Non aux « visites domiciliaires » !
Le gouvernement Arizona s’est accordé sur le projet de loi « visites domiciliaires », qui devrait être présenté sous peu au vote parlementaire. Les membres de ce gouvernement méprisent ainsi délibérément les avis très critiques du Conseil d’État, l’opposition des magistrat·es, de l’ordre des avocat·es, de Myria, de centaines d’associations, du Délégué général aux droits de l’enfant, d’obédiences maçonniques, de la vingtaine de communes qui ont voté une motion contre ce texte, de la soixantaine de celles qui se sont déclarées « hospitalières », de milliers de citoyenn·es qui se mobilisent de diverses manières…
Coûte que coûte donc, iels veulent inscrire dans la loi l’organisation d’opérations policières pour aller cueillir dès l’aube, chez elles ou chez celleux qui les hébergent, des personnes désignées comme criminelles parce que « sans papiers » et les expulser. Des rafles, en clair.
Serait-ce un ICE à la belge ? Sur le fond, les similitudes sont évidentes. En pratique, l’État belge n’a pas les moyens de mettre à exécution ce qui reste un effet d’annonce : expulser quelque cent mille personnes du territoire. Il est aussi à parier qu’il n’en a pas l’intention. Les personnes rendues « sans papiers » par une politique migratoire de plus en plus fermée et répressive constituent une réserve de main-d’œuvre exploitable dont nombre de secteurs ne pourraient se passer.
Alors, de quoi parle-t-on vraiment ? Par-delà le déni des droits constitutionnels que sont l’inviolabilité du domicile et le respect de la vie privée, c’est d’une vision de société qu’il s’agit. Ce que ce projet de loi et les dernières dispositions sur la migration disent, c’est que les étranger·ères (hors Occident, entendons-nous) sont a priori soupçonnables, dangereux·ses, pour « notre » sécurité, « nos » valeurs, les mécanismes de protection sociale durement acquis et pillés par les « abuseur·euses » dont iels sont… Et que celles et ceux qui posent à leur égard des actes de solidarité attentent à l’ordre et au fonctionnement même de l’État.
Il s’agit en fait de nourrir un climat général de menace, de peur, de faire reculer les limites de ce qui est considéré comme acceptable, de renverser des normes, aussi. Car il est question également de montrer qu’on peut impunément bafouer des droits constitutionnels, passer outre une haute juridiction garante de l’État de droit, nier des conventions internationales, pour mettre en œuvre un système où l’inégalité, la ségrégation et l’oppression sont la règle.
Ces procédés ne sont pas neufs. Ils trouvent plus d’écho et sont renforcés ces dernières années par la propagation des idées et des politiques d’extrême droite, en Belgique, en Europe, et dans tant d’ailleurs. Ils sont l’expression d’une volonté d’organisation du monde qui touche nos existences à toustes, que nous ayons ou non « des papiers ».
Des actions sont organisées contre ce projet de loi. Pour vous informer et vous mobiliser : visitesdomiciliaires.be — cire.be
Laurence Vanpaeschen
