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À l’aide. Évacuez-les de Gaza.

Depuis le mardi 22 septembre, la House of Compassion (église du Béguinage à Bruxelles) accueille cinq membres du collectif des familles palestiniennes concernées par le blocage du regroupement familial. Ces cinq personnes ont entamé une grève de la faim illimitée. Depuis des mois, plus d’un millier de personnes à Gaza sont détentrices d’un visa belge et demeurent pourtant bloquées à Gaza. Le gouvernement belge ayant interrompu toutes missions d’évacuation, ils et elles sont dans l’incapacité de rejoindre leur famille déjà sur place.

En soutien aux grévistes, leurs familles et tout le collectif concerné derrière, un rassemblement est prévu le dimanche 4 octobre à 15h à l’église du Béguinage, 1000 Bruxelles. À 17h, nous appelons tout le monde à former ensemble une chaîne humaine autour de l’église du Béguinage.

Retrouvez ci-dessous un article de Valérie Alaluf et Nassera Bousbaine, membres de l’UPJB et de notre commission ISPAL.

À l’aide. Évacuez-les de Gaza.

Ce cri lancé depuis des mois par des familles palestiniennes séparées par la guerre résonne aujourd’hui dans un lieu chargé d’histoire et de solidarité : l’église du Béguinage, devenue la House of Compassion. Cinq Palestiniens y sont actuellement en grève de la faim. Ils ne demandent ni faveur, ni privilège. Ils demandent simplement que leurs familles puissent rejoindre la Belgique, alors même que toutes ont obtenues les visas nécessaires au regroupement familial. Leur situation pose une question qui dépasse largement leur histoire personnelle : que vaut un droit lorsqu’il n’est pas rendu effectif ?

L’article de Lucie Cauwe, publié en juillet dans Entre les lignes sous le titre « À l’aide ! Évacuez-les de Gaza ! », racontait déjà l’histoire du Dr. Mohammed Nimer Ayesh, médecin palestinien réfugié en Belgique, atteint d’un cancer agressif, tandis que son épouse et ses quatre enfants demeurent à Gaza malgré l’obtention de leurs visas. Dans sa lettre au Roi, le Dr. Ayesh formulait une demande d’une simplicité bouleversante : pouvoir sauver sa famille avant qu’il ne soit trop tard. Le Roi Philippe n’est pas resté insensible à cet appel et a promis d’en avertir le Ministre Prévot au mois d’août. Depuis, le temps a passé et à Gaza, le temps n’est pas neutre. Chaque jour supplémentaire signifie pour ces familles davantage d’angoisse, de privations, de déplacements, de bombardements et d’incertitude. Pour les Palestiniens qui vivent en Belgique, chaque sonnerie de téléphone peut devenir la peur d’apprendre la mort d’un proche. Le problème n’est donc plus seulement administratif. Il est profondément humain.

Derrière chaque visa, il y a un visage

Dans le débat public, les personnes déplacées finissent trop facilement par devenir des chiffres : quelques centaines de personnes, une liste, des dossiers, des procédures, des coûts, des contraintes diplomatiques. Mais un visa n’est pas un chiffre. Derrière chaque visa se trouve une personne, une épouse, un mari, un enfant, une mère, un père, une famille qui attend.

Les cinq grévistes du Béguinage le rappellent avec force, Sami, Oday, Muhareb, Nadi, Abdallah sont installés sur des lits de camp au cœur de l’église. Certains ont déjà perdu des membres de leur famille. Certains sont séparés depuis des années de leurs proches. Tous demandent l’évacuation de leurs épouses et enfants, titulaires de visas depuis plusieurs mois. Ils ont choisi leur propre corps comme dernier moyen de rendre visible ce que les procédures administratives semblent avoir rendu invisible. Quand les lettres ne suffisent plus, quand les manifestations ne suffisent plus, quand les appels à l’humanité restent sans réponse, certains en viennent à mettre leur propre vie en danger pour rappeler que celle de leurs proches est déjà en danger.

Le Béguinage : quand la compassion devient une exigence de justice

Ce n’est pas la première fois que l’église du Béguinage devient un refuge pour celles et ceux que les institutions semblent ne plus entendre. Aujourd’hui encore, ce lieu religieux devient un espace de veille, de solidarité et de conscience. Des citoyens s’y relaient. Une équipe soignante composée de médecins, d’infirmières, de sages femmes veille sur les grévistes. Le père Daniel Alliët, le père Johnny De Mot et Geneviève de la House of Compassion leur ont ouvert leurs portes. Sur les murs de l’église, des photographies des familles, des cerfs-volants aux couleurs de la Palestine et des dessins d’enfants donnent un visage à celles et ceux dont les statistiques ne peuvent jamais raconter la souffrance. Ces images font écho à un autre geste de solidarité posé il y a quelques jours, le 22 septembre, au Vatican : quelque 150 prêtres venus de huit clergés différents y ont porté un linceul sur lequel étaient inscrits les noms de 300 enfants morts à Gaza et au Liban depuis le prétendu cessez-le-feu. En scandant « Le Christ est mort à Gaza », ils ont fait entendre une parole qui résonne aujourd’hui avec une force particulière dans l’église du Béguinage. D’un lieu à l’autre, le même cri semble traverser les murs : celui d’une humanité qui refuse de détourner le regard devant la souffrance des innocents. Il y a quelque chose de profondément symbolique dans cette rencontre entre ces deux gestes. À l’extérieur, une administration traite des dossiers, examine des demandes et applique des procédures. À l’intérieur de l’église, des hommes en grève de la faim, des familles, des soignants, des citoyens et des croyants rappellent que derrière chaque dossier se trouve un être humain, derrière chaque visa une famille qui attend, et derrière chaque nom d’enfant inscrit sur un linceul, une vie qui ne pourra jamais être réduite à une statistique. À l’intérieur, cinq hommes font l’expérience de la faim pour que l’on se souvienne que les dossiers sont des êtres humains.

