait lieu alors que nous étions en plein camp de carnaval. Les moniteurs et monitrices avaient donc eu l’idée d’organiser un atelier autour des questions de genre en non mixité choisie, c’est-à-dire, garçons et filles séparé.e.s délibérément pour laisser à chacun.e la possibilité de s’exprimer librement et, plus précisément, dans une idée d’auto-émancipation. Les enfants qui se sentaient « filles » ont rejoint un groupe et ceux qui se sentaient « garçons » en ont donc rejoint un autre : une belle introduction à la trans-identité.

Personnellement, j’étais présente en tant qu’intendante, j’avais donc un regard quelque peu extérieur sur l’événement et, n’ayant pas assisté au groupe de parole des garçons, je ne vous parlerai ici que de celui des filles.

Toutes confondues, du plus petit groupe des Da Silva, jusqu’aux monitrices et intendantes, en passant par les ados du groupe des Julianos, nous étions une bonne trentaine. L’atelier s’est fait sous forme de discussion en cercle où chacune a pu s’exprimer sur sa position en tant que fille, au sein de l’UPJB-jeunes, de son école, de sa famille, au sein de ce monde.

Beaucoup d’histoires et d’émotions en sont ressorties : pour les unes, des difficultés à avoir la balle au foot au sein des ateliers sportifs de l’UPJB car « moins fortes que les garçons » ; pour d’autres, des expériences extérieures douloureuses de harcèlement dans les transports publics ou en pleine rue ; pour certaines encore, la volonté d’affirmer leur identité féminine malgré des cheveux court, des pantalons foncés, des goûts dits plus « masculins ».

Cette année, suite à cette première expérience, la nouvelle équipe de moniteurs  a décidé de réitérer l’aventure, toujours en non-mixité choisie mais, cette fois, sous la forme de différents ateliers, pour aller au-delà du partage de nos ressentis. Chacune pouvait donc choisir celui qui lui convenait le mieux et passer de l’un à l’autre : anatomie des organes reproducteurs féminins sur base de schémas ; débats mouvants pour discuter de nos positions ; dessins, pour les plus petites, dans l’idée de déconstruire les stéréotypes, et un atelier de lecture/écriture sur base d’un manuel traitant du consentement et de la sexualité. Nous avons évoqué les femmes qui se sentent femmes, celles qui ne savent pas ce que cela veut dire, celles qui souffrent de leurs règles, les étiquettes qu’on nous colle, qu’on se colle à soi-même, la violence et ses origines, les personnes qui ne se reconnaissent pas dans le sexe qui leur a été assigné à la naissance, la convergence des luttes et j’en passe…

Pour clôturer ces expériences, nous avons fait un tour de parole, toutes ensemble, réunies, pour partager nos réflexions et nos sentiments. Ce moment doit certainement compter parmi les plus forts de mon existence. Moi qui, plus jeune, avais rêvé – et proposé plusieurs fois – un thème de camp sur les questions de genre, et à qui on avait répondu que « ça n’était pas un sujet assez important que pour le traiter durant une semaine entière », moi qui souffrais du fait que le progressisme et la lutte contre les inégalités à l’UPJB ne puissent pas rejoindre cette lutte primordiale qu’est le féminisme, je voyais de mes propres yeux les choses bouger, les langues se délier, les espoirs se (re)construire. Je voyais ma petite sœur, monitrice pour son premier camp, répondre si naturellement à ces petites filles sur des sujets pourtant si difficiles à aborder, je voyais des jeunes femmes découvrir ce qui m’aurait tant aidé à grandir. La promesse d’un avenir meilleur, à l’UPJB, en Belgique… Dans ce monde ?

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