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[Lettre ouverte] Liberté pour Mahmoud Nawajaa

Le 30 juillet dernier, Mahmoud Nawajaa, coordinateur du Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) était arrêté en pleine nuit par les forces d’occupation israéliennes à son domicile de Kfar Abu Qash (Cisjordanie). Il est depuis détenu illégalement, au mépris de ses droits fondamentaux.

Face à cette nouvelle offensive contre les défenseurs des droits humains en Israël/Palestine, L’UPJB s’est associée à d’autres organisations pour interpeller les Ministres des Affaires étrangères Philippe Goffin et de la Coopération au développement Alexander de Croo.

Bruxelles, le 11 août 2020

A l’intention de :

M. Philippe Goffin, Ministre des Affaires étrangères
M. Alexander de Croo, Ministre de la Coopération au développement

Objet:  Liberté pour Mahmoud Nawajaa

Messieurs les Ministres,

Nous, les organisations soussignées, souhaitons exprimer notre profonde inquiétude concernant le sort de Mahmoud Nawajaa, un défenseur palestinien des droits humains très respecté. En tant que leader communautaire et coordinateur du Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS), il a défendu avec passion les droits du peuple palestinien sous l’occupation israélienne.

Il a été arrêté par les forces d’occupation israéliennes en pleine nuit et emmené loin de sa femme et de ses jeunes enfants. Depuis lors, il est détenu dans une prison israélienne sans inculpation ni accès à son avocat, ce qui constitue un acte de déportation illégale.

L’arrestation de Mahmoud Nawajaa n’est qu’un exemple de la répression systématique des dirigeants politiques/communautaires, des défenseurs des droits humains et des intellectuels par le gouvernement israélien.

Veuillez trouver en annexe un courrier sur le sujet adressée au Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l’UE Josep Borrell et au chef de la délégation de l’UE en Cisjordanie et dans la bande de Gaza Tomas Niklasson de la part de la Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine (ECCP), qui représente 40 organisations de la société civile et ONG européennes. Nous soutenons cette lettre et  vous demandons d’utiliser votre pouvoir diplomatique pour libérer Mahmoud Nawajaa. Amnesty International considère également Mahmoud Nawajaa comme un prisonnier de conscience et a publié une déclaration réclamant sa libération.

La Belgique et l’UE sont tenues de défendre le respect des droits fondamentaux tels qu’ils sont inscrits dans la Déclaration des droits de l’Homme. En tant que ministres représentant la Belgique, vous avez le pouvoir de vous adresser au gouvernement israélien pour qu’il mette fin à la détention illégale de défenseurs des droits de l’Homme et de militants politiques.

Confiants en votre foi dans la défense des droits humains, nous espérons que vous considérerez vous aussi qu’il est de notre devoir d’exiger du gouvernement israélien la libération de Mahmoud Nawajaa et des autres prisonniers politiques.

En vous remerciant pour l’attention réservée à la présente et dans l’espoir d’une action rapide, nous vous prions d’agréer, Messieurs les Ministres, l’expression de toute notre considération.

Signataires:

Association Belgo-Palestinienne (ABP)

Belgian Campaign for Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI)

CNCD-11.11.11.

De-Colonizer ASBL

Een Andere Joodse Stem (EAJS)

European Coordination for Committees and Associations for Palestine (ECCP)

PAlestina SolidariteitSolsoc

Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB)

Viva Salud

Vrede vzw

image courtesy of: Association Belgo-Palestinienne Wallonie-Bruxelles asbl

[Théâtre musical] « Ce qui marche, c’est la promenade »

Une pièce (en)chantée interprétée par des comédien·ne·s de l’UPJB et de la troupe du CPAS de St-Gilles.

Un cybercafé, là où se croisent des visages longs ou ramassés, pâles ou hâlés, sans âges ou fatigués, lieu des voyages immobiles. La pièce commence avec ces va-et-vient, avec ce passé qui parfois ne passe pas, avec la lueur d’hier qui éclaire demain. Et l’on rit. L’on attend.
Et l’on chante. Et l’on saute de Babel aux Bas-Fonds, avec ici et là, une mer à traverser…
Et l’on marche, pour voir ce qui marche. Et ce qui marche ? Entre Saint-Gilles et Dakar, entre Malines et Moscou, Pékin, Gibraltar, Ouagadougou, Liège par hasard, ce qui marche, sans doute… c’est la promenade.

Équipe artistique
Pour accompagner la quinzaine de comédien·ne·s amateur·e·s , la production du spectacle a fait appel à une équipe professionnelle avec : Serge Kribus à l’écriture des textes sur un élan d’Elias Preszow, Noémi Tiberghien à la mise en scène ; NP à la composition de musiques originales et Miko Bukowski pour en réaliser les arrangements, diriger les comédien·ne·s chanteur·se·s et composer les musiques de plateau.

Une coproduction de l’UPJB et du CCJF
Avec le soutien de la COCOF, de la Commune de St-Gilles, du CPAS de St-Gilles et de la Cité des jeunes.

 

Pour les réservations, c’est sur le site du Jacques Franck !

[Visio-conférence] Boule de Juif de Foulek Ringelheim. Rencontre avec Sabine Ringelheim

Afin de respecter les mesures sanitaires, cette rencontre aura lieu en visioconférence. Elle sera diffusée sur Zoom via le lien suivant : 
Pour rejoindre la conférence, il vous suffit de vous connecter sur Zoom et d’entrer votre adresse mail.
Vous pouvez poser des questions via l’onglet « Q. et R. » de votre fenêtre Zoom.
Les modérateur·trices tenteront de poser un maximum des questions du public à Sabine Ringelheim.

Foulek Ringelheim (1938-2019) a été avocat, magistrat, essayiste et romancier. Boule de Juif, paru en 2020, est un texte dense qui raconte, avec un humour électrisant, les tribulations du jeune Foulek dans les quartiers populaires de Liège juste avant et après la guerre, l’histoire ses parents, son sort d’enfant caché, la disparition de son père déporté, l’amour débordant de sa mère, son rapport à la judéité, sa brève incursion dans la foi catholique, sa découverte des femmes et de la littérature.

Pour nous en parler, nous recevons sa fille, Sabine Ringelheim, historienne de formation et journaliste.

“Le 20 janvier 1942, le quatrième anniversaire de ma naissance fut doublement célébré. A la maison, je reçus une grande toupie métallique multicolore avec une poignée en bois rouge, qui émettait, en tournant sur sa pointe, un ronflement musical qui agaçait ma mère. Un peu plus tard dans la journée, […] la deuxième célébration de mon anniversaire eut lieu dans la salle de conférences de la villa Marlier dans les faubourgs de Berlin, sur les bords du lac Wansee. Quinze dignitaires nazis se réunirent afin de mettre en œuvre la solution finale à la question juive en Europe, dont le principe avait été adopté à l’été 1941. L’espérance de vie des Juifs tomba à quelques mois.”

Les travailleuses des titres-services pendant la crise du Covid : conditions de travail et luttes syndicales

Afin de respecter les mesures sanitaires, cette rencontre aura lieu en visioconférence. Elle sera diffusée sur Zoom via le lien suivant : 
Pour rejoindre la conférence, il vous suffit de vous connecter sur Zoom et d’entrer votre adresse mail.
Vous pouvez poser des questions via l’onglet « Q. et R. » de votre fenêtre Zoom.
Les modérateur·trices tenteront de poser un maximum des questions du public à Marie Virginie Brimbois, Loretta Tamietto et Catherine Mathy. 

Visioconférence de l’UPJB en collaboration avec la Centrale Générale FGTB.

En temps ordinaires, les aides-ménagères sont déjà soumises à des conditions de travail précaires. La crise du Covid a exacerbé les problèmes existants. Les politiques étatiques visant à accélérer la reprise du travail à partir de mai 2020 n’ont pas apporté de réponses satisfaisantes en termes de prévention pour ce secteur. Même pendant la période de confinement de mars-avril 2020, une partie des entreprises n’ont pas arrêté le travail.

Le secteur des titres-services est composée d’environ 98% de femmes dont un grand nombre de femmes immigrées. Une étude récente du DULBEA (ULB) montre que les conditions de travail de ce secteur sont particulièrement néfastes pour la santé des travailleuses. Les salaires sont bas, la prévention des risques professionnels est faible. Les travailleuses sont placées dans une situation complexe de pouvoir triangulaire. Elles sont employées par des entreprises mais elles effectuent leurs activités chez des clients particuliers qui bénéficient de subsides de l’Etat. Certaines entreprises sont purement commerciales, d’autres ne poursuivent pas de but lucratif.

Les militantes FGTB de ce secteur ont été littéralement inondées d’histoires poignantes tout au long de la crise du Covid. Elles ont décidé de les recueillir via une plateforme en ligne. Il en est né un Livre Noir : Paroles d’aides ménagères. Cette initiative a nourri l’action revendicative. Comme pour tant d’autres activités essentielles, la lutte pour une revalorisation de ce travail est à l’ordre du jour.

Organisée la veille du premier mai par l’UPJB en collaboration avec la Centrale Générale FGTB, la visioconférence permettra de connaître les conditions de travail et la lutte syndicale dans ce secteur par temps de Covid. Avec la participation de Marie Virginie Brimbois et Loretta Tamietto, déléguées syndicales et de Catherine Mathy, secrétaire adjointe à la Centrale Générale (FGTB) de Charleroi et Sud-Hainaut. La discussion sera présentée par Laurent Vogel.

