« Sous nos yeux » au Z33 à Hasselt jusqu’au 23 août 2026
par Gérard Preszow
Une sobriété ouatée domine l’accrochage. On s’attend à des cris et des larmes, ceux de la destruction impitoyable de Gaza par les troupes israéliennes, et c’est le silence qui domine. « Sous nos yeux », titre de l’exposition, est à l’image de cette vidéo mutique de la Galloise Angharad Williams qui ouvre le parcours, gros plan sur un visage qui parle et dont aucun son ne nous parvient.
Une douzaine d’artistes nous font des propositions plastiques ; du format le plus réduit des mini photos sur planches-contact mises en scène par les Bruxello-Israéliens Sirah Foighel Brutmann et Eitan Efrat à un asticot démesuré de 5m sur 6, fresque peinte à même le mur par le Belgoflamand Luc Tuymans.
Le plus surprenant, c’est le climat d’apaisement qui sourd de cet ensemble. Les œuvres ne cherchent pas à imiter la guerre mais apparaissent comme des offrandes, comme autant de récits qui transcendent la mort pour nous présenter des métaphores de vie nimbée d’un certain silence. On pense à l’amant japonais s’adressant violemment à Emmanuelle Riva, jusqu’à la gifler : « Tu n’as rien vu à Hiroshima », mettant le hola sur toute représentationde l’indicible violence. Et, effectivement, au cœur de la tourmente, le récit est fracassé et il n’y a rien à montrer. Avec peu de moyens, une toile de l’anglo-irakien Mohammed Sami reprend les motifs répétés d’un papier à tapisser, un lambeau de mur, en détourne la matière et, au milieu de ce vide, il peint un simple clou et auquel plus rien n’est accroché. Désormais, ce clou au fragment d’une portion de mur suffit à évoquer et figurer la destruction totale de son environnement.
Et cette forte idée de Brutmann et Efrat. Le père de Sirah était photojournaliste en Israël à l’ère argentique. Plutôt que de gaspiller ses fins de films en n’en faisant rien, il les terminait en prenant des photos de proximité familiale. C’est ainsi que sur la planche-contact, au moment du développement, allaient se côtoyer des hommes politiques israéliens de premier plan (Yitzhak Rabin, Shimon Peres …) et des scènes privées d’ordre familial : le dedans et le dehors amenés à dialoguer sur un même plan.
Marianne Berenhaut (belgofrancophone) est présente par trois œuvres dont l’une – « A travers le printemps » – est toute récente et d’une simplicité arrogante. Une planche de couleur verte en guise de socle pour une paire de chaussures à talons aiguilles rouges.
Quant au gigantesque et monstrueux asticot de Luc Tuymans, il dit la vie la mort au regard de la compétence de cet animal à transformer les déchets en matière nourricière.
Bref, chaque proposition est un fragment de récit auquel pourraient s’en ajouter d’autres à l’infini. Mais ici, à Hasselt, au Z33, le dialogue équilibré des œuvres suffit à créer un dense moment d’introspection. Et c’est un rare silence habité qui se poursuit au-delà des cimaises.
Retrouvez toutes les informations pour visiter l’exposition sur le site de Z33.
