En novembre, c’est le Mois du Doc à l’UPJB ! Depuis quelques années désormais, nous participons activement à ce festival qui promeut le cinéma documentaire belge francophone. A travers le prisme des films sélectionnés, formez avec nous un espace d’échanges pour aborder des thématiques sociales variées : le potentiel social de la musique, comment mieux comprendre et accompagner les personnes atteintes de l’Alzheimer, ou encore l’histoire de la seconde vague du féminisme en Belgique.
Le dimanche 29 novembre, découvre le documentaire « Bandes d’hystériques » en présence de la réalisatrice Kita Bauchet. Une plongée dans l’histoire des mouvements féministes en Belgique dans les années 70.
Synopsis
Bandes d’hystériques relate l’histoire méconnue des mouvements d’émancipation des femmes dans les années 70 en Belgique. A travers, notamment, les actions pleines d’impertinence des Dolle Mina en Flandre, le soutien aux ouvrières des Marie Mineur en Wallonie ou encore le Tribunal international des crimes contre les femmes qui rassemble à Bruxelles 2 000 femmes venues du monde entier, se dessine notre héritage au féminin tout en humour et insolence.
“À l’heure où l’on pense que les droits sont acquis, où les poils poussent sous les bras et sur les jambes, où l’on peut choisir d’avoir un enfant ou non, où les pilules contraceptives permettent de faire l’amour librement, où le clitoris reprend ses droits, où les tâches domestiques sont partagées, où les corps sans filtre apparaissent dans les campagnes publicitaires, où les femmes s’épanouissent en dehors des quatre murs du foyer, où les enfants en bas âge fréquentent les crèches… Cette heure-là, c’est aujourd’hui en Belgique.
Mais combien de batailles, de luttes acharnées, d’actions impertinentes, de discussions animées a-t-il fallu pour en arriver là? Qui sont celles qui ont osé dire non? Qui se sont opposées au sacro-saint patriarcat? Qui ont envoyé leur mec sur les roses? Qui ont commencé la lutte? Qui sont ces femmes, ces “hystériques”, qui ont fait des pieds de nez aux hommes?
La réalisatrice Kita Bauchet (Bains publics, 2018, Les Gestes de Saint-Louis, 2022) plonge son nez, cinquante ans plus tard, dans les archives oubliées pour mettre en lumière ces pionnières du mouvement féministe né dans les années 1970 en Belgique. Les Dolle Mina en Flandre, inspirées du mouvement éponyme né aux Pays-Bas en hommage à Wilhelmina Drucker qui luttait déjà dès le début des années 1900 pour plus d’égalité, les Marie Mineur en Wallonie en référence à Marie Mineur qui s’est battue pour l’égalité des salaires et le travail des enfants au 19e siècle. Des petits bouts de bonnes femmes qui n’ont peur de rien et surtout pas des gros patrons en costume-cravate. Elles veulent s’affranchir, elles veulent plus d’égalité, elles veulent plus de justice, elles veulent être libres.
Le film mêle images d’archives qui montrent toutes ces actions menées par ces super women, ces héroïnes qui ont posé les jalons d’une lutte féministe. Elles se sont réunies, ont partagé, ont envisagé des actions ludiques – défiler dans les rues, clopes au bec, pour revendiquer les mêmes droits que leurs homologues masculins et dénoncer les différences salariales – et surtout, elles ont bien rigolé. Elles ont retroussé leurs manches, sont sorties de leur prison domestique, pour se rencontrer, échanger et dire non, ensemble, aux injustices auxquelles elles étaient confrontées. Le film met aussi en lumière le Tribunal international des Crimes contre les femmes qui rassemble à Bruxelles, en 1976, 2000 femmes venues du monde entier pour dénoncer les crimes dont elles sont victimes au quotidien, pour faire résonner leur voix et rassembler leurs forces pour faire avancer les choses.
Les images d’archives sont entrecoupées par des témoignages actuels de ces petites impertinentes qui gardent un souvenir tendre et une très grande fierté de ces années de lutte collective. La réalisatrice a aussi fait appel à des comédiennes parmi lesquelles Sophie Breyer, Lucie Debay, Purdey Lombet pour lire des passages des Cahiers du GRIF, périodique féministe francophone créé en 1973 par Françoise Collin et Jacqueline Aubenas au sein du Groupe de recherche et d’information féministes. Elle cite aussi Chantal Akerman qui, avec son Jeanne Dielman, a montré que le cinéma n’était pas qu’une affaire d’hommes.
Avec ce film, Kita Bauchet rend hommage à ces pionnières de la lutte féministe, à celles qui ont posé les jalons de notre lutte contemporaine parce que non, tout n’est pas acquis, parce que oui, les inégalités sont toujours profondément ancrées, parce que non, rien n’est gagné et qu’il faut continuer à se serrer les coudes, nous, les lionnes des temps modernes.”
Critique de Nastasja Caneve – 26 février 2026
Bande annonce
Interview de la réalisatrice