 

Pour en savoir plus :

Page Facebook du secteur Titres Services de la Centrale Générale FGTB : https://www.facebook.com/FGTBTitresservices/

Présentation de l’étude du DULBEA (ULB) sur les conditions de travail dans les titres services : https://www.youtube.com/watch?v=NQF6hJe36tA&t=3s

Kif Kif publie nos “Lignes de force…” en néerlandais sur son site

Kif Kif, une organisation interculturelle flamande qui lutte contre les inégalités et le racisme a publié sur son site nos “Lignes de force contre le racisme en général et l’antisémitisme en particulier” traduites en néerlandais par Henri Wajnblum.

Avec la publication de la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme – une nouvelle définition de l’antisémitisme signée par plus de 200 universitaires de premier plan – le débat sur l’antisémitisme a éclaté. En Belgique, l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) a déjà tracé des «lignes de force» contre le racisme et l’antisémitisme. Les progressistes juifs considèrent le racisme et l’antisémitisme comme une seule et même lutte.

Krachtlijnen van de Union des progressistes juifs de Belgique tegen racisme in het algemeen en antisemitisme in het bijzonder

 

La Déclaration de Jérusalem sur l’Antisémitisme

Nous vous proposons ci-dessous une traduction en français de la Déclaration de Jérusalem sur l’Antisémitisme (JDA), publiée le jeudi 25 mars 2021 avec une liste de plus de 200 signataires universitaires du monde entier, et traduite par l’Association France Palestine Solidarité.

Préambule

Nous, les soussignés, présentons la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, produit d’une initiative qui a vu le jour à Jérusalem. Nous comptons parmi nous des chercheurs internationaux du monde entier travaillant sur l’antisémitisme et les domaines connexes, notamment les études sur les Juifs, l’Holocauste, Israël, la Palestine et le Moyen-Orient. Le texte de la Déclaration a bénéficié de la consultation de juristes et de membres de la société civile.

Inspirés par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale de 1969, la Déclaration du Forum international de Stockholm sur l’Holocauste de 2000 et la Résolution des Nations Unies sur la mémoire de l’Holocauste de 2005, nous soutenons que, si l’antisémitisme présente certaines caractéristiques distinctives, la lutte contre celui-ci est indissociable de la lutte globale contre toutes les formes de discrimination raciale, ethnique, culturelle, religieuse et de genre.

Conscients de la persécution historique des Juifs tout au long de l’histoire et des leçons universelles de l’Holocauste, et considérant avec inquiétude la réaffirmation de l’antisémitisme par des groupes qui mobilisent la haine et la violence dans la politique, la société et sur Internet, nous cherchons à fournir une définition de base de l’antisémitisme utilisable, concise et historiquement informée, accompagnée d’un ensemble de lignes directrices.

La Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme répond à la “définition de l’IHRA”, le document qui a été adopté par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) en 2016. Parce que la définition de l’IHRA n’est pas claire sur des points essentiels et qu’elle est largement ouverte à différentes interprétations, elle a semé la confusion et suscité la controverse, affaiblissant ainsi la lutte contre l’antisémitisme. Notant qu’elle se qualifie elle-même de “définition de travail”, nous avons cherché à l’améliorer en proposant (a) une définition de base plus claire et (b) un ensemble cohérent de lignes directrices. Nous espérons que cela sera utile pour la surveillance et la lutte contre l’antisémitisme, ainsi qu’à des fins éducatives. Nous proposons notre déclaration non juridiquement contraignante comme alternative à la définition de l’IHRA. Les institutions qui ont déjà adopté la définition de l’IHRA peuvent utiliser notre texte comme un outil pour l’interpréter.

La définition de l’IHRA comprend 11 “exemples” d’antisémitisme, dont 7 se concentrent sur l’État d’Israël. Bien que cela mette indûment l’accent sur un seul domaine, il existe un besoin largement ressenti de clarifier les limites du discours et de l’action politiques légitimes concernant le sionisme, Israël et la Palestine. Notre objectif est double : (1) renforcer la lutte contre l’antisémitisme en clarifiant ce qu’il est et comment il se manifeste, (2) protéger un espace pour un débat ouvert sur la question controversée de l’avenir d’Israël/Palestine. Nous ne partageons pas tous les mêmes opinions politiques et nous ne cherchons pas à promouvoir un programme politique partisan. Déterminer qu’une opinion ou une action controversée n’est pas antisémite n’implique ni que nous l’approuvons ni que nous ne l’approuvons pas.

Les lignes directrices qui portent sur Israël-Palestine (numéros 6 à 15) doivent être prises ensemble. En général, lors de l’application des lignes directrices, chacune d’entre elles doit être lue à la lumière des autres et toujours en tenant compte du contexte. Le contexte peut inclure l’intention qui sous-tend un énoncé, ou un modèle de discours dans le temps, ou même l’identité de l’orateur, en particulier lorsque le sujet est Israël ou le sionisme. Ainsi, par exemple, l’hostilité à l’égard d’Israël peut être l’expression d’un sentiment antisémite, ou une réaction à une violation des droits de l’homme, ou encore l’émotion ressentie par un Palestinien en raison de son expérience aux mains de l’État. En bref, il faut faire preuve de jugement et de sensibilité pour appliquer ces lignes directrices à des situations concrètes.

DÉFINITION [1]

L’antisémitisme est une discrimination, un préjugé, une hostilité ou une violence à l’encontre des Juifs en tant que Juifs (ou des institutions juives en tant que juives).

LIGNES DIRECTRICES

A Généralités

1. Il est raciste d’essentialiser (traiter un trait de caractère comme inhérent) ou de faire des généralisations négatives à grande échelle sur une population donnée. Ce qui est vrai du racisme en général est vrai de l’antisémitisme en particulier.

2. Ce qui est particulier dans l’antisémitisme classique est l’idée que les Juifs sont liés aux forces du mal. Cette idée est au cœur de nombreux fantasmes antijuifs, comme l’idée d’une conspiration juive dans laquelle « les Juifs » possèdent un pouvoir caché qu’ils utilisent pour promouvoir leur propre programme collectif aux dépens d’autres personnes. Ce lien entre les Juifs et le mal se poursuit dans le présent : dans le fantasme selon lequel « les Juifs » contrôlent les gouvernements d’une « main cachée », qu’ils possèdent les banques, contrôlent les médias, agissent comme « un État dans l’État » et sont responsables de la propagation de maladies (comme la Covid-19). Toutes ces caractéristiques peuvent être instrumentalisées par des causes politiques différentes (et même antagonistes).

3. L’antisémitisme peut se manifester par des mots, des images visuelles et des actes. Parmi les exemples de mots antisémites, on peut citer les déclarations selon lesquelles tous les Juifs sont riches, avares par nature ou antipatriotiques. Dans les caricatures antisémites, les Juifs sont souvent représentés comme grotesques, avec un gros nez et associés à la richesse. Exemples d’actes antisémites : agresser une personne parce qu’elle est juive, attaquer une synagogue, barbouiller des croix gammées sur des tombes juives ou refuser d’embaucher ou de promouvoir des personnes parce qu’elles sont juives.

4. L’antisémitisme peut être direct ou indirect, explicite ou codé. Par exemple, « Les Rothschild contrôlent le monde » est une déclaration codée sur le prétendu pouvoir des « Juifs » sur les banques et la finance internationale. De même, dépeindre Israël comme le mal absolu ou exagérer grossièrement son influence réelle peut être une manière codée de racialiser et de stigmatiser les Juifs. Dans de nombreux cas, l’identification d’un discours codé est une question de contexte et de jugement, en tenant compte de ces lignes directrices.

5. Nier ou minimiser l’Holocauste en prétendant que le génocide nazi délibéré des Juifs n’a pas eu lieu, ou qu’il n’y a pas eu de camps d’extermination ou de chambres à gaz, ou que le nombre de victimes n’était qu’une fraction du total réel, est antisémite.

B. Israël et Palestine : des exemples à première vue antisémites

6. Appliquer les symboles, images et stéréotypes négatifs de l’antisémitisme classique (voir lignes directrices 2 et 3) à l’État d’Israël.

7. Tenir les Juifs collectivement responsables de la conduite d’Israël ou traiter les Juifs, simplement parce qu’ils sont juifs, comme des agents d’Israël.

8. Demander à des personnes, parce qu’elles sont juives, de condamner publiquement Israël ou le sionisme (par exemple, lors d’une réunion politique).

9. Supposer que les Juifs non-israéliens, simplement parce qu’ils sont juifs, sont nécessairement plus loyaux envers Israël qu’envers leur propre pays.

10. Nier le droit des Juifs de l’Etat d’Israël à exister et à s’épanouir, collectivement et individuellement, en tant que Juifs, dans le respect du principe d’égalité.

C. Israël et Palestine : des exemples qui, à première vue, ne sont pas antisémites
(que l’on approuve ou non l’opinion ou l’action)

11. Soutenir la demande palestinienne de justice et d’octroi intégral de leurs droits politiques, nationaux, civils et humains, tels que définis par le droit international.

12. Critiquer ou s’opposer au sionisme en tant que forme de nationalisme, ou plaider pour une variété d’arrangements constitutionnels pour les Juifs et les Palestiniens dans la région située entre le Jourdain et la Méditerranée. Il n’est pas antisémite de soutenir des arrangements qui accordent une égalité totale à tous les habitants « entre le fleuve et la mer », que ce soit dans deux États, un État binational, un État démocratique unitaire, un État fédéral, ou sous toute autre forme.

