[Atelier philo] La Cohabitation, une philosophie juive

Atelier #3 : Walter Benjamin, si la judéité était une éthique

« La résistance est un concept majeur de cette « philosophie juive » dont Judith Butler cherche à concevoir et dessiner les contours. Ce n’est pas pour rien qu’à l’UPJB, nous commémorons chaque année, le soulèvement du Ghetto de Varsovie, en célébrant ainsi notre propre mémoire de la résistance au nazisme, et toutes les luttes de libération contre l’oppression. Et bien sûr le Seder. Mais, pour développer une réelle philosophie de la résistance, nous avons besoin, avec Benjamin de repenser la violence. Car, lorsqu’elle émane de l’individu, elle est un peu vite réduite au prototype du « coup ». Et lorsqu’elle émane de l’Etat, il est difficile de penser qu’elle n’est pas un moyen dont il est légitime qu’il se serve. Le droit est censé nous protéger de la violence. Mais, est-il possible, paradoxalement, qu’il repose aussi sur la violence ? Pourrait-on ériger en droit le fait de se soulever contre la violence de l’Etat ? La non-violence est-elle la seule manière possible de lutter contre la violence ?

Enfin, qu’en est-il aujourd’hui des résistances aux violences qui déchirent les peuples en Israël-Palestine ? »

Catherine Buhbinder

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Atelier philo et projet d’exposition à l’UPJB, animé par Catherine Buhbinder

Catherine Buhbinder vous invite à participer aux ateliers philo-créatif, un jeudi par mois, de 15h à 17h. Merci de vous confirmer votre participation en remplissant ce formulaire. Prenez déjà note des prochains rendez-vous du trimestre, les jeudis 7 mai et 11 juin.

Le séminaire philosophique organisé l’année passée à partir du livre de Judith Butler, Vers la cohabitation, judéité et critique du sionisme se poursuit à l’UPJB avec un nouvel atelier de réflexion/discussion/création philosophique. Cette fois-ci, la réflexion intègrera une dimension créative et artistique, et sera donc encore plus participative. Les concepts philosophiques seront travaillés sur base d’ateliers créatifs ou de discussions. Avec l’accord des participants, le travail créatif pourra faire l’objet d’une exposition finale à l’UPJB.

L’idée est que malgré toutes les horreurs et le désespoir que nous pouvons ressentir par rapport à ce qui se passe aujourd’hui à Gaza, ou justement, face à ce qui s’y passe, ce serait dans une réflexion, un retour, sur ce qu’est la judéité diasporique (nos valeurs) que l’on pourrait trouver les meilleurs outils intellectuels, à la fois pour comprendre et condamner ce qui se fait aujourd’hui en notre nom, et continuer néanmoins à nourrir un principe d’espérance : la cohabitation.

Nous travaillerons, comme l’année passée, à partir de quelques grands thèmes, sur base des écrits de quelques grands philosophes relus par Judith Butler. Ainsi nous pouvons d’ores et déjà proposer une structure de ce travail :

  •  Si la judéité était une philosophie de la diaspora, … (cf. Judith Butler)

En quoi consiste le judaïsme diasporique ? Ce terme « diaspora » a-t-il le même sens que celui de « l’exil » (qui est également central dans la pensée juive) ? Pour Judith Butler, il a une vocation « éthique » dans le sens où il exprime le fait que nous soyons toujours « dispersés » c’est-à-dire « interrompus par l’altérité », et que cette situation de dispersion définit, justement, nos relations éthiques les plus essentielles.

  • Si la judéité était une éthique, … (cf. Emmanuel Levinas)

On dit que Levinas est le penseur de l’éthique par excellence, et aussi qu’il est le penseur qui a ouvert la philosophie au monde juif, notamment par ses lectures talmudiques. Mais, que devient notre « responsabilité » pour l’autre, dans le cadre du conflit israélo-Palestinien ? Comment concilier ces paroles magnifiques de Levinas sur le « visage » de l’autre et le « Tu ne tueras point », etc. avec les massacres dont sont les objets, les Palestiniens ? Faut-il considérer que les Palestiniens sont « les prototypes du sans visage » ?  Qu’en est-il de l’usurpation, et de la vengeance dans la pensée juive ?

