Rencontre avec Mireille Tabah à propos de son livre « De père méconnu. Odyssée d’un Juif bulgare, 1912-1967 »
Pourquoi Jacques Tabah, Juif hispano-bulgare né dans l’Empire ottoman, a-t-il jusqu’à sa mort prématurée dissimulé à sa fille sa judéité, sa vie en Palestine mandataire et, surtout, son rôle dans la Brigade juive qui secourut les rescapés de la Shoah en Italie, à Rotterdam et à Anvers ? Pourquoi, après la guerre, s’est-il égaré dans des entreprises hasardeuses et détourné de l’amour des siens ? De longues années plus tard, sa fille rompt le silence et trouve les liens entre ce qu’a été ce père si ambivalent et ce qu’il est pour elle. Deux êtres, deux existences qui enfin se rejoignent. Dans un récit d’une grande densité, mi historique, mi fictif, mais aussi profondément personnel, Mireille Tabah tente de refermer une blessure encore vivace en reconstituant le destin héroïque et tragique de ce père trop longtemps méconnu, et retrace en même temps les épisodes souvent ignorés d’une époque tourmentée aux prolongements toujours destructeurs.
« Je ne savais rien de mon père, je n’ai jamais posé de questions. Et après sa mort, j’ai érigé un rempart de silence, relégué photos et pages de journal dans un carton, que j’ai néanmoins conservé, et refoulé de ma conscience, ce que j’avais appris de son passé, et ce que j’avais connu de lui adolescente. Le tabou que mon père avait maintenu sur son appartenance au peuple juif, et dont ma mère s’était faite complice a persisté jusque bien trop d’années plus tard, vint le temps où peu à peu le mur se délita et au prix d’infinis efforts, je brisai l’interdit. Ce qu’enfin je découvrais ne s’accordait pas avec l’image du père de ma jeunesse. Une vie avant la guerre, une autre après. Je ne m’y retrouvais pas. » Mireille Tabah
Mireille Tabah est professeure de littérature de langue allemande à l’Université libre de Bruxelles.