13. Une critique d’Israël en tant qu’État, fondée sur des preuves. Cela inclut ses institutions et ses principes fondateurs. Cela inclut également ses politiques et ses pratiques, à l’intérieur et à l’extérieur, comme la conduite d’Israël en Cisjordanie et à Gaza, le rôle qu’Israël joue dans la région, ou toute autre manière dont, en tant qu’État, il influence les événements dans le monde. Il n’est pas antisémite de signaler une discrimination raciale systématique. En général, les mêmes normes de débat qui s’appliquent à d’autres États et à d’autres conflits d’autodétermination nationale s’appliquent dans le cas d’Israël et de la Palestine. Ainsi, même si c’est controversé, il n’est pas antisémite, en soi, de comparer Israël à d’autres cas historiques, y compris le colonialisme de peuplement ou l’apartheid.

14. Le boycott, le désinvestissement et les sanctions sont des formes courantes et non violentes de protestation politique contre les États. Dans le cas d’Israël, elles ne sont pas, en soi, antisémites.

15. Le discours politique n’a pas besoin d’être mesuré, proportionnel, tempéré ou raisonnable pour être protégé par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ou l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, et d’autres instruments des droits de l’homme. Une critique que certains peuvent considérer comme excessive ou litigieuse, ou comme reflétant un « double standard », n’est pas, en soi, antisémite. En général, la frontière entre un discours antisémite et un discours non antisémite est différente de la frontière entre un discours déraisonnable et un discours raisonnable.

Traduction : AFPS

>> Voir le texte original en anglais avec la liste des signataires et un ensemble de “questions/réponses”

[1Cette définition est adaptée de “Protecting the Jewish community from antisemitism on Facebook” (octobre 2019, p. 3), publié conjointement par le Community Security Trust (CST) et le Board of Deputies of British Jews (disponible sur le site web du CST). Il s’applique que l’identité juive soit comprise comme ethnique, biologique, religieuse, culturelle, etc. ; également à une personne ou une institution non juive prise à tort pour une personne juive (« discrimination par perception ») ou ciblée en raison d’un lien avec les Juifs (« discrimination par association »).

[Élections israéliennes] Netanyahu a joué à qui gagne perd

Par Henri Wajnblum

Le 23 mars, les Israéliens se sont donc rendus aux urnes pour la quatrième fois en deux ans et ils pourraient bien y retourner une cinquième dans pas longtemps.

En effet, s’il est indéniable que le Likud, parti de Netanyahu, reste la formation la plus importante de la nouvelle Knesset (Parlement) avec 30 sièges, le bloc des droites de ses alliés traditionnels ne lui assure pour l’instant que 52 sièges alors qu’il en faut 61 pour constituer une majorité. Nous verrons plus loin quelles sont ses perspectives de retrouver son poste de Premier ministre auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux pour éviter de se retrouver une fois pour toutes, et sans parachute, sur les bancs, non pas de la Knesset mais des tribunaux.

Mais voyons d’abord les autres résultats : arrive en deuxième position le parti centriste Yesh Atid (« Il y a un avenir » en français), de Yair Lapid, avec 17 sièges, suivi du parti ultra orthodoxe Shas de Aryeh Deri avec 9 sièges, le même Aryeh Deri qui, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, avait été, en 2000, condamné à la prison ferme pour corruption.

Vient ensuite Kakhol Lavan (Bleu Blanc) de Benny Gantz, l’actuel ministre de la Défense, avec 8 sièges, Benny Gantz qui, au terme d’un accord « solennel » avec Netanyahu devait lui succéder à mi-mandat, un accord que ce dernier n’a jamais eu l’intention de respecter, et qu’il n’a effectivement pas respecté, préférant provoquer de nouvelles élections.

Suivent dans l’ordre avec 7 sièges chacun : Yamina, le parti d’extrême droite de Naftali Bennet et Ayelet Shaked, deux foudres de guerre qui ont fait partie d’un précédent gouvernement Netanyahu ; le Parti travailliste de Merav Michaeli ; Yahadout HaTorah, parti ultra orthodoxe ; et Yisrael Beteynu (“Israël notre maison”), parti laïc de droite de Avigdor Liberman.

Viennent ensuite avec 6 sièges chacun, la grande perdante de ces élections en raison de dissensions internes, la Liste arabe unie de Ayman Odeh qui avait recueilli 15 sièges lors de précédentes élections, le Parti sioniste religieux d’extrême droite de Bezalel Smotrich, un parti orphelin du Rabbin raciste Meir Kahane ; Tikva Hadasha (« Nouvel Espoir”) de Gideon Saar, un tout récent dissident de l’équipe Netanyahu ; et le Meretz, parti de centre gauche de Nitzan Horovitz.

Et enfin, à la surprise générale, arrive le parti islamiste conservateur Raam, de Mansour Abbas  avec  4 sièges. Raam faisait précédemment partie de la Liste arabe unie.

Voilà… Faisons le compte à présent… Le bloc dont Netanyahu est assuré : Likud 30 sièges + Shas 9 sièges + Yahadout HaTorah 7 sièges + le parti sioniste religieux 6 sièges = 52 sièges. Il lui en manque donc encore 9 pour obtenir une majorité de 61 sièges. Même si Yamina de Naftali Benett le rejoignait, ce qui n’est pas acquis, il lui en manquerait encore deux. C’est la raison pour laquelle Netanyahu, vous savez, celui qui a toujours craché son mépris pour les Palestiniens citoyens de l’État d’Israël qu’il considère comme une cinquième colonne, ce Netanyahu-là fait une cour effrénée à Mansour Abbas, leader du pari islamiste Raam. Mais s’il réussissait à le convaincre, d’autres de ses alliés traditionnels risqueraient de le lâcher…

Faisons le compte aussi dans l’autre camp : Yesh Atid 17 sièges + Le parti travailliste 7 + Kakhol Lavan 8 + Tikva Hadasha 6 + Meretz 6 + peut-être Ysrael Beteynou 7 + peut-être la Liste arabe unie, ce qui est loin d’être certain, 6 = 57. Pas de majorité non plus. Alors Yair Lapid tente lui aussi de négocier avec Mansour Abbas. Mais là également, il risque de se heurter à l’hostilité de certains de ses partenaires potentiels car Abbas a des exigences très précises dont, entre autres, l’abrogation de la loi dite d’État nation qui stipule qu’Israël est la nation du peuple juif et de lui seul !

Israël se trouve donc dans une situation abracadabradantesque comme aurait dit Jacques Chirac, plus encore qu’à l’issue de l’élection précédente qui a fait long feu comme chacun sait.

Alors va-t-on vers un cinquième scrutin ? Ce n’est pas impossible, mais pas certain non plus. Israël nous a habitués à des magouilles en tous genres, un jeu dans lequel Netanyahou est incontestablement passé grand-maître.

Alors, wait and see. Nous nous proposons de vous tenir au courant au fur et à mesure que les choses évolueront… Dans quelques jours ou quelques semaines. Un feuilleton de catégorie inclassable à suivre en tout cas. À bientôt donc…

[Visioconférence] Quelles suites donner au procès Mawda ?

Dans la nuit du 16 au 17 mai 2018, Mawda Shawri, deux ans, a été tuée par un policier sur l’autoroute près de Mons. À l’issue du procès le 12 février 2021, après deux ans et demi de procédure judiciaire,  le policier est reconnu coupable, condamné à un an de prison avec sursis et 400 euros d’amende, le chauffeur de la camionnette écope d’une peine de quatre ans de prison ferme pour une entrave méchante à la circulation ayant entraîné la mort. Le passeur présumé, quant à lui, est acquitté.

À aucun moment, la politique d’immigration qui mène à de tels drames n’a été remise en question. À aucun moment, l’attitude vis-à-vis de la famille, empreinte d’un racisme structurel, n’a été désavouée. Il est maintenant question d’une commission d’enquête parlementaire. DEI-Belgique (Défense des Enfants International) a décidé de ne pas attendre et porte plainte contre l’État belge.

Antonin Moriau et Laurent Vogel sont revenus sur ce procès avec Selma Benkhelifa, l’avocate de la famille Shawri, et ont examiné avec Benoit Van Keisrbilck, directeur de DEI, les manquements qui mènent cette organisation à porter plainte.

Selma Benkhelifa, avocate, fait partie du réseau PROGRESS Lawyers Network depuis 2001. Spécialisée en droit des étrangers, elle s’est notamment illustrée dans la défense de grévistes de la faim afghans, kurdes et iraniens et des occupants de l’Eglise Saint-Boniface à Bruxelles. Selma Benkhelifa a reçu le prix Kirschen du Barreau de Bruxelles en 2004.

Benoit Van Keirsbilck, directeur de Défense des enfants International (DEI) Belgique. Il est actif au sein du Centre interdisciplinaire des droits de l’enfant (CIDE) qui organise des formations académiques et des recherches, et est le rédacteur en chef du Journal du droit des jeunes (Belgique). Il a récemment été élu membre du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies. Animé par Antonin Moriau et Laurent Vogel.

En savoir plus :

Justice 4 Mawda : Le site de la campagne appelant à la création d’une commission parlementaire qui questionnerait les différents pouvoirs judiciaires ou politiques afin que les responsabilités soient définies.

« Après la fin du procès sur la mort de Mawda : Questions autour du jugement de Mons », par Françoise Nice journaliste et historienne pour l’UPJB.