Où est le droit lorsque le droit ne protège plus ?

Les autorités belges ont leurs procédures, leurs contraintes diplomatiques et leurs responsabilités internationales. Mais une question demeure : que devient le droit au regroupement familial lorsque les personnes ont rempli les conditions légales, obtenu leurs visas et restent pourtant enfermées dans une situation où leur vie et celle de leurs enfants sont menacées ? L’organisation Myria constatait encore en juillet 2026 qu’il n’y avait plus d’évacuations de Gaza vers la Belgique et qu’aucune perspective concrète de reprise n’était alors annoncée. Elle précisait toutefois que les autorités belges examinaient « toutes les options possibles » pour les personnes titulaires d’un visa ou d’un titre de séjour en Belgique. Entre « examiner toutes les options » et permettre effectivement à une famille de rejoindre la Belgique, il y a pourtant un gouffre. Et ce gouffre, ce sont des femmes, des hommes et des enfants qui l’occupent.

Il ne s’agit pas de choisir entre les souffrances

Il serait également dangereux d’opposer les différentes catégories de personnes qui attendent une évacuation : patients malades, étudiants, familles, enfants. La souffrance ne devrait pas devenir une compétition. Le Dr Ayesh, très affaibli, venu en soutien aux grévistes à l’église du Béguinage le disait déjà : les cinq grévistes ne se battent pas uniquement pour leurs propres familles, mais pour toutes les familles séparées. Les grévistes eux-mêmes insistent sur la nécessité de parler de situations humaines plutôt que de chiffres. C’est précisément là que réside leur message.

Ils ne demandent pas que l’on choisisse leur famille plutôt qu’une autre. Ils demandent que chaque vie soit considérée comme une vie.

Une question adressée à la Belgique

La Belgique se définit comme un État de droit attaché aux droits humains, à la dignité de la personne et à la protection de la famille. Ces principes ne prennent leur véritable sens que lorsqu’ils sont confrontés aux situations les plus difficiles. Aujourd’hui, des citoyens palestiniens installés légalement en Belgique regardent leurs proches bloqués à Gaza malgré des visas délivrés par les autorités belges. Ils ont écrit, manifesté, interpellé les responsables politiques, le Roi Philippe. Certains ont finalement cessé de s’alimenter.

Combien faudra-t-il encore attendre ?

Combien de nuits sans sommeil ? Combien de lettres ? Combien de manifestations ?
Combien de familles endeuillées ? Combien d’enfants séparés de leurs parents ? Et surtout : faudra-t-il attendre qu’une vie soit perdue pour considérer que l’urgence était réelle ?

Ne détournons pas le regard

La grève de la faim est un acte extrême. Elle ne devrait jamais être nécessaire dans une démocratie pour être entendu. C’est précisément pour cette raison qu’elle doit nous interpeller. Le Dr. Ayesh, Oday, Nadi, Abdallah, Muhareb, Sami ne demandent pas que nous partagions toutes les analyses politiques relatives à Gaza. Ils nous placent devant une question beaucoup plus élémentaire : que faisons-nous lorsqu’une famille légalement autorisée à rejoindre les siens reste bloquée dans une zone de guerre ? Leur revendication peut être entendue sans entrer dans les débats idéologiques : permettre aux personnes disposant des autorisations nécessaires de rejoindre leurs familles en sécurité, et permettre aux enfants de retrouver leurs parents. C’est une question de droit. C’est une question de responsabilité. Mais avant tout, c’est une question d’humanité.

Le silence n’est pas une réponse

Dans l’église du Béguinage, cinq hommes continuent de jeûner. Ils ont faim. Leurs familles ont peur. Leurs enfants attendent. Et derrière eux, il y a toutes celles et tous ceux qui espèrent encore pouvoir retrouver leur proche. L’article de Lucie Cauwe lançait un appel : « À l’aide ! Évacuez-les de Gaza ! » Deux mois plus tard, cet appel est toujours d’actualité. Il a simplement changé de lieu. Il est désormais porté par cinq corps allongés sur des lits de camp dans une église bruxelloise. Deux d’entre eux ont déjà été hospitalisés et sont revenus à l’église faire la grève de la faim malgré les conseils des médecins hospitaliers. Puissions-nous ne pas attendre que ces corps deviennent des corps malades, puis des corps brisés, puis des noms dans une liste de morts pour comprendre ce qu’ils nous disent aujourd’hui. Car au bout de chaque visa, de chaque dossier et de chaque procédure, il y a ce qui devrait rester notre première boussole : une vie humaine, une famille qui attend, et un enfant qui espère retrouver les siens.

Donc au gouvernement belge : Évacuez-les ! Réunissez les familles ! Faites vivre les droits que nous proclamons !

Valérie Alaluf,
Nassera Bousbaine