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[#Edito 8] Lutte contre les violences policières

Prise de parole du Collectif des Madrés à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences policières

Voici le texte sur lequel s’est appuyé la prise de parole du Collectif des Madrés, prononcée le dimanche 15 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale contre les violences policières. Partant de la place d’Yser et se terminant au terrain de basket « Mehdi Bouda », rue Dansaert, en passant, le long du Canal, par le Petit Château et la porte de Ninove, cette marche rassemblait près d’un milliers de personnes. Sous un ciel dégagé et une lumière éclatante, ces arrêts prenaient la forme d’interventions de familles de victimes et de collectifs de soutiens, dans une écoute sensible, mélange de gravité, de détermination et de joie d’être ensemble, par-delà la brutalité des réalités évoquées et complicité raciste des institutions.

A la fin du texte qui suit, merci de prendre connaissance de toutes les autres personnes qui se sont exprimées ce jour-là.

« Aujourd’hui, c’est notre premier 15 mars sans la Madré des Madrés, Latifa Elmcabeni, partie trop tôt, le 25 juin dernier, allah y rahma. Elle n’est plus là, et pourtant, elle est là, parmi nous et elle ne nous quittera jamais. C’est elle qui a mené la lutte historique à Saint-Gilles, aboutissant au démantèlement de la brigade UNEUS – une première dans l’histoire belge. Nous lui avons promis de poursuivre la lutte, contre les violences et l’impunité policières, contre toutes les formes de discrimination – que sa mémoire nous guide et nous accompagne.

Nous, Collectif des Madrés, sommes des mamans, des sœurs, des voisines… nous sommes aussi des travailleuses : de la santé, de l’enseignement, de la culture, du social. Si nous descendons dans la rue en ce 15 mars 2026, c’est parce que les violences policières ne sont pas des accidents, ni des « bavures » : elles sont le produit d’un choix politique, raciste, islamophobe et pauvrophobe.

Les jeunes des quartiers populaires, les migrants et migrantes, les personnes sans-chez-soi, les personnes en situation administrative précaire, surtout lorsqu’ils et elles sont noires ou arabes, les chômeurs et chômeuses, les personnes qui dealent, les personnes qui consomment : on les présente comme des menaces à neutraliser, quand ce sont des gens à qui on a coupé les vivres, fermé les portes, bloqué l’avenir. De plus en plus, on s’attaque aussi aux militant.es solidaires.
Et, lorsque, le 5 mai 2025, des hooligans fachos de Bruges ont traversé la ville, ont débarqué ici à Molenbeek, voulant tuer des Noirs et des Arabes, terrorisant le quartier : aucun policier pour protéger la population. Alors qui, quel ordre, protègent les forces de l’ordre ?

Le discours est simple, « rassurant » : plus de caméras, plus de flics, plus de prisons, plus de centres fermés, comme si la réponse à une jeunesse, à un monde sans horizons, était de la surveiller davantage, de la harceler. Pendant ce temps, les budgets fondent : l’école, la santé, le secteur social, la culture, les structures de soutien ; tout est définancé au nom de la sécurité. On criminalise la pauvreté, la solidarité, on déshumanise pour mieux contrôler. On sacrifie le préventif.

Ce glissement a un nom : c’est la logique de guerre appliquée à l’intérieur des frontières. La même rhétorique raciste, coloniale et capitaliste, qui justifie depuis toujours les efforts militaires à l’extérieur, produit, ici aussi, un espace public toujours plus surveillé et militarisé, ciblant toujours les mêmes. Dans ce contexte, la lutte contre les violences policières et contre l’impunité est inséparable de la lutte pour une politique sociale digne de ce nom : pour un logement digne, pour des soins de santé dignes, pour une éducation de qualité, pour une justice réparatrice et non punitive, pour des services accessibles à toutes et tous, pour une jeunesse à qui on donne des moyens – des raisons ! – de vivre, plutôt que de l’enfermer.

Nous avons promis à Latifa de poursuivre la lutte. Et elle nous oblige à la lutte, mais aussi à la joie, même par les temps les plus terribles ; la joie de se retrouver, d’être ensemble, de prendre soin les un.es des autres, celle de lutter pour un avenir meilleur.
Cette journée est aussi, pour nous, l’occasion de redire tout notre soutien aux victimes de violences policières et à leurs familles.
Justice pour toutes et tous. »

Les autres prises de parole

A Yser

  • Daphné, représentante de l’Union belge des travailleur.euses du sexe, Utopsi, sur les violences policières subies dans le quartier Yser ;
  • Samira Benallal du Comité Vérité et Justice pour Sabrina et Wassim et tante de Sabrina ;
  • poème de Younes, jeune violenté par la police à sa sortie d’une formation d’urgentiste ;
  • message diffusé par hauts-parleurs de la part de Abou Condé, du comité Justice et Vérité pour Adama et grand frère d’Adama Condé.

Devant le Petit Château

  • Selma Benkhelifa et Malika Roelants pour le Front de mères, sur les violences infligées aux enfants, surtout lorsqu’ils sont racisés et particulièrement lorsque leurs parents n’ont pas de papiers ;
  • « Marie », portant la parole de demandeurs de protection internationale palestiniens, présents dans la foule, mais qui, face au risque de répression et d’enfermement voire de déportation – que d’autres ont subi avant eux – lui ont confié leurs témoignages, notamment autour de la répression policière des rassemblements quotidiens pour Gaza à la Bourse ;

A la Porte de Ninove

  • le Collectif des Madrés, représentées par Binta, Kali, Carolina, Maud et Julia (possible de nous suivre sur instagram et facebook) ;
  • Aïsha Barrié, sœur d’Ibrahima Barrié, pour le collectif Justice pour Ibrahima;
  • Jean-Pierre Bangoura, père de Lamine Bangoura, et François Makanga du Comité Justice pour Lamine, liant la question des violences policières et des mises à mort de corps noirs à l’histoire coloniale belge, jusqu’à ce jour ;
  • le Front Antifasciste Liège 2.0.

Au terrain de basket « Mehdi Bouda » (Justice pour Mehdi), rue Dansaert

Si vous ne connaissez pas les noms cités, nous vous invitons à vous renseigner sur chacun d’entre eux, pour que, jamais, ils ne tombent dans l’oubli. Pour tous les autres – et encore, la liste n’est pas exhaustive – leurs noms sont ici (dernière actualisation en 2023).