[Visioconférence] Jérôme Segal présente son livre « L’armoire »

Sur quatre générations, à mi-chemin de l’histoire et de la littérature, Jérôme Segal cherche ses racines en tirant les fils d’une enquête quasi policière. On découvre ainsi les arrière-grands-parents ayant fait fortune dans un pays défunt, la Galicie de l’empire austro-hongrois, et qui, fuyant la Première Guerre mondiale, se retrouvent à Vienne sans bien sûr se mêler à la pauvreté des masses prolétaires juives ; le grand-père, que « l’Histoire avec sa grande hache » oblige à fuir son pays en mai 1938, et le château de Schwadorf où il a vécu, avant d’être interné au stade de Colombes près de Paris ; les parents, militants communistes dans les années 1970, qui participent à Saint-Quentin-en-Yvelines à l’utopie d’une vie nouvelle, bientôt ravagée par l’islamisme… et une armoire qui constitue le pivot entre les chapitres. La quatrième génération est celle de l’auteur lui-même, qui décide en 2004 de faire le chemin inverse de celui de son grand-père, quittant la France pour s’installer à Vienne où le passé de sa famille se fait de plus en plus présent.

Dans ce texte à la mesure du monde, l’auteur, devenu citoyen autrichien, en apportant son grain de sel dans la conversation entre les vivants et les morts, donne à l’indifférence de l’Histoire le don du concret et de la véracité. La littérature devient, pour reprendre une expression de Claude Lanzmann, une fiction du réel.

Cette visioconférence a été donnée par Jérôme Segal le 12 mars 2021 et animée par Françoise Nice, journaliste et historienne.  

 

En savoir plus :

« Revenir à Vienne » – L’article de Françoise Nice sur « L’armoire » : 

Jérôme Segal, « L’armoire », Éditions Valensin – David Reinhard, 2020. –

Jérôme Segal « Athée & Juif : Fécondité d’un paradoxe apparent », Éditions Matériologiques, 2016.

Jérôme Segal, « Autriche : Quand le nationalisme issu de l’extrême droite devient majoritaire », dans Les Nationalistes à l’assaut de l’Europe, sous la direction de Dominique Vidal, Ed Demopolis, 2020 : http://jerome-segal.de/Publis/Autrich…

Stefan Zweig, Le monde d’hier, Éditions Le livre de poche, 1942 et sous forme de création radiophonique produite par France Culture.

[Visioconférence] Le socialisme malade de la social-démocratie. Rencontre avec Matéo Alaluf

Afin de respecter les mesures sanitaires, cette rencontre aura lieu en visioconférence. Elle sera diffusée sur Zoom via le lien suivant : 
Et via Facebook Live sur la page Facebook de l’UPJB.
Pour rejoindre la conférence, il vous suffit de vous connecter sur Zoom et d’entrer votre adresse mail.
Vous pouvez poser des questions via l’onglet « Q. et R. » de votre fenêtre Zoom.
Les modérateur·trices tenteront de poser un maximum des questions du public à Mateo Alaluf et Francine Bolle.
Le 16 avril, l’UPJB et l’Institut Marcel Liebman s’associent pour accueillir Mateo Alaluf. Son dernier livre Le socialisme malade de la social-démocratie est paru au mois de mars aux éditions Syllepse.

Au terme d’un siècle et demi d’existence qui a façonné l’Europe et marqué le monde, la social-démocratie a-t-elle encore un avenir ? Assistons-nous à la fin d’un cycle politique et social, ou au contraire, les restes de la social-démocratie sont-ils moins inutiles qu’il n’y paraît de prime abord ?

Ce qui est mort dans le socialisme apparaît clairement au terme d’un parcours, basé principalement sur cinq pays à l’origine de la social-démocratie, Allemagne, Belgique, France, Grande-Bretagne et Suède.

Au moment où il sombrait en Europe, le socialisme semble avoir retrouvé sa radicalité outre-Atlantique avec Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez.
Le legs du socialisme, produit d’une histoire séculaire, permet-il de formuler à présent l’hypothèse d’une gauche de gauche ?

Rien n’est sûr pour l’avenir. Dans le monde d’après le coronavirus, l’extrême droite national-populiste est prête à occuper partout l’espace laissé vacant par la social-démocratie défaillante. L’hypothèse socialiste radicale pourrait briser cet élan destructeur et porter l’espoir d’une perspective politique émancipatrice.

Le legs subversif du socialisme est multiple, comme les classes populaires. Il doit pouvoir s’incarner dans toutes les sensibilités de la gauche, socialiste rénovée, gauche radicale et écologiste.
Matéo Alaluf, docteur en sciences sociales, spécialiste des questions relatives à l’emploi, à la qualification du travail et aux rapports entre formation et emploi, répondra aux questions de Francine Bolle.
Francine Bolle est docteure en Histoire, maître de conférences à l’ULB, coordinatrice de l’Institut Marcel Liebman, spécialisée en histoire du mouvement ouvrier et en histoire syndicale belge, elle a réalisé sa thèse sur La mise en place du syndicalisme contemporain et des relations sociales nouvelles en Belgique (1910-1937).

[Archive] À la rencontre des Bruxelloises du temps passé

Vendeuses ambulantes bruxelloises au 19e siècle

Alors que depuis l’Antiquité, la grande majorité des écrits historiques ignorait les femmes sauf si elles étaient des femmes d’ “exception”, comme des reines, des mères de rois, des saintes ou de grandes héroïnes, les premiers travaux historiques sur les femmes apparaissent dans la deuxième moitié du 20e siècle.

C’est dans ce sillage que Marc Vokaer m’a demandé d’écrire un bref historique sur les femmes bruxelloises dans l’ouvrage collectif « Bruxelles des Femmes », paru en 1979 dans la collection « Guides Vokaer ».

Sous la rubrique « Les Ancêtres », j’ai donc écrit mon article, intitulé « À la rencontre des Bruxelloises du temps passé » J’y ai peu évoqué des destins particuliers, mais plutôt les conditions sociales des Bruxelloises et les mouvements collectifs contestataires qu’elles ont opposé à ces conditions.

 Comme il s’agissait d’évoquer les « Ancêtres », mon étude s’arrête à la fin du 19e siècle, alors que les mouvements féministes ont pris leur essor au 20e siècle et, plus précisément en Belgique, à partir des années 1970.

Ainsi, le 11 novembre 1972, les féministes belges organisèrent-elles la première « Journée Nationale de la Femme » en présence de Simone de Beauvoir et de Jeanne Vercheval qui avait défendu les droits des travailleuses et des chômeuses et qui avait été une des premières à lutter pour la dépénalisation de l’avortement.

 Mais à partir de 1977, lorsque les Nations Unies officialisèrent « La Journée Internationale des Droits des Femmes », la Belgique, comme la plupart des autres pays, adopta la date du 8 mars.

Parmi les thèmes abordés d’année en année, j’épingle ici : droits égaux ; égalité d’accès à l’éducation ; fin de la violence faite aux femmes ; et, en ce 8 mars 2021, un futur égalitaire dans un monde de la Covid-19 .

C’est d’ailleurs dans cette vision égalitaire qu’est apparu, sur un bâtiment officiel, l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles (proche de l’UPJB), une banderole représentant un organe féminin, trop souvent méconnu, le clitoris.

Catherine Morenville, échevine de l’Égalité des Chances et des Droits des femmes, en prit l’initiative, considérant cette représentation féministe comme « un symbole d’émancipation éminemment politique », n’en déplaise à certains hommes et même… à certaines femmes.

 Je crois d’ailleurs que nombre de « Bruxelloises du temps passé », ne l’auraient pas non plus apprécié. Autres temps, autres mœurs !

Thérèse Liebmann, Mars 2021.

 

À la rencontre des Bruxelloises du temps passé

Pour aller à la rencontre des Bruxelloises du temps passé, je vous propose une petite balade dans leur ville. J’ai choisi de la faire débuter par la place Saint-Géry. Ce n’est certes pas pour son aspect actuel, plutôt sinistre. Ce ne sont que maisons délabrées et en voie de démolition, entourant un marché couvert, fermé depuis 1976 et dont l’état d’abandon fait peine à voir.

Serait-ce, en un temps où on célèbre le premier millénaire de Bruxelles, parce que cette place en est le berceau ? Non, la raison de ce choix est d’un autre ordre : c’est à cet endroit que les Bruxelloises ont organisé leur première manifestation et se sont, pour la première fois, unies en tant que femmes. Nous sommes en 1047. Que veulent donc ces femmes ? Que la chapelle Saint-Géry, annexe du premier château des comtes de Bruxelles, continue à abriter le corps de Sainte Gudule, qui fut la patronne de la ville avant d’être détrônée par le mâle Saint Michel. Les matrones bruxelloises pressentaient-elles de futures dépossessions pour défendre ainsi les restes de leur sainte, que le comte de Bruxelles voulait transférer dans l’église Saint-Michel, plus proche de son nouveau château ? Irritées, elles coupèrent des roseaux qui poussaient dans la Senne et en flagellèrent hommes du cortège qui emportaient la châsse de leur bien-aimée.

 

Les femmes de Saint-Géry

Pour aller à la rencontre des Bruxelloises du temps passé, je vous propose une petite balade dans leur ville. J’ai choisi de la faire débuter par la place Saint-Géry. Ce n’est certes pas pour son aspect actuel, plutôt sinistre. Ce ne sont que maisons délabrées et en voie de démolition, entourant un marché couvert, fermé depuis 1976 et dont l’état d’abandon fait peine à voir.

