Le club Sholem Aleichem a 40 ans (1976-2016)

1ER ÉPISODE : NAISSANCE DU CLUB

 

Cette rentrée marque un double anniversaire important dans l’histoire et la vie du 61 rue de la Victoire. Le grand écrivain yiddish Sholem Aleichem est mort il y a tout juste 100 ans. Jo Szyster retrace dans la revue (sous la rubrique agenda) son importance. Deuxième anniversaire, celui du Club des anciens de l’UPJB. Le Club est né en 1976. Nous retracerons sur plusieurs épisodes l’histoire de ces 40 années. En voici le premier épisode. Les comptes rendus des nombreuses activités du Club figurent désormais sur le site.

En mars 1969, divers mouvements issus de « Solidarité juive » créent une organisation commune, et décident de changer la dénomination de l’ASBL « Solidarité juive »
en « Union des Progressistes juifs de Belgique (UPJB) ». Ceux qui avaient créé
« Solidarité juive » en 1939 et qui avaient 20 ou 30 ans à ce moment-là, passent donc 30 ans plus tard le flambeau de leurs choix politiques et philosophiques aux plus jeunes de l’UPJB.

Mais les anciens de « Solidarité juive » ont toujours l’envie et la volonté d’être ensemble et de poursuivre des activités communes. Avec les années, que les choix politiques aient évolué ou non, un élément constitutif de leur cohésion n’a pas changé :
ils sont tous yiddishophones et profondément attachés à leur langue maternelle et à leur culture juive. A tel point que dans le premier « bulletin en yiddish » publié en 1980, on retrouve l’affirmation claire de l’objectif de départ : l’utilisation quasi exclusive du yiddish comme langue de communication. On comprend donc aisément que le nom choisi par ses fondateurs ait été celui de l’écrivain de langue yiddish le plus emblématique, à savoir Sholem Aleichem.

Dans le N°12 de décembre 1976 du « Flash », on lit « …le club Sholem Aleichem connaît un succès aussi vif qu’espéré. Dès la première rencontre, plus de 25 amis réunis ont écouté détendus mais attentifs une introduction à l’œuvre du grand écrivain juif, faite en yiddish par Boris Szyster, suivie d’une lecture de textes. Depuis, de mercredi en mercredi, le nombre de participants ne fait que croître. Ainsi, lors de la rencontre du mercredi 8 décembre, 40 de nos amis et amies se sont retrouvés… »

Dans un numéro spécial de novembre 1977 du même « Flash », on trouve une page réservée au Club, rédigée en yiddish, qui annonce une conférence par un orateur parisien, avec une petite traduction en français du titre de la conférence et du nom du conférencier.

Dans un article du « Flash » N°18 de décembre 1977, sous la rubrique « PREMIER ANNIVERSAIRE DU CLUB « SHOLEM ALEICHEM », on rappelle que « …le Club a été créé à l’initiative de quelques membres – moins jeunes – de l’UPJB comme Zalek, Wald, Polarski, Sane, Sonia e.a. ».

Si la volonté du Club à son début est d’utiliser quasi exclusivement le yiddish comme langue de communication, le français prend néanmoins rapidement une place de plus en plus importante dans les activités culturelles : de nombreux conférenciers invités ne sont pas juifs, ou ne parlent pas yiddish. De même, si le jour de réunion avait été fixé au départ le mercredi, cette décision est rapidement modifiée et dans le Flash N° 18 de novembre 1977, on lit que « les membres se réunissent tous les jeudis de 15 à 18 heures au local de l’UPJB ».

En un an, le succès du Club est immense, le nombre de participants enthousiastes grandit de réunion en réunion. La secrétaire de l’UPJB envoie les convocations et annonce la prochaine activité aux membres du Club sur lettre à en-tête du Club Sholem Aleichem.

D’où provient ce succès ? L’explication est sans doute à trouver du côté de la problématique du yiddish. En effet, les membres et ceux qui participent alors aux activités sont tous yiddishophones, lisent et écrivent le yiddish, leur langue maternelle,
« di mame loshn ». Mais pour diverses raisons, nombreux sont ceux qui n’ont pas pu transmettre cette langue à leurs enfants, séparés d’eux à cause de la guerre notamment :
tous sont des rescapés ou simplement des survivants de la guerre. Le seul fait d’être encore en vie est alors perçu comme une victoire sur l’antisémitisme et les crimes nazis. De plus, de nombreux membres venus de Pologne, de Russie, de Bessarabie, et d’autres régions d’Europe centrale, ont déjà été actifs dans leur jeunesse dans des mouvements révolutionnaires, soit sionistes, communistes souvent, parfois « bundistes » : ayant immigré en Belgique dans les années 30, ils continuent à y militer dans les années qui ont précédé la guerre.

Voilà le contexte historique et social de ceux qui ont créé « Solidarité juive » en 1939, et dont certains créeront le Club Sholem Aleichem en 1976.

Suite dans le prochain numéro…

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