Israël : l’impasse
Netanyahou a donc gagné les élections : sa coalition est sortie en tête du scrutin. Mais il les a aussi perdues : il n’a plus de majorité. La profonde division de la société juive israélienne s’est traduite dans les urnes.
Fracture bien réelle. Gadi Eisenkot, cet ancien général promu leader de l’opposition, incarnait une véritable alternative à Bibi : fin des privilèges accordés aux ultra-orthodoxes, renoncement à la réforme judiciaire, lutte contre la corruption. Des questions pourtant bien secondaires face aux véritables enjeux de la région.
Car en Israël, on peut s’offrir le luxe de débattre de la qualité de la démocratie tout en la subordonnant au maintien de l’oppression multiforme du peuple palestinien, qui elle ne se discute pas. Sur ce plan, il n’y a pas l’ombre d’un désaccord entre Netanyahou et Eisenkot. Aucun des deux ne veut d’un État palestinien, même croupion. Aucun des deux ne pense libérer les milliers de prisonniers palestiniens incarcérés illégalement, ni ne songe à ouvrir le moindre dialogue avec la société palestinienne. Aucun des deux n’envisage de mettre fin au génocide en cours à Gaza. Tous deux sont en faveur de la consolidation des colonies illégales et pour la poursuite de l’apartheid, avec en vue l’annexion en bonne et due forme de la « Judée-Samarie ». On n’a pas entendu Eisenkot s’offusquer de la violence des colons soutenus par l’armée contre les villages palestiniens. Et on n’oublie pas qu’il est l’inventeur de la doctrine Dahiya qui préconise un usage volontairement disproportionné de la force dès qu’un tir est dirigé contre Israël.
Les quelques désaccords entre Netanyahou et Eisenkot se manifestent à l’intérieur d’un consensus national qui n’est dénoncé de l’intérieur que par une courageuse minorité. Celle-ci s’est malgré tout exprimée par le vote massif des Palestiniens qui disposent de la citoyenneté israélienne et de leurs trop rares alliés juifs.
Dans les chancelleries occidentales, beaucoup espéraient la victoire d’Eisenkot qui aurait permis de gommer les pires outrances de la politique israélienne – celles qu’on associe au fasciste Ben Gvir et au suprémaciste religieux Smotrich – tout en ne changeant rien sur l’essentiel. À coup sûr, Eisenkot aurait bénéficié d’un genre d’état de grâce. Il aurait fallu lui accorder sa chance, aurait-on expliqué aux partisans des sanctions, dont nous sommes. C’est raté.
Des marchandages s’annoncent. Ils ne concernent pas les soutiens de la cause palestinienne. Pas de trêve pour la solidarité.