Serait-ce, en un temps où on célèbre le premier millénaire de Bruxelles, parce que cette place en est le berceau ? Non, la raison de ce choix est d’un autre ordre : c’est à cet endroit que les Bruxelloises ont organisé leur première manifestation et se sont, pour la première fois, unies en tant que femmes. Nous sommes en 1047. Que veulent donc ces femmes ? Que la chapelle Saint-Géry, annexe du premier château des comtes de Bruxelles, continue à abriter le corps de Sainte Gudule, qui fut la patronne de la ville avant d’être détrônée par le mâle Saint Michel. Les matrones bruxelloises pressentaient-elles de futures dépossessions pour défendre ainsi les restes de leur sainte, que le comte de Bruxelles voulait transférer dans l’église Saint-Michel, plus proche de son nouveau château ? Irritées, elles coupèrent des roseaux qui poussaient dans la Senne et en flagellèrent hommes du cortège qui emportaient la châsse de leur bien-aimée.

La place Saint-Géry

Au 18siècle encore, ce haut fait féminin était célébré dans la ville, où l’on pouvait voir,  tous les onze d’août, les maisons arborant des culottes plantées sur un roseau…

 

La veillée des dames

Une autre coutume, qui trouve son origine dans un événement à peine plus récent, se perpétua jusqu’en 1914. Elle aussi rappelle que nos devancières étaient déjà capables d’une prise de conscience de leur condition commune et de l’opportunité d’une action défensive bien concertée.

Saviez-vous que le 19 janvier, qu’on appelait à Bruxelles la Veillée des Dames, les artisans fermaient boutique et restaient au logis, où leurs épouses étaient ce jour-là, en fait et en droit, les maîtresses. Depuis des générations, en effet, ils avaient à se faire pardonner ce soir du 19 janvier 1101, où, revenant de Croisade, ils avaient fait si bonnes ripailles et vidé tant de coupes qu’ils durent se faire porter par leurs épouses jusqu’à leur couche. Quant à elles, pour tout égard après une bien longue séparation, elles n’avaient eu droit qu’à des ronflements… L’ire de ces braves dames est d’autant plus compréhensible qu’elles menaient une vie bien monotone, guère émaillée de distractions.

 

Credo, boulot, dodo…

Quels que fussent son état ou sa condition une femme se devait d’assister à la messe dès le lever du soleil. Pour le reste, comment passait-elle sa journée ?

La patricienne gouvernait sa domesticité, dont les tâches étaient nombreuses et variées : aux corvées bien connues des ménagères d’aujourd’hui, il fallait ajouter celle de chercher l’eau au puits ou à la fontaine, d’entretenir le feu et, très souvent, de veiller à son approvisionnement, de filer la laine et le lin. Pour la plupart, elles étaient au courant des affaires de leur mari et, en cas de veuvage, elles pouvaient prendre la tête de leur entreprise.

Mais quelles étaient leurs distractions ? La broderie ou la tapisserie au coin du feu et, dans quelques cas exceptionnels – car il ne fallait pas que la femme fût trop instruite – la lecture. Les visites rendues à son époux dans leur bel intérieur bien rangé devaient compléter l’éventail de ses récréations. Les patriciennes avaient-elles conscience du privilège de leur situation par rapport aux plébéiennes et aux bourgeoises moins fortunées qui, ne disposant pas de servantes, passaient leurs journées entières à remplir la longue panoplie des travaux ménagers ? Peut-être ces dernières trouvaient-elles quelque compensation à la fréquentation des tavernes, que l’étiquette leur permettait le vendredi soir. Mais gare à celles qui s’y rendaient un autre jour elles risquaient alors de se voir dépouillées de leurs vêtements de dessus !

 

Les ancêtres des « femme chefs d’entreprise »

Dans un autre domaine pourtant, elles osèrent porter la contestation de la primauté des mâles et cela au cœur même de leur empire en s’attaquant à leur toute-puissance dans le domaine économique.

Nombreuses, en effet, étaient les Bruxelloises qui voulaient améliorer leur sort matériel par un travail rémunérateur, voire indépendant de celui de leur mari. Ainsi les Archives de a Ville ont-elles conservé quelque noms de femmes « chefs d’entreprise » dans l’industrie textile ou « consœurs » de la gilde, « pour faire du drap et le vendre ».

D’autres, plus modestes, choisirent pour arriver à leurs fins des activités marginales, l’une géographiquement – le colportage de fruits et légumes– et l’autre fonctionnellement – le blanchissage.

La marchande de fruits et légumes allait chercher elle-même à la campagne les denrées qu’elle se proposait de vendre en ville. Ce trafic favorisait l’esprit d’initiative dont ces travailleuses indépendantes firent preuve : elles échappaient, au moins dans un premier temps, à l’emprise des corporations urbaines et… masculines.

 Les blanchisseuses, elles, recoururent à une autre sorte de marginalité. Dans le cadre de la vie domestique commune à toutes les familles citadines, elles proposaient à celles-ci de faire, si possible mieux, et en tout cas à leur place, ce qui pour beaucoup de femmes pouvait déjà apparaître comme une triste corvée.

Leurs compères ne réagirent pas tout de suite à ces deux premières percées économiques. Il fallut que se développe, au 15esiècle, l’esprit corporatif pour qu’ils cessent de tolérer ce qu’ils considéraient comme une concurrence déloyale. Ils introduisirent des plaintes auprès des magistrats de Bruxelles. Légumières et fruitières se virent obligées, pour pouvoir continuer à exercer leur commerce, de s’inscrire dans la corporation et d’y payer une taxe hebdomadaire.

Quant aux blanchisseuses, seules purent poursuivre leurs activités celles qui, moyennant d’ailleurs une taxe, s’engagèrent à ne se faire assister ni par des ouvriers, ni par des domestiques, ni par des servantes. C’était là une mesure qui restreignait cette petite entreprise féminine à… une seule personne…

 

« Tire, tire, tire l’aiguille, ma fille »

 Mais que pouvaient ces femmes isolées contre les magistrats, généralement issus de riches familles bruxelloises, et contre les puissantes organisations corporatives ?

Force était pour la plupart d’entre elles de s’engager dans ne des entreprises contrôlées par la gilde. Elles préféraient souvent – ou plutôt on ne leur laissait pas d’autre choix – perpétuer une des pratiques millénaires de la fabrication des textiles.

Dès 1177, le poète Chrétien de Troyes composait cette « Complainte des tisserandes flamandes » (par conséquent aussi Bruxelloises) :

 « Toujours draps de soie tisserons

Et n’en serons pas mieux vêtues,

Toujours serons pauvres et nues

Et toujours faim et soif aurons…

Du pain avons à partager

Au matin peu et au soir moins…

Et nous sommes en grand misère,

Mais s’enrichit de nos salaires

Celui pour qui nous travaillons.

Des nuits grand partie veillons… »

 

Technique primitive de l’accouchement sans douleur

Mais revenons à notre point de départ la place Saint-Géry. Comme pour venger nos manifestantes du 11esiècle, leurs descendantes du 15esiècle lorsqu’elles étaient enceintes pouvaient bénéficier d’offices célébrés pour elles dans la chapelle Saint-Géry, dédiée à Notre-Dame-de-Sept-Douleurs.

Ainsi, à l’époque où l’accouchement sans douleur aurait été considéré comme un péché, car contraire à la malédiction qui devait frapper l’engeance d’Eve, les femmes enceintes pouvaient du moins trouver quelque réconfort auprès de celle qu’elles considéraient comme « bénie entre toutes les femmes ».

 

Hors du mariage, point de salut

Celles qui, célibataires, espéraient connaître cette joie… ou cette douleur, pouvaient invoquer la patronne des jeunes filles, Sainte Catherine, dont l’église s’élevait depuis 1201, non loin de Saint-Géry, près du quai principal de l’ancien port de Bruxelles.

« Coiffer sainte Catherine » était à cette époque un véritable désastre : pour la plupart des jeunes filles, la solitude prolongée et peut-être définitive impliquait aussi le dénuement et même la misère.

Nombreuses étaient à Bruxelles Ies « alrehande vrouwkens, weduwen ende andere ongehuwede » (« toutes sortes de petites femmes, veuves et autres non-mariées »), comme les qualifie un document conservé aux Archives de la Ville.

Pour remédier à leur détresse, deux échappatoires se présentaient : celle, classique et universelle, des ordres religieux et celle, propre aux Pays-Bas, des béguinages.

Le béguinage principe de Bruxelles était assez proche de la place Sainte-Catherine, mais juste au-delà de la porte de Laeken et de la première enceinte, car la ville était déjà fort encombrée. De cette institution, qui fut surtout florissante au 13siècle, ne subsiste plus de nos jours que la très belle église reconstruite en style baroque au 17siècle. Dans cette « petite ville close » aux « courettes » bien tenues se manifestait également le caractère fier, décidé et hardi des Bruxelloises. À une époque où, comme partout en Occident, les femmes étaient plus nombreuses que hommes – décimés par les guerres et les croisades – beaucoup de Bruxelloises, jeunes filles et veuves, préféraient le béguinage au cloître. Pour beaucoup de femmes sans fortune, le couvent signifiait le service des abbesses, qui étaient, elles, pourvues de dots. Elles restaient donc laïques, préférant bénéficier d’une plus grande indépendance, en dehors de l’inévitable prière en commun du béguinage. Elles pouvaient ainsi jouir davantage de leurs biens matériels, hérités ou acquis le plus souvent comme salariées de l’industrie textile.

 

À travail égal, salaire égal

Est-ce la proximité dans laquelle elles vivaient au sein de leur béguinage et la profonde solidarité qui les unissait qui leur donnèrent le courage de réclamer et la force d’obtenir ce que nos contemporaines en sont encore à revendiquer : l’égalité des salaires avec les hommes ?