  • Si la judéité était une résistance à la violence d’Etat, … (cf. Walter Benjamin)

Faut-il considérer que tout Etat, même le plus démocratique, porte en lui quelque chose qui peut être violent, une sorte de pourrissement  probable de ses institutions, qui fait qu’on ne peut tout à fait en espérer la justice ? Faut-il, d’un autre côté, repenser la violence de ceux qui refusent l’injustice et la soumission et entrent en « résistance » ?  Pourquoi la résistance est-elle une valeur si centrale, pour nous juifs, et juifs de l’UPJB ? Et comment, dans ce cadre, repenser le concept de « terrorisme » avec lequel on discrédite aussi la résistance palestinienne ?

  • Si la judéité était un progressisme, … (cf. Walter Benjamin)

Bien sûr, Benjamin n’aurait jamais utilisé ce terme paradoxal de « Progressisme » qui fait trop penser que l’humanité suit un cours linéaire qui l’amène vers un mieux. Ce sont ces utopies et autres messianismes qui ont mené aux catastrophes du 20ème siècle. La synthèse du marxisme et messianisme à laquelle procédait Benjamin, critiquait l’enthousiasme technologique, capitaliste, consumériste, etc. qui avait mené à ces catastrophes. Mais il ne voulait pas perdre le « principe d’espérance » qui en était néanmoins la source, l’étincelle. Sa vision de l’histoire (et du progrès) apparaissait, plutôt, sous forme de discontinuité, d’éclairs ou d’instants (« à présent ») qui donnaient une autre chance à « la mémoire des vaincus ». Et, je me demande si ce n’est pas là ce que nous entendons, aussi à l’UPJB, par « progressisme ».

  • Si la judéité était un principe de cohabitation, … (cf. Hannah Arendt)

« Nul ne peut choisir avec qui cohabiter sur terre ! » C’est là un impératif catégorique que Arendt a formulé au moment où il était question de juger Eichmann, le responsable nazi de la mise en place de la Solution finale. Nous sommes tenus, nous dit Arendt, de reconnaître la pluralité humaine et d’accepter de vivre avec des peuples que nous n’avons pas choisis. Et plus encore que cela, de préserver cette pluralité qui constitue l’humanité. Est-ce un principe juif ? Sûrement pas ! Mais, il se fait néanmoins que c’est une juive qui l’a développé, sur base d’une analyse de ce qui était arrivé aux juifs. Ce principe pourra certainement nous servir pour penser le caractère génocidaire d’un Etat qui refuse, encore aujourd’hui, de cohabiter avec les autres.

  • Si la judéité était un devoir de mémoire, … (cf. Primo Levi)

Primo Levi nous invite à nous remémorer la Shoah et nous engager pour un « Plus jamais cela », à partir des récits qu’il nous livre lui qui en est le premier témoin. Or, cette écriture même est déjà une telle épreuve que nous devons savoir qu’ils seront d’office perméables à la fois au révisionnisme et à l’instrumentalisation. Qui plus est, le « Souviens-toi » n’est pas nouveau chez les juifs. Alors, qu’en est-il, si  c’est la mort (être victime absolue) qui vient prendre toute la place dans la mémoire des juifs ? Comment réussirons-nous à faire de notre mémoire de la shoah un « Plus jamais cela » pour tout le monde, et pas seulement pour les juifs ? On pourra s’interroger ici sur la façon dont la Shoah hante encore et traumatise l’imaginaire juif. Et la façon dont il a investi le récit national israélien. Et encore, comment il hante cet insupportable génocide palestinien.

  • Si la judéité pouvait vibrer en contrepoint de l’Orient, … (cf. Edward Saïd)

C’est ici un penseur palestinien (professeur de littératures comparées), qui nous interpelle sur notre judéité. Et ce, depuis Moïse, où la judéité se définit peut-être comme le fait d’être « interpelé par l’autre » ! Saïd nous invite à penser en terme de « convergences » l’histoire de nos deux peuples parias. Et, il suggère d’écrire en contrepoint l’avenir qui pourrait les mêler à nouveau. De fait, ce sont les mêmes dénégations de l’autre qui fondent les discours orientalistes et antisémites. Et, si du côté  palestinien, on pourrait parler d’un attachement premier à la terre de Palestine, il y est aussi question d’exil, qui est une question juive, par excellence.