Nous savons en tout cas qu’en 1296, les béguines de Bruxelles occupées au travail de la laine exigèrent que le barème général s’appliquant aux ouvriers de la ville leur fût également appliqué. Et le magistrat de la ville leur reconnut ce droit : désormais celles qui étaient payées à la journée « reçurent », comme ouvriers, 2 deniers par jour de travail en hiver, 4 en été (journée deux fois plus longue) et 3 au printemps et en automne.

Pour les moins indépendantes, le couvent était le lot commun. Aussi les établissements religieux pour femmes foisonnaient-ils à Bruxelles. Imaginez une ville où les édifices religieux, avec leurs nombreuses dépendances, occupaient plus de la moitié de la surface bâtie. Et cela encore à la fin du 18esiècle ! Il n’y avait que l’embarras du choix : Augustines, Apostolines, Riches Claires, Dames Blanches, Sœurs Noires, Madelonnettes, Minimes, Carmélites, Vistandines, Couvent de Berlaymont, Abbaye de La Cambre et j’en passe. Arrêtons-nous un instant à cette dernière abbaye, dont les vestiges sont une des parures de notre ville.

Elle fut fondée vers 1200 dans un lieu quasi désert, le Pennebeke, le ruisseau aux plumes – que rappellent les étangs d’Ixelles avec leurs canards et leurs cygnes – par une moniale bruxelloise, Gisèle. Elle aussi avait enfreint les interdictions masculines, car les chanoines de Bruxelles, ne lui reconnaissant pas le droit de fonder un monastère cistercien, l’avaient menacée d’excommunication. Mais Gisèle ne se laissa pas impressionner par eux. Elle obtint du «frère vestiaire » de l’abbaye de Villers le capuchon d’un religieux mort en odeur de sainteté et le duc de Brabant Henri Ierlui-même lui accorda le terrain nécessaire pour bâtir le monastère qui allait devenir «Notre-Dame de la Chambre ».

 

Les guerrières d’Uccle

Les femmes des communes environnantes n’étaient pas moins hardies que les Bruxelloises elles-mêmes. Parmi leurs hauts faits, nous ne citerons ici que l’exploit accompli, sous le même duc Henri, parles commères d’Uccle qui, pendant que leurs époux cuvaient leur vin pendant la nuit de Noël, défendirent contre une farouche bande de malfaiteurs et de brigands qui terrorisaient la région, leurs enfants, leurs biens et même leurs maris, en se servant adroitement des arcs des buveurs endormis. Pour leur courage, le duc de Brabant les institua en confrérie des Femmes-Archers d’Uccle. Ainsi donc le Moyen Age a-t-il vu des Bruxelloises de conditions très diverses manifester leur volonté d’être traitées sur un pied d’égalité avec les hommes.

 

 Les brebis galeuses

Trois catégories de femmes faisaient cependant exception : les tenancières des tavernes, les sorcières et les prostituées, incarnant chacune à sa façon l’image de la femme funeste et fatale.

Ainsi, Bette, la « baesine » de l’ «In de Engel » (chez l’Ange), taverne située à Uccle-Stalle, aurait été une mégère à ce point désagréable qu’on raconte que Charles-Quint en personne ordonna qu’on changeât l’enseigne de l’auberge en  « In de spijtigen Duivel », (chez le Diable en colère).

Pour ce qui est des sorcières, on rapporte que l’une d’elles décida du destin de ce qui, pour la plupart des gens, est devenu la « mascotte » de Bruxelles : Manneken-Pis. En effet, selon une des légendes expliquant l’origine de cette fontaine, une « méchante sorcière », ayant surpris un enfant arrosant sa maison située à l’angle de la rue de l’Étuve et de la rue du Chêne, l’aurait astreint à continuer sans arrêt ce geste à la même place. Mais heureusement un « brave homme » mit la statuette bien connue à la place du garçonnet.

Autres femmes maudites : les prostituées. A Bruxelles, elles furent nombreuses aux environs des remparts et notamment au lieu-dit «Bovendael» en contrebas du Palais de Justice actuel. Les bourgeois – en tout cas certains d’entre eux – redoutaient à ce point leur contact qu’à la fin du 16esiècle, ils avaient fait fermer les ruelles (la rue de l’Épée et la rue de l’Éventail) menant de cet endroit à la rue Haute pour que cette artère ne soit pas contaminée par les « filles déshonnêtes ».

 

La vertu de nos filles…

Ce souci de protéger la vertu (supposée) des Bruxellois mâles des trop entreprenantes filles de joie avait eu son pendant en 1425 : également soucieux de préserver la virginité de leurs filles des mœurs prétendument dissolues des étudiants, les magistrats de Bruxelles obtinrent du duc Jean IV de Brabant, qui avait souhaité fonder la première université belge à proximité de sa résidence bruxelloise, qu’il l’établisse plutôt à Louvain. Ainsi la pudibonderie de quelque bourgeois de Bruxelles a-t-elle privé la ville de ce qui allait être la plus ancienne université du pays. Faut-il croire que si la capitale a ouvert ses portes à une université quatre siècles plus tard, c’est que le étudiants s’étaient assagis ou que ses notables craignaient déjà moins pour la vertu de leurs filles ? Depuis bientôt 150 ans, Saint Verhaegen et Sainte Gudule, en tout cas, n’ont pas fait trop mauvais ménage.

 

… et de nos femmes

À propos de ménage, on sait que les autorités civiles et ecclésiastiques punissaient toute relation extra-conjugale. L’adultère pouvait même donner lieu à une peine ou plutôt une brimade typiquement bruxelloise : celui (ou celle) qui avait été convaincu d’infidélité conjugale était hissé dans un panier et plongé à plusieurs reprises dans un bourbier, d’où il devait essayer de se dépêtrer… à moins de se voir secouru à coups de pelle. C’était la peine de l’estrapade ou scupstoel,dont on peut encore voir sur le premier chapiteau de l’aile droite de l’Hôtel de Ville une représentation idéographique où le sculpteur s’est amusé à décomposer le mot scup(pelle) et stoel(chaise). En prenant ces diverses mesures, les magistrats bruxellois avaient fait de Bruxelles une ville on ne peut plus austère. Elle n’en continua pas moins à assumer son rôle de résidence princière et même, à partir de Charles-Quint, de capitale des Pays-Bas. C’est ainsi qu’elle verra s’installer au Palais du Coudenberg(sur le site de l’actuel Palais Royal) la sœur de l’empereur, Marie de Hongrie, qui voulait « vivre et mourir avec ses bons bourgeois». Cette femme, aimant le sport et la chasse, sut gouverner les Pays-Bas à un des moments les plus difficiles de leur histoire, alors qu’ils étaient ébranlés sur trois fronts : les guerres que leur livraient les rois de France, les graves perturbations de la Réforme et la révolte sanglante de Gand.

 

Mayken Coecke, épouse Bruegel

Mais revenons à des destins moins illustres. Ainsi Mayken Coecke, originaire d’Anvers et qui vint s’installer à Bruxelles avec Pieter Bruegel, qu’elle avait épousé en 1563 à l’âge de 18 ou 19 ans. Elle joua pendant six ans pour le grand peintre le rôle d’une jeune compagne qui remplit les nombreuses fonctions traditionnellement assignées à une épouse âme de son foyer, dispensatrice d’amour et de joie. Puis, restée veuve avec deux garçons en bas âge, elle sut leur faire donner l’instruction et la formation qui les amenèrent à devenir les continuateurs de leur père ce sont Pieter Bruegel, dit d’Enfer et Jean, dit de Velours.

Le 132 de la rue Haute, maison des Bruegel

Mayken et Pieter Bruegel avaient occupé une belle maison au 132 (actuel) de la rue Haute, au coin de la Porte Rouge. Le quartier était alors occupé par la « bonne bourgeoisie » et ne s’appelait pas encore « Marolles». Les étymologies proposées pour ce nom ont chacune un rapport avec des religieuses, soit une femme qui marmonne ses prières, soit les soeurs apostolines ou «  maricoles » venues fonder, à la fin du 17esiècle, un couvent du côté de la rue des Minimes et de la rue Montserrat.

 

De l’instruction des filles

Il est vrai que les établissements religieux n’avaient cessé de proliférer à Bruxelles depuis la Contre-Réforme. Ils s’étaient adjoint une tâche : l’éducation de jeunes filles.

Pas de toutes évidemment. Seulement celles dites « de bonne famille » étaient jugées dignes de pouvoir lire, écrire, chanter et jouer d’un instrument. Encore fallait-il qu’elles n’en sachent pas trop, puisqu’on ne concevait pas pour elles d’études dites secondaires.

En réalité, la quasi-totalité des femmes ne recevait pas la moindre instruction (imagine-t-on que l’ensemble de la population de nos régions comptait encore au 18esiècle, sous le règne de Marie-Thérèse d’Autriche, 97% d’analphabètes et la proportion des femmes illettrées était encore largement supérieure à celle des hommes).

 

Les citoyennes

Les Révolutions française et brabançonne, qui clôturèrent pour ainsi dire ce siècle, n’améliorèrent guère le sort de la grande majorité des femmes.

À Bruxelles pourtant, elles donnèrent à quelques rares « dames de la haute société » l’occasion de se libérer un peu de l’ennui qui les étouffait.

Ainsi la Dame de Bellem soutint-elle avec ardeur, par ses écrits et dans des discussions politiques, les ennemis de l’Autriche. Ses attaques contre les Autrichiens lui valurent d’ailleurs d’être arrêtée par eux à deux reprises. Bien qu’elle fût une amie intime de l’avocat Van der Noot, dont elle épousait les idées réactionnaires, par sa verve et sa bravoure, elle sut faire montre d’une hardiesse toute révolutionnaire et prendre ses responsabilités politiques.

Dans le camp brabançon adverse, Barbe van Mons manifesta, dès l’âge de 14 ans, son esprit frondeur et moqueur à l’égard des Autrichiens, puis propagea hardiment les idées « progressistes » vonckistes. Ce n’était pas simplement chez elle la fougue propre à une adolescente, car en 1815, alors que 17 ans de mariage auraient pu, comme pour tant d’autres, rétrécir son horizon, elle reçut chaleureusement dans ses salons de la « cour du Borgendael », près de l’actuelle place Royale, les exilés français victimes de la Restauration et entretint avec d’autres proscrits une correspondance suivie.

Pour la plupart des autres femmes de la « haute », la Révolution française n’apporta que quelques changements superficiels dans leur façon de se vêtir jupons transparents, décolletés, sandales fort découpées laissant apparaître les orteils garnis de bagues… Lorsque ces « Merveilleuses » bruxelloises firent leur apparition au Parc, elles provoquèrent un tel tollé qu’elles durent décamper au plus vite.

Par contre, pour la grande masse des Bruxelloises, il n’était pas question d’action révolutionnaire et encore moins de mode. Au mieux, avaient-elles l’occasion d’étrenner à Pâques une robe neuve pour que leur ancien vêtement du dimanche puisse remplacer le vieil habit quotidien. Se permettre un vêtement neuf par an était déjà une gageure!

C’est que la Révolution française, en favorisant essentiellement la bourgeoisie possédante, laissait la classe ouvrière plus démunie que jamais, face aux appétits capitalistes. Elle ne fut pas plus bénéfique aux femmes en général et à celles qui, de plus en plus nombreuses, devaient exercer un métier.

 

Les dentellières

 

Les Bruxelloises pratiquaient essentiellement trois métiers : servantes, couturières et surtout dentellières. Mais à quel prix la dentellerie était devenue la gloire de Bruxelles !

Dès 6 ans, quelquefois même dès 4 ans, des enfants devaient fréquenter des « écoles dentellières ». Cette appellation fallacieuse désignait des ateliers tenus par des maîtresses, religieuses pour la plupart, qui leur enseignaient la technique de la dentelle et surtout leur faisaient produire des ouvrages en vue de la vente la plus lucrative possible. Pendant 10, 12 et quelquefois même 15 heures par jour, des fillettes étaient penchées sur le carreau à dentelle et ne pouvaient quitter cette position inconfortable que pour de brefs intervalles au cours desquels elles recevaient quelque maigre repas ou des leçons de catéchisme, leur inculquant notamment la résignation dans ce bas monde et l’espoir dans l’au-delà. Encore ne fallait-il pas « perdre » trop de temps à ce dernier enseignement, car l’organisation de la longue journée de travail était conditionnée par la production la plus intensive possible.

Les jeunes filles, surtout lorsqu’il s’agissait d’orphelines, travaillaient souvent dans les ouvroirs des couvents jusqu’à leur majorité, à moins qu’elles ne soient mortes auparavant de malnutrition, d’épuisement ou de maladie (elles passaient de longues heures du jour et de la nuit dans des caves dont l’humidité devait éviter que le fil de lin ne cassât).

Pour faire face à la concurrence, les marchands bruxellois et les congrégations religieuses, qui avaient le monopole du commerce des dentelles, préférèrent sacrifier la qualité, l’originalité artistique et l’inspiration des dentellières  pour obtenir un plus fort rendement. C’est ainsi que cette industrie adopta très tôt le principe de la division du travail, chaque dentellière n’ayant plus qu’une opération identique à exécuter heure après heure, jour après jour.

L’entassement des populations dans des taudis, dû à l’exploitation par les nantis de l’exode rural, créa des conditions encore plus inhumaines.

Plus particulièrement, le sort des dentellières travaillant à domicile ne pouvait être que pitoyable : elles cumulaient tous les inconvénients du confinement dans un foyer réduit à sa plus simple expression – toute une famille logée dans une seule pièce – avec l’obligation d’y produire jusque tard dans la nuit, pour un salaire quasi symbolique.

Ce ne fut pourtant qu’à partir du dernier quart du 19siècle que le nombre de dentellières commença à diminuer : au nombre de 4 416 en 1866, elles n’étaient plus que 668 vers 1880. Ce travail artisanal ne pouvait plus faire face à la mécanisation de plus en plus poussée dans l’industrie textile.

 

Première tentative d’émancipation

Contrairement à leurs devancières du Moyen Âge, les Bruxelloises de cette époque n’émettaient d’ailleurs guère de revendications. Il est vrai que l’influence de Proudhon  ne devait pas les y inciter. Ne confinait-il pas, dans sa société idéale, la femme au foyer ? En 1871  cependant, certaines Bruxelloises, des cordonnières, osèrent faire partie d’une organisation ouvrière. Il n’est pas impossible qu’elles aient eu vent de l’action de certaines de leurs consœurs qui avaient pour cadre la Grand-Place. Parmi elles, une Française, Juliette Sebert, installée au n°26 (Victor Hugo habitait alors au 27), à l’enseigne du « Petit Gavroche », où elle vendait du tabac, des cigares et des parapluies. Elle était une fervente propagandiste d’Auguste Blanqui, dont elle recevait chez elle les partisans : le  « Petit Gavroche » ressemblait moins à une boutique qu’à un salon révolutionnaire.

Presque en face, à l’estaminet « Le Cygne », étaient organisés tous les lundis soirs des concerts « démocratico-socialistes », surtout après l’arrivée des proscrits de la Commune. Des femmes venaient quelquefois y entonner des chansons populaires, françaises et belges, servant ainsi la propagande socialiste ou même anarchiste.

 

« Des femmes dignes d’être nos compagnes »

Vers cette même époque, Isabelle Gatti de Gamond luttait sur un autre front. Seule une minorité de jeunes filles issues de la haute bourgeoisie faisaient alors des études « moyennes » et le monopole en appartenait à des établissements religieux. Ce ne fut pas sans peine que Mademoiselle Gatti de Gamond obtint des autorités communales de Bruxelles de pouvoir créer, en 1864, ses « Cours d’Education », donnant ainsi naissance au premier établissement laïcque pouvaient désormais fréquenter les filles de la bourgeoisie libérale bruxelloise (l’actuel Lycée royal Gatti de Gamond est situé rue du Marais).

 

Elle était bien prudente et sage, la fille de la socialiste fouriériste Zoé Gatti de Gamond, car, pour ne pas heurter les milieux bourgeois, elle avait avancé pour premier objectif de « faire des épouses assez instruites pour être les compagnes de leurs maris, des mères capables de suivre les études de leurs enfants, et peut-être aussi des femmes aptes, en cas de nécessité, à subvenir à leurs besoins par un travail honorable et digne ».

Aussi  le collège échevinal de Bruxelles ne pouvait-il que louer un programme ayant « surtout pour but de permettre à la jeune fille, devenue femme, de se rendre utile dans le commerce et l’industrie » et donna-t-il le feu vert à deux adjointes d’Isabelle Gatti de Gamond, Mesdames Dachsbeck et Carter, pour ouvrir deux écoles dans ce même sillage. Leurs institutions sont devenues d’importants établissements d’enseignement secondaire de la Ville de Bruxelles, le Lycée Dachsbeck, situé rue de la Paille, et le Lycée Carter, récemment fusionné avec l’Athénée Adolphe Max, au boulevard Clovis.

Isabelle Gatti de Gamond ne fut pas non plus étrangère à cette évolution car, après avoir affronté les préjugés des catholiques, elle n’hésita pas à se heurter au parti-pris de bourgeois en général, en cherchant à ouvrir aux jeunes filles d’autres horizons que celui de maîtresse de maison et de collaboratrice de leur époux : elle voulut les former à des carrières intellectuellesen les préparant à l’université.

Mais cette voie, qui allait entrouvrir pour les femmes les carrière universitaires, était bien étroite à ses débuts : 15 élèves en 1892. C’est dire combien étaient enracinés les préjugés tendant à laisser les femmes éloignées des professions où elles auraient pu donner toute leur mesure.

 

La Belle Epoque

Il suffit de lire, ou de relire la comédie de Frantz Fouson et Fernand Wichelet, « Le mariage de Mademoiselle Beulemans » pour se représenter assez bien ce que pouvait être la vie d’une jeune bourgeoise. Début du siècle, la femme est encore enserrée dans un « corset » de convenances très strictes. Ses distractions les moins innocentes consistent à fréquenter les salons de thé l’après-midiet de se rendre en famille, le dimanche à 4 heures, chez Moeder Lambic, au Bois de la Cambre, pour y déguster un « cramique » ou une tartine au fromage blanc.

Elles se promenaient également volontiers. Les plus élégantes se rendaient à l’avenue Louise, alors bordée de larges allées ombragées par des marronniers, constituant les Champs-Elysées des Bruxellois. Celles qui voulaientfaire du « lèche-vitrines »préféraient se rendre, dans le bas de la ville, au boulevard Anspach, où venait de s’ouvrir (en 1898) la « Société anonyme du Grand Bazar », accessible au public de 8 heures du matin à 10 heures du soir, y compris les dimanches et les jours ce fête !

Lorsqu’elles étaient plutôt animées par quelque curiosité artistique ou intellectuelle, elles pouvaient fréquenter le « Cours Supérieur pour Dames » au Palais des Académiesou assister aux conférences et aux concerts du Vaux-Hall, rue de la Loi, avant que cet établissement, situé derrière le Théâtre du Parc, ne devienne un dancing où, les dimanche d’été, les jeunes filles pouvaient danser, à condition que Maman, qui les accompagnait, ait agréé le cavalier qui les invitait. Pendant ce temps-là, d’autres, moins favorisées, pour entretenir la soif des messieurs qui aimaient déguster la lambic, la biek ou la gueuze, de pauvre filles ou femmes, circulaient, le soir, entre les table des estaminets, le panier au bras, leur proposant des « crabben», des « caricolles », de oeufs durs, des « couques » et des « spéculoos ».

Belle, l’époque ne l’est hélas pas pour toutes, « S’il est une capitale réjouie et cordiale entre toutes, c’est bien Bruxelles », écrivait George Eekhoud. Réjouie, certes, à condition d’oublier le sort de ces milliers de femmes au destin malheureux, restées dans l’ombre de l’histoire.

Thérèse Liebmann, 1979.

 

 

 

[Culture] Revenir à Vienne – “L’armoire” de Jérôme Segal

L'armoire familiale. © Jérôme Segal

Récit abondemment illustré, “L’armoire” raconte sur cinq générations et à la première personne l’histoire d’une famille entre Autriche, France, Ukraine et République Tchèque. Le livre de Jérôme Segal invite le lecteur à “réfléchir sur la façon dont chacun est tissé, habité par son passé familial, avec ses silences, ses anecdotes, ses légendes” commente Françoise Nice, journaliste, historienne qui s’entretiendra avec l’auteur à l’occasion d’une visioconférence organisée par l’UPJB le vendredi 12 mars.

 

À peine arrivé à Vienne en 2004, au milieu des cartons du déménagement, le jeune diplomate Jérôme Segal branche son ordinateur et lance la recherche « Arnold Segal Wien », le nom de son arrière-grand-père paternel. Il y a pas mal de mentions, une longue recherche commence. Elle va l’occuper pendant des années, parallèlement à sa vie professionnelle et familiale. Il réalise qu’une grande partie de son histoire familiale s’est jouée à Vienne. Ses arrière-grands-parents et leurs enfants ont du quitter leur château de Schwadorf au sud de Vienne dans les semaines qui ont suivi l’annexion de l’Autriche par Hitler.  Faussement accusés de trafic de devises, l’arrière-grand-père et son grand-oncle sont arrêtés une première fois le 14 mars 1938 dans leur château. L’Autriche est occupée rapidement, des scènes d’agressions antisémites se déroulent à Vienne, alors qu’Hitler est en route pour la capitale et n’a pas encore prononcé son discours triomphal devant la Heldenplatz. L’Autriche annexée au Reich devient le laboratoire de la politique de persécution et d’élimination des juifs. Qu’on ne s’y trompe pas, « L’armoire », le dernier livre de Jérôme Segal, n’est pas un livre sur le judéocide en Autriche, mais un récit abondamment illustré qui raconte, sur cinq générations et à la première personne, l’histoire de sa famille paternelle. Un livre qui invite à réfléchir sur la façon dont chacun est tissé, habité par son passé familial, avec ses silences, ses anecdotes, ses légendes.

L’arrière-grand-père Arnold, sa femme et un de ses fils, Heinrich fuient l’Autriche pour Prague le 15 mai 1938, en signant une déclaration à la police. La politique d’expulsion forcée des Juifs vient de mettre en place. Un peu plus tard, il signe l’inventaire de ses biens exigé par les nazis dans le cadre de la spoliation méthodique des juifs. Arnold, le grand bourgeois qui a fait fortune dans l’exploitation du pétrole de Galicie, Juif assimilé de 61 ans, déclare jusqu’à sa tabatière et sa montre. Ce document est conservé aux Archives nationales autrichiennes à Vienne. À partir de là, Jérôme Segal a mené son travail d’historien. Ses recherches l’ont mené en Autriche, en France, en Ukraine, en République Tchèque. Lui ont fait compulser une quantité impressionnante de sources, rencontrer des chercheurs ou des collectionneurs, lire la presse de l’époque, compulser la publication Dorotheum, équivalent de la maison Christie’s, pour retrouver la trace de la Tatra, la voiture de luxe qu’Arnold Segal commande en 1936, alors que l’Autriche voit l’essor des « austrofascistes » et l’attitude de plus en plus agressive des sympathisants nazis locaux.

Déclaration de patrimoine forcée d’Arnold Segal. Archives de l’État autrichien (Österreichisches Staatsarchiv).

Comment ma famille a-t-elle vécu cette montée des périls ? se demande plus d’une fois Jérôme Segal. Comment cette famille originaire de Drohobycz (aujourd’hui en Ukraine), installée à Vienne à la veille de la Première Guerre mondiale, comptant des hommes d’affaires et des avocats, menant grand train de vie, avec ses places réservées à l’année à l’opéra, ses loisirs de riches, comment ma famille a-t-elle vécu la montée de la menace nazie ? On s’attache à la photo d’Heinrich en joueur de tennis, à tel portrait de groupe à la faveur d’un mariage. Photos de famille, cartes postales, documents administratifs, lettres, extraits de presse : Jérôme Segal fait parler ces documents. Mais si Vienne est l’épicentre de la saga, avec ce point de basculement de l’Anschluss du 15 mars 1938, Jérôme Segal déroule son récit sur cinq générations. Il décrit l’ascension sociale d’une famille bourgeoise juive assimilée, sans pratique religieuse, l’exil forcé en France et en Grande-Bretagne, la plongée dans la guerre et la Résistance, l’histoire de la famille jusqu’à aujourd’hui.  On suit Heinrich le grand-père, arrêté en France en septembre 39 parce que sujet d’un pays ennemi, interné dans deux camps pour ressortissants ennemis, contraint de s’engager dans la Légion étrangère en espérant recevoir un statut autre que celui d’« ex-autrichien » qui ne le prémunit de rien, en service en Algérie. Il rentre en France début 1941, trouve un emploi dans la Société nationale de viscose, s’engage aussitôt dans la Résistance. C’est dans cette usine de Grenoble qu’il rencontre sa future épouse, Jacqueline Levy, résistante elle aussi, discret courrier et dotée d’une très belle plume.

Heinrich/Henri Segal est mort en 1982, alors que Jérôme n’avait que 11 ans. Comme beaucoup de survivants, le grand-père n’a pas parlé. La grand-mère pas beaucoup plus. Les enfants n’ont pas posé de questions. Ou peu. C’est donc Jérôme le petit-fils qui a mené les recherches et met à jour une histoire terrible. Son récit intègre l’histoire de Samuel, ses fils Aron/Arnold et son frère Abraham/Adolf, nés en Galicie (Ukraine), dans cette province éloignée de l’Empire austrohongrois, un far-east que l’empereur François-Joseph ne visite que rarement, une terre ou la course à l’exploitation du pétrole va déchaîner les appétits de profit et les luttes sociales.

Heinrich Segal en jeune homme à la raquette. 1925, Atelier Setzer.

Le livre ne suit pas un fil chronologique, alterne les époques, s’arrête sur tel ou tel membre de la famille, à la manière d’une caméra qui effectue un zoom, change de plan, puis revient sur le personnage précédent. « L’armoire », le seul meuble rescapé de la spoliation est arrivée en Grande-Bretagne avec une partie de la famille, puis en France en 1989. Elle fut transformée en meuble tv-bibliothèque par les parents de Jérôme, Jacques et Marie-Laure. En rupture avec leurs origines bourgeoises, le couple adhère au Parti communiste français en 1974 et va s’installer dans une des villes nouvelles de la banlieue parisienne, où le rêve des architectes urbains devait conduire à de « nouveaux horizons », mixtes et multiculturels. Jérôme a grandi avec des parents militants, engagé l’un dans la médecine sociale, l’autre dans l’enseignement de la philosophie et un mandat d’adjointe au maire, chargée de la culture.

Soigner les corps et élever les consciences, cet héritage parental est pour beaucoup dans les engagements de Jérôme, qui se dit « ontologiquement opposé aux injustices ».  Son père lui interdisait de participer à la vente de « L’Humanité Dimanche », Jérôme fera son propre parcours militant, aux côtés des Roms de Montreuil et d’Autriche, aux côtés des réfugiés ces dernières années.

Inscrit dans le présent de la recherche, ce livre permet aussi d’aller au-delà de nos clichés sur Vienne et l’histoire des juifs d’Europe centrale et orientale. Jérôme Segal évoque aussi sa vie à Vienne aujourd’hui, Vienne qu’il aime – verte, spacieuse, culturelle-, Vienne qui le révulse, pour son passé nazi qui ne passe pas : « A Vienne le racisme est endémique tout comme une forme particulièrement conservatrice du nationalisme ». Vienne mal dénazifiée, comme chacun sait, peu ou prou. Journaliste et historien, essayiste, Jérôme Segal mène au quotidien un travail de vigilance antifasciste.

En faisant parler les documents qu’il a découverts, Jérôme Segal parvient à camper avec soin chacune des époques. Le récit est passionnant et efficace, le style alerte. À la manière des autobiographies et sagas familiales d’Edmund De Waal (« Le lièvre aux yeux d’ambre »), de Philippe Sands (« Retour à Lemberg »), Daniel Mendelsohn (« Les disparus »), Ivan Jablonka (« Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus »), les petits-fils et arrière-petits-fils des victimes de la Shoah désensablent le passé et la mémoire. Le réveil de l’extrême-droite populiste, néo-nazie ou postfasciste, la multiplication des agressions racistes de toute nature exigent ces livres- balises.

Françoise Nice